TRAITÉS FRANÇAIS SUR LA MUSIQUE
School of Music
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Fn and Ft: GUIRUD TEXT
Author: Guilliaud, Maximilian
Title: Rudiments de musique practique
Source: Rudiments de musique practique, redvits en devx briefs traictez, le premier contenant les preceptes de la plaine, l'avtre de la figvree (Paris: Nicolas du Chemin, 1554; reprint ed., Genève: Minkoff, 1981).
Graphics: GUIRUD 01GF-GUIRUD 16GF

[-f.Air-] RVDIMENTS DE MVSIQVE PRACTIQVE, REDVITS EN DEVX BRIEFS TRAICTEZ, LE PREMIER CONTENANT LES PRECEPTES DE LA PLAINE, L'AVTRE DE LA FIGVREE.

Par Maxilimilian Guilliaud, natif de Chalon sur Saone.

A PARIS,

De l'imprimerie de Nicolas du Chemin, à l'enseigne du Gryphon d'argent, ruë Sainct Iean de Latran.

Auec priuilege du Roy, pour six ans.

1554.

[-f.Aiv-] A EXCELLENT MVSICIEN MONSIEVR MAISTRE CLAVDE DE SERMISY, MAISTRE DE LA CHAPELLE DV ROY, ET CHANOINE DE LA SAINCTE CHAPELLE DV PALAIS ROYAL DE PARIS,

Maximilian Guilliaud,

Salut.

ALexandre Macedonien iadis excité par l'exemple d'Achiles, estoit tant studieux de Musique, que rien plus il n'approuuoit. Ce cognoissant la Royne des Amazones Talestris, quelque fois apres qu'ils eurent connenu, luy fit present d'un instrument musical, comme de chose laquelle plus en ce moude il aymoit. En ce ie ne veux (Monseigneur) vous seulement comparer à vn Alexandre: mais aussi, et plus iustement à quelque Apollo premier autheur de Musique: Lequel, non Iapis (comme fabuleusement recitent les poetes) mais vous seul à designé legitime heritier de sa science. Le Roy Françoys pere des muses, et protecteur de tous amateurs d'icelles, pour ceste cause vous à esleué en honneur: et depuis la Musique par vous replantée en France à pris tel accroissement, que plusieurs bons esprits se sont apres esuertuez à la cultiuer de plus en plus, A mon endroit, combien que ie ne me repute au nombre des plus excellens, n'estant toutesfois entierement aduersaire au muses, i'ay voulu employer quelques heures oisifues à gouster la saueur des racines, et reuoir les fondemens du bastiment. Et ce que la capacité de mon esprit (encore infirme) à peu comprendre, ie l'ay reduit en ce petit liure à vous destiné, comme à mon Alexandre: Ie dis celuy, qui sur tous vous delectés en faits musicaulx. Que si à bon droit nous deuons par quelque moyen donner tesmoignage de grace à ceux ausquels nous sentons redeuables: encores par ceste raison ie vous doibs recompense, duquel ie recognois auoir eu prouffit. Receués donc (Monseigneur) ce petit oeuure, non pour empescher vòs aureilles tres delicates, mais estant par vous authorisé pour meriter quelque grace enuers la ieunesse encores apprentifue. Ce pendant nous mettrons peine, montans plus hault, à contempler le reste de l'edifice. Et à Dieu qui vous doint bien prosperer en toute chose. Escript à Paris au college de Nauarre, ce 15. de Septembre, 1552.

[-f.Aijr-] PREMIER TRAICTE DES Rudiments de Musique practique, contenant les preceptes du plain chant, Par Maximilian Guilliaud, natif de Chalon sur Saone.

Definition, et diuision de Musique practique, et du fondement d'icelle. Chapitre 1

MVSIQVE (laquelle est appellée practique) est vn art nous enseignant la maniere de bien chanter. D'icelle sont deux especes, c'est à sçauoir la simple, autrement appellée plain chant (de laquelle parlerons seulement en ce premier traicté) et la figurée, que le vulgaire appelle chose faite (et d'icelle traicterons au second) lesquelles sont differente par ce que l'une (sçauoir est la simple) a ses notes quasi toutes de forme, figure, et quantité semblables, estant proferées sans accroissement, ou diminution aucune. La figurée au contraire a les siennes de diuerse forme, ou figure (dont elle prend le nom figurée) et selon leur varieté inesgale ce profferent sous diuerse quantité, estant augmentées, ou diminuées selon qu'il est requis en Mode, Temps, et Prolation.

Or combien qu'en-ce elles soient differentes, il y a toutesfois telle affinité entre elles, que l'une, et l'autre sont fondées sur mesmes principes: desquels le commun fondement est l'eschelle de laquelle quiconques n'a parfaitte cognoissance, il ne peut rien cognoistre en l'art de Musique.

[Guilliaud, Rudiments, f.Aijr; text: Trois ordres de clefs. BAS, MOYEN. HAVT. Signes des clefs principalles. Lettres des Clefs. ee, dd, cc, bb, aa, gg, ff, e, d, c, b, a, g, f, E, D, C, B, A, G, F, Esleuation de voix, selon les Clefs ascendantes. Depression de voix, selon les clefs descendantes. Deductions du bas ordre, selon le chant de, 1, bmol, 2, [sqb] dur, 3, Nature, vt, re, mi, fa, sol, la] [GUIRUD 01GF]

[-f.Aijv-] Declaration de l'eschelle et des six voix.

Chapitre 2.

L'Eschelle est vne constitution de plusieurs lignes et espaces esgalement produits, contenant en soy certains ordres de clefs, et de deductions de voix ordonnées selon trois diuers chants. Et est dicte eschelle par similitude: Car tout ainsi qu'en vne eschelle on peut monter, et deualer de degrés en degrés haut, ou bas selon qu'on veult, aussi de clef en clef, on peut commodement par icelle esleuer, ou abaisser sa voix à son plaisir.

Icelle est principalement diuisée en deux, sçauoir est en ordres de clefs, et deductions de voix. Et pour autant qu'on ne peut bonnement auoir l'intelligence des clefs (lesquelles sont composées principalement de voix) ne des deductions de voix, sans premierement entendre que c'est que voix. Il sera bon, auant que passer outre, icelles briefuement declairer. Icy donc nous appellons voix, vn son par lequel la vertu des clefs est exprimée, et sont six en tout demonstrées par six sylabes, vt, re, mi, fa, sol, la: Dont les trois premieres (à sçauoir vt, re, mi) sont propres à monter, et les trois autres (à sçauoir la, sol, fa) propres à deualer. Et pour ce que d'icelles les vnes proferent vn son doux, les autres dur (à l'esgard des douces) les autres mediocres,

[Guilliaud, Rudiments, f.Aijv,1; text: Aucunes sont appellées, Douces, fa, vt, Mediocres, ou Naturelles, sol, re, Dures, la, mi] [GUIRUD 01GF]

De la premiere partie de l'eschelle.

Chapitre 3.

POur venir à la premiere partie de l'eschelle comprenant l'ordre des clefs, faut sçauoir que c'est que clef. Clef donc n'est autre chose qu'une composition de lettres, et sylabes (representant voix) nous donnant la premiere cognoissance du chant. Les lettres ne seruent qu'a garder l'ordre entre les sylabes, et icelles conioindre ensemble. Et sont dittes clefs par similitude pour autant qu'elles nous donnent ouuerture du chant ainsi qu'une clef d'une serrure. Icelles sont diuisées en trois ordres esgaux, sçauoir est en bas, moyen, et haut. Dont le bas est demonstré par lettres capitales, le moyen par petites, et le haut par doubles petites: et ce seulement pour mettre quelque difference entre iceux: Lesquels au reste auons voulu estre du tout semblables, à celle fin de rendre la chose tellement facile, que cognoissant vn ordre on ayt la cognoissance des trois, comprenant chascun ces sept clefs cy, F f ffaut, G g gg sol re vt, A a aa la mi re, B b bb fa [sqb] mi, C c cc sol fa ut, D d dd la sol re, E e ee la mi. Entre lesquelles faut noter qu'il y en a trois principales signifiés par certains characteres tousiours situés en lignes: par lesquels on peut cognoistre la situation de toutes les autres: Dont l'une est f fa vt du moyen ordre, demonstrée par tel charactere (a) L'autre de c sol fa vt du mesme ordre demonstrée par tel (b) La troisiesme est gg sol re vt du haut ordre demonstrée par tel (c) Et ne sont iamais autre part situées que comme l'on les voit en l'eschelle.

[Guilliaud, Rudiments, f.Aijv,2; text: (a), (b), (c)] [GUIRUD 01GF]

[-f.Aiijr-] REIGLE.

S'il aduient aucunesfois qu'il faille monter plus haut, ou deualer plus bas, outres les trois ordres de clefs, alors faudra vsurper les voix des octaues.

De la seconde partie de l'eschelle.

Chapitre 4.

LA seconde partie comprend les deductions ordonnées (comme auons dit) selon trois diuers chants à sçauoir Bmol, [sqb] dur, Nature. Deduction est donc vne conduite de six voix, selon leurs chants et situations propres: et tout ainsi qu'il y a trois ordres de clefs, aussi sont trois deductions de voix comprises en chascun ordre: Dont la premiere est du chant de B mol, lequel prend tousiours son origine de l'vt de F f ffa vt estant demonstré par tel charactere b, lequel est ainsi appellé pour ce qu'en quelque lieu qu'il soit mis (qui est proprement en B b bb fa [sqb] mi) il demonstre que illec faut proferer fa, qui est vne voix douce (comme auons dit) à laquelle quand on monte faut faindre, et amolir sa voix ne l'esleuant que de demi ton seulement. La seconde est du chant de [sqb] dur, lequel prend tousiours son origine de l'vt de G g gg sol re vt demonstré le plus souuent par la figure d'un b quarré ainsi [sqb] (Dont aucuns luy ont donné le nom) aucunesfois par telle [x] estant appellée [sqb] dur, pour autant qu'en quelque lieu semblablement qu'elle soit signée (qui est aussi proprement en B b bb fa [sqb] mi) elle demonstre qu'il y faut proferer mi, qui est vne voix dure (à l'esgard de fa) à laquelle quand on monte faut esleuer sa voix d'un ton entier sans aucunement la feindre, ou amolir: comme dirons par cy apres. La troisiesme est du chant de Nature, prenant tousiours son origine de l'vt de C c cc sol fa vt, n'estant demonstrée par aucun charactere: et est ditte de Nature quasi de neutre, pource qu'elle ne cause ne fa, ne mi, en B b bb fa [sqb] mi, car elle ne s'estend iamais iusques la: comme l'on a peu voir en l'eschelle.

REIGLE.

En quelque lieu que soit constitué vt en l'eschel-illec est le commencement de quelque deduction. Et au contraire, en quelque lieu que soit la, en ce lieu mesme est la fin d'icelle.

De l'entonnement des six voix.

Chapitre 5.

AYant cogneu les parties de l'eschelle à sçauoir l'ordre des clefs, et deductions de voix, Il faut en apres sçauoir bien entonner ces six voix de deduction. Et pour ce commodement faire, faut esleuer, ou abaisser sa voix de ton en ton, excepté de mi à fa ou de fa à mi, ou il ne faut qu'un demy ton. Et pour plus facile intelligence de ce sera bon de cognoistre que c'est que ton, et demy ton. [-f.Aiijv-] Il est donc à sçauoir que ton n'est autre chose qu'une distance d'une voix à vne autre par vne seconde parfaitte: laquelle se fait d'une ferme, et non fainte esleuation, ou abaissement de voix: Comme d'vt iusques à re, de re à mi en montant, ou de mi à re, de re à vt en deuallant. Demi ton est vne distance d'une voix à vne autre par vne seconde imparfaitte, laquelle se fait d'une molle et fainte esleuation, ou abaissement de voix de mi à fa, ou de fa à mi, ou bien de la à fa en montant, et de fa à la en descendant quand il ne faut monter que d'un degré par dessus les six voix. Et ne faut entendre iceluy estre appellé demi ton, comme n'estant que la moitié d'un ton: Car vn ton (Comme dit Macrobe en son second liure Chapitre j. sur le songe de Sçipion) selon sa nature ne peut estre diuisé en deux: et pourtant il est dit improprement demi ton pour ce qu'il ne se profere du tout si parfaittement qu'un ton. Pour donc bien et seurement entonner ces six voix, faut (comme auons dit) premierement sçauoir esleuer et abaisser de ton en ton, ou bien de Secondes en secondes: puis de Tierces en tierces, de Quartes en quartes, de Quintes en quintes, finablement de Sextes en sextes. Et pour rendre la chose plus facile nous auons mis l'exemple cy dessous en la premiere deduction du moyen ordre, à l'imitation de laquelle on peut cognoistre le semblables aux deux autres deductions d'iceluy ordre, et consequemment aux autres deductions du bas et haut ordre.

Exemple,

[Guilliaud, Rudiments, f.Aiijv; text: De secondes en secondes. De Tierces en tierces. De quartes en quartes. De Quintes en quintes. De Sextes en sextes. vt, re, mi, fa, sol, la] [GUIRUD 02GF]

ICy ie veux bien aduertir que oultre ce qu'auons dit de l'entonnement de mi, ou de la à fa, il y a plusieurs cadences de dessus (Lesquelles toutesfois se peuuent trouuer en toutes parties) qui ne faut entonner qu'en demi ton, et cela aduient tant aux entieres (comme la sol la, sol fa sol, re vt re) qu'aux rompues (comme la sol, sol fa, re vt) lesquelles plusieurs auiourdhuy prudemment signifient par ce signe [x] lequel combien que de figure ne semble estré different de l'un de ceux de [sqb] dur. Il est toutesfois bien different de lieu, car il est mis tousiours dessus, ou dessous la note demonstrée par luy: Et celuy de [sqb] dur, tousiours encosté senestre.

[-f.Aiiijr-] REIGLE.

Toutesfois et quantes que par dessus ces six voix s'en trouuera vne seule n'excedante que d'une seconde, elle s'appellera fa, sans faire muance, laquelle faudra profferer mollement mesmement sans aucun signe de b mol, pour ueu que celuy de [sqb] dur n'y soit mis.

Exemple.

[Guilliaud, Rudiments, f.Aiiijr; text: re, fa, sol, la] [GUIRUD 02GF]

Des muances. Chapitre 6.

EStant exercé à bien entonner ces six voix, faudra apres sçauoir deualler plus bas, ou monter plus haut que icelles: ce qu'on ne peult bonnement faire sans muance. Pour donc ce mieux entendre, et pouuoir faire, fault sçauoir que c'est que muance, et comme elle se fait. Muance (comme disent plusieurs) est vn changement d'une voix pour vne autre en vne mesme clef, pour monter ou deualler d'une deduction en autre, et pourtant elle se fait tant en montant, qu'en deuallant. Pour monter il conuient prendre re, et pour deualler la, et combien qu'il y aye quelque raison par laquelle on deburoit prendre vt pour monter, aussi bien que la pour deualler: Toutesfois puisque l'usage est ainsi receu par tout, ie ne veux pas m'ingerer à rien contredire en c'est endroit. Au surplus il fauldra bien regarder quel re, ou quel la, on prendra: Car il fauldra considerer diligemment la deduction en laquelle nous montons, ou deuallons, et prendre le re, ou le la, qui sera du chant de celle en laquelle nous passons: comme si nous montons de la deduction de nature en celle de [sqb] dur, nous ne prendrons le re de G g gg sol re vt, qui est du chant de b mol: mais passans outre, prendrons celuy d'A a aalamire, qui se chante par [sqb] dur: qui est le chant de la deduction en laquelle nous montons. Et pareillement si nous deuallons de la deduction de nature en celle de b mol nous ne prendrons le la d'E e eelami, qui se chante par [sqb] dur, mais celuy de D d ddlasolre, qui se chante par b mol qui est le chant de la deduction en laquelle nous deuallons. Et semblablement pour passer de toute deduction en autre, et pour ce commodement faire, faut noter les trois reigles suyuantes.

Premiere Reigle.

Iamais proprement ne se fait muance de b mol en [sqb] dur, ne de [sqb] dur en b mol, mais tousiours de l'un des deux en nature, ou de nature en l'un des deux.

Seconde Reigle.

Pour monter de nature en [sqb] dur ou de b mol en nature, faut tousiours chanter re apres sol: Et [-f.Aiiijv-] pour monter de [sqb] dur en nature, ou de nature en b mol, faut chanter re apres fa.

Troisieme Reigle.

Pour descendre de b mol en nature, ou de nature en [sqb] dur, faut tousiours chanter la apres fa: Et pour descendre de [sqb] dur en nature, ou de nature en b mol, la apres mi.

Exemple.

[Guilliaud, Rudiments, f.Aiiijv,1; text: Pour monter de nature en [sqb] dur, et deualler de [sqb] dur en nature.Pour monter de [sqb] dur en nature, et deualler de nature en [sqb] dur. Pour monter de nature en b mol, et deualler de b mol en nature. Pour monter de b mol en nature, et deualler de nature en b mol.] [GUIRUD 03GF]

POurce que coustumierement on ne marque le signe de [sqb] dur en b fa [sqb] mi, il conuient noter que l'absence de b mol en ce lieu demonstre tousiours la presence de [sqb] dur.

De b mol et [sqb] dur situés outre leurs lieux, ou chants propres, Chapitre 7.

POurce que souuent il aduient que les signes de b mol, et [sqb] dur se trouuent en autres chants que aux leurs propres, il est à noter qu'en quelque lieu que se trouue celuy de b mol (comme parauant auons dit) il emporte tousiours fa, et celuy de [sqb] dur mi: et ne s'estendent leur force outre iceluy mi, et fa.

Exemple.

[Guilliaud, Rudiments, f.Aiiijv,2; text: fa, mi] [GUIRUD 03GF]

S'Il aduient toutesfois qu'il faille trop souuent faindre mi en fa, et que ce soit en B b bb fa [sqb] mi, on pourra changer le chant de [sqb] dur en celuy de b mol, iaçoit que cela semble estre contre la commune reigle des muances (a): Si c'est en E e ee la mi, on pourra suiure l'oppinion des anciens, lesquels voyans la chose estre trop moleste faire ainsi tant de faintes, ne faisoint difficulté (apres auoir mué le mi d'E e ee la mi en fa) de proferer en montant sol en F f ffa vt, la en G g gg sol re vt: en descendant mi en D d dd la sol re, re en C c cc sol fa vt, vt en B b bb fa [sqb] mi (b): lequel chant ils ont appellé faint, l'usurpant pour celuy de nature.

[-f.Bir-] [Guilliaud, Rudiments, f.Bir; text: (a), (b), vt, re, mi, fa, sol, la] [GUIRUD 03GF]

ICy en brief (amy lecteur) tu as les preceptes de Musique plaine communs à Musique figurée: Parquoy ne reste plus qu'a voir ceux lesquels sont propres à la figurée: Au traitté desquels si nous sommes plus prolixes, ne t'esmerueilleras en rien: Considerant la difficulté, et dignité trop plus grande d'icelle requerir de soy plus ample declaration.

Fin du premier traitté.

[-f.Biv-] SECOND TRAICTE DES rudiments de Musique practique, comprenant les preceptes de la figurée. Par Maximilian Guilliaud, natif de Chalon sur Saone.

Definition de Musique figurée, et des notes d'icelle, Chapitre 1.

DOnnant cy dessus la difference de Musique plaine, et figurée, nous auons dit la figurée auoir ses notes de forme, ou figure, et quantité diuerses. Dont on cognoist manifestement icelle n'estre autre chose qu'un art, ou enseignement de bien chanter selon diuerses figures et quantité de notes. Lesquelles (comme dit est) sont augmentées, ou diminuées, selon qu'il est requis en ces trois degrés Mode, Temps, et Prolation. Lesquels auant que declarer est necessaire parler premierement des notes, et pauses: sans la cognossance desquelles, on ne pourroit bonnement auoir intelligence d'iceux. Il est donc premierement à noter, qu'en Musique figurée se trouuent huit sortes de notes, differentes de nom, de figure, de valeur, et proprieté. Et pour autant que ne pouons bonnement cognoistre la valeur des principalles, sans auoir quelque cognoissance d'iceux degrés (desquels elles prenent leur perfection, ou imperfection) icy seulement suffira monstrer leur proprieté, nom, et figure. D'icelles donc

[Guilliaud, Rudiments, f.Biv; text: aucunes sont, propres à la voix humaine, propres aux instruments, Maxime, Longue, Brefue, Demibrefue, Minime: Demiminime, Fuse, Demifuse.] [GUIRUD 04GF]

ICy on peult obseruer les trois dernieres, qui sont propres aux instruments auoir esté adioustées par les modernes Musiciens. Ce que peut manisestement estre cognu, tant par le nom imposé au cinq premiers, que par ce aussi qu'elles ne sont comprises en aucun degré, ainsi que les cinq autres, comme cy apres on voirra.

[-f.Bijr-] REIGLE.

Toute note peut auoir la queüe en haut, ou en bas, sans accroissement, ou diminution de sa valeur: excepté en ligature.

Des ligatures des notes. Chapitre 2.

DE toutes ces huit sortes de notes il y en a quatre lesquelles se peuuent lier, ou conioindre ensemble, sçauoir est Maxime, Longue, Breue, et Demibreue. Et pource qu'estant ainsi coniointes il est difficile aucunement les cognoistre, nous auons ce declairé, par reigles, et exemples mis par tables lesquels pour bien entendre, fault diligemment obseruer quelle est la figure, la queüe, et le lieu d'icelles. Et pourtant faut noter, que toute note estant ainsi liée, est formée en figure ou quarrée, ou oblique: puis ou elle à queue, ou non: Ayant queue ou elle est du costé dextre, ou senestre: outre ce ou elle tend en bas, ou en haut. Finablement quant au lieu, ou elle est située la premiere ou la derniere, ou au milieu: comme auons declairé d'ordre par les reigles, et exemples compris aux deux pages suyuantes

Des premieres notes liées.

[Guilliaud, Rudiments, f.Bijr; text: Toute premiere note oblique, ou quarrée, Ayant queue, Du costé senestre, Tendant en haut, est demibrefue auec sa suyuante. Tendant en bas, est brefue. Du costé dextre Tendant en haut, ou en bas, est longue. N'ayant queue, De laquelle la prochaine monte, est brefue. De laquelle la prochaine deualle, est longue.] [GUIRUD 04GF]

[-f.Bijv-] Des dernieres.

[Guilliaud, Rudiments, f.Bijv,1; text: Toute derniere note, Quarrée, Ayant queue tendant en haut, ou en bas, soit en montant, ou deuallant, est longue. N'ayant queue, En montant, est brefue. En deuallant, est longue. Oblique est brefue: excepté celle laquelle est immediatement mise apres la premiere demibrefue.] [GUIRUD 05GF]

De celles du milieu.

TOute note du milieu (c'est à dire estant entre la premiere, et la derniere) si elle n'a forme de maxime elle est brefue: excepté tousiours celle laquelle prochainement est mise apres la premiere demibrefue.

[Guilliaud, Rudiments, f.Bijv,2] [GUIRUD 05GF]

REIGLE.

La maxime ne pert iamais sa forme en ligature.

[Guilliaud, Rudiments, f.Bijv,3] [GUIRUD 05GF]

Des pauses. Chapitre 3.

PAuse n'est autre chose, qu'un indice de silence institué des Musiciens en partie pour euiter les mauuais accords, en partie aussi pour supporter la fragilité de la voix humaine. D'icelles sont huit especes correspondantes à la valeur des notes: desquelles elles prennent le nom. La premiere est appellée pause de longue parfaitte, ou bien selon aucuns de Mode mineur parfait, qui est le degré par lequel elle est parfaitte (a): La seconde de longue imparfaitte (b) La tierce de brefue tant parfaitte qu'imparfaitte (c): La quatriesme de demibrefue, tant parfaitte qu'imparfaitte (d): La cinquiesme de minime, autrement appellée souspir pource que communement elle se fait quasi en souspirant (e): La sixiesme de demiminime autrement appellée demi souspir par mesme raison (f): La septiesme de fuse (g): La huitiesme de demifuse (h). Et tout ainsi que nous auons dit de la difference entre les notes, au cas pareil faut entendre entre les pauses d'icelles: Lesquelles sont differentes de leurs notes, par ce qu'elles sont indice de silence, et leurs notes de voix. Dauantage aucunes notes se peuuent lier et conioindre ensemble (comme auons monstré par cy deuant) ce que n'aduient iamais aux pauses.

[-f.Biijr-] [Guilliaud, Rudiments, f.Biijr; text: Pause de Longue parfaitte. Pause de Longue imparfaitte, Pause de Brefue, tant parfaitte qu'imparfaitte. Pause de Demibrefue, tant parfaitte qu'imparfaitte. Pause de Minime. Pause de Demiminime. Pause de Fuse. Pause de Demifuse. (a), (b), (c), (d), (e), (f), (g), (h)] [GUIRUD 05GF]

REIGLE.

Autant d'espaces entiers que contient la pause, autant elle vaut de Brefues.

Des degrés de Musique figurée, et signes exterieurs d'iceux. Chapitre 4.

EN Musique figurée sont trois degrés, par lesquels on cognoist la perfection, ou imperfection des principalles notes, et pauses d'icelles sçauoir est de Maxime, Longue, Brefue, et Demibrefue. Le premier est dit Mode (que vulgairement on appelle Moeuf) par lequel les Maximes sont mesurées selon les longues (et alors est dit maieur) et les longues selon les brefues (et alors est dit mineur) Le second degré est appellé Temps, par lequel les brefues sont mesurées selon les demibrefues. Le tiers est dit Prolation, par laquelle les demibrefues sont mesurées selon les minimes. Derechef vn chacun d'eux est dit parfait, quand leurs notes sont mesurées selon trois, et imparfait, quand selon deux: comme voirrés cy apres par exemple en la table. Iceux sont principallement cogneus par certains signes exterieurs, mis au commencement du chant: pour la demonstration desquels, y a grande diuersité d'oppinions entre les Musiciens: La plus grand part desquelles recite Glarean, au Troisiesme liure de son Dodecachorde. Chapitre 6. Ce que n'auons icy proposé faire: tant pour euiter prolixité, que pour la grande confusion qui gist en icelles. Et pour tant nous auons choisi entre plusieurs celle qui nous à sembé la meilleure, et plus certaine. Pour donc venir au signe du premier degré faut noter que le signe de Mode maieur parfait, (suyuant Aaron et auec Glarean, Franchinus) est demonstré par deux lignes, ou pauses produittes par trois espaces entiers, mises deuant le signe de Temps (a): Celuy de maieur imparfait par l'absence d'icelle (b): Celuy de mineur parfait, par vne ligne, ou pause semblablement mise, et produitte (c): Celuy de l'imparfait par l'absence d'icelle (d): Quant au second degré qui est Temps, estant parfait, il est demonstré par vn cercle entier (e): Estant imparfait par vn demi (f): Quant au tiers degré qui est Prolation, estant parfaitte, elle est signifiée par vn poinct mis dedens le signe de Temps, (g): Estant imparfaitte, par l'absence d'iceluy (h). Comme poués le tout facillement voir en la table cy apres mise.

[-f.Biijv-] [Guilliaud, Rudiments, f.Biijv; text: Les trois degrés de Musique figurée. Mode, Temps, Prolation, Maieur, Mineur, Parfait, Imparfait, Quand la, vaut, Duquel le signe est, De laquelle le signe est, Absence de pauses. Absence de poinct. (a), (b), (c), (d), (e), (f), (g), (h)] [GUIRUD 06GF]

[-f.Biiijr-] REIGLE.

Les pauses de Mode ne seront indice de silence mais seulement du degré, si elles ne sont mises apres le signe de Temps pour signe interieur.

Des signes interieurs. Chapitre 5.

IL y a aussi des signes interieurs signifiés par noirceur de certaines notes, et disposition de pauses, par lesquels la perfection est cogneue en chascun degré: Lesquels auons declaré par les reigles suyuantes.

PREMIERE REIGLE.

Toutesfois et quantes que se tronueront trois Maximes noires, ou doubles pauses produittes par trois espaces, mises dedans le chant, ou incontinent apres le signe de Temps, elles demonstreront Mode maieur parfait (a).

SECONDE REIGLE.

Semblablement quand se rencontreront ainsi trois, Longues noires, ou vne pause produitte par trois espaces, le chant sera de Mode mineur parfait (b).

TROISIEME REILGE.

Quand aussi se trouueront ainsi trois Brefues noires, ou doubles pauses de demibrefues en mesme ligne, alors le chant sera de temps parfait (c)

QUATRIEME REIGLE.

Quand semblablement se trouueront trois Demibrefues noires, ou doubles pauses de minimes, en mesme reigle, alors le chant sera de Prolation parfaitte (d).

[Guilliaud, Rudiments, f.Biiijr; text: (a), (b), (c), (d)] [GUIRUD 07GF]

De la commixtion des degrés. Chapitre 6.

POurce que ces trois degrés ne peuuent estre aucunement les vns sans les autres, ains sont tousiours meslés, et conioint ensemble en quelque chant que ce soit: Il fauldra diligemment obseruer par les signes, ceux qui seront parfaicts, ou imparfaicts. Car aucunesfois ils se peuuent rencontrer

[-f.Biiijv-] [Guilliaud, Rudiments, f.Biiijv; text: ou tous trois, parfaits ainsi. imparfaits ainsi. ou vn, Parfait, et deux imparfaits qui sont, Mode Parfait Temps et Prolation imparfaits, ainsi, Temps parfait, Mode et Prolation imparfaits, ainsi, Prolation parfaitte Mode et Temps imparfaits, ainsi, imparfait, et deux parfaits qui sont, Mode imparfait Temps et Prolation parfait ainsi. Temps imparfait, Mode et Prolation parfaits, ainsi. Prolation imparfaitte Mode et Temps parfaits, ainsi.] [GUIRUD 07GF]

Declaration de la table precedente.

POur auoir facile intelligence de la table precedente, il est premierement à obseruer icelle estre diuisee en quatre principaulx membres, desquels le premier demonstre les trois degrés estre parfaits, en partie par les lignes, ou pauses produittes par trois espaces, demonstrant Mode tant maieur que mineur estre parfait, en partie par le cercle rond, demonstrant Temps estre parfait, en partie aussi par le poinct mis dedens iceluy cercle, signifiant Prolation parfaite. Le second au contraire demonstre tous iceux estre imparfaits. En partie par l'absence des pauses demonstrant Mode tant maieur que mineur estre imparfait, en partie par le cercle n'estant que demi, signifiant Temps estre imparfait, en partie aussi par l'absence du poinct, demonstrant Prolation estre imparfaitte. Le troisiesme demonstre l'vn des trois estre parfait, et les deux autres imparfaits. Le quatriesme au contraire l'vn des trois estre imparfait, et les deux autres parfaits. Lesquels on peut facilement cognoistre par mesme esgard: Et pourtant n'est ia besoing iceux aucunement declarer. Il sera donc facile cognoissant la perfection, et imperfection d'vn chascun degré, cognoistre la valeur des notes, et pauses mesurées par iceux: Ce qua'ppertement on peut voir en la figure cy apres mise.

[-f.Cir-] [Guilliaud, Rudiments, f.Cir; text: Minime, Demibrefue, Brefue, Longue, Maxime, 2, 3] [GUIRUD 08GF]

REIGLE.

En quelque lieu que soit Mode Maieur parfait, Mineur parfait y est tousiours compris, et non au contraire.

De la valeur des notes, et pauses qui ne sont mesurées par les degrés

Chapitre 7.

POurce que par la cognoissance des degrés, ne pouons bonnement comprendre la valeur des Minimes, Demiminimes, Fuses, Demifuses, et pauses d'icelles. Il est à noter qu'en quelque signe que soit la Minime, elle vaut tousiours (selon sa propre valeur) deux Demiminimes (a) La Demiminime deux Fuses (b) La Fuse deux Demifuses (c) et semblablement de leurs pauses.

[-f.Civ-] [Guilliaud, Rudiments, f.Civ; text: (a), (b), (c)] [GUIRUD 09GF]

Du touchement, ou mesure du chant.

Chapitre 8.

LA valeur de notes, et pauses cogneue selon leurs degrés, conuient en apres icelles sçauoir proferer par certaine mesure, que plusieurs appellent touchement, mettans difference entre iceluy et mesure, disant la mesure se faire en nombrant seulement les notes, ou pauses comme les signes le requierent, soit en chantant ou non: et le touchement ne se faire qu'en chantant soubs vn abaisser, ou frapper esgal à vn leuer: ce que me semble vray semblable. Et se reduit communement à la Demibrefue, moyennant qu'elle ne soit augmentée, ou diminuée outre sa propre valeur. Ce que toutesfois aucuns ne veulent estre obserué en Prolation parfaitte, ains en icelle le reduisent à la Minime. Or pour commodement faire l'vn et l'autre sur toutes notes, faut bien sçauoir resouldre les grandes en moindres le tout reduisant par multiplication. Ce que trouueront fort facile ceux qui auront quelque cognoissance d'Arithmetique. Et pource que plusieurs n'estans versés en icelle pourroient en ce trouuer quelque difficulté, nous auons le tout redigé en table comprenant le nombre des mesures ou touchements sur toutes notes en chascun signe. Et faut noter que le nombre dessus mis au droit de Prolation parfaitte demonstre la mesure, ou touchement reduit à la Minime, le dessoubs à la Demibrefue.

[-f.Cijr-] Exemple des notes mesurées par les degrés.

[Guilliaud, Rudiments, f.Cijr,1; text: 81, 54, 36, 27, 24, 18, 12, 9, 8, 6, 4, 3, 2, 1] [GUIRUD 09GF]

Exemple des notes n'estant mesurées par les degrés.

[Guilliaud, Rudiments, f.Cijr,2; text: En tous signes Prolation estant, parfaitte faut. imparfaitte faut. 1 Minime, 2 Demiminimes, 4 Fuses, 8 Demifuses, Minimes, 16, pour le touchement.] [GUIRUD 09GF]

Icy faut obseruer le touchement se faire aucunesfois plus soudainement qu'autre: et alors est dit diminué, non pas qu'il diminue en rien la valeur des notes, mais pource que soubs iceluy elles sont plus legierement proferées. Et l'ont signifié les anciens par vne ligne transuersante le signe de Temps ainsi [Odim] ou ainsi [Cdim] de laquelle toutesfois à present on vse indifferement par tout.

[-f.Cijv-] De l'augmentation, et diminution des notes, et pauses outre leur propre valeur. Chapitre 9.

COgnoissant le touchement (ou mesure du chant) sur chascune note, et pause selon leur propre valeur, Il est en apres requis cognoistre comme outre ce elles reçoiuent augmentation, ou diminution. Et pource facilement entendre, faut premieremenr obseruer quant aux notes, icelles pouuoir estre ainsi augmentées outre leur valeur propre par trois manieres, asçauoir par alteration, par poinct, et proportion de mineure inequalité: Et diminuées par deux, sçauoir est par imperfection, et proportion de maieure inequalité, comme declarerons cy apres. Secondement quant aux pauses, faut noter icelle estre ainsi augmentées, et diminuées seulement par icelles deux proportions, desquelles parlerons au dernier chapitre de ce present traitté. Dauantage il est à obseruer augmentation, et diminution se faire aucunesfois tant aux notes, qu'aux pauses par certains canons, lesquels faut reduire aux proportions susdittes.

De l'imperfection des notes. Chapitre 10.

IMperfection est vne perte de tierce partie de valeur aux notes parfaittes, et pourtant ne se fait qu'en degrés parfaits, et se cognoist ou par superfluité ou par noirceure, ou par le poinct de diuision, duquel parlerons au douziesme Chapitre. Premierement par superfluité, quand deuant, ou apres quelque note parfaitte selon son degré, est prochainement située vne moindre) ou vallant la tierce partie d'icelle, estant superflue outre le nombre ternaire. Comme quand en Mode maieur parfait deuant, ou apres quelque Maxime est superflue vne longue, ou sa valeur (comme deux ou trois Brefues, ou sa pause) (a) en mode mineur parfait deuant, ou apres quelque longue, vne Brefue, ou sa valeur, (b) En Temps parfait deuant, ou apres quelque Brefue, vne Demibrefue, ou sa valeur (c) En Prolation parfaitte deuant, ou apres quelque Demibrefue vne Minime, ou sa valeur (d) Car alors faut diminuer la plus grande note d'autant que vaut la moindre (qui est tousiours sa tierce partie) à celle fin que rien ne soit superflu outre iceluy nombre.

[Guilliaud, Rudiments, f.Cijv; text: (a), (b), (c), (d)] [GUIRUD 10GF]

[-f.Ciijr-] SIl aduient que la moindre note, ou sa valeur ne puisse valoir la tierce partie de la grande, mais bien de quelque autre parfaitte comprise en icelle, lors luy causera seulement imperfection, et non à la grande comme si en Mode maieur, et mineur parfaits deuant ou apres vne Maxime est prochainement située vne Brefue ou sa valeur, elle ne pourra bonnement icelle du tout rendre imparfaitte (veu qu'elle ne vaut sa tierce partie) mais causera seulement imperfection à la prochaine Longue comprise en icelle, de laquelle elle peut faire la tierce partie (e) Et ainsi des Demibrefues apres les Longues en Mode, et Temps, parfaits (f) Et des minimes apres les Brefues en temps, et Prolation parfaits (g). Et pourtant sommairement faut noter que la moindre note superflue ne diminue iamais la grande que d'autant que s'estend sa valeur.

[Guilliaud, Rudiments, f.Ciijr,1; text: (e), (f), (g)] [GUIRUD 10GF]

REIGLE.

Quand apres la Brefue se rencontreront doubles pauses de Demibrefues situées en mesmes lignes, elles ne rendront la Brefue imparfaitte (h) si le poinct de diuision n'est mis entre deux (i) ou si elles ne sont en diuerses lignes (k) et semblablement des pauses de Minimes apres les Demibrefues parfaittes.

[Guilliaud, Rudiments, f.Ciijr,2; text: (h), (i), (k)] [GUIRUD 10GF]

[-f.Ciijv-] SEcondement par noirceur, quand les notes parfaittes selon leurs degrés sont trouuées noires. Car alors elles perdent la tierce partie de leur valeur, pour veu que le poinct de perfection n'y soit adioint.

[Guilliaud, Rudiments, f.Ciijv,1] [GUIRUD 10GF]

S'il aduient que quelque note imparfaitte de soy selon son degré, se rencontre ainsi noire en degré parfait autre que le sien, il faudra premierement auoir esgard si c'est en superieur, ou inferieur. Si en superieur, la noirceur ne la rendra dauantage imparfaitte, qu'elle est ia de soy, ne la pourra diminuer non plus qu'estant blanche, comme en seul Mode parfait vne Brefue, ou en seul Temps parfait vne Demibrefue (l) Si en inferieur, elle ne causera imperfection à icelle mesme, veu que de soy elle est desia imparfaitte, mais bien aux notes parfaittes comprises en icelle (m) comme si en seul Temps parfait se rencontre vne Maxime, ou Longue la noirceur ne les rendra imparfaittes, mais causera seulement imperfection aux Brefues comprises en icelles, Lesquelles sont parfaittes selon leur degré qui est Temps, et semblablement par tout. Ce que faut obseruer ne se faire aucunesfois qu'en la moitié de la note, quand il n'y a que icelle moitié noire (n) comme l'on peut voir en l'exemple cy dessoubs mis.

[Guilliaud, Rudiments, f.Ciijv,2: text: (l), (m), (n)] [GUIRUD 10GF]

[-f.Ciiijr-] Au surplus, si quelques fois elles se rencontrent en degrés tous imparfaits (qu'est improprement toutesfois) lors ne perdent que la quarte partie de leur valeur.

REIGLE.

De toutes notes il n'y a que la Maxime, Longue, Brefue, et Demibrefue, qui reçoiuent imperfection.

De l'alteration des notes. Chapitre 11.

ALteration est vn double accroissement de valeur aux notes, qui ne se fait qu'en degrés parfaits, quand en iceux il en deffaut vne du nombre ternaire, laquelle en cause deux superflues outre iceluy: Et pourtant faut necessairement que l'vne des deux soit augmentée d'autant encores qu'elle vaut, pour supplier celle qui deffaut, affin que iceluy nombre soit rendu parfait. Comme quand en Mode maieur parfait sont situées deux Longues entre deux Maximes parfaittes ou d'autre part imparfaittes (a): En Mode mineur parfait deux Brefues entre deux Longues (b): En Temps parfait deux Demibrefues entre deux Brefues (c): En Prolation parfaitte deux Minimes entre deux Demibrefues (d): La seconde des moindres sera tousiours doublement augmentée, pour conseruer le nombre en sa perfection.

[Guilliaud, Rudiments, f.Ciiijr; text: (a), (b), (c), (d)] [GUIRUD 11GF]

REIGLE.

De toutes notes il n'y a que la Longue, Brefue, Demibrefue, et Minime, qui reçoiuent alteration: et ne sont iamais alterées deuant leurs semblables, ne moindres.

Des trois especes de poinsts. Chapitre 12.

LE poinct est adioint aux notes pour trois seules causes sçauoir est, ou pour les diuiser, ou conseruer en perfection, ou augmenter: Dont pouons inferer n'estre que trois especes d'iceluy (combien que aucuns en ayent fait six) à sçauoir

[-f.Ciiijv-] [Guilliaud, Rudiments, f.Ciiijv; text: Poinct de, Diuision, lequel estant mis entre deux notes, icelles n'augmente ne diminue, mais seulement les separe d'ensemble, conioignant l'vne à sa precedente, et l'autre à sa suyuante en degrés parfaits ainsi. Perfection, lequel estant mis prochainement apres sa notes, icelle semblablement n'augmente, ne diminue, mais seulement la conserue en sa perfection ainsi. Augmentation ou d'addition, lequel estant mis semblablement apres sa note, icelle ne diuise ne conserue en perfection (car il ne se fait qu'en degrés imparfaits) mais l'augmente de la moitié ainsi.] [GUIRUD 11GF]

REIGLE.

De toutes ces trois especes de poinct, il ny à que celuy de diuision qui puisse seruir aux pauses ainsi qu'aux notes.

Des proportions. Chapitre 13.

PRoportion est vn certain regard, et habitude que les quantités de mesme genre ont les vnes auec les autres: et se considere en trois manieres selon trois diuerses sciences, à sçauoir Arithmeticque, Geometrie, et Musique, et pour autant que nostre intention ne gist en la declaration des deux premieres, nous la considererons seulement selon la derniere. Pour donc facilement entendre que c'est que proportion de Musique, il est premierement à obseruer icelle estre aussi considerée en deux manieres: dont l'vne gist en la difference, et hauteur des voix, et accords (de laquelle ne dirons autre chose en ce present traitté, mais bien lors qu'en ferons vn de la composition d'iceux) l'autre au temps, et mouuements des voix signifiées par leurs notes, comparant certains nombres d'icelles ensemble. De laquelle icy seulement parlerons. Et pour auoir entiere cognoissance d'icelle, il est à noter que tout nombre comparé à l'autre luy est esgal, ou inesgal, et pourtant d'icelle sont constituées deux espaces, à sçauoir

[-f.Dir-] [Guilliaud, Rudiments, f.Dir; text: Proportion, D'equalité, quand deux nombres esgaux de mesmes notes comparés ensemble sont proferés aussi tost l'un que l'autre en diuerses parties, et est demonstrée par vn mesme nombre en chascune partie, ou par mesmes signes sans nombres. D'inequalité quand deux nombres de mesmes notes inesgaux comparés ensemble sont proferés aussi tost l'un que l'autre, et est diuisée en, Maieure, par laquelle le grand nombre comparé au moindre est diminué d'autant proferant aussi tost, Mineure par laquelle le moindre nombre comparé au plus grand, est augmenté d'autant, ne proferant plus-tost, et cetera, et alors est ditte, Double ainsi, ou ainsi, Triple, Quadruple, Sesquiautre, Sesquitierce, Sousdouble, Soustriple, Sousquadruple, Soussesquiautre, Soussesquitierce, signée, 2 que 1, 3, 4, 6, 8, 2/1, 4/2, 3/1, 6/2, 3/2, 6/4, 4/3, 8/6, 1/2, 2/4, 1/3, 2/6, 1/4, 2/8, 2/3, 4/6, 3/4, 6/8] [GUIRUD 12GF]

[-f.Div-] IL y a encores plusieurs manieres de proportions d'inequalité, lesquelles n'auons icy recité: en partie pour la difficulté, et incertitude d'icelles (laquelle pourroit diuertir la ieunesse de cest art non moins vtile que delectable) en partie aussi pource qu'elles ne se trouuent à present practiquée en aucuns autheurs. Et pour autant que ces proportions d'inequalité recitées par nous ne sont ainsi communes à tous comme celles d'equalité, nous auons cy mis exemple familier de chascune selon les deux especes d'icelles: Desquelles tout ainsi que la comparaison est contraire, aussi est l'effet totallement contraire. Car d'autant que l'une (sçauoir est Maieure) fait diminuer les notes, et pauses comprises en icelle, d'autant l'autre (qui est Mineure) fait augmenter les siennes: Comme manifestement il est cy apres demonstré par les exemples.

REIGLE.

Toute proportion d'inequalité prend tousiours fin par sa contraire, ou par l'aduenement du cercle, ou demi cercle.

AVTRE REIGLE.

En quelque proportion que se soit iamais ne se doit faire alteration ne imperfection si le degré ne le requiert.

Exemple des proportions de Maieure inequalité: et premierement

[Guilliaud, Rudiments, f.Div; text: De proportion Double. 1, 2, 4] [GUIRUD 13GF]

[-f.Dijr-] CEste proportion est aucunesfois demonstrée par deux demi cercles tournés de diuers costés ainsi [C][CL] et ce pour la cause que dit Franchinus en son Second liure de Musique Practique Chapitre 4. Sçauoir est le costé dextre estre beaucoup plus entier, et parfait que le senestre, et au contraire le senestre trop plus infirme que le dextre. Et pour ceste cause les Musiciens ont voulu le senestre diminuer l'autre de la moitié ainsi que le simple nombre le double.

[Guilliaud, Rudiments, f.Dijr; text: De proportion Triple. De proportion Quadruple. 1, 3, 4] [GUIRUD 13GF]

[-f.Dijv-] [Guilliaud, Rudiments, f.Dijv,1; text: De proportion Sesquiautre. 2, 3] [GUIRUD 14GF]

Ceste proportion est aucunesfois signifiée par notes noires, et alors est communement appellée Hemiolia qui est vne diction grecque signifiant autant que sesquialtera en latin: Et pourtant ne different en rien l'vne de l'autre sinon que ceste cy peut reçeuoir alteration, l'autre non. Et ainsi en a vsé Maistre Clement Ianequin (homme tresexpert en cest art) en son chant de l'Alouette, et plusieurs autres tant en signes de Temps que Prolation.

[Guilliaud, Rudiments, f.Dijv,2; text: De proportion Sesquitierce. 3, 4] [GUIRUD 14GF]

[-f.Diijr-] Exemple des proportions de Mineure inequalité.

Et premierement.

[Guilliaud, Rudiments, f.Diijr,1; text: De proportion Sousdouble. 1, 2] [GUIRUD 14GF]

Ceste proportion est aussi aucunesfois demonstrée par le signe de Prolation parfaitte mis en vne des parties: Ie dis en vne car s'il est trouué en toutes, il ne signifiera telle proportion, mais seulement perfection du degré.

Exemple.

[Guilliaud, Rudiments, f.Diijr,2] [GUIRUD 15GF]

[-f.Diijv-] [Guilliaud, Rudiments, f.Diijv; text: De proportion Soustriple. De proportion Sousquadruple. De proportion Soussesquiautre. 1, 3, 4, 2] [GUIRUD 16GF]

[-f.Diiijr-] [Guilliaud, Rudiments, f.Diiijr; text: De proportion Soussesquitierce. 3, 4] [GUIRUD 15GF]

Voila (amy Lecteur) ce que i'ay peu trouué des parties necessaires aux fondemens de Musique Practique: en quoy si tu cognois quelque imperfection, ie te prie la vouloir humainement supporter, considerant que sommes tous hommes et qu'au seul Dieu perfection appartient.

Fin du Second traicté.

In laudem authoris.

Laudauit vatem mirataque Graecia phoebum,

Quod data thebano barbitos ipsa lino.

Te tua miretur potius Burgundia: per te

Ars modo phoebeis Musica parta sonis.


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