TRAITÉS FRANÇAIS SUR LA MUSIQUE
School of Music
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Author: Le Roy, Adrian
Title: Traicté de musique
Source: Adrian Le Roy, Traicté de musique, Facsimile Edition with Translation, Introduction and Notes, ed. Máire Egan-Buffet, Musicological Studies Vol. 66 (Ottawa: Institute of Mediaeval Music, 1996), 2-58.
Graphics: ROYTRA 01GF-ROYTRA 18GF

[-2-] [f. 1r] TRAICTE DE MUSIQUE contenant une théorique succinte pour méthodiquement pratiquer la composition.

Ex bibliotheca Saint Germain a praxis 1688

PIETATE ET JUSTITIA

A Paris. Par Adrian le Roy et Robert Ballard, Imprimeurs du Roy.

M.D.LXXXIII. Avec privilège de sa majesté.

[f. 2r]

Adrian Le Roy Au Lecteur

Jaçoit que plusieurs doctes personnages, tant anciens que modernes, ayent diligem[m]ent et copieusement escrit de la musique, tant la théorique que la pratique, voire jusques à spécifier les plus petites et menues observations qui se gardent par ceux qui font profession d'entendre l'art de composition: toutefois considérant que la pluspart des livres qu'on en lit sont en langage Grec, Latin, ou Italien, et par conséquent peu entendues de ceux qui les devoient sur tout pratiquer, j'ai estimé n'estre un petit soulagement pour ceux qui désirent de bien mettre par escrit en cet art, et d'observer les reigles principales et plus nécessaires à l'usage de la composition, si je mettois en lumière une instruction sommaire qui servît comme d'abrégé à la quantité des reigles et préceptes mention[n]és ès livres susdits, et ce en langue vulgaire, afin que les jeunes compositeurs en eussent plus facile intelligence. Ainsi donnant ce petit traicté au public, je m'asseure qu'il ne sera moins prisé, que bien receu de ceux qui se voudront estudier à pratiquer la méthode qui y est contenue. Car non seulement les principes de la composition y sont proprement couchés, et clairement deduicts par exemples, mais aussi tout ce qui est requis pour rendre une harmonie complette, au jugement des oreilles plus délicates, y est si familièrement et succinctement expliqué, que celui qui s'en sçaura bien aider ne se fera paroistre moins agréable, au moyen de l'estude qu'il y pourra faire, que bon ouvrier par la soigneuse pratique qu'il y sçaura exercer. Je sçay qu'il y a plusieurs autres reigles et observations [f. 2v] qui n'y sont [pas] spécifiées. Aussi y-a il grande différence entre un volume entier et un abrégé sommairement extraict de plusieurs traictés, auquel on ne prétend pas de particulariser tous les menus préceptes de l'art, mais de toucher seulement comme en passant les plus nécessaires. Pareillement aussi ne suis-je ignorant qu'on y eust peu mettre et ajouter d'autres nouvelles reigles, usitées par les plus nouveaux musiciens de nostre tems, nommément d'Orlande, ce grand maistre et Suprême Ouvrier, l'excellente et docte veine duquel pourroit seule servir de loi et reigle à la musique, attendu que les admirables inventions, ingénieuses dispositions, douceur agréable, propreté naive, naiveté propre, traicts signalés, liberté hardie, et plaisante harmonie de sa composition fournissent assez de sujet pour recevoir sa musique comme patron and exemplaire sur lequel on se peut seurement arrester. Mais comme j'ay dict, il suffira d'avoir touché en ce petit discours les points ordinaires qui servent à bien digérer une gentille invention de composer, voire qui soit au goust d'une oreille bien nette et d'un jugement clair et solide, afin que l'ouvrage [-4-] qui en sera produict, loue et face louer l'industrie de son ouvrier, selon que la vertu doit estre louée, à l'espreuve d'un travail louable. C'est aussi pourquoi on n'a point expressément voulu user de longues narrations ni deductions, ains d'une brièveté succincte, afin de plus aisément retenir en la mémoire ce qu'il enseigne, pour le mettre en effect avec diligence, estude, labeur et jugement naturel, qui sont les principales aides des instructions qu'on donne pour le regard des sciences.

[f. 3r] TRAICTE DE MUSIQUE contenant une théorique succinte pour méthodiquement pratiquer la composition.

Reigles pour le Contrepoinct

Contrepoinct est ainsi appellé, pource que quand il fut inventé, on n'avoit pas l'usage des nottes ou figures, telles que nous avons à présent, mais on marquoit seulement des poincts sur quatre lignes paralelles, ou aux espaces, et se formoit par ce moyen un concent par la diverse modulation de deux voix. Donc le contrepoinct se peut nommer un assemblement de deux ou plusieurs voix, contenantes diverses consonances, selon les reigles qui s'ensuivent.

Premièrement

Nous avons deux sortes de contrepoinct, c'est assavoir simple et figuré. Le simple se compose des consonances parfaictes et imparfaictes, sans y admettre les dissonances. Et s'il n'est à plus de deux voix, la quarte en sera aussi exclue, lequel contrepoinct se nomme vulgairement par les practiciens, notte contre notte, comme l'exemple le monstre.

[Le Roy, Traicté, 4; text: Exemple. TENOR. SVPERIVS.] [ROYTRA 01GF]

example 1

[-6-] [f. 3v] Le contrepoinct figuré se faict de toutes les figures ou nottes diverses en valeurs, dont procède un artifice et liaison agréable à l'oreille, lequel reçoit premièrement les consonances parfaictes et imparfaictes, et semblablement les dissonances et la quarte aussi, par le moyen dudit artifice et liaison.

[Le Roy, Traicté, 6,1; text: Exemple. TENOR. SVPERIVS.] [ROYTRA 01GF]

example 2

S'ensuit la déclaration des Consonances.

Premièrement des consonances et dissonances en général

Consonances simples:

[Le Roy, Traicté, 6,2; text: Sensuyt la declaration des Consonances. Premierement des Consonances et dissonances en general. Consonances simples. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, Repliques, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22] [ROYTRA 02GF]

[-8-] [f. 4r] Des Consonances parfaictes

Premièrement, unisson n'est point compté pour consonance, d'autant qu'il n'engendre point de variété, ains est en la musique celui duquel procèdent toutes les consonances, comme en l'arithmétique, de l'unité procèdent tous les nombres, et en la géométrie, du poinct procède la ligne.

[Le Roy, Traicté, 8,1; text: Consonances parfaictes. Consonances imparfaites. Dissonances. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22] [ROYTRA 02GF]

Declaration des Consonances parfaites et imparfaites. Premièrement de la diapason ou octave.

La diapason est composée de cinq tons et de deux semitons majeurs et s'en trouve de sept espèces. [f. 4v]

[Le Roy, Traicté, 8,2; text: Exemple. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7] [ROYTRA 03GF]

example 3

[-10-] De la Diapenté ou Quinte

La diapenté contient trois tons et un semiton majeur et est de quatre espèces.

[Le Roy, Traicté, 10,1; text: Exemple. 1, 2, 3, 4] [ROYTRA 03GF]

example 4

[f. 5r] De la Diatessaron ou Quarte.

La diatessaron est composée de deux sons et un semiton majeur et est de trois espèces.

[Le Roy, Traicté, 10,2; text: Exemple. 1, 2, 3] [ROYTRA 03GF]

example 5

Il se trouve quatre intervalles qui participent de la consonance et dissonance, c' est à sçavoir la fausse quinte, la quinte superflue, le triton et la fausse quarte.

Premièrement, la fausse quinte ou autrement semidiapente contient seulement deux tons et deux semitons majeurs.

[Le Roy, Traicté, 10,3; text: Exemple.] [ROYTRA 04GF]

example 6

La quinte ou diapenté superflue contient quatre tons entiers.

[Le Roy, Traicté, 10,4; text: Exemple.] [ROYTRA 04GF]

example 7

[-12-] Le triton est ainsi appellé pource qu'il contient trois tons entiers.

[Le Roy, Traicté, 12,1; text: Exemple.] [ROYTRA 04GF]

example 8

La fausse quarte ou semidiatessaron ne contient qu'un ton et deux semitons majeurs. [f. 5v]

[Le Roy, Traicté, 12,2; text: Exemple.] [ROYTRA 04GF]

example 9

Les consonances imparfaictes sont de deux espèces, assavoir majeur et mineur, qui sont la sixte ou [l'h]exacorde majeur et mineur.

La tierce majeur ou diton, c'est à dire, deux tons.

La tierce mineur ou semiditon et leurs répliques.

La sixte ou [l'h]exacorde majeur contient quatre tons et un semiton majeur.

[Le Roy, Traicté, 12,3; text: Exemple.] [ROYTRA 04GF]

example 10

La sixte ou [l'h]exacorde mineur contient trois tons et 2 semitons majeurs.

[Le Roy, Traicté, 12,4; text: Exemple.] [ROYTRA 04GF]

example 11

[-14-] Le diton ou tierce majeur contient deux tons et se trouve en l'[h]exacorde commun, ut, ré, mi, fa, sol, la, deux fois.

[Le Roy, Traicté, 14,1; text: Exemple.] [ROYTRA 05GF]

example 12

Le semiditon ou tierce mineur ne contient qu'un ton et un semiton majeur, et se trouve aussi deux fois en l'[h]exacorde commun.

[Le Roy, Traicté, 14,2; text: Exemple.] [ROYTRA 05GF]

example 13

[f. 6r] Il y a deux espèces de dissonances naturelles, assavoir majeur et mineur, la seconde et [la] septième.

La seconde majeur contient un ton entier.

La mineur un semi-ton majeur.

[Le Roy, Traicté, 14,3; text: Exemple. Majeur. Mineur.] [ROYTRA 05GF]

example 14

La septième majeur contient cinq tons et un semiton majeur.

La mineur contient quatre tons et deux semi-tons majeurs.

[Le Roy, Traicté, 14,4; text: Exemple. Majeur. Mineur.] [ROYTRA 05GF]

example 15

[-16-] Il y a encores beaucoup de sortes de dissonances, mais pource qu'elles ne se trouvent en l'ordre naturel, nous les passons soubs silence et remettons cela à la diligence et estude du practicien, et en pratiquant, il les pourra cognoistre. Seulement nous dirons un mot en passant de l'octave fausse qui se nomme autrement semidiapason et diapason superflue.

La semidiapason ou octave fausse contient quatre tons et trois semitons majeurs, et se trouve de b carré en b mol.

[Le Roy, Traicté, 16,1; text: Exemple.] [ROYTRA 05GF]

example 16

[f. 6v] L'octave superflue contient six tons et un semi-ton majeur.

[Le Roy, Traicté, 16,2; text: Exemple.] [ROYTRA 06GF]

example 17

C'est ce que les practiciens ont appellé assez improprement fa contre mi en accord parfait, car puisque l'octave ou la quinte, ou la quarte sont fausses, ce ne sont plus accords parfaicts.

Quant à ces espèces d'octaves, il les faut du tout éviter.

Fin de la déclaration des Consonances.

[-18-] Après avoir entendu comment se forment les susdittes consonances ou intervalles, il faudra venir à la pratique d'icelles, assavoir, comment il les faut mettre en usage au contrepoint simple ou figuré, tenant l'ordre que nous avons desjà tenu par ci-devant, commençant par les parfaites.

Reigles en général des parfaictes.

Premièrement, il ne faut jamais faire deux parfaites semblables immédiatement suivant l'une l'autre, assavoir, deux octaves, deux quintes ou deux quartes, comme ici.

[Le Roy, Traicté, 18,1; text: Exemple. Vnissons, Octaues, Quintes, Quartes] [ROYTRA 06GF]

example 18

Ce qui se dict des simples, se doit aussi entendre des répliques.

Mais si l'occasion se présente qu'il faille faire deux parfaictes l'une après l'autre, il les faut varier, qu'elles ne soient d'une mesme espèce comme de l'octave à la quinte et au contraire. [f. 7r]

[Le Roy, Traicté, 18,2; text: Exemple.] [ROYTRA 06GF]

example 19

Quant à la quarte, on ne la pratique point au contrepoint simple; quelquefois au contrepoint figuré on peut en user par le moyen des reigles que nous donnerons ci-après.

[Il] faut noter qu'après une parfaicte, on peut aussi faire quelqu'une des imparfaictes, et mesme le plus souvent sera le meilleur d'entrelasser les imparfaictes et les parfaictes, d'autant que le contrepoinct s'en trouvera plus plaisant et plus riche.

[-20-] Des imparfaictes.

La mesme reigle générale que nous avons des parfaictes, nous doibt aussi servir pour les imparfaictes, c'est à dire, que nous ne pourrons pas faire deux imparfaictes de mesme espèce, l'une après l'autre, non plus que de deux parfaictes, comme seroient deux tierces majeures of mineures, mais il les faut entremesler la majeure après la mineure comme il s'ensuit.

Exemple de la tierce

[Le Roy, Traicté, 20,1; text: Exemple de la tierce.] [ROYTRA 06GF]

example 20

Quelquefois il se présente [l']occasion de faire plusieurs tierces, mais les cordes naturelles ne permettent point d'en faire plus de deux ou trois tout ou plus, alors on se pourra s'ayder du [x] diesis cromatic ou du b mol en deffaut des naturelles.

Le mesme se peut dire de la sixte que nous n'en ferons point deux semblables ou d'une mesme espèce, mais les varier de majeur en mineur comme nous avons faict des tierces. [f. 7v]

[Le Roy, Traicté, 20,2; text: Exemple.] [ROYTRA 07GF]

example 21

Quant aux dissonances, ne se peuvent pratiquer en contrepoinct simple, parquoi nous n'en parlerons point, jusques à ce que nous traictions du contrepoint figuré.

[-22-] Comment se doivent pratiquer les parfaites et imparfaites ensemble.

Nous avons enseigné ci-dessus comme en général, la façon qu'il faut observer en pratiquant les parfaictes et imparfaictes séparément, c'est à dire, de parfaictes à parfaites et d'imparfaites à imparfaites. Maintenant il nous fait voir comment nous les mellerons ensemble, et principalement il faut avoir grand esgard quand on veut aller d'une imparfaicte à une parfaicte, de ne monter ni descendre ensemble, principalement de la sixte à la quinte, ou monter à l'octave.

[Le Roy, Traicté, 22,1; text: Exemple. mal, pis] [ROYTRA 07GF]

example 22

Mais de la tierce à la quinte il se peut faire, toutesfois en montant il en faut user sobrement, moyennant que l'une des deux parties procède par degrés conjoincts. [f. 8r]

[Le Roy, Traicté, 22,2; text: Exemple. bon, meilleur] [ROYTRA 07GF]

example 23

Toutesfois, on pourra quelquefois descendre de la tierce mineur à la quinte, encores que toutes les deux parties procèdent par quelque intervalle.

[Le Roy, Traicté, 22,3; text: Exemple. bon, meilleur] [ROYTRA 07GF]

example 24

[-24-] On pourra bien quelquefois monter de la dixième majeur à l'octave, mais non pas descendre si ce n'est pas à plus de trois parties.

[Le Roy, Traicté, 24,1; text: A 2: A 3. ou 4. A 5. ou 6.] [ROYTRA 08GF]

example 25

Quant est d'aller d'une parfaicte à une imparfaicte, on n'y regarde poinct, toutesfois il se trouve quelque exception de ces reigles ici, comme nous pourrons voir ci-après par les exemples.

Premièrement, nous commencerons par la sixte majeur, laquelle naturellement demande l'octave, comme lui estant plus prochaine, et cela se faict par mouvemen[t]s contraires et degrés conjoins, et si on ne lui peut bailler l'octave, il luy faut bailler quelque une des imparfaictes. [f. 8v]

[Le Roy, Traicté, 24,2; text: Exemple.] [ROYTRA 08GF]

example 26

Tout ainsi que la sixte majeur requiert l'octave, à cause que c'est la plus prochaine parfaicte, aussi la sixte mineur demande la quinte pour mesme raison, et en deffaut de la quinte, on peut lui bailler quelqu'une des imparfaictes comme s'ensuit.

[Le Roy, Traicté, 24,3; text: Exemple. De la tierce.] [ROYTRA 08GF]

example 27

[-26-] L'oc[c]asion se présente souventfois de faire une parfaicte après la tierce, mais il se faut donner garde de faire une tierce majeur devant ou après la quinte, pareillement devant ou après la sixte majeur, c'est assavoir par mouvements contraires, pour éviter la fausse relation du triton comme on void ici.

[Le Roy, Traicté, 26,1; text: Exemple. Relations fausses.] [ROYTRA 08GF]

example 28

[f. 9r] Mais il sera bon de luy donner l'octave, à cause qu'elle lui est plus prochaine que la tierce mineur; au deffaut de l'octave on lui baillera la sixte mineur ou la dixiesme mineur, et sera bon d'observer en ceci la mesme reigle que nous avons donnée ci- dessus généralement pour les imparfaites comme de la sixte majeur à la tierce mineur, ou de la sixte mineur à la tierce majeure. Pareillement, nous avons de la tierce mineur à la sixte majeur, ou de la tierce majeur à la sixte mineur.

[Le Roy, Traicté, 26,2; text: Exemple.] [ROYTRA 09GF]

example 29

On peut bien quelquefois aller de la tierce majeur à la quinte, mais il faut que ce soit par mouvemen[t]s semblables, ou au contraire, c'est à dire de la quinte à la tierce majeur.

[Le Roy, Traicté, 26,3; text: Exemple.] [ROYTRA 09GF]

example 30

[-28-] De la tierce mineur

La tierce mineur requiert d'estre suivie ou précédée de la quinte, quelquefois aussi peut estre suivie de l'octave, ou de quelque dixième. [f. 9v]

[Le Roy, Traicté, 28,1; text: Exemple.] [ROYTRA 09GF]

example 31

Mais il ne faut point mettre devant ou après la sixte mineur, par mouvemen[t]s contraires, à cause de la relation de la fausse quinte, comme ici.

[Le Roy, Traicté, 28,2; text: Exemple.] [ROYTRA 09GF]

example 32

Nous dirons autant de la tierce majeur à la sixte majeur par mouvemen[t]s contraires, à cause de la relation du triton; autrement elles se peuvent pratiquer ensemble, comme la sixte mineur à la tierce mineur.

[Le Roy, Traicté, 28,3; text: Exemple.] [ROYTRA 09GF]

example 33

Nous avons dict ci-dessus un mot en passant qu'il faut varier les imparfaictes mesmes de diverses espèces tout ainsi que celles qui sont de mesmes espèces, c'est à dire les sixtes et les tierces.

[Le Roy, Traicté, 28,4; text: Exemple.] [ROYTRA 10GF]

example 34

[-30-] [f. 10r] De la fausse quinte

Les anciens practiciens n'ont pas voulu du bannir la fausse quinte de leur contrepoinct, tant pource que cela apporte grande commodité que, d'autre part, comme ils ont pratiqué, non seulement elle n'offense point l'oüie, mais aussi elle lui donne une grande délectation quand elle est observée selon les reigles qui s'ensuivent, et veu mesmement que les dissonances sont receües par le moyen de quelques règles, par plus forte raison ceste-ci qui est consonance, qui participe de deux parfaictes, assavoir la quinte et la quarte, doibt estre pratiquée. Mais il en faut user sobrement par le moyen de cette reigle, c'est assavoir, qu'il faut qu'il y ait toujours trois voix, l'une des deux parties qui monte ou descende par degrés conjoints, finissant par un semiton majeur, l'autre partie viendra aussi à se conjoindre, par le moyen dudit semiton, se rencontreront ensemble sur la tierce majeur, qui est une des plus agréables consonances que nous ayons. Joinct que les deux semitons par mouvemens contraires, addoucissent toute la rudesse d'icelle. Ces raisons ont induit les plus excellens practiciens, tant anciens que modernes, à la recevoir et pratiquer, comme on pourra voir par leurs oeuvres, entre autres Josquin, Adrian [Willaert] et Mouton.

[Le Roy, Traicté, 30,1; text: Exemple.] [ROYTRA 10GF]

example 35

Quand il sera question de se conjoindre à l'octave ou à l'unisson par mouvements contraires et degrés conjoincts, il faudra nécessairement que l'une des deux parties face le degré de semiton pour ensuivre la reigle que nous avons donnée ci dessus, qu'il faut aller de l'imparfaicte à la parfaicte par la plus prochaine.

La tierce mineure à l'unisson, la sixte majeur à l'octave et de la dixième mineur à l'octave. [f. 10v]

[Le Roy, Traicté, 30,2; text: Exemple.] [ROYTRA 10GF]

example 36

[-32-] Après avoir declaré suffisamment comment il faut user des consonances, tant parfaictes qu'imparfaictes, comme on a peu voir ci-dessus, il sera bon de dire un mot en passant, touchant le commencement du contrepoinct, c'est assavoir, la première notte doibt toujours estre d'une des parfaictes, c'est tout un laquelle, mesme par unisson, selon que la commodité le requerra, car les anciens praticiens ont voulu faire cet hon[n]eur aux parfaictes. Et à bon droit de commencer leur contrepoinct par icelles, et d'autant que l'octave est la plus parfaicte, il leur a semblé bon de faire leur contrepoinct par icelle, joint que la fin d'une chose est aussi la perfection d'icelle. Et faut notter qu'il ne faut point finir un contrepoinct que par l'octave, si ce n'estoit qu'il vint à propos quelquefois de finir par l'unisson ou par la quinzième.

Pour le contrepoinct figuré

Nous avons dict ci-dessus tout ce qu'il nous semble nécessaire touchant les reigles du contrepoinct simple ou plain dicts vulgairement notte contre notte. Mainenant il nous faut déduire ce qui reste pour le contrepoint figuré ou diminué, et faut notter que toutes les reigles qui ont esté mentionées ci-dessus se doivent aussi observer en ce contrepoinct figuré. Toutesfois, non pas tant exactement à cause des licences que l'on peut prendre, ensuivant les exceptions des reigles générales que nous en avons données ci-dessus comme nous verrons par les exemples suivan[t]s.

Que c'est que contrepoinct figuré

Contrepoinct figuré se peut faire en deux sortes. Premièrement que le subject tienne une forme de plain chant duquel les figures ou nottes seront d'une mesme valeur ou quantité, ou quelquefois de diverses, moyennant que la moindre soit d'une semibrève, l'autre partie que l'on compose sur ledict subject se peut faire de diverses figures diminuées à la fantasie du compositeur. [f. 11r]

L'autre sorte de contrepoinct figuré se faict quand toutes les deux parties sont diminuées sans qu'aucune des deux parties tienne quelque forme de plain chant, ou bien sans qu'ils tiennent le plain chant l'un après l'autre et en icelui faut observer les mesmes reigles.

[-34-] [Le Roy, Traicté, 34,1; text: Exemple.] [ROYTRA 10GF]

example 37

Ce qui a esté dict ci-dessus touchant les consonances parfaictes en général se doit aussi observer en ce contrepoinct ici. Toutesfois il y a des exceptions touchant les imparfaictes. Premièrement, il nous faut parler de la syncope, d'autant qu'elle est grandement nécessaire au contrepoinct figuré, tant pour embellir et orner ledict contrepoinct que pour la nécessité. Car sans icelles on ne sçauroit pratiquer les dissonances, sinon d'une façon comme nous verrons ci-après.

De la Syncope

La Syncope est un acte qui se faict par le moyen d'une figure grande ou plusieurs entre deux autres figures vallant la moitié moins, et doibt la première figure qui sera la moindre commencer au battre de la mesure. Tellement que toutes celles qui la suivront commenceront contre mesure.

[Le Roy, Traicté, 34,2; text: Exemple.] [ROYTRA 11GF]

example 38

[f. 11v] Par le moyen de ceste syncope, nous pourrons nous servir des dissonances quelles qu'elles soient et aussi faire exceptions des reigles ci-dessus données touchant quelques consonances imparfaictes; par mesme moyen nous pourrons pratiquer la quarte.

[-36-] Exemple des dissonances par le moyen de la syncope

[Le Roy, Traicté, 36,1; text: 2, 7, 4, 11] [ROYTRA 11GF]

example 39

Faut notter que ceci ne se peut faire, sinon que toutes les deux parties descendent par degrés conjoints, afin qu'après la dissonance, l'on puisse faire la consonance imparfaite, qui est milieu entre la consonance parfaite et la dissonance. Car deux extrémités engendrent plustôt le discord que l'accord, comme l'on pourra voir par cet exemple, là où on voit la quinte suivre la septième, comme plusieurs en ont usé, ce que je ne serois d'advis, pource que la nature ne peut endurer deux extrémités s'entresuivre sans aucun milieu.

[Le Roy, Traicté, 36,2; text: Exemple.] [ROYTRA 11GF]

example 40

On peut quelquefois pratiquer la dissonance par mouvemen[t]s contraires, comme partant de la tierce mineur, pour aller trouver l'unisson, ou de la dixième mineur, pour aller trouver l'octave.

Il se peut aussi faire des majeurs, mais là où le semiton se présentera, il sera toujours meilleur qu'autrement, selon ce que nous avons dict ci-dessus. [f. 12r]

[Le Roy, Traicté, 36,3; text: Exemple. bon, non si bon.] [ROYTRA 11GF]

example 41

[-38-] Il y a un autre moyen de pratiquer les dissonances, assavoir par les minimes noires lesquelles, à cause de leur mouvement léger, ne peuvent estre si tost comprinses par le sens de l'oüie. Mais il faut que le tout procède par degrés conjoincts, et d'autant qu'il y en a quatre en la mesure, il faut que la minime noire qui se rencontre sur la bat[t]ue d'icelle, soit consonante, semblablement celle qui se rencontre sur la levée. Quant aux deux autres, seront ce qu'elles pourront.

[Le Roy, Traicté, 38,1; text: Exemple.] [ROYTRA 12GF]

example 42

Les anciens ont usé d'une autre façon de pratiquer les dissonances, c'est assavoir, par minimes blanches, et falloit que la première des quatre, et la troisième fussent consonances, tout ainsi que nous avons dict des minimes noires. Toutefois il y aura une autre chose à observer, c'est qu'il faut que la première figure qui commence de la partie diminuée, soit une semibrève avec un poinct. [f. 12v]

[Le Roy, Traicté, 38,2; text: Exemple.] [ROYTRA 12GF]

example 43

On peut aussi faire passer trois noires dissonantes par le moyen de la syncope ou du poinct d'augmentation. Mais il faut que la partie sur laquelle la dissonance se faict soit accordante avec ledict poinct ou syncope. Et y demeure jusques à tant que la dissonance soit passée avec la minime noire ensuivant. Elle se peut aussi faire passer aucunesfois, par le moyen d'une minime blanche, au lieu du poinct ou de la syncope.

[-40-] [Le Roy, Traicté, 40,1; text: Exemple. quelquefois.] [ROYTRA 12GF]

example 44

Il a esté dict ci-dessus que la sixte majeur ne peut estre suivie de la quinte, toutesfois, par le moyen de la syncope il se peut faire. Car si la dissonance est receüe, moyennant icelle syncope, à plus forte raison la quinte le doibt estre. Mais ce ne sera pas ainsi de la sixte mineur à l'octave. Toutesfois par le moyen d'une dissonance que l'on mettra entre la sixte mineur et l'octave, il sera permis. Le mesme se peut faire, de la dixième majeur à l'octave. [f. 13r]

[Le Roy, Traicté, 40,2; text: Exemple. sixte mineur.] [ROYTRA 12GF]

example 45

De la cadence

La cadence est un acte qui se faict et consiste en trois voix dont la première doibt estre accordante avec la dernière, soit par unisson, quarte ou tierce, toutesfois les plus ordinaires se font par la tierce et la quarte.

[Le Roy, Traicté, 40,3; text: Exemple.] [ROYTRA 13GF]

example 46

[-42-] Ceci soit dict pour la taille. Quant au dessus, il faut que la première soit unisson avec la dernière, et se faut servir d'icelle cadence à la conclusion d'une sentence, s'en servant comme d'un poinct ou période. [CBd] [CBd]

La cadence se peut pratiquer en deux sortes, assavoir simple et syncopée. En la simple il n'y a point de dissonance. En la syncopée, si elle se faict à l'unisson, la syncope et dernière partie de la notte syncopée doit estre une seconde, suivie d'une tierce majeur ou mineur, mais la mineur sera plus propre, à cause que les parties se conjoignent, par le moyen du semiton. [f. 13v] Si elle se faict à l'octave, alors la dernière partie de la syncope doit estre une septième, suivie d'une sixte. Et faut notter que la taille faict sa cadence descendant de la seconde à la dernière.

Le dessus au contraire en montant de la seconde à la dernière.

[Le Roy, Traicté, 42,1; text: Exemple. bon. meilleur.] [ROYTRA 13GF]

example 47

Si la partie d'embas faict [une] cadence de dessus, et que la taille soit à l'octave en haut, alors la dissonance sera neufiesme et la consonance sera dixiesme si on se veut conjoindre à l'octave.

[Le Roy, Traicté, 42,2; text: Exemple.] [ROYTRA 13GF]

example 48

[-44-] [f. 14r] Nous avons dict ci-devant que la dissonance qui se faict par le moyen de la syncope doit estre suivie d'une imparfaicte, assavoir de la tierce ou la sixte ou la dixième, et non pas de parfaictes, pour éviter les extrémités, et ce par degrés conjoincts en descendant, non pas comme d'aucuns ont voulu, qu'icelle dissonance syncopée fut ensuivie par une intervalle soit de quarte ou de quinte comme ici.

[Le Roy, Traicté, 44,1; text: Exemple.] [ROYTRA 14GF]

example 49

Ce que je ne suis [pas] d'advis d'estre imité pource que les plus excellen[t]s praticiens n'en ont jamais usé, joinct que le degré conjoinct est plus propre à cela, comme l'expérience le monstre.

De la cadence rompue

Les practiciens ont appellé cadence rompue quant l'une des deux parties, ou bien les deux ensemble, fuyent leurs conclusions naturelles, moyennant comme nous avons monstré en autre endroit, que la syncope ne soit jamais suivie d'une parfaicte.

[Le Roy, Traicté, 44,2; text: Exemple.] [ROYTRA 14GF]

example 50

[f. 14v] Il ne faudra jamais faire une quinte après la syncope, d'autant que se seroit une parfaite après la dissonance. Toutesfois, quand la dissonance viendroit à estre une neufiesme, on pourroit faire non seulement la quinte, mais aussi l'octave; mais toutesfois, je ne serois point d'advis d'en user sinon à plus de deux parties.

[-46-] [Le Roy, Traicté, 46; text: Exemple. 9. 6. 5. 8. meilleur. bon.] [ROYTRA 14GF]

example 51

Des modes ou tons

Les anciens jadis ont appellé modes ce que nos practiciens modernes appellent aujourd'hui tons, assez mal à propos, d'autant que ce qui s'appellent proprement ton est l'intervalle, qui en la pratique se trouve entre l'ut et le ré, entre le ré et le mi et le mi et le fa. Nous nous tiendrons donc au nom que les anciens lui ont donné, combien que c'est peu de chose du nom, moyennant que l'on aie vraie cognoissance d'iceux modes. Et premièrement, nous disons que mode n'est autre chose qu'une certaine manière de modulation ou chant, contenue entre les extrémités d'un diapason ou octave, mi-partie de la quarte et de la quinte, et icelle quinte mi-partie de la tierce.

Lesquelles cordes ou voix seront les principalles des dictes modes, et lesquelles il faudra le plus souvent toucher et faire entendre.

Les praticiens modernes n'ont constitué que huict modes, mais les anciens et plus approuvés autheurs en mettent jusques à douze. Et pour prouver ceci, il faut commencer du plus haut, assavoir la consonance diapason, laquelle nous avons dict ci-dessus qu'elle est la plus parfaicte [f. 15r] de toutes les consonances, à cause qu'elle comprent en soy toutes les variétés de voix ou cordes qui sont en nature.

Nous avons prouvé aussi ci-dessus que ladicte consonance diapason se trouve de sept espèces, à cause de la diverse situation du semiton.

C'est donques à bon droit que les Anciens ont voulu que les Modes prinssent leur origine d'icelle, comme nous verrons ici.

Premièrement, ils ont assigné à chaque espèce de diapason deux modes, tellement qu'ayant sept espèces de diapason, il faudroit nécessairement qu'il y eust 14 modes, mais d'autant que l'une des 7 espèces ne se peut mi-partir par la quarte et la quinte, comme nous avons dict ci-dessus, elle ne pourra aussi former aucune espèce de mode comme monstrerons ci-après. Il ne nous reste done plus que six espèces de diapason auxquelles nous assignerons à chacune deux modes, qui feront en tout le nombre de 12 [-48-] modes, divisés en deuz ordres. Assavoir [que] les 6 qui seront du nombre imper comme 1, 3, 5, 7, 9, 11 seront appellés autentiques ou principaux et les 6 autres qui sont de nombre per assavoir 2, 4, 6, 8, 10, 12 s'appelleront plagals ou subjects collateraux.

S'ensuivent les noms des modes

Autentiques Plagals

1 Dorien. 2. Soubs Dorien.

3. Phrygien. 4. Soubs Phrygien.

5. Lydien. 6. Soubs Lydien.

7. Mixolydien. 8. Soubs Mixolydien.

9. AEolien ou Iastien 10. Soubs AEolien.

11. Ionien 12. Soubs Ionien.

Il faut maintenant prouver selon ce que nous avons dict, qu'iceux 12 modes se forment soubs les 6 espèces de diapason, en rejectant la 7 [ème] espèce pour la cause ci-dessus dicte.

Premièrement, le mode Dorien avec son collateral est formé sur la première espèce de diapason.

Le Phrigien et son compagnon sur la seconde et ainsi des autres ensuivans. [f. 15v]

example 52

[Le Roy, Traicté, 48; text: Autentiques, Plagals. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12.] [ROYTRA 15GF]

[-50-] Nous voyons par cet exemple que chaque mode contient une octave, toutesfois mi-partie diversement, c'est asçavoir. Les autentiques procèdent premièrement par la quinte en montant et puis après par la quarte. Ce qui s'appelle mi-partement harmonique. Le plagal faict tout au contraire, car en lieu de monter la quarte au dessus de la quinte comme l'autentique, il la descend en bas et ce mi-partement est appellé arithmétique. Or pour avoir plus facile intelligence de ce que dessus, il faut sçavoir que la plus basse corde des autentiques, ou bien la plus haute qui respond à l'octave sera la notte finalle dudict mode, tant autentique que plagal. [f. 16r] Et de la corde qui faict la quinte est appellée dominante en l'autentique, et faudra que le disciple face souvent répéter en sa modulation lesdictes quintes et quartes du mode qu'il voudra traicter. Combien qu'il peut aussi user de quelque autre quinte et quarte empruntée de quelque autre mode, mais non si souvent que des naturelles.

Il sera bon de donner quelque exemple des nottes finales de chaque mode, et comme nous avons dict ci-dessus, l'autentique et le plagal d'un mesme mode se doivent finir en mesme corde, tellement que l'autentique viendra à finir en l'une des extrémités de son diapason et le plagal finira en sa corde médiane qui vient à estre la mesme corde final[e] de l'autentique.

[Le Roy, Traicté, 50,1] [ROYTRA 15GF]

example 53

Nous avons promis de prouver qu'il y a une espèce de diapason de laquelle ne se peut former aucun mode, et pour y satisfaire, il faut premièrement monstrer comment les autres modes se forment, c'est assavoir d'une quinte et d'une quarte justes, comme le dorien, lequel se commence en D sol ré et a sa quinte juste en A la mi ré, et sa quarte juste en D la sol ré.

[Le Roy, Traicté, 50,2; text: Exemple. Dorien.] [ROYTRA 16GF]

example 54

[-52-] Le Phrigien commence en e la mi grave et a sa quinte juste en b fa [sqb] mi, et a sa quarte juste en e la mi aigu, c'est à dire le haut.

[Le Roy, Traicté, 52,1; text: Phrigien.] [ROYTRA 16GF]

example 55

[f. 16v] Le Lidien commence en f fa un grave, et a sa quinte juste en c sol fa ut et sa quarte juste en f fa ut aigu.

[Le Roy, Traicté, 52,2; text: Exemple. Lidien.] [ROYTRA 16GF]

example 56

Le Mixolidien se commence en g sol ré ut grave, et a sa quinte juste en d la sol ré et sa quarte juste en g sol ré ut aigu.

[Le Roy, Traicté, 52,3; text: Exemple. Mixolidien.] [ROYTRA 16GF]

example 57

L'Oeolien se commence en a la mi ré grave, et a sa quinte juste en e la mi et sa quarte juste en a la mi ré aigu.

[Le Roy, Traicté, 52,4; text: Exemple.] [ROYTRA 16GF]

example 58

Il nous reste encor[e] à parler de l'Ionien, mais pour ne point rompre l'ordre que nous avons commencé à tenir, c'est assavoir de corde en corde, il nous faut premièrement monstrer que sur la corde qui se présente, assavoir b fa [sqb] mi, on ne peut fonder aucun mode certain, pource qu'en procédant de la mesme façon que nous avons faict jusques ici, nous ne trouverons ni quinte ni quarte qui soit juste, car premièrement commençant en icelui b fa [sqb] mi grave par [sqb] carré, on rencontre la fausse quinte en f fa ut, et au lieu de la quarte on trouve le triton en b fa [sqb] mi aigu, qui sont intervales du tout discordans, dont à bon droict elle a esté rejectée. [f. 17r]

[-54-] Cestui-ci est à rejecter

[Le Roy, Traicté, 54,1; text: Exemple.] [ROYTRA 17GF]

example 59

L'Ionien se commence en c sol fa ut grave, et a sa quinte juste en g sol ré ut, et sa quarte juste en c sol fa ut aigu.

[Le Roy, Traicté, 54,2; text: Exemple.] [ROYTRA 17GF]

example 60

Il reste maintenant à cognoistre les cordes auxquelles on peut faire les cadences naturelles de chaque mode, et faut premièrement prendre la quinte et la mi-partir par la tierce, et sur chacune desdites cordes se font les cadences naturelles, tellement que chaque mode aura trois cadences particulières.

[Le Roy, Traicté, 54,3; text: Exemple. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12.] [ROYTRA 17GF]

example 61

Les modes des susdicts se peuvent transporter quelquefois par le moyen du b mol, une quarte plus haut ou une quinte plus bas comme, par exemple, le Dorien, qui est en d la sol ré, se peut transporter une quarte plus haut, ou une quinte plus bas, qui sera en g sol ré ut par b mol.

[Le Roy, Traicté, 54,4; text: Exemple.] [ROYTRA 17GF]

example 62

[-56-] [f. 17v] Au contrepoinct à trois parties, il faut user des quartes le plus sobrement qu'on pourra, principalement quand elle n'est soustenue que de la quinte, d'autant que la quarte et la quinte font le corps de l'octave, joinct que l'harmonie propre, c'est assavoir quant les trois voix sont diverses, n'y est point observé, joinct aussi que les Consonances parfaictes ne sont point si plaisantes à l'ouie que les imparfaictes, et en un tel corps d'harmonie, ne se rencontrent que les trois parfaictes, qui font l'octave, la quinte et la quarte, comme appert par cet exemple.

[Le Roy, Traicté, 56,1; text: bon. meilleur. encor meilleur. quelquefois bon.] [ROYTRA 17GF]

example 63

Mais il sera bon d'user souvent de la quarte soustenue par la tierce en bas, qui viendra à estre une sixte à la partie haute; toutesfois, il faut que le tout se face suivant les reigles de la sixte ci-dessus donnée.

[Le Roy, Traicté, 56,2; text: Exemple.] [ROYTRA 18GF]

example 64

[-58-] [f. 18r] Par ce moyen on aura toujours les trois voix diverses, qui est la chose que l'on doit cercher le plus au contrepoinct à trois parties. Et plus il y a de voix, moins cette harmonie propre doit estre délaissée, d'autant que se pouvant faire à trois, par plus forte raison à quatre ou à cincq ne se doibt obmettre.

La quarte se peut aussi soustenir d'une autre façon, assavoir la tierce au dessus, mais cela se doit faire avec jugement, et ne s'en peut bailler reigle certaine, sinon à la discrétion du compositeur.

[Le Roy, Traicté, 58; text: Exemple. bon. meilleur.] [ROYTRA 18GF]

example 65

Fin de ce présent traicté


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