Fn and Ft: MAITON2 TEXT
Author: Maillart, Pierre
Title: Les Tons, ou discours, sur les modes de musique,
Seconde partie
Source: Les Tons, ov Discovrs, svr les modes de mvsiqve, et les Tons
de l'Eglise, et la distinction entre iceux (Tovrnay: Charles Martin, 1610; reprint ed.
Genève: Minkoff, [1972]), 178-326.
Graphics: MAITON2 01GF-MAITON2 19GF
[-178-] SECONDE PARTIE, EN LAQVELLE SE TRAICTE des hvict tons des pseavmes.
Chapitre premier.
Auquel est respondu aux arguments de ceux qui ne veulent receuoir que huict modes.
PLaton, au troisiesme Dialogue de son liure, intitulé de Republica, nous enseigne qu'on ne doibt admettre legerement toute sorte de musique en vne republique, ains seulement celle qui est vtile pour la correction des moeurs, et institution de la ieunesse. [On ne doit admettre legerement toute sorte de musique en vne republique. in marg.] Et pour ceste cause chasse et bannit de sa republique la mode Ionique, et la Lydienne, comme plus amplement se peut voir au lieu susallegué. Est-ce (parauenture) pour le mesme effect que plusieurs musiciens du iourd'huy ne veulent receuoir que huict modes, chassant et bannissant les autres de leur escole, sans permettre seulement d'en parler? Et à la verité, les mesmes causes n'y manquent point: car [-179-] si on veut bien examiner et considerer le tout, on trouuera la musique du iourd'huy, sans comparaison, plus legere, lasciue, et deshonneste, la jeunesse plus desbauchée et corrompue que iamais. [Nihil minus nostros magistratus et Principes solicitos habet quam ea cura quali musica populus iuuenesque vulgo <via>ntur vt mirari non debeamus tantam morum labem in hac temporum faece existere. Pater Ioannes Mariana liber de Spectaculis. in marg.] Dequoy se plaint le Pere Ioannes Mariana, de la Societé de Iesus, au liure des Spectacles. De sorte, que si on auoit les lunettes de Platon, on voiroit (sans doute) autant d'abus, et y trouueroit on autant à retrancher ou plus que de son temps. Est-ce, doncq, pour ceste cause qu'ils la veulent retraindre et reduire à huict modes? Rien moins. Car tant s'en faut qu'ils veulent venir à ceste distinction que faict Platon, entre les bonnes et mauuaises, vtiles et inutiles, qu'eux mesmes ne sçauent quelles sont celles qu'ils veulent retenir ou reiecter, n'ayants autre esgard, pour ce faict icy, que de maintenir ce beau nombre de huict modes. En quoy ils se monstrent autant contraires au faict de Platon, comme ils sont eslognés de sa bonne intention. Car Platon ne nye point le nombre (comme a esté monstré cy dessus) ains defend seulement l'vsage des modes inutiles: Eux, au contraire, permettent l'vsage, voires de toutes les douze, sans nulles en reseruer (comme monstrerons tantost) cependant le nombre y est si estroitement defendu qu'il n'est licite de parler que de huict. Ce qui declare manifestement, que ce n'est point la bonne affection qui les porte, ny le desir qu'ils ont de remedier aux abus, ains vne opinion (affin que ie ne dye opiniastreté) conçeuë de propositions [-180-] mal entenduës (comme monstrerons cy apres) laquelle ils veulent deffendre contre tout droict et raison. Aussi voyons nous, que tous les arguments dont ils se seruent, pour prouuer leur dire, sont si foibles, et de si peu d'estoffe, qu'ils rendent leur cause de tant plus suspecte, qu'on la voit appuyée sur si petit fondement. Si est-ce qu'il les fault reciter, craignant qu'en les laissant ils ne facent profit de nostre silence, comme si les eussions ignorez, ou bien que volontairement les aurions obmis craignants d'y respondre.
Le premier, doncq, et principal argument duquel s'aident quasi tous les anciens est tiré de l'opinion de Boëce, et de Ptolemaee, comme s'ensuyt.
[Hos tantum octo modos posteritas noscitur celebrasse, quoniam in girum ducti immutabilis et perfecti quindecim cordarum systematis integrum diatonice comprehendunt extensionem. Franchinus ex Glareanus libro 1. capitulo 21. in marg.] Les sept especes de Diapason de Boëce n'accomplissent point le disdiapason; il fault, doncq, auoir la huictiesme de Ptolemaee, affin de l'accomplir, et de parfaire le grand systeme, qui contenoit vne double octaue, en laquelle ils estimoient consister la perfection de leur musique. [Arguments de ceux qui ne veulent que huict modes refutés. in marg.] La solution de cest argument sera facile à celuy qui aura entendu ce qu'auons dict cy dessus. Car s'il est ainsi, qu'il n'y a que sept voix differentes, et que la huictiesme soit la mesme que la premiere (comme suffisamment a esté prouué tout au commencement du traicté precedent) il s'ensuyt, que le huictiesme diapason sera aussi le mesme que le premier, par l'axiome vulgaire, De octauis idem iudicium. Que si d'auenture ils veulent maintenir qu'il soit autre que le premier (comme il est) à cause de la [-181-] transposition des especes de diapenté et diatessaron, il fault doncq qu'ils facent aussi place au neufiesme, lequel, par le mesme argument, sera trouué autre que le deuxiesme, et au dixiesme, lequel respond au troisiesme, et ainsi des autres, iusques au douziesme, comme pourront facillement considerer ceux qui auront entendu les diuerses especes de diapason, declarées cy dessus. Ce que monstre aussi fort bien Glarean, liure 2. chapitre 6. quant il dit: Quare si octauus vulgò alius est modus ab septem illis veris atque indubitatis, idque ob vnicam systematis inuersionem, necesse est, quatuor reliquos modos, nonum, decimum, vndecimum, ac duodecimum, in numerum modorum admittere. [L'vn des deux est necessaires, de dire qu'il n'y a que sept modes, en reiectant la huictiesme, ou confesser qu'il en y a douze. in marg.] De sorte, que l'vn des deux est necessaire, ou nyer la huictiesme, et dire (auec Boëce) qu'il n'en y a que sept; ou admettre les douze especes de diapason auec nous. Pour la mesme cause aussi, Thiard reiecte tout à plat le huictiesme diapason de Ptolemaee, comme il se peut voir au second solitaire, ou le Curieux l'interogue en ceste sorte: Pourquoy ne donnez vous quelque lieu à celle espece, laquelle Ptolemaee, en accomplissement du systeme parfaict, adiousta soubs le nom de Surmixolidienne? par-ce que ce ne seroit (dit-il) que repeter les deux formes de la Soubsdorienne, ausquelles elle est semblable. Mais encor que la voulsissions admettre, par forme de tollerance, si est-ce toutesfois, que si les musiciens du iourd'huy la cognoissoient bien, et sçauoient où elle est logée, à sçauoir entre alamire et aalamire (car telle auons dit estre la Soubsdorienne) ie suis [-182-] certain, que iamais ils ne la voudroient recognoistre ny admettre pour la huitiesme: tant sont ils peu curieux de sçauoir quelles modes ils admettent ou reiectent, pourueu que le nombre de huit y soit conserué. Mais passons outre.
[Autres arguments de ceux qui ne veulent receuoir que viij. modes. in marg.] Le deuxiesme argument est tiré d'André Ornitoparche, liure j. chapitre iiij. où il prouue les viij. modes, en la maniere comme s'ensuyt: Latini, octo tonis, omne quod canitur, concludunt, instar octo partium orationis: nam non incongruum videtur (scribit Ioannes Pontifex, capitulo 10.) vt octo tonis, omne quod canitur, moderetur, quemadmodum octo partibus orationis, omne quod dicitur. Comme qui diroit: Tout ainsi, que tout ce qui se dict est comprins en huit parties d'oraison, ainsi aussi est-il conuenable, et bien seant, que tout ce qui se chante, soit contenu en huit tons, ou modes. Mais cest argument ne prouue rien. Car il y a plusieurs choses qui seroient conuenables et bien seantes, qui ne sont point pourtant. D'auantage, pour faire la comparaison bonne et vaillable, elle deburoit estre entre choses semblables, et partant deburoit accomparer la mode, non aux 8. parties d'oraison (desquelles traictent les Grammariens) ains aux genres d'oraison, (desquelles traictent les Rhetoriciens) qui respondent plus proprement aux modes, et ainsi (sans doute) se trouueroit le nombre different. Georgius Rawe vse du mesme argument, au liure premier de sa musique, pour le mesme effect. Gregorius Faber, liure premier, chapitre 17. dict qu'il n'a [-183-] veu autre musique d'autre mode, que de l'vne des 8. et partant conclud, qu'il n'en y a point d'auantage. Mais si ce bon Pere eut vescu, lors que la musique commençoit à naistre, et qu'il n'y auoit encor que deux ou trois modes en vsage, eut il dict qu'il n'y en auoit non plus? I'ay cogneu quelque maistre Musicien qui ne sçauoit composer que d'vne sorte de mode: que si tous les autres eussent esté semblables (comme ils pouuoient estre à la premiere naissance de la musique) s'ensuyuroit il pourtant qu'il n'y en auroit non plus? Mais on sçait bien que l'ignorance des musiciens ne peut diminuër les modes, lesquelles de leur nature sont en certain nombre (comme a esté monstré cy dessus) encor qu'elles ne soyent pas en vn mesme temps en vsage ny en pratique. Iean Froschius, pour prouuer qu'il n'y a que viij. modes, au 24. chapitre de sa musique, dict comme s'ensuit: Tametsi tredecim, apud Aristoxenum et Volaterranum, toni dinumerentur, nostrates tamen musici, faelicitate temporum quibus bonae litterae ab iniuria vendicatae sunt, in hanc sententiam adducti sunt, vt illis, cum Boëtio et reliquis, tonorum numerum octonario finiuisse sufficiat. Ainsi quasi tous reçoiuent et approuuent les sept especes de Boëce, et la 8. de Ptolemaee. Franchin (selon le tesmoignage de Glarean, liure 1. chapitre 21.) vse quasi de semblable langage, disant. Confugit ad Ptolaemei hypermixolidium, vt sic saltem pulchellius ille octonarius modorum numerus non periret. Et ainsi plusieurs autres ne se deffendent pour garder [-184-] leurs huict modes, que de l'authorité de leurs predecesseurs. Qui n'est autre chose, que, sans alleguer aucune raison solide, suyure à yeux clos les pas de leurs predecesseurs. Les autres (qui sont presques tous les modernes) vsent de leur authorité propre, et disent rondement qu'il n'y a que huict modes, sans alleguer aucune raison, comme si leur dire estoit vn arrest de parlement, et oracle d'Apollon, entre lesquels est Fredericq Beurhus, chapitre 3. du 2. liure, disant. Quot modi? octo praecipui quorum septem ex totidem diapason speciebus nascuntur: octauus ad totum systema diapason complendum additus est, et cetera. Ainsi plusieurs, mais tout leur dire ne conclud rien contre nous. Car, veu que nous auons plus que suffisamment cy deuant monstré et prouué que le nombre des douze modes est du tout requis et necessaire pour l'accomplissement et perfection de la musique, il ne suffit point, pour destruire nostre conclusion, de dire simplement qu'il n'en y a que huict, ains faut prouuer que les huict suffisent pour l'accomplissement du corps de musique, et donner raison suffisante pourquoy les quatre autres doiuent estre reiectées comme superfluës et inutiles. Ce que iamais personne n'a osé attenter, et l'osant, iamais n'en viendra à bout, ny en sortira à son honneur, pour les raisons qu'auons dict cy dessus. Aussi, entre tous leurs arguments, il n'y en a pas vn qui bat directement contre le nombre des douze modes, ains sont tous à la defensiue de leur [-185-] nombre de huict, et ne font que parer au coup, ne tendant à autre fin que de pouuoir deffendre et maintenir l'opinion commune des huict modes. Et de faict, si on veult regarder vn peu de plus prés, et bien examiner ce qu'ils en disent, on trouuera que plusieurs d'entre-eux sçauent bien qu'il y a douze modes, et que c'est le nombre vray et legitime, [La cause principale que plusieurs ne veulent receuoir que viij. modes. in marg.] mais par-ce que le vulgaire n'en reçoit que huict, ne s'osant debender de ceste opinion commune, cherchent quelque manteau ou couuerture, et quelque forme d'argument pour la pouuoir conseruer. Faber nous seruira icy de tesmoignage (laissant tous les autres, affin d'euiter prolixité) lequel, au liure premier de sa musique, chapitre 17. dit en cest sorte: De modorum numero, et si difficile sit pronuntiare, praesertim cum inter musicos ipsos nondum conueniat, tamen meam quoque sententiam in praesentia, paucis aperiam, si prius quid alij sentiant, mea quasi indicatione patefecero. Henricus Glareanus, vt omnium optimarum artium ac disciplinarum, ita et musicae peritissimus, in suo dodecachordo, duodecim modorum (à quibus etiam libros suos inscripsit) mentionem facit atque demonstrationem. Qua sane in re (quantum ego quidem, pro ingenij mei tenuitate, iudicare possum.) Omne pensum absoluisse, et diligentiam suam in instaurandis disciplinis, omnibus litteratis hominibus probasse mihi videtur. Et si quis rem ipsam interius introspiciat, negare non potest, quin vir ille doctissimus, ex septem diapason speciebus, Harmonica diuisione, quae authentis modis, et Arithmetica, [-186-] quae plagijs conuenit; duodecim proprios ac veros modos demonstrarit. Ego verò, etsi reipsa, ita esse, et veterum musicorum exemplis (si extarent) probari posse iudico: tamen, cum nostri saeculi musicorum omnes figuratae cantiones, quas quidem posteritati reliquerunt, ad octo tantum modos compositae sint, egóque de illis praecepta tradere instituerim, hoc loco octonarium modorum numerum, cum Boëtio, Franchino, et alijs probatis musicis, statuere volui. Voyez vous, qu'il confesse, et dict, qu'il sçait certainement qu'il y a douze modes, vrayes et legitimes? Cependant il ayme mieux suiure l'opinion commune (sans aucun fondement) que dire ce qu'il en sçait à la verité et par certaine science. Ie sçay, qu'il y a encor auiourd'huy des musiciens, lesquels peuuent auoir entendu des raisons si pregnantes, et des demonstrations si claires et euidentes, qu'elles pourroient faire foy et persuader les douze modes susdictes aux plus incredules de la terre: ce neantmoins, ils les reiectent, comme inutiles, et de nulle valeur, au pris de ceste opinion commune: [Les preoccupations de noz iugements ont grande force enuers nous. in marg.] tant de force ont enuers nous les preoccupations de noz iugements. Mais d'où peult proceder ceste opinion? d'où a elle prins son accroissement? sur quel fondement est elle appuyée? Entendons bien le tout, affin d'y pouuoir respondre. L'Eglise (disent ils) n'en reçoit que viij. Voyez vous d'où ils tirent leurs deffences? C'est la ruse du iourd'huy, d'vser d'authorité, ou la raison manque; et de tant plus est [-187-] l'authorité grande, de tant plus est fort celuy qui l'allegue et deffend. Or est il, qu'il n'y a rien plus chaudement combatu, ny plus opiniastrement deffendu, que ce qui se faict soubs pretexte de pieté ou de religion. De là vient, que ceste opinion est plus opiniastrement maintenuë, pour-ce qu'elle est corroborée et estayée de l'authorité de l'Eglise. Quoy doncq? y a il quelque Canon qui commande de retenir seulement viij. modes en l'Eglise? ou bien, y a il quelque censure Ecclesiastique, contre ceux qui en receuront d'auantage? Rien moins: car l'Eglise (qui ne traicte que choses sainctes et sacrées) ne s'entremet point des affaires de musique. Quoy qu'il en soit (diront ils) si est il vray, que l'Eglise ne reçoit que huict modes. Posé le cas, qu'ainsi soit: s'ensuyt il pourtant, qu'il n'en y a non plus? Le chant de l'Eglise est finy et determiné, reduit en certains offices, lesquels n'ont besoin (peut estre) de plus grand nombre; est-ce à dire pourtant, que toute la musique, en general, se doit contenter d'vn tel nombre? Si les Ecclesiastiques se fussent contentez de trois ou quatre modes (comme ils pouuoient faire, pour respondre à la modestie du chant de la primitiue Eglise, [Le chant de l'Eglise anciennement ne contenoit qu'vne quarte, ou vne quinte. in marg.] qui se contenoit et bornoit en dedans vne quarte, ou vne quinte au plus; estant telle antiquité encor demeurée iusqu'auiourd'huy en l'Eglise, au chant des Epistres, Euangiles, Prefaces, et autres choses semblables, qui n'excede les limites d'vne quarte, [-188-] ou d'vne quinte) fauldroit-il pourtant, que la musique (qui s'accroist tous les iours) ou que les musiciens (qui sont libres en leur composition) fussent tant reserrés et retraincts qu'ils ne se pourroient eslargir autant que l'art leur permet? Mais, sans nous arrester icy d'auantage, voyons (ie vous prie) s'il est vray que l'Eglise n'en reçoit que huict. Ie croy certainement, que ceux qui maintiennent ceste opinion, n'ont point bien examiné le chant de l'Eglise, ou bien ne sçauent que c'est que de modes: [Les douze modes se trouuent au chant de l'Eglise aussi parfaictement qu'en nul autre chant. in marg.] car toutes douze se trouuent aussi parfaictement au chant Ecclesiastique, qu'en nul autre chant qui soit. I'en pensois mettre les exemples tout au long, affin qu'ils fussent en veuë à tout le monde, et que personne d'oresenauant n'en peust douter: mais craignant d'estre reprochable d'emplir nostre papier de tant d'exemples, ie me contenteray de mettre seulement le commencement des exemples, pour monstrer au doigt les lieux ou se pourront trouuer les douze modes. Et ne sera besoin feuilletter beaucoup de liures pour les trouuer, par-ce que nous les tirerons tous, ou la plus part, de l'office de Rome, Imprimé par Plantin.
[-189-] Exemples des douze modes au chant de l'Eglise.
Premierement, pour la mode Dorienne, voyez ce bel Hymne à la Vierge sacrée, qui se chante ordinaiment aux vespres de nostre Dame,
[Maillart, Les Tons, 189,1; text: Aue Maris stella.] [MAITON2 01GF]
Auquel se voit manifestement ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 189,2] [MAITON2 01GF]
Pour la mode Hypodorienne, voyez l'Hymne qui se chante aux vespres de la Dedicasse, qui commence:
[Maillart, Les Tons, 189,3; text: Vrbs beata Iherusalem,] [MAITON2 01GF]
Où vous trouuerez ce Diapason, en toute perfection:
[Maillart, Les Tons, 189,4] [MAITON2 01GF]
Pour la mode Phrigienne, voyez le troisiesme respons feriae 2. de la sepmaine saincte, qui commence ainsi:
[Maillart, Les Tons, 189,5; text: Insurrexerunt,] [MAITON2 01GF]
[-190-] Vous y trouuerez ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 190,1] [MAITON2 01GF]
Pour la mode Hypophrigienne, voyez le troisiesme Respons, du premier nocturne, du Dimanche de la Passion, qui commence comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 190,2; text: Vsquequo,] [MAITON2 01GF]
Vous y trouuerez ceste espece de Diapason, tres-parfaictement:
[Maillart, Les Tons, 190,3] [MAITON2 01GF]
Pour la mode Lydienne, voyez le troisiesme Respons, de la veille de Pasques, qui commence:
[Maillart, Les Tons, 190,4; text: Plange,] [MAITON2 01GF]
Vous y remarquerez facilement ceste espece de Diapason:
[Maillart, Les Tons, 190,5] [MAITON2 01GF]
Pour la mode Hypolydienne, voyez le Graduel, qui se chante le Ioeudy de la bonne sepmaine, qui commence:
[Maillart, Les Tons, 190,6; text: Christus fructus est.] [MAITON2 01GF]
[-191-] Vous y voirez manifestement ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 191,1] [MAITON2 01GF]
Pour la Mixolydienne, voyez l'Antienne premiere, qui se chante au iij. nocturne, du iour du Sainct Sacrement, qui commence:
[Maillart, Les Tons, 191,2; text: Introibo ad] [MAITON2 01GF]
Vous y voirez clairement ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 191,3] [MAITON2 01GF]
Pour la mode Hypomixolydienne, voyez l'Antienne ensuyuante, qui commence:
[Maillart, Les Tons, 191,4; text: Cibauit nos.] [MAITON2 02GF]
Vous y trouuerez parfaictement ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 191,5] [MAITON2 02GF]
Pour la mode Eolienne, voyez le Graduel, qui commence comme s'ensuit, et se chante le Dimanche apres Noël:
[Maillart, Les Tons, 191,6; text: Speciosus.] [MAITON2 02GF]
[-192-] Vous y verrés tres euidemment ceste espece de Diapason:
[Maillart, Les Tons, 192,1] [MAITON2 02GF]
Pour la mode Hypoeolienne, voyez le Graduel, qui se chante le Samedy des quatre Temps, deuant Noël, et commence:
[Maillart, Les Tons, 192,2, text: A summo caelo,] [MAITON2 02GF]
Vous y remarquerez facilement ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 192,3] [MAITON2 02GF]
Pour la mode Ionicque, voyez le Graduel, qui se chante Feria 3. post Dominicam primam Quadragesimae, qui commence:
[Maillart, Les Tons, 192,4; text: Dirigatur,] [MAITON2 02GF]
Vous y trouuerez tresparfaictement ceste espece de Diapason:
[Maillart, Les Tons, 192,5] [MAITON2 02GF]
Finalement, pour la mode HypoIonique, voyez l'Alleluya, qui se chante à la Messe de Beata Virgine, apres Noël, et commence comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 192,6; text: Alleluya.] [MAITON2 02GF]
[-193-] Vous y verrés clairement ce Diapason:
[Maillart, Les Tons, 193] [MAITON2 02GF]
Il est certain, doncques, que l'Eglise reçoit toutes les modes, sans aucune exception, et n'y a plus nulles excuses ny arguments qui puissent garantir noz aduersaires; ains faut necessairement qu'ils aduoüent et confessent qu'il y a douze modes aussi bien au chant de l'Eglise qu'autre part. D'où vient, doncq, ceste opinion tant constante et fameuse des viij. tons? Car on ne parle iamais en l'Eglise que de viij. tons, et tient on pour vne chose tres-certaine et asseurée qu'il n'en y a non plus: et les plus anciens sont ceux qui auec plus d'opiniastreté s'ahurtent à ceste opinion, la veuillant maintenir, comme vne chose conforme à leur ancien vsage, à leurs registres, et à tous les liures de l'Eglise, lesquels n'ont iamais faict mention que de viij. tons. Dirons nous que c'est abus? serons nous si temeraires, que de penser seulement qu'vn tel erreur auroit duré si long temps au chant de l'Eglise? Tant s'en faut, qu'au contraire, nous disons auec eux, que vrayement il n'y a que viij. tons, conformement aux reigles et registres qu'on en voit encor. Mais il fault bien entendre ce poinct, car à faulte de l'auoir bien entendu, se sont esleuées et forgées toutes les absurditez et opinions que nous voyons maintenant à cause des tons. Et comme d'icy a procedé l'erreur et le [-194-] mal, aussi fault il commençer par icy, a y mettre le remede.
[Il n'y a que huict tons au chant de l'Eglise, et n'en y a iamais eu d'auantage. in marg.] Nous disons, doncq, vrayement, qu'il n'y a que huict tons: et disons encor d'auantage, que iamais n'en y a eu non plus; mais fault bien noter, que parlant ainsi, n'entendons parler des modes (qu'auons dict et disons estre en nombre de douze) ains seulement des tons des Pseaumes, qui proprement sont appellez tons, et, dés leur premiere institution, ont esté tousiours en nombre de huict, et sont demeurez tousiours en tel nombre, iusques à present.
[Difference entre mode et Ton. in marg.] Quoy doncq? y a il difference, entre les tons des Pseaumes, et les modes cy dessus declarées? certainement ouy, et bien grande. Car les douze modes susdictes sont comme douze principes, ou douze cathegories, qui contiennent en soy tous les inferieurs. Et pour ceste cause, Faber les appelle proprement, Harmoniae genera, par-ce que ce sont douze genres superieurs, soubs lesquels, sont contenuës toutes les especes et indiuiduz, et toute sorte de musique qu'on sçauroit imaginer. Qui est cause, que les genres susdicts, doiuent estre en certain nombre, qui soit suffisant de comprendre et enclore tout ce qui est de la musique, comme suffisamment a esté monstré cy dessus. Mais les tons des Pseaumes, sont les especes, ou bien indiuiduz, contenuz soubs les genres susdicts. Ce sont chants particuliers, inuentez des hommes, pour chanter choses particulieres, qui se peuuent changer et augmenter [-195-] toutes les fois qu'on voudra. Car, comme nul ne peut nier, qu'il ne soit licite à tous Musiciens, d'inuenter, et composer diuers airs, ou diuerses sortes de chants, pour chanter choses diuerses: comme (pour exemple) si quelqu'vn vouloit inuenter, ou composer, six ou sept sortes de chant, pour chanter six ou sept sortes de Letanies, ou autre chose semblable, il luy seroit licite de leur imposer tel nom que bon luy sembleroit, pour les distinguer et recognoistre: [Comme les tons des Pseaumes ont esté inuentez. in marg.] ainsi fault il croire, les tons des Pseaumes auoir esté inuentez et instituez de mesme. Car ayants les Ecclesiastiques tousiours esté fort curieux (ainsi que chacun sçait) de faire le seruice diuin en toute reuerence, bon ordre, et sans confusion; il fault croire (quant il fut ordonné de chanter les Pseaumes en l'Eglise Latine, respondant l'vn costé à l'autre, ainsi qu'ils se chantent encor pour le iourd'huy (ce qui fut de temps Sainct Damas Pape;) il fault croire (dy-ie) qu'ils ont cerché tous moyens, et faict debuoirs, pour euiter tout desordre et confusion, au chant susdict: et a telle fin inuenté certains airs modestes, pour chanter leurs Pseaumes, qui sont les viij. tons susdicts. Pour lesquels enseigner, et faire congnoistre à tous, et affin que chacun fut rendu apte et idoine de chanter et psalmodier en l'Eglise, et de s'acquitter de son debuoir, [Les reigles qui sont és liures de l'Eglise se doiuent rapporter aux tons. in marg.] ils ont inuenté les reigles, qui sont encor pour le present enregistrés és liures de l'Eglise, lesquelles se rapportent si proprement aux tons susdicts, nous enseignant (comme monstrerons [-196-] cy apres) les intonations, mediations, et euouaë, c'est à dire, le commencement, le milieu, et la fin de chacun ton particulier des pseaumes, qu'on les voit manifestement auoir esté inuentées pour le chant des pseaumes susdicts, que nous appellons tons.
[Le mot de ton represente naïfuement le chant des pseaumes. in marg.] Et ce mot de ton nous represente si naïfuement la nature du chant susdict (car que pouuez vous remarquer et entendre au chant des pseaumes, autre chose qu'vn son, ou vne voix continuelle, qui est la propre signification de ce mot ton, comme dirons cy apres) qu'on ne peut nyer aucunement, que ce ne soit vn nom fort conuenable, et qu'il n'ait esté choisi pour le signifier.
La pratique et vsage ordinaire du nom de ton, nous enseigne le mesme. Car pour cent Motetz, cent Chansons, cent Madrigales, et cent autres choses semblables, qu'on veult chanter, il n'y a iamais question de parler ou s'informer, au prealable, de quel ton ils sont: au contraire, s'il fault seulement chanter vn pseaume, il fault necessairement qu'on en sçache premierement le ton, par-ce que sa cognoissance est du tout necessaire pour psalmodier. Qui est vn signe euident, que ce mot de Ton appartient aux pseaumes proprement, et que c'est du ton des pseaumes qu'on veult parler, quant on dict qu'il n'y a que viij. tons en l'Eglise, lesquels, depuis leur premiere institution, sont demeurez tousiours en nombre de viij. conformement aux registres et aux reigles contenuës aux [-197-] liures de l'Eglise, qui se doiuent rapporter aux tons susdicts, et non aux modes de la musique; lesquelles ont tousiours esté differentes desdicts tons, tant en nombre, qu'en substance, comme monstrerons briefuement.
Chapitre II.
De l'appellation du ton, et que ceste appellation ne peut competer aux modes.
AYant, iusques à present, traicté des douze modes de musique, il reste maintenant (suyuant nostre promesse) à parler des huict tons des Pseaumes; [Que c'est que ton. in marg.] qui ne sont autre chose (comme a esté dict) que huict sortes de chant, inuentées pour chanter les Pseaumes.
[Le ton diuisé en trois parties, à sçauoir, Intonation, mediation, et Euouaë. in marg.] Lequel chant, combien qu'il soit ordinairement diuisé en trois parties, à sçauoir, commencement, milieu, et la fin, qu'on appelle ordinairement Intonation, Mediation, et Euouaë: si est-ce, que tout est referé, et depend d'vn seul, qui est la notte dominante, par-ce que l'Intonation tend à icelle, la Mediation se faict en icelle, et l'Euouaë commence tousiours par icelle. De sorte que tout le chant susdict n'est qu'vne notte, ou vne voix continuelle, vn peu diuersifiée au commencement, au milieu, et à la fin.
Et pour ceste cause, la notte susdicte est appellée notte dominante, d'autant que c'est elle qui domine, gouuerne, et declare, par le changement susdict, la [-198-] diuerse nature et qualité du chant susdict, qui est ce qu'on appelle, Ton; et à bon droict: car si tonner n'est autre chose (comme dict Ioannes Pontifex) que puissamment, et continuellement sonner, le ton ne doit estre autre chose, qu'vn son puissant, ou continuel, qui est l'explication de la notte dominante. [Le ton est declaré par la notte dominante. in marg.] Car si la notte, en la musique, est la marque d'vn son, la notte dominante doit estre la marque d'vn son continuel, qui est signifié par ce mot de Ton. Toutes lesquelles choses prouuent suffisamment, que ce mot Ton, est le propre nom du chant des Pseaumes, et qu'il a esté inuenté, dés la premiere institution d'iceluy chant, pour le signifier. Car s'il est ainsi (comme dit Aristote) que le nom nous doit representer la nature de la chose signifiée, on ne peut nier, que ce ne soit son vray nom, veu qu'il n'y a mot qui pourroit mieux et plus naïfuement exprimer sa nature, que cestuy-là, [Le chant du Pseaume n'est qu'vne notte, ou vne voix continuelle, vn peu diuersifiée au commencement, au milieu, et en la fin. in marg.] d'autant qu'au chant du Pseaume on ne peut remarquer qu'vn son continuel (comme a esté dict) vn peu diuersifiée au commencement, au milieu, et à la fin.
Aussi voyons nous, que le chant susdict à tousiours esté ainsi appellé. Dequoy les liures de l'Eglise, tant vieux, que nouueaux, nous font foy, esquels le chant des Pseaumes n'a iamais esté descrit autrement, que sur le nom de Ton.
[Le chant des Pseaumes a esté tousiours appellé ton. in marg.] Au contraire, si nous considerons la nature des modes (lesquelles sont composées de plusieurs [-199-] pieces, à sçauoir d'vn diapason, diuisé en vn diapenté, et diatessaron; ou bien de plusieurs proportions, comme a esté dict, et partant tousiours appellées par vocables signifiants quelque corps, ou quelque assemblée, si comme, harmonie, mode, systeme, tropus, et autres semblables) nous voirons clairement, que ce mot Ton, ne leur peut seruir aucunement, veu qu'il signifie vne chose toute contraire à la nature des modes, comme a esté monstré cy dessus.
[Les anciens n'ont iamais vsé du mot de ton, pour signifier les modes. in marg.] Aussi est il certain, que iamais les anciens n'en ont vsé. Ce que tesmoigne Glarean, liure j. chapitre xj. quand il dict, ceste appellation de ton, auoir esté inuentée enuiron le temps de Boëce: [Quant a esté inuentée l'appellation de ton. in marg.] Videri (ce dit-il) potest, tonorum appellatio tempore Boëtij nata, et cetera. Et monstre encor, que ceste appellation ne luy plaisoit point, alleguant le texte de Boëce, liure 4. chapitre 14. ou il dict: Ex diapason, igitur, speciebus, existunt qui appellantur modi, quos eosdem tonos nominant. Apres lesquels mots adiouste Glarean: quibus verbis, non admodum probare videtur hanc innouationem. Et declarant l'intention de Boëce, il signifie luy-mesme la sienne, qu'il n'approuue point ceste appellation. Ce qu'il monstre vn peu plus haut, au mesme chapitre quant il dict, qu'il a vsé luy-mesme aucunesfois de ce mot de Ton, pour signifier les modes, mais par contraincte, et à l'imitation du vulgaire: signifiant assés par cela, que le vulgaire abuse de ceste appellation Et nous mesmes auons vsé, cy deuant, de ce mot de Ton, pour signifier les modes. [-200-] Mais que ferés vous, quand la commune parle ainsi? Si vous ne vous accommodés à leur langage, principalement en l'appellation des choses, vous ne serés pas entendu. Ce n'est point, doncq, que veuillons approuuer leur appellation, ains en auons vsé pour estre mieux entenduz, par ceux qui ne cognoissent les modes que par le nom de ton. Et pouuons vser de mesmes excuses, que faict Glarean, liure premier chapitre xj. disant: Tonos item nominant tam constanti pertinacique appellatione, vt nisi etiam nos ita loquamur, videamur quibusdam musices ignorare principia. [Le mot de ton reiecté pour signifier les modes. in marg.] Les autres reiectent appertement ceste appellation, comme Thyard, au ij. solitaire, disant: Quant à ce mot, mode, il est en mesme vsage entre les Latins, soit pour maniere, façon, ou telle autre signification, qui est dés long temps reçeu en nostre langage. Combien que les musiciens vulgaires du iourd'huy (ie le dis sans picque) soubs assez friuole raison, appellent ceste diuersité de chanter, Ton, premier, ou second, iusques au huictiesme. Gregorius Faber, liure premier chapitre xvij. dit: Hodie tonos nominant, nescio qua de causa. Comme s'ils vouloient dire, qu'il n'y a nulle raison, que les modes soient appellées du nom de Ton. Par où appert, que c'est vn abus tresgrand, qui prouient à faulte de cognoistre la difference, qu'il y a entre les modes susdictes, et le chant des Pseaumes, lequel proprement s'appelle Ton.
[-201-] Chapitre III.
Que l'ordre appartient aux tons, et non aux modes.
IL y a eu grande dispute entre les anciens, pour sçauoir si l'ordre des sons deuoit proceder de bas en haut, ou de haut en bas, causée par la disposition des cieux: [Arguments de ceux qui disent, que l'ordre des sons doit proceder de bas en haut, et de ceux qui maintiennent le contraire. in marg.] desquels (à l'opinion des vns) les superieurs resonnent plus grauement, pour-ce qu'ils sont plus grands, et qu'il semble estre raisonnable, que les plus grands corps poussent le son plus gros: au contraire argumentent les autres, que les corps celestes plus hauts ont le son moindre, et plus aigu, pour-ce que leur mouuement est plus viste, et du plus viste mouuement procede le son aigu, comme du lent et tardif (propre aux corps inferieurs) le son bas et graue. Et pour les deux parties y a des graues autheurs et grands arguments. Voiez Ciceron, liure sixiesme, de Republica. Glarean, liure 2. chapitre 8. Thiard au 2. solitaire, et plusieurs autres. Et si peult on remarquer la contrarieté de ces opinions en quelques musicaux instruments. Car en la lire, luth, et guitaire, les grosses cordes sont tenduës au plus haut lieu: au contraire, en la harpe, et espinette, on les voit au plus bas.
Mais d'autant que la voix humaine semble naturellement estre conduitte de bas en haut (tesmoings les Orateurs et Predicateurs, qui commencent ordinairement leur harangue par le bas) [La pratique du iourd'huy nous [-202-] enseigne, que l'ordre doit proceder de bas en haut. in marg.] et que la pratique ordinaire nous enseigne le mesme, quand on apprend [-202-] à chanter vt, re, my, fa, sol, la, sans entrer en ces disputes, nous suiurons aussi le mesme ordre, qui est de bas en haut.
Or parlant d'ordre, ie ne veux pas qu'on le prenne pour les modes, car on ne sçauroit ou commencer la premiere, [La voix est de telle nature, qu'on ne peut monstrer la plus haute, ny la plus basse. in marg.] la voix estant de telle nature (comme dit Boëce, liure 1. chapitre 13.) qu'elle peut estre tousiours baissée, et qu'il est impossible de nommer la premiere et la plus basse. Quel ordre, donc, assignerés vous aux modes, puis qu'à la plus basse clef (qui doit seruir de fondement à la mode) on peut tousiours adiouster vne autre plus basse? Ce qu'a esté faict ja plusieurs fois. [La plus basse clef, entre les Grecs, anciennement, estoit hypate hypaton. in marg.] Car il est certain, que la clef, hypate hypaton, estoit anciennement la premiere, et la plus basse, comme a esté prouué cy deuant: Voyez Boëce, liure 4. chapitre 13. Froschius, chapitre 8. Glarean, chapitre 9. liure ij. Ce que nous tesmoigne aussi son nom, lequel signifie, la premiere des principalles. Et si semble que la raison veut, qu'elle soit la premiere: car veu que le diatessaron tire sa difference du demy ton (comme a esté dict cy deuant) il est raisonnable, que ceste espece de diatessaron soit la premiere, qui a le demy ton entre les deux premieres nottes, telle qu'est le tetrachordon hypaton: et par consequent, le my seroit la premiere notte, et hypate hypaton la premiere clef. Ce que nous voyons auoir esté praticqué par les anciens. Car s'il falloit diuiser leur grand systeme en quatre tetracordes, ils prennoient quatre [-203-] fois my la, commençant à la clef hypate hypaton, appellant le premier tetracorde (qui dure encor auiourd'huy) Tetracordon hypaton, comme auons dict cy dessus: et s'il falloit produire quelque exemple de diapason, ils prennoient ordinairement, depuis l'hypate des moyens, iusques à la nete des disioints, que nous disons, depuis Elamy, iusques elamy: Voyez Glarean, liure 2. chapitre 9. Boëce, liure 4. chapitre 13. Plutarque, chapitre 10. de sa musique. De sorte qu'il appert, que les anciens ont eu le my pour la premiere et la plus basse notte, Et hypate hypaton, pour la premier et plus basse clef. Ce nonobstant, on luy at adiousté depuis, la clef Proslambanomenos [Proslambanomenos a esté adioustée, et renduë la plus basse clef. in marg.] (qui respond à Are) comme le porte le nom, qui signifie, adiousté: et partant, le re estoit la premiere notte, et re sol, la premiere especes de diatessaron, et ainsi des autres especes consequemment, comme le tesmoigne Glarean, par tout son 2. liure. Depuis encor Guido Aretinus en a adiousté vne autre plus basse; [Depuis, G vt a esté adiousté par Guido Aretinus, et faicte la premiere clef. Aucuns ont encor adiousté Ffavt. in marg.] à sçauoir G vt, qui faict que l'vt est encor auiourd'huy la premiere notte, et vt fa, la premiere espece de diatessaron, comme l'auons notté cy dessus. Et si nous croyons à Zarlinus, et Guilliaud, Pierre du Fay en a adiousté encor vne autre plus basse, à sçauoir Ffavt. Et qui est celuy qui nous pourra asseurer, qu'on n'en adioustera point d'autre? veu principallement, qu'encor auiourd'huy on voit le bascontre descendre deux ou trois nottes plus bas que [-204-] l'vt susdict. Ce qui doit suffire, pour prouuer, qu'il ne peut auoir certain ordre aux modes.
[Les anciens n'ont iamais donné ordre aux modes de musique. in marg.] Aussi nul des anciens n'a iamais faict mention d'ordre, ains au contraire (ce qui monstre qu'il n'en y a point) ils les disposent tantost d'vne sorte, tantost d'vne autre, sans prendre esgard à aucun ordre. Platon, parlant des modes, dispose au premier rang la Lidienne, et puis la Ionique, au 3. lieu, la Dorienne, et puis la Phrigienne. Autrefois, parlant des modes susdictes, il dispose au premier lieu la Ionique, et au 2. lieu, la Phrigienne, et puis la Lidienne, et au 4. lieu, la Dorienne. Boëce commence à la sous-Dorienne, en apres il met la sous-Phrigienne, et puis la sous-Lidienne, et cetera comme auons dict cy dessus. Et ainsi les autres (sans le faire plus long) les disposent, non qu'ils pensent à l'ordre, ains selon que l'occasion se presente d'en parler: comme plus amplement le declare Zarlinus, au 6. chapitre de sa 4. partie. Aussi Glarean ne confesse point seulement, que les anciens n'ont point obserué d'ordre, ains asseure ouuertement, qu'il n'y a point d'ordre certain entre les modes, liure 2. chapitre 7. disant: Apud Graecos, autem, modorum nomina nuda sunt, absque numero. Et au mesme chapitre. Sed hoc quoque monendum, non esse adeo certam causam de modorum ordine. Thyard au 2. Solitaire: Encor ne me plait (dit-il) la superstitieuse opinion de ceux, qui veuillent contraindre les modes sous vn ordre certain, combien que les anciens n'en ayent faict aucune mention.
[-205-] [L'ordre est propre aux tons. in marg.] Or si les anciens maintiennent, que l'ordre n'est point pour les modes, il fault que nous confessions, qu'il soit pour les tons, lesquels (dés leur premier institution) [Les tons n'ont iamais esté autrement appellés, ny autrement distingués que par l'ordre. in marg.] ont esté tellement attachez et asseruiz à cest ordre, qu'ils n'ont iamais esté autrement appellés, autrement cognuz, ny distinguez, que par l'ordre susdict. Et à la verité, on ne sçauroit inuenter nom plus propre, et qui puisse estre signifié auec plus de silence et de modestie (tant recommandée à l'Eglise) que cestuy de l'ordre; à sçauoir premier, deuxiesme, troisiesme, et ainsi iusques au huictiesme; veu que par vn signe seulement, il peut estre entendu, par-ce qu'en esleuant les doigts seulement, on peut signifier si le Pseaume est du premier, deuxiesme, troisiesme ton, et ainsi des autres.
Chapitre IIII
Auquel est monstré comment se doit cognoistre le ton, par ceste reigle.
Pri. re la, Se. re fa, Ter. my fa, Quart. quoque my la, Quint. fa fa, Sex. fa la, Sept. tenet vt sol, Oct. tenet vt fa.
[Ceste reigle appartient aux tons des Pseaumes, et non aux modes. in marg.] COmbien que ceste reigle appartienne notoirement aux tons des Pseaumes, à l'exclusion des modes, quant il n'y auroit que ceste marque, qu'elle est ordinairement inserée et escrite aux Psaultiers de l'Eglise, affin que par icelle on puisse apprendre à bien psalmodier, et cognoistre les tons, si est-ce, que plusieurs (voire la plus part) l'attribuent, [-206-] mal à propos, aux modes de musique, disants que la premiere mode doit saulter, tout au commencement, du re au la, comme aux Introits: Statuit, Gaudeamus, et cetera. La deuxiesme du re au fa, comme, Salue Sancta Parens, et cetera. La troisiesme du my au fa, comme, Pange lingua: et ainsi des autres, suyuant le contenu de la reigle susdicte, comme se peut voir en Glarean, liure 1. chapitre 13.; Iean Litauicus, chapitre 13. et autres plusieurs. Qui est cause qu'il nous a semblé necessaire, de monstrer (auant passer plus outre) qu'icelle reigle ne peut estre ainsi expliquée et destournée, si on ne la veut rendre du tout ridicule, faulse, et abusiue, tant en general, qu'en particulier: et puis declarerons briefuement, comment elle se doit entendre, pour apprendre par icelle à cognoistre les tons.
[Arguments par lesquels appert que la reigle ne peut estre attribuée aux modes. in marg.] Premierement, doncq, s'il est vray (comme suffisamment a esté prouué) que les modes sont en nombre de douze, il s'ensuyt que ceste reigle ne peut seruir pour les cognoistre, laquelle ne faict mention que de huict: autrement les quatre restantes demeureroient incogneuës. [Deuxiesme argument. in marg.] D'auantage, puis qu'ainsi est, que l'ordre ne peut competer aux modes (comme a esté dict au chapitre precedent) quelle apparence, de leur attribuer ceste reigle laquelle ne consiste qu'en l'ordre? [Troisiesme argument. in marg.] En apres, si les modes ne peuuent estre cogneuës, que par le diapason, diuisé en vne quinte et vne quarte, soubs ceste distinction, que les modes superieures ou principales ont leur diapason pardessus la notte finalle, et les modes inferieures et subalternes ont tousiours la quarte dessoubs la notte susdicte, suyuant ceste reigle commune,
[-207-] Vult descendere par, sed scandere vult modus impar,
(comme plus amplement le tout a esté prouué cy dessus) que peut on imaginer de plus absurd et plus ridicule, que de dire, que ceste reigle seruiroit, pour cognoistre les modes, en laquelle il ne se faict aucune mention de diapason, et n'y a pas vn signe ny marque, qui descend dessoubs la notte finalle, pour faire distinction entre les superieures et inferieures, principales et subalternes? La consequence de ces arguments est euidente, presupposée la verité de l'antecedent, lequel ayant esté suffisamment prouué cy dessus, n'est besoin vser icy de redites. Cela soit dict pour le general.
Les arguments pour le particulier sont tirez du mesme fondement. Car si la mode superieure et son inferieure ont tousiours la quinte de leur diapason commune, par-ce que la mode superieure a le diapason pardessus la notte finalle, et l'inferieure a la quarte dessoubs la notte susdicte, d'où s'ensuyt que la quinte, qui est pardessus la notte finalle, est commune, tant à la mode superieure, qu'à l'inferieure, suyuant la reigle que Litauicus dit meriter d'estre escrite en lettres d'or: [Reigle digne de noter. in marg.] Clauis finalis est semper infima Diapente chorda: il est certain, que la mode seconde aura aussi bien, et essentiellement, re la, (qui represente la quinte) que la premiere mode, et par consequent, sera la reigle de la premiere mode faulse et abusiue, en tant qu'elle compete aussi essentiellement à la seconde, qu'à la premiere. Ce qui se prouue et verifie encor par vne infinité [-208-] d'exemples. Car, veni in hortum meum, et Angelus ad Pastores, d'Orlando; Pis ne me peut venir, de Criquillon; l'Hymne, Vrbs beata Ierusalem, et autres semblables (qui sont de la mode Hypodorienne, qu'ils estiment la seconde mode) commençent, toutesfois, en, re la, qui est la marque cy dessus posée pour la premiere mode. D'auantage, si la quinte, re la, est essentielle, tant à la premiere, qu'à la deuxiesme mode (comme a esté dict) qui empeschera, que la premiere mode ne commence en, re fa, aussi bien que la seconde, veu que la tierce est tousiours contenuë en la quinte? De cecy nous en auons tant d'exemples, au chant de l'Eglise, et autre, que ce seroit chose superfluë de les reciter. Les chansons, Susanne vn iour, Sur tous regrets, d'Orlando, et vne infinité d'autres (qui sont de la mode Dorienne, qu'ils estiment la mode premiere) commençent, toutesfois, en, re fa, qui est la marque du deuxiesme ton. D'abondant, les marques susdictes, re la, et re fa, ne conuiennent point seulement à la premiere et seconde mode, ains à plusieurs autres, comme se voit par les respons:
[Maillart, Les Tons, 208; text: Iurauit, Ecce homo. l'Introit. Spiritus] [MAITON2 02GF]
Et vne infinité d'autres, qui sont de la mode Hypomixolidienne, qui est le huictiesme ton, selon leur [-209-] compte, commençant, neantmoins, en, re fa.
Item par le Respons,
[Maillart, Les Tons, 209,1; text: Est secretum Valeriane.] [MAITON2 03GF]
qui est de la mode Hypophrigienne, et est leur quatriesme ton.
Item par l'Antienne,
[Maillart, Les Tons, 209,2; text: Misereor.] [MAITON2 03GF]
qui est du cinquiesme ton.
Et par le Respons,
[Maillart, Les Tons, 209,3; text: Beata est.] [MAITON2 03GF]
qui est du sixiesme ton.
Bref, il n'y a nulle mode, qui ne puisse licitement commençer en, re la, ou, re fa. Par où se voit, que les deux premieres parties sont du tout ridicules et abusiues (les prennant comme ils font) d'autant que la premiere partie, qui est, re la, ne compete point seulement au premier ton, ains aussi au deuxiesme: et la deuxiesme partie, à sçauoir, re fa, ne conuient point seulement au deuxiesme ton, ains aussi au premier, et à plusieurs autres, comme a esté declaré. D'auantage, ceste reigle assigne à la mode Phrigienne (qui est leur troisiesme ton) le fa, pour notte dominante, ou principale, et cy dessus luy auons assigné (à iuste et bonne raison) le my, qui est du tout contraire au fa. Et [-210-] ainsi, [Appert que la reigle cy dessus alleguée, est du tout repugnante à la nature des modes. in marg.] si on veut examiner les autres parties de la reigle, on les trouuera du tout repugnantes à la nature des modes: qui est vn signe euident, qu'elle est tirée en vn autre sens, que celuy de son autheur. Mais ils diront (peut estre) que la reigle est maintenant bonne et vaillable, en tant qu'elle est corrigée. Car Gregorius Faber, au chapitre 17. de son premier liure, dit, que les marques contenuës en la reigle susdicte, ne doiuent point estre considerées au commencement, ains au milieu. [Le reigle susdicte diuersement corrigée par plusieurs. in marg.] En apres, pour la troisiéme mode, au lieu de dire, ter my fa, il met, ter my my: et pour la cinquiesme mode, au lieu de, quint fa fa, il dict, quint vt sol. Et Glarean, liure 1. chapitre 13. intitulé, De vulgari modorum agnitione, où il traicte de la reigle en question, pour la cinquiesme, il dict, quint my sol. Georgius Raw, pour la cinquiesme, dit, quint fa sol, et cetera. Pour respondre à cecy, nous disons, que nous prenons à proufit ce poinct, qu'ils ont voulu corriger ceste reigle, et qu'ils ont veu (aussi bien que nous) qu'elle n'estoit point suffisante, pour declarer la nature des modes: mais la correction qu'ils en ont faict, n'a point seulement esté vaine et inutile, ains grandement dommageable et destructiue; d'autant que la reigle (qui parauant estoit tres-bonne, et seruoit fort bien, pour cognoistre les tons des Pseaumes) maintenant estant corrigée, et la notte dominante changée (comme a esté dict) est renduë inutile pour tout.
Or quant à ce que les vns disent, que les signes contenuz en la reigle, doiuent estre considerez et remarquez [-211-] au commencement, et les autres, au milieu, cela n'importe, d'autant que la mode ne peut estre cogneuë, [Les modes doiuent estre cogneuës par la fin, et non par le commencement, ny par le milieu. in marg.] ny par le commencement, ny par le milieu, ains seulement par la fin, ayant esgard à la quarte, qui est dessoubs ou dessus la notte finalle, comme auons prouué cy dessus. Et l'a aussi remarqué Georgius Raw, quand il dict: Initium, tamen, cantilenarum, doctissimorum musicorum iudicio, erroneam et penitus haesitabundam toni demonstrat cognitionem: quare, propriè, omnis cantus à fine, tamquam à perfectione, demonstrandus erit.
[A quoy tend la correction qu'ils ont fait en la reigle auan-dicte. in marg.] Et quant à tout ce qu'ils ont corrigé en la cinquiesme mode, ne tend point à nous donner meilleure marque, pour cognoistre les modes, ains seulement à deplacer et bannir (sans propos) la mode Lydienne, pour fourrer en sa place, la mode Iönique, qui a esté si plausiblement reçeuë, qu'encor auiourd'huy elle y faict sa residence, et y demeure en paisible possession, estant tenuë (entre-eux) pour la cinquiesme mode, à l'exclusion de la Lydienne, auecq autant de desordre et confusion, comme il y a peu de droict et d'occasion, ainsi que plus amplement se verra cy apres. De sorte, que toutes les corrections susdictes monstrent euidemment, que la reigle en question n'est point prinse en son vray sens (ainsi qu'elle doit estre prinse) veu qu'il y fault tant corriger sans proufit. Mais si on la prend pour nous enseigner les tons des Pseaumes (comme auons dict qu'elle se doit prendre) on la trouuera generallement veritable, et conuertible auecq tous les tons. [-212-] Qui est vn signe euident, et vne marque infaillible, qu'elle a esté instituée pour iceux. La reigle, doncq, en question, contient 8. parties, disposées en ordre, qui respond fort bien aux tons des Pseaumes, lesquels ont tousiours esté en nombre semblable (selon que monstrerons cy apres) ausquels l'ordre est si propre et naturel, que la où les modes n'ont iamais eu d'ordre, ceux cy, au contraire, n'ont iamais esté appellez ny cognuz autrement que par l'ordre: à sçauoir: Premier, deuxiesme, troisiesme, quatriesme, cinquiesme, sixiesme, septiesme, et huictiesme.
[Comme se doit entendre la reigle susdicte, pour enseigner les tons. in marg.] Pour venir, doncq, à l'explication de la reigle susdicte, il fault noter, que chascune partie d'icelle contient deux nottes; la premiere desquelles signifie la derniere notte de l'Antienne, qui precede le Pseaume: et la deuxiesme, nous represente la notte dominante, en laquelle se chante le Pseaume. Par lesquelles deux nottes se cognoit le ton, comme s'ensuyt.
Pri. re la, signifie, que nous deuons cognoistre le Pseaume estre du premier ton, quant son Antienne fine en re, et le Pseaume se chante en la:
Se. re fa, veut dire, que l'on cognoist le deuxiesme ton, quant l'Antienne fine en re, et le Pseaume se chante en fa:
Ter. my fa, signifie, que le troisesme se cognoist, quant l'Antienne fine en my, et le Pseaume se chante en fa:
Quart. my la, nous signifie, que le quatriesme ton se cognoist, quant l'Antienne fine en my, et le Pseaume se chante en la:
[-213-] Quint. fa fa, signifie, que le cinquiesme se cognoist, quant l'Antienne fine en fa, et le Pseaume se chante en fa:
Sex. fa la, signifie, que le sixiesme se cognoist, quant l'Antienne fine en fa, et le Pseaume se chante en la:
Sept. vt sol, signifie, que le septiesme ton se cognoist, quant l'Antienne fine en vt, et le Pseaume se chante en sol:
Oct. vt fa, signifie, que le huictiesme doit auoir l'Antienne finante en vt, et le Pseaume se chantant en fa.
Laquelle reigle ainsi expliquée, se trouue generallement veritable, et conuertible en tous ses poincts, sans aucune contradiction. Ce qui nous doit asseurer, que c'est le vray sens, auquel elle doibt estre entenduë. Comme le tesmoigne encor Nicolaus Volitus, en son Enchiridion, chapitre quatriesme, quand il dit: Cuius, quidem, toni praecipua consideratio, penes primam Euouaë notulam, simul Antiphonae finalem, versari debet. Ie veux bien, que l'intention de la reigle ne soit point de nous declarer la nature du ton; (car il est certain, que la derniere notte de l'Antienne n'est point de l'essence du ton;) mais d'autant que l'Antienne precede tousiours le Pseaume (dont la raison se dira cy apres) et qu'il fault proceder de la derniere notte de l'Antienne à la notte dominante (laquelle Volitus appelle, primam Euouaë notulam) en laquelle [-214-] se chante le Pseaume, [L'intention de la reigle susdicte. in marg.] la reigle nous veut apprendre, que par le rencontre des deux nottes susdictes (comme marque generale et infallible) nous deuons cognoistre le ton. Mais la nature du ton se cognoistra par ses parties essentielles, qui sont, le commencement, le milieu, et la fin, appellées communement, Intonation, Mediation, et Euouaë, desquelles conuient maintenant traicter.
Chapitre V.
Des trois parties du ton, et premierement de l'Intonation.
[Le ton est diuisé en trois parties, Intonation, Mediation, et Euouaë. in marg.] AYant monstré briefuement, comme les 8. tons doiuent estre cognuz, selon la reigle cy dessus alleguée, reste maintenant à declarer les trois parties, esquelles chacun ton est diuisé: à sçauoir, Intonation, Mediation, et Euouaë. [Que c'est qu'Intonation. in marg.] Et premierement traicterons de l'Intonation; qui n'est autre chose, qu'vn chant artificiellement inuenté, pour mettre le Pseaume en son ton. [l'Intonation du Pseaume est ordinairement insinuée par le commencement de l'Antienne. in marg.] Lequel chant nous est ordinairement insinué, par le commencement de l'Antienne. Car comme l'Intonation susdicte sembloit auoir vn peu de difficulté, les Ecclesiastiques (qui n'ont rien eu en plus grande recommandation que de chercher et instituer tout ce qui leur a semblé estre necessaire pour rendre le chant des Pseaumes plus facile et aisé) ont tellement disposé le chant [-215-] susdit des Antiennes, qu'il semble seruir d'auantcoureur ou guide pour monstrer le chemin à celuy qui doit commençer le Pseaume, comme se voira cy apres: car si nous voulons considerer la premiere institution des Antiennes, il est certain que nous les trouuerons auoir esté institués en faueur du chant des Pseaumes, le rendant plus agreable aux auditeurs, et plus facile aux chantres. Sebastian Roulliard, au dixseptiesme chapitre de son Histoire de l'Eglise de Chartres. [Quant les Antiennes ont esté institueés, et pourquoy. in marg.] Balsamon (dit-il) adiouste sur le Canon dixseptiesme du Concile de Laodicee, que ce fut ledict Concile qui ordonna, au lieu qu'on souloit chanter les Pseaumes consecutiuement et sans aucune entremise, qu'on interposeroit les Antiennes entre chascun d'iceux, tant pour le soulagement des chantres, que pour rendre par ceste diuersification le chant plus agreable, et plus facile. Où il dit expressement qu'elles ont esté instituées pour le soulagement des chantres, d'autant que l'Intonation en est renduë plus facile pour les raisons qu'en auons donné cy dessus. Car comme ainsi soit, que l'Antienne precede tousiours le Pseaume, celuy qui voudra bien considerer le chant ordinaire des Antiennes, il trouuera, qu'il nous conduit quasi par la main, de sa notte finalle, à la notte dominante, en laquelle se doit commençer le Pseaume, formant presques l'Intonation que deuons tenir pour chacun ton, comme plus clairement se voira par exemple.
[-216-] Le chant ordinaire de l'Antienne du premier ton, est cetuy-cy:
[Maillart, Les Tons, 216,1] [MAITON2 03GF]
Comme se peult veoir aux Antiennes:
Qui me confessus fuerit.
Qui mihi ministrat.
Vidi turbam magnam.
Et vne infinité d'autres semblables, formées sur le modelle que dessus; où on voit manifestement, que de la notte finalle de l'Antienne (qui est re) nous sommes conduits à la notte dominante, qui est la, en laquelle se chante le Pseaume: par où nous apprenons ceste Intonation du premier ton:
[Premier ton. in marg.]
[Maillart, Les Tons, 216,2; text: Dixit Dominus.] [MAITON2 03GF]
Et ne faut penser, que l'vt de l'Antienne susdicte soit inutile, ou oiseux, car c'est luy qui rend l'intonation, et le chant, plus facile et aisé: [La quarte, entre toutes les consonnances, est la plus facile à intonner, et pourquoy. in marg.] D'autant que la quarte, entre toutes les consonnances, est la plus facile à intonner, par-ce que ses deux extremitez sont de mesme nature: à sçauoir, en ceste quarte, vt fa, les deux nottes sont doulces, en cest-cy, re sol, elles sont naturelles, et en ceste quarte my la, les deux nottes sont dures, comme a esté dict au troisiesme chapitre [-217-] cy dessus. Qui est cause, que (comme les anciens ont choisy la quarte pour la mesure de leur grand systeme, [Les anciens diuisoient toute leur musique en quatre tetracordes, c'est à dire, en quatre quartes. in marg.] lequel ils diuisoient en quatre quartes, qu'ils appelloient tetracordes) les Ecclesiastiques aussi s'en aydent ordinairement, toutes les fois qu'il y a quelque chose de difficile à intonner. Ce qui se voit, tant aux Antiennes susdictes, qu'aux Antiennes ou Introits du premier ton, qui commencent en vt: esquelles, apres la derniere notte du Gloria Patri (qui est re) on adiouste tousiours vn fa, affin que, par l'assistence de la quarte, on puisse plus facillement descendre à l'vt: comme se peut voir aux Introits, Gaudeamus, Rorate, Suscepimus, et autres semblables, comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 217,1; text: Seculorum Amen. Gaudeamus. Rorate.] [MAITON2 03GF]
Pour preuue de cecy, nous voyons plusieurs Antiennes du premier ton, qui commencent en fa, lesquelles descendent incontinent à l'vt, affin de nous apprendre ce qu'il falloit faire aux autres, comme il se peut voir aux Antiennes:
[Maillart, Les Tons, 217,2; text: Aue Maria.] [MAITON2 03GF]
Canite tuba, Tecum principium, et plusieurs autres. Le [-218-] mesme se peut remarquer aux Antiennes du troisiesme et quatriesme ton, comme succinctement monstrerons cy apres. Ce qu'auons bien voulu dire icy en passant, tant pour donner raison de l'addition de la notte susdicte (qui m'a esté plusieurs fois demandée) que pour monstrer, que le chant de l'Antienne a esté inuenté et ordonné, pour faciliter l'intonation du Pseaume.
Le chant ordinaire de l'Antienne du deuxiesme ton, est tel:
[Maillart, Les Tons, 218,1] [MAITON2 03GF]
Comme il se voit aux Antiennes, Sancti per fidem, In velamento, Fulgebunt iusti, Laus et perennis, Sacerdos et Pontifex, et vne infinité d'autres semblables; esquelles on voit clairement que de la notte finalle de l'Antienne (qui est re) nous sommes conduits à la notte dominante, qui est fa. Nous enseignant à commencer et intonner le Pseaume, comme s'ensuyt.
[Deuxiesme ton. in marg.]
[Maillart, Les Tons, 218,2; text: Confitebor tibi.] [MAITON2 03GF]
Le chant ordinaire de l'Antienne du troisiesme ton, est tel que s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 218,3] [MAITON2 03GF]
Comme il se peut voir aux Antiennes, Cum complerentur, Beatus vir, Calicem, [-219-] Gloria laudis, et plusieurs autres; lesquelles nous apprennent à monter facillement de la notte finalle de l'Antienne, qui est my, à la notte dominante du Pseaume, qui est fa: nous enseignant l'intonation et le commencement du troisiesme ton, tel que s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 219,1; text: Beatus vir. Troisiesme ton.] [MAITON2 03GF]
Le re est adiousté à l'Antienne, pour les mesmes causes que l'vt a esté adiousté au premier ton, comme a esté dict cy dessus.
Le chant ordinaire de l'Antienne du quatriesme ton, est cetuy-cy:
[Maillart, Les Tons, 219,2] [MAITON2 03GF]
Comme il se voit aux Antiennes, Benedicta tu, Ante thorum, In odorem, Sicut myrrha, et plusieurs autres; lesquelles nous acheminent de la notte finalle de l'Antienne, qui est my, à la notte dominante, qui est la: nous monstrant le commencement ou intonation du quatriesme ton, tel que s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 219,3; text: Ni si Dominus. Quatriesme ton. Ancienne intonation du quatriesme ton, designé par la notte blanche.] [MAITON2 03GF]
Il est vray, que le Pseaume du quatriesme ton se commence [-220-] maintenant par, la, comme est marqué cy dessus par la notte noire: [Voyez Ioannes Litauicus, Georgius Raw, Fredericus Beurhus, et autres en l'intonation des Cantiques. in marg.] si est-ce, qu'anciennement le my estoit la premiere notte, pour les raisons reprinses cy dessus, comme aussi on peut voir en Glarean, liure 1. chapitre 15. et en auons encor auiourd'huy l'exemple en Te Deum laudamus, qui commence par my, ainsi:
[Maillart, Les Tons, 220,1; text: Ancienne intonation du quatriesme ton. Te Deum laudamus.] [MAITON2 04GF]
Et finent encor en aucunes Eglises tous les versets, comme le quatriesme ton, ainsi que s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 220,2; text: Te Dominum confitemur.] [MAITON2 04GF]
Et comme finent encor maintenant, selon l'vsage de Rome, imprimé par Plantin, les versets, depuis le verset, Per singulos dies, iusques à la fin, en ceste maniere:
[Maillart, Les Tons, 220,3; text: Per singulos dies benedicimus te.] [MAITON2 04GF]
Qui monstre euidemment, que c'est l'intonation ancienne du quatriesme ton. Et comme nous auons dit cy dessus, que quant l'Antienne du premier ton commence en vt, on adiouste vn fa apres la derniere notte du Gloria [-221-] Patri, qui est re, affin que par l'assistance de la quarte, on puisse tant plus facillement descendre à l'vt susdicte: pour les mesmes raisons, nous disons aussi, que quand l'Antienne du quatriesme ton commence en re, apres la derniere notte du Gloria Patri, qui est my, on adiouste vn sol, pour plus facillement descendre au re, comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 221,1; text: Seculorum, Amen. Bendicta tu. Ante thorum, In odorem, et cetera.] [MAITON2 04GF]
Qui est la cause aussi, pour laquelle plusieurs Antiennes du quatriesme ton commencent en sol, pour nous signifier ce qu'il falloit adiouster aux autres, comme il se peut voir aux Antiennes:
[Maillart, Les Tons, 221,2; text: Post partum virgo.] [MAITON2 04GF]
Dignare me, Gaude Maria, et plusieurs autres semblables.
Le chant ordinaire de l'Antienne du cinquiesme ton, est tel comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 221,3] [MAITON2 04GF]
Comme se voit aux Antiennes, Sacerdotes Dei, Qui [-222-] pacem, Ex quo omnia, et autres semblables; lesquelles nous monstrent le chemin, pour monter de la notte finalle de l'Antienne, qui est fa, à la notte dominante du Pseaume, qui est aussi fa: nous enseignant ce commencement et intonation du Pseaume:
[Sixiesme ton. in marg.]
[Maillart, Les Tons, 222,1; text: Laudate pueri.] [MAITON2 04GF]
Le chant ordinaire de l'Antienne du sixiesme ton, est: [Maillart, Les Tons, 222,2] [MAITON2 04GF]
Comme il se voit aux Antiennes, Gaudent in caelis, O admirabile, Homo quidam, Diligam te, et plusieurs autres; qui nous conduisent de la notte finalle de l'Antienne, qui est fa, à la notte dominante, qui est la: nous insinuant ce commencement et intonation du Pseaume:
[Sixiesme ton. in marg.]
[Maillart, Les Tons, 222,3; text: Laudate Dominum.] [MAITON2 04GF]
Le chant ordinaire de l'Antienne du septiesme ton, est:
[Maillart, Les Tons, 222,4] [MAITON2 04GF]
Comme se peult voir aux Antiennes, Dixerunt discipuli, Assumpta est Maria, Hic est verè martyr, Viri Galilaei, et plusieurs autres; lesquelles nous conduisent de la notte finalle, qui est vt, à la notte dominante, qui est sol: nous enseignant ce commencement de Pseaume:
[-223-] [Maillart, Les Tons, 223,1; text: Nisi Dominus.] [MAITON2 04GF]
[Septiesme ton. in marg.]
Le chant ordinaire de l'Antienne du huictiesme ton, est cetuy-cy:
[Maillart, Les Tons, 223,2] [MAITON2 05GF]
Comme se peult remarquer aux Antiennes, Petrus Apostolus, Veni sponsa Christi, In caelestibus regnis, Istorum est, et vne infinité d'autres semblables; lesquelles nous conduisent (comme a esté dict) de la notte finalle de l'Antienne, qui est vt, à la notte dominante, qui est fa: nous enseignant ce commencement et intonation de Pseaume:
[Maillart, Les Tons, 223,3; text: Lauda Iherusalem.] [MAITON2 05GF]
[Huictiesme ton. in marg.]
Toutes lesquelles choses monstrent euidemment, que le chant ordinaire des Antiennes, a esté ainsi disposé, pour nous insinuer le commencement, ou l'intonation du Pseaume, où il sembloit auoir plus de difficulté, affin que la reste du chant susdict se peust acheuer sans desordre. Lesquelles intonations nous auons trouué expedient repeter icy en bref, et disposer en ordre, affin qu'elles soyent mieux en veuë, et mieux recognuës, pour en vser au besoing. Premierement, doncq, faut noter, qu'il y a deux sortes d'intonation: La premiere est solemnelle, qui s'vse et pratique [-224-] aux doubles, triples, et festes solemnelles, telle qu'auons declaré cy dessus: L'autre est simple et ordinaire pour les iours feriaux, festes simples, et demy doubles, qui commence rondement à la notte dominante. Le tout en la maniere que s'ensuyt:
[Deux sortes d'Intonation. in marg.]
[Maillart, Les Tons, 224; text: Intonation solemnelle. Intonation simple et ordinaire. 1. ton. Dixit Dominus. 2. ton. Confitebor. 3. ton. Beatus vir, 4. ton. Laudate] [MAITON2 05GF]
[-225-] [Maillart, Les Tons, 225; text: 5. ton. Laudate Dominum. 6. ton. Laudate pueri. 7. ton. Nisi Dominus. 8. ton. Lauda Ierusalem.] [MAITON2 05GF]
Pour la memoire desquelles Intonations, se lisent les vers qui s'ensuyuent:
Primus cum sexto, fa sol la semper habeto.
Tertius, octauus, vt re fa, fitque secundus.
La sol la quartus; fa re fa sit tibi quintus.
Septim'. my, fa, sol; sic omnes esse recordor.
[Intonation des cantiques. in marg.] Les Cantiques de Benedictus et Magnificat, se commencent comme les pseaumes és iours solemnels, sauue qu'en trois tons y a vn peu de difference, à sçauoir au [-226-] deuxiesme, et huictiesme, qui commençent et se chantent comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 226,1; text: Magnificat. Benedictus.] [MAITON2 06GF]
et au septiesme, qui commence ainsi:
[Maillart, Les Tons, 226,2; text: Magnificat. Benedictus.] [MAITON2 06GF]
[Le ton des Introits de la Messe se cognoit de mesme sorte que le ton des Pseaumes. in marg.] Le ton des Introits de la Messe, se cognoit de mesme sorte que les tons des Pseaumes, à sçauoir par la notte dominante: et est diuisé és mesmes trois parties, qu'a esté dict cy dessus; à sçauoir, Intonation, Mediation, et Euouaë. Et d'autant qu'elles sont vn peu differentes à celles des Pseaumes, il a esté necessaire de specifier icy en bref leur intonation, comme aussi ferons leur mediation, et euouaë, cy apres en leurs lieux. L'intonation, doncq, du verset est telle que s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 226,3; text: premier ton. Benedixisti. 2. ton. Eructauit cor meum. 3. ton. Beati. 4. ton. Voce mea.] [MAITON2 06GF]
[-227-] [Maillart, Les Tons, 227,1; text: 5. ton. Beati immaculati. 6. ton. Noli emulari. 7. ton. Confitemini. 8. ton. Eructauit.] [MAITON2 06GF]
CHAPITRE VI.
De la Mediation des Pseaumes.
[Pourquoy a esté inuentée la mediation. La mediation est tousiours la mesme, tant és iours solemnels, que feriaux. in marg.] LA Mediation a esté inuentée par les Ecclesiastiques, pour monstrer la pause qu'on doit faire au milieu de chacun verset. Et se faict icelle mediation tant és iours solemnels, que feriaux, comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 227,2; text: pour le premier ton. Dixit Dominus Domino meo. pour le 2. ton. Confitebor tibi Domine in toto corde meo. mediation. pour le 3. ton. Beatus vir qui timet Dominum.] [MAITON2 06GF]
[-228-] [Maillart, Les Tons, 228; text: pour le 4. ton. Nisi Dominus edificauerit domum. mediation. pour le 5. ton. Laudate pueri Dominum. pour le 6. ton. Laudate Dominum omnes gentes. pour le 7. ton. pour le 8. ton. Lauda Ierusalem Dominum.] [MAITON2 07GF]
[La mediation des Cantiques est autre que celle des autres Pseaumes. in marg.] La mediation aux Cantiques, se faict comme s'ensuyt, tant aux iours solemnels, que feriaux.
[-229-] [Maillart, Les Tons, 229; text: pour le premier ton. Et exultauit Spiritus meus. mediation. 2. ton. Benedictus Dominus Deus Israël. 3. ton. 4. ton. 5. ton. 6. ton.] [MAITON2 08GF]
[-230-] [Maillart, Les Tons, 230,1; text: 7. ton. Et exultauit Spiritus meus. mediation. 8. ton. Benedictus Dominus Deus Israël.] [MAITON2 08GF]
[La mediation des Introits de la Messe est aussi differente. in marg.] La mediation du verset des Introits de la Messe, est semblablement en aucuns tons differente, aux mediations auantdictes: qui est cause, que les auons voulu representer en brief, affin qu'on puisse mieux remarquer la difference.
[Maillart, Les Tons, 230,2; text: mediation pour les Introits. 1. ton. Benedixisti Domine terram tuam. mediation. 2. ton. Eructauit cor meum verbum bonum. 3. ton. Beati immaculati in via.] [MAITON2 09GF]
[-231-] [Maillart, Les Tons, 231; text: 4. ton. Voce mea ad Dominum clamaui. mediation. 5. ton. Beati immaculati in via. 6. ton. Noli emulari In malignantibus. 7. ton. Confitemini Domino quoniam bonus. 8. ton. Eructauit cor meum verbum bonum.] [MAITON2 09GF]
[-232-] Chapitre VII.
De la fin du Pseaume, signifié par Euouaë.
L'Euouaë, par les six voyelles dont il est composé, nous signifie (accommodant chacune voyelle à chasque syllabe) [La fin du Pseaume, est appellée Euouaë. in marg.] Seculorum, Amen, qui nous represente la fin ordinaire du Pseaume: sur lequel se doit former la fin de chascun verset. Et d'autant que chascun ton a diuerse sorte d'Euouaë, par diuers diuersement notez, et en diuers lieux diuersement obseruez, affin de ne nous point embroüiller, auecq vne infinité de differences (qui ne peuuent apporter que confusion) nous nous contenterons, de specifier icy seulement ceux qui se pratiquent auiourd'huy, selon l'vsage de Rome, imprimé par Plantin, lequel est maintenant reçeu en la plus part des Eglises du pays bas, et notamment en nostre Eglise de Tournay (en faueur de laquelle, principallement, nous auons emprins ce petit trauail) qui sont tels que s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 232; text: Fin pour le premier ton. Euouaë. 2. ton.] [MAITON2 10GF]
[-233-] [Maillart, Les Tons, 233; text: 3. ton. Euouaë. 4. ton. 5. ton. 6. ton. 7. ton. 8. ton.] [MAITON2 10GF]
[-234-] Mais, comme nous auons donné cy dessus certains enseignements, pour cognoistre quelle Intonation, et quelle mediation, on doit prendre, tant és iours solemnels que feriaux, tant aux Pseaumes, qu'aux Cantiques: l'on pourroit demander, pourquoy ne faisons point icy le mesme, accommodant à certaines festes, certains Euouaë, comme a esté faict à l'endroict des autres parties: affin, qu'estant les trois parties du ton asseurées, l'on puisse psalmodier auec asseurance, sans crainte d'aucune reprehension. [L'on ne peut ordonner certains Euouaë, pour certains iours, comme a esté aict aux autres parties; ains faut prendre l'Euouaë tel, qu'il sera noté sur la fin de l'Antienne. in marg.] A quoy nous respondons, que ce n'est point le mesme de l'Euouaë, que des autres parties: par-ce que l'Euouaë est tousiours noté sur la fin de l'Antienne, tant és festes, que és iours feriaux, tant aux Pseaumes communs, qu'aux Pseaumes Euangeliques, dicts Cantiques: qui est cause, qu'on ne peut ignorer, lequel on doit prendre: et ne reste que d'accommoder la fin du verset, sur les nottes de l'Euouaë, comme sur vne forme ou modelle. De sorte que celuy qui scaura pratiquer ce qu'a esté declaré de l'Intonation, et de la Mediation, et qui pourra former la fin du Pseaume sur tel Euouaë qu'il trouuera notté, se pourra dire suffisamment instruict, pour bien psalmodier.
Mais il y a icy autre question. Car comme l'on voit par tout l'Euouaë diuersement noté, [Si l'Euouaë est arbitraire, dependant de la seule volonté de l'escriuain? in marg.] sans prendre esgard à reigle aucune, l'on pourroit (à bon droict) douter, si l'Euouaë est arbitraire, dependant de la seule volonté de l'escriuain; ou bien, s'il y a quelque chose [-235-] à obseruer, fondée sur quelque bonne raison. Et à la verité, si nous nous rapportons à ce qu'en escriuent les Musiciens, nous n'y trouuerons aucun fondement, par-ce que tous conformement disent, qu'il est impossible d'y remarquer ny ordre, ny raison quelconque, tant pour la multitude d'iceux, que principalement, par ce que non seulement chacune nation, ou chacune ville, ains chacune Eglise quasi les obserue diuersement. Voyez ce qu'en escrit Georgius Raw, au chapitre De differentijs tonorum (ainsi appelle-il les Euouaë, par-ce que par iceux se cognoissent les differences des tons) où il dict: Nec est quod magnopere angaris, quod differentiarum formulas silentio feramus: quorsum enim attinet tot differentiarum modios effundere, quas nec vna nauis vehat? cum vnaquaeque natio, suis proprijs formulis vtatur. Andreas Ornitoparchus, au semblable chapitre De differentijs tonorum: Ego (dict-il) nullam huius rei causam, nisi vsum inuenio, nec ab vllo musicorum scriptum reperio: neque Dominus Bernardus Multum approbare videtur, et cetera relictisque differentijs (quas nulla probat ratio) solùm de capitalibus tonorum tenoribus solliciti sint studiosi. Glarean, au quinziesme chapitre du premier liure, dit: Formulae ipsae (parlant des mesmes differences) apud diuersos, aliae atque aliae reperiuntur: nobis nudae proponendae sunt visae: neque de ijs cum quoquam depugnabimus, quippe quae res, propemodum sit arbitraria. Et ainsi presques tous les autres ont estimé l'Euouaë estre vne chose comme arbitraire, sans aucun ordre, ou fondement. Si est-ce toutesfois, [-236-] qu'il n'en va point ainsi: car il n'est point croyable, que les Ecclesiastiques, lesquels comme a esté dict) ont eu si grand soing du chant des Pseaumes, auroient oublié ou negligé l'Euouaë, qui est la principalle partie du ton, l'abandonnant à la volonté et discretion des chantres ou escriuains, d'où on ne peut attendre que desordre et confusion: ains faut tenir pour asseuré, qu'il est fondé sur certain respect et bonne raison, comme le monstrerons briefuement.
L'ordre, doncq, qu'on doit tenir, et ce qui doibt estre obserué a l'endroit de l'Euouaë, est fondé sur ceste reigle; à sçauoir, que l'Euouaë doit tousiours commencer en la notte dominante du ton, et finir à la premiere notte de l'Antienne. [Deux choses à obseruer à l'Euouaë. in marg.] Laquelle reigle (comme se voit) contient deux parties; l'vne pour commencer, l'autre pour finir. La premiere, qui est pour commencer, est tres-veritable et infaillible. Mais pour la seconde, si d'auenture l'Euouaë ne fine point iustement en la mesme notte, en laquelle commence l'Antienne, il luy faut adiouster autres nottes, requises pour facillement paruenir à la premiere notte susdicte, comme a esté monstré cy dessus, et monstrerons plus amplement cy apres. [Quel Euouaë on doit choisir. in marg.] D'où s'ensuyt, que quand il y a plusieurs Euouaë en vn mesme ton, il faut choisir celuy, la fin duquel respond au commencement de l'Antienne. Et affin que cecy soit mieux entendu, nous le declarerons en chacun ton particulierement.
[Au premier ton. in marg.] Le premiere ton a deux Euouaë, l'vn finant en la, [-237-] l'autre en re. Cetuy-cy doit seruir pour les Antiennes qui commencent en re: mais quant l'Antienne commence en vt, il faut adiouster à la derniere notte de l'Euouaë, vn fa, affin de facilement descendre à l'vt, pour les raisons reprinses cy dessus. L'autre sert pour les Antiennes qui commencent en la.
[Au deuxiesme ton. in marg. ] Au deuxiesme ton, il n'y a point de choix pour cest esgard, d'autant que les deux Euouaë finent en re. Mais faut notter, que le premier (qui est le plus solemnel) sert pour les Cantiques seulement, et le deuxiesme pour les Pseaumes ordinaires.
[Au troisiesme ton. in marg.] Pour le troisiesme ton, faut notter, que quand l'Antienne commence en Elamy, il fault prendre le premier Euouaë, qui fine en Alamire: et quant l'Antienne commence en G sol re vt, il fault prendre le deuxiesme Euouaë, quifine en C sol fa vt, affin d'auoir la quarte, par laquelle on puisse facilement paruenir à la premiere notte, comme a esté dict.
[Au quatriesme ton. in marg.] Touchant le quatriesme ton, d'autant que les deux Euouaë finent en la mesme notte, à sçauoir en my, il n'y a point de difficulté pour cest esgard; sauf que le premier (qui est le plus solemnel) appartient seulement aux Cantiques. Mais faut notter, que quant l'Antienne commence en re, fault adiouster vn sol à la derniere notte de l'Euouaë, affin d'auoir la quarte, pour plus facilement descendre au re susdict, suyuant les raisons auant-dittes.
[-238-] [Au cinquiesme ton. in marg.] Pour le faict du cinquiesme ton, il n'y eschet aucun choix, d'autant qu'il n'y a qu'vn Euouaë, lequel fine en Alamire.
[Au sixiesme ton. in marg.] Quant au sixiesme ton, il n'y a rien de particulier à obseruer; d'autant que les deux Euouaë finent en la mesme notte.
[Au septiesme ton. in marg.] Le septiesme ton (comme a esté veu) a quatre diuers Euouaë. Pour l'obseruation desquels suffira d'admonester le lecteur, de prendre tousiours celuy qui sera plus proche, ou plus commode, pour paruenir à la premiere notte de l'Antienne.
[Au huictiesme ton. in marg.] Le huitiesme ton a trois sortes d'Euouaë; dont le dernier sert pour les Antiennes qui commencent en C sol fa vt; le deuxiesme, pour les Antiennes qui commencent en G sol re vt, ou D la sol re; et le premier, pour les Cantiques seulement. Toutes lesquelles choses sont sommairement contenuës en la reigle susdicte. Car combien qu'elle ne specifie point toutes les nottes de l'Euouaë, lesquelles ont esté changées plusieurs fois en diuerse façon, qui est cause que plusieurs disent (non sans apparence de raison) qu'on ne sçauroit donner certaine reigle pour icelles, par-ce qu'il ne faut qu'vn clercq de village, pour les changer en mille autres sortes, comme ils le font encor iournellement: si est-ce, que les deux nottes auant-dictes, à sçauoir la premiere, et derniere, doiuent estre obseruées, comme a esté dict.
Et affin que nul ne pense, que les obseruations [-239-] susdictes soient nouuellement forgées ou inuentees, nous monstrerons, non seulement qu'elles sont fondées sur fort bonnes raisons, ains aussi que les anciens les ont cogneu, et exactement obserué, et qu'elles sont encor maintenant en pratique, combien que peu de gens y prennent tel esgard qu'il conuient. [La notte dominante est tousiours la premiere notte de l'Euouaë. in marg.] Et quant a la premiere notte, il est certain, que l'Euouaë commence tousiours par la notte dominante. Qui est la cause, qu'on commande ordinairement aux ieunes musiciens, de prendre esgard à la premiere notte de l'Euouaë, pour cognoistre le ton, par-ce qu'infailliblement c'est la notte dominante, par laquelle (comme nous auons dict) se doit cognoistre le ton. Pour le faict de la derniere notte, si nous considerons le bel ordre, et entresuytte qu'il y a de l'Antienne au Pseaume, et du Pseaume à l'Antienne, non seulement à raison du ton, ains principalement pour le regard des modes de musique, ausquelles les tons sont necessairement reduits selon la qualité des especes de Diapente et Diatessaron, dont ils sont composez, pour former vne espece de Diapason; nous trouuerons estre du tout expedient et necessaire, que la derniere notte susdicte responde à la premiere de l'Antienne, affin de lier et continuer le chant du Pseaume auecq le chant de l'Antienne. Car estant le chant du Pseaume de soy-mesme mal propre pour estre reduit à quelque mode, ne contenant quelquefois qu'vne seule voix continuelle, il appert, qu'il [-240-] ne peut estre separé de l'Antienne pour cest esgard; ains faut qu'ils soient considerés par ensemble, et que le chant de l'Antienne donne quelque forme au chant du Pseaume, pour estre reduit à certaine mode de musique; laquelle se doit cognoistre, par la derniere notte de l'Antienne, suyuant l'ordre qu'en auons donné cy dessus, sur la fin du chapitre onziesme de la premiere partie. L'Antienne et le Pseaume ne font qu'vn corps de musique, et partant faut qu'ils s'entresuyuent tousiours l'vn l'autre, par vn mesme contexte, sans aucune interruption, à quoy seruiroient autrement les nottes qu'on adiouste ordinairement à la fin de l'Euouaë (au premier ton vn fa; au quatriesme, vn sol, comme a esté monstré cy dessus) sinon pour lier, ou pour conioindre la fin du Pseaume, auecq le commencement de l'Antienne, et monstrer que ce n'est qu'vn corps des deux? Ce qui se declare manifestement, en ce que l'Antienne se repete tousiours deuant, et apres le Pseaume, pour signifier, que le Pseaume est vny et incorporé en l'Antienne. De sorte, que (selon nostre dire de cy dessus) comme l'Antienne bien ordonnée nous doit conduire à la notte dominante, en laquelle se commence le Pseaume, affin de lier le chant de l'Antienne auecq le chant du Pseaume: [Comme l'Antienne nous doit conduire à l'Intonation du Pseaume, ainsi la fin du Pseaume, signifiée par [-241-] l'Euouaë nous doit ramener au commencement de l'Antienne. in marg.] ainsi ceste reigle nous enseigne, que la fin du Pseaume (signifiée par l'Euouaë) doit estre tellement disposée, qu'elle nous rameine au commencement de l'Antienne, [-241-] affin d'enfiler, par ce moyen, l'vn dedans l'autre, et ne faire qu'vn corps des deux. Les mots du Pseaume, et de l'Antienne, respondent l'vn à l'autre en vn mesme sens, estants le plus souuent l'Antienne tirée d'vn verset du Pseaume: c'est raison, doncq, que ce ne soit aussi qu'vn mesme chant, qu'vne mesme mode ou harmonie, qui se cognoist par la notte finale de l'Antienne, comme a esté dict. Nous n'auons point faulte d'authorité, pour prouuer nostre dire, encor que ceste matiere soit bien sterile et maigre. Car Ioannes Volitus, en son Enchiridion, par tout le sixiesme chapitre, declare manifestement, par ses exemples, que l'Euouaë doit estre choisy, respondant au commencement de l'Antienne. Glarean liure premier chapitre quinziesme, monstre clairement qu'à l'election et choix de l'Euouaë on doit prendre esgard au commencement de l'Antienne, quand il dict: Quò intonationibus, siue modorum formulis, facilius assuescere iuuentus possit, versuum fineis (Euouaë appellant) firma tenendos esse memoria: nam his perceptis, et comparatione facta ad Antiphonarnm initia, interuallum iudicandum est. [Il faut choisir l'Euouaë le plus propre pour nous ramener au commencement de l'Antienne. in marg.] Où il dit manifestement, qu'il fault rapporter la fin des Pseaumes, au commencement de l'Antienne. Mais la praticque, qui a duré et continué iusque à present, doit auoir plus de poids et plus de force, pour prouuer nostre dire: Car encor que plusieurs choses soient maintenant changées, et [-242-] mal obseruées, à cause (peut estre) d'aucuns broüillons, lesquels (pour abreger ouurage) se meslent de changer et retrancher, à tout propos, le chant de l'Eglise, choysissant tousiours le plus court (comme ils font principalement au premier ton, prennant l'Euouaë finant en la, l'Antienne commençant en re) et reiectans ainsi toutes anciennes obseruations, qui pourroient retarder l'office: estimants estre superflu, tout ce qu'ils n'entendent point, au grand preiudice, interest, et mespris du bel ordre, qui a esté tousiours obserué au chant de l'Eglise; si est-ce que plusieurs choses se trouuent encor en telle vigueur, et si soigneusement obseruées, qu'elles peuuent seruir de preuue et d'argument suffisant, pour monstrer ce qui se doit faire aux semblables. Ce qui appert (pour n'alleguer icy vne infinité d'autres exemples) par les Antiennes du septiesme ton, qui commencent en my: si comme aux Vespres de Noël, et autres iours:
[Maillart, Les Tons, 242,1; text: Exemples notables pour prouuer ce qu'a esté dict. Redemptionem. Exortum est. Mirificauit. Argentum. Orante.] [MAITON2 11GF]
Et plusieurs autres de mesme ton, lesquelles ont toutes l'Euouaë finant en my, comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 242,2] [MAITON2 11GF]
Pour monstrer, que le Pseaume doit finir [-243-] en my, entant que l'Antienne commence en my. Ce qui ne se feroit iamais (pour estre la notte susdicte fascheuse, difficile, et non vsitée pour notte finale) si ce n'estoit qu'il fut necessaire, que la derniere notte de l'Euouaë responde à la premiere notte de l'Antienne, comme a esté dict. Ce qui estoit si commun par cy deuant, et si cognu entre ceux qui estoient aucunement versez au chant de l'Eglise, qu'il ne leur estoit besoin d'autre marque, ny d'autre enseignement, pour sçauoir comme le Pseaume deuoit finir, que de voir le commencement de l'Antienne: ne seruant alors l'Euouaë, que de pont aux asnes (comme on dict) ou pour les apprentifs seulement, comme le tesmoigne Ornitoparchus, au chapitre De tonorum differentijs, quand il dict: Differentiae de tonorum essentijs non sunt, sed pro indoctus tantùm. Et Georgius Raw, au chapitre aussi, De tonorum differentijs: Praeterea (dit-il) differentiae non sunt de essentia, sed pro indoctis tantùm. Or si les differences, ou marques externes (que nous appellons Euouaë) ne seruent que pour les indoctes, il fault necessairement, que les doctes, ou ceux qui sont versez au chant de l'Eglise, ayent certains indices, ou marques essentielles et internes par lesquelles ils puissent cognoistre, quelle fin ils doiuent donner aux Pseaumes; qui ne sont autres, que celles que nous auons dict: A sçauoir, de prendre esgard au commencement de l'Antienne, affin de donner au Pseaume l'Euouaë propre et conuenable, pour retourner au commencement susdicte. Et d'autant que [-244-] cecy se pratique fort bien aux Introits de la Messe, nous en monstrerons les exemples.
Les Euouaë pour les versetz des Introits.
[Maillart, Les Tons, 244; text: 1. Euouaë. 2. 3. 4. 5.] [MAITON2 11GF]
[-245-] [Maillart, Les Tons, 245,1; text: Euouaë. 6. 7. 8.] [MAITON2 12GF]
[Exemples manifestes de ce que dessus, aux Introits de la Messe. in marg.] Voicy la maniere, en laquelle se doibuent praticquer les Euouaë susdictes.
Ceux du premier ton, sont de trois differences. La premiere desquelles fine en re, qui sert aussi pour les Introits commencants en re, comme s'ensuyt.
[Maillart, Les Tons, 245,2; text: Statuit. De ventre. Iustus. Pour le premier ton.] [MAITON2 12GF]
La deuxiesme sert pour les Introits, qui commencent en la: Exemple:
[-246-] [Maillart, Les Tons, 246,1; text: Sapientiam. Salus autem. Scio.] [MAITON2 12GF]
La troisiesme est pour les Introits, qui commencent en vt, exemple:
[Maillart, Les Tons, 246,2; text: Gaudeamus. Rorate. Suscepimus.] [MAITON2 12GF]
Le deuxiesme ton n'a qu'vne difference d'Euouaë, d'autant qu'il commence ordinairement en D sol, re, ou en Are, qui est vne quarte plus bas, lesquelles quartes sont tenuës icy pour la mesme notte, en tant qu'elles sont de mesme nature, et partant de facile intonation, comme a esté dict. Exemple:
[Maillart, Les Tons, 246,3; text: Deuxiesme ton. Terribilis. Vultum. Salue. Cibauit.] [MAITON2 12GF]
Les troisiesme ton a deux differences, l'vne fine en G sol re vt, qui sert pour les Introits, qui commencent aussi en G sol re vt:
[-247-] [Maillart, Les Tons, 247,1; text: Omnia. Benedicite. Liberator. Troisiesme ton.] [MAITON2 13GF]
L'autre commence en Alamire, pour les Introits qui commencent en Elamy:
Exemple:
[Maillart, Les Tons, 247,2; text: Confessio. Cognoui.] [MAITON2 13GF]
La quatriesme ton a deux differences. La premiere fine en Elamy; et la deuxiesme (à cause de l'adionction) fine en G sol re vt, laquelle sert seulement pour les Introits, qui commencent en re. Si comme:
[Maillart, Les Tons, 247,3; text: Resurrexi. Misericordia. Quatriesme ton.] [MAITON2 13GF]
Et plusieurs autres semblables, esquels, apres la derniere notte de l'Euouaë (qui est my) on adiouste ordinairement vn sol, affin de descendre plus facillement au re, qui est la premiere notte de l'Introit, comme a esté monstré cy dessus. Il est vray, que tous les Introits, qui commencent en re, n'ont point ceste adionction, tant par la negligence, que principalement par l'ignorance des escriuains, lesquels (comme a esté dict) negligent et reiectent facillement tout ce qu'ils n'entendent [-248-] point: mais cela est generallement veritable, que iamais ceste adionction ne se faict, sinon quant l'Introit commence en re. La susdicte raison milite aussi, en l'adionction qui se faict, au premier, et cinquiesme ton. Ce que i'ay bien voulu remarquer icy en brief, affin que nul ne s'esmerueille, si telles adionctions ne se font, toutes les fois qu'il est necessaire, pour les raisons que dessus. Tous les autres Introits du 4. ton, appartiennent à la premiere difference, qui fine en my.
Le cinquiesme ton a deux differences: l'vne fine en Alamire, et l'autre (par l'adionction) fine en Ffavt. Les Introits, qui commencent en Ffavt, ont volontiers ceste adionction.
[Maillart, Les Tons, 248,1] [MAITON2 13GF]
comme encor se peut veoir à l'Introit, qui se chante Dominica 1. post Pentecosten.
[Cinquiesme ton. in marg.]
[Maillart, Les Tons, 248,2; text: Domine.] [MAITON2 13GF]
Et encor que ceste adionction ne soit par tout si bien obseruée, qu'il seroit besoin (pour les raisons que dessus) si est ce, que ce qui se trouue obserué en vn endroict, monstre ce qui doibt estre obserué en chose semblable.
Tous les autres Introits appartiennent à la premiere difference.
[-249-] Le sixiesme ton n'a qu'vne difference, laquelle conuient à tous les Introits du mesme ton, lesquels ordinairement commencent en F fa vt, ou en C fa vt, comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 249,1; text: Os Iusti. Quasi modo geniti. Sixiesme ton.] [MAITON2 13GF]
Le septiesme ton n'a qu'vne difference, d'autant que les Introits de ce ton icy commencent ordinairement en G sol re vt.
[Maillart, Les Tons, 249,2; text: Puer natus est. Viri Galilaei. Septiesme ton.] [MAITON2 13GF]
Le huictiesme ton n'a semblablement qu'vne difference, par-ce que tous les Introits d'iceluy commencent aussi en G sol re vt, ou en D sol re, vne quarte plus bas, qui est reputée pour vne mesme notte, pour les raisons cy dessus alleguées:
[Maillart, Les Tons, 249,3; text: Dilexisti. Letabitur. Spiritus. Dum medium. Huictiesme ton.] [MAITON2 13GF]
Par lesquels exemples se voit manifestement, qu'aux [-250-] Introits de la Messe, la fin de l'Euouaë, ou du verset, se rapporte tousiours au commencement de l'Introit, en la maniere que dict est. Et d'autant que rien n'a iamais esté changé aux Introits, touchant l'Euouaë (comme peut auoir esté faict aux Euouaë des Pseaumes, par le retranchement des broüillons susdicts, selon mesme le tesmoignage d'Ornitoparche, disant: Melodia versuum hodie in responsorijs, et alijs, à musicis recentioribus, ad placitum, formatur: Introituum, autem, vsque hodie inuiolabiliter seruatur, secundum priscorum decreta.) Les Euouaë des Introits susdicts, peuuent seruir de patron authentique, et de forme ancienne, pour monstrer que la fin du Pseaume, ou de l'Euouaë, doit respondre au commencement de l'Antienne, comme a esté dict.
CHAPITRE VIII.
Auquel se monstre, que toutes les Reigles ont esté inuentées, pour le ton des Pseaumes.
PLusieurs ont tasché d'accommoder les trois parties susdictes, à sçauoir, l'Intonation, la Mediation, et l'Euouaë, aux modes de musique: [Les trois parties du ton, à sçauoir, Intonation, Mediation, et l'Euouaë ne peuuent estre rapportées aux modes de musique. in marg.] comme Glarean, liure 1. chapitre 15. Ioannes Litauicus, au chapitre De Dorio, primo modo: Gregorius Faber, au chapitre Ambitus ac phrasis Dorij modi, et plusieurs autres: mais celà est si hors de propos, si absurd, et si ridicule, qu'il ne merite point qu'on y employe le temps à y respondre. Car de tant que plus elles sont propres aux tons des [-251-] Pseaumes, de tant sont elles plus repugnantes à la nature des modes, lesquelles ne peuuent aucunement estre astraintes à certaine sorte de chant, non plus au commencement, qu'au milieu, ou en la fin; là où, au contraire, icelles sont si necessaires aux tons des Pseaumes, que de soy elles monstrent euidemment, n'auoir esté instituées, que pour iceux. Car estants les Pseaumes distribuez en certains offices, il a fallu, que leur chant fut distingué és trois parties susdictes, affin que par le changement d'icelles, selon l'occurrence des Festes, des Pseaumes, ou Cantiques (comme a esté monstré cy dessus) on peust sçauoir, comment ils debuoient estre chantés, tous les iours de l'année. Et quant il n'y auroit que l'Euouaë (qui est la derniere partie des trois) il nous declare suffisamment si on le vouloit entendre) pourquoy il a esté institué, nous representant (comme a esté dict) Seculorum Amen: qui sont les deux derniers mots de chacun Pseaume, pour nous signifier, comme le Pseaume doit finir. Et si la derniere partie a esté inuentée, pour les Pseaumes, sans doubte les deux premieres, qui se recognoissent par ledict Euouaë, ont esté inuentées pour le mesme.
Desquelles trois parties se doibt aussi entendre ceste reigle tant commune, qui dict, que le ton se doit cognoistre, Principio, medio, et fine: Entendant, que nous deuons cognoistre le ton par l'Intonation, mediation, et la fin, qu'on appelle Euouaë. Autrement, si on la veut accommoder aux modes de musique (comme [-252-] aucuns veulent faire) on la trouuera entierement faulse, trompeuse, et abusiue, pour les raisons ja plusieurs fois repetées. [Toutes les reigles et axiomes qui se trouuent ordinairement és liures de l'Eglise n'ont esté institués que pour nous apprendre à bien psalmodier. in marg.] Brief (affin de le trancher court) si on veut bien examiner toutes les reigles, et axiomes, qui se trouuent és registres et liures de l'Eglise, on trouuera qu'ils n'ont esté inuentés à autre fin, que pour nous enseigner à bien psalmodier. Et ne se faut esmerueiller, si nous deferons tant au ton, et au chant des Pseaumes: car comme ç'a esté le premier institué, aussi a il seruy de fondement, et de prototipe, sur lequel a esté formé et moulé tout le chant de l'Eglise, comme dirons cy apres, [L'on a tousiours fait grande estime du chant des Pseaumes. in marg.] duquel aussi on a faict tousiours tant d'estime, que depuis que les Pseaumes ont esté institués, iusques à present, on a eu soin particulier du chant d'iceux, et la charge en a tousiours esté donnée, tant au vieux, qu'au nouueau testament, à gens à ce qualifiés.
Quant au vieux testament, il est certain, que la charge en estoit tousiours donnée aux principaux des Leuites, comme appert par le quinziesme chapitre du premier liure Paralipomenon, où il est dict, que Chonenias, Prince des Leuites, fut choisy pour chanter le premier, et donner le ton aux autres: ad praecinendam melodiam, ce dict le texte. Et pour preuue qu'il meritoit ceste prerogatiue, entre tous les autres, s'adjouste: erat quippe valde sapiens. Où est assez declaré, combien ils estimoient ceste charge honnorable, veu qu'il ne suffisoit point, d'estre Prince des Leuites, s'il n'estoit encor [-253-] tressage. Et au chapitre ensuyuant est dict, que Dauid constitua le Prince Asaph, pour chanter et intonner les Pseaumes, qui sont descrits, tout au long, au chapitre susdict.
Pour le nouueau testament, Beatus Isidorus, au deuxiéme liure des Offices Ecclesiastiques, au chapitre douziéme, tiltré De Psalmistis, dit: Ex more veteris testamenti, Ecclesia sumpsit exemplum nutriendi Psalmistas, quorum cantibus, ad affectum Dei, mentes audientium excitantur. Psalmistam autem, et voce, et arte illustrem esse oportet. [Au nom ancien de Psalmiste a succedé le nom de Chantre. in marg.] Au nom de Psalmiste a succedé le nom de Chantre, duquel nom est encor appellé auiourd'huy celuy qui a charge de commencer et intonner les Pseaumes aux Eglises principales. Qui est vn nom fort propre, pour respondre au nom de Psalmiste: car comme ce mot vient du verbe Psallere, qui signifie chanter, fort à propos le Psalmiste a esté appellé chantre, pour monstrer, que le chant est deu proprement au Pseaume. Ie sçay bien que le Chantre n'a point esté tousiours appellé de mesme sorte, comme il se peut veoir par les Histoires; et est aussi notoire qu'il n'a point esté necessaires d'vser tousiours de Chantre pour intonner les Pseaumes: car durant la persecution des Tirans on ne faisoit que reciter les Pseaumes ainsi que le declare fort bien Sebastien Roüillart, au douziesme chapitre de son Histoire de l'Eglise de Chartres, [-254-] disant: Du temps de la primitiue Eglise, et pendant la persecution des Tirans infideles, la psalmodie n'estoit qu'vne simple recitation, et encores a voix basse, selon que nous recueillons d'vne Epistre de Pline à l'Empereur Trajan. Mais depuis que le grand Constantin eut nettoyé sa lepre par le Sainct Sacrement de Baptesme, qu'il se mit à desployer la bannier de la croix, [Quant la haute Psalmodie fut establye. in marg.] et d'autant procurer le repos de l'Eglise, que les Idolatres auparauant l'auoient troublée et molestee, alors fut introduite la haulte Psalmodie à la façon du Temple Mosaïque, et vn Chorostate ou Prechantre estably pour donner le ton du chant, affin que les autres s'accordassent à sa voix. [Le Chantre appellé diuersement. in marg.] Car mesmes és solemnitez de la Grece y auoit le Chorage qui conduisoit le chant et concert de Musique. Suidas escrit que ce fut du temps de l'Empereur Constance, filz du grand Constantin, que l'on introduisit en l'Eglise Greque le chant alternatif. Toutesfois cela estoit desia dans Antioche du temps de Sainct Ignace troisiesme d'apres Sainct Pierre, comme l'escriuent Theodoret, Socrate, et Nicephore. Iusques icy Roüillart. D'où nous pouuons entendre que la haulte Psalmodie n'a point commencé par tout en vn mesme temps, et par consequent que le Chantre n'a point esté estably par tout en vn mesme iour, ains selon que chacun pays, ou chacune ville a esté deliurée de la persecution des Tirans: Et a esté diuersement appellé suyuant la diuersité des Prouinces et de langages, lequel est maintenant appellé Chantre [-255-] ou Prechantre pour les raisons cy dessus alleguées. Voila pour la continuation de la charge, par laquelle appert combien a esté tousiours estimé le chant des Pseaumes. L'histoire de France nous raconte, que le Roy Robert, fils de Hugue Capet, a souuent chanté, et commencé les Pseaumes, et auoir vn iour, cependant qu'il s'exerçoit en tel office, obtenu vne grande victoire. Zonaras nous recite, que Leon Armenien, Empereur de Constantinople a faict le mesme. Socrates, liure 7. chapitre 22. dict le semblable, de l'Empereur Theodose le Ieune: [Les Roys et Empereurs ont chanté et intonné les Pseaumes. in marg.] Imperator verò (dit-il) medius inter eos, Psalmos, et Hymnos ordiebatur. Nicephore, liure 14. chapitre 13. escrit le mesme, du mesme Empereur. Le mesme se dict de l'Empereur Maximilien, et de plusieurs autres grands Princes, lesquels par tels Offices, ont declaré l'honneur qu'ils portent au chant des Pseaumes. Mais entre les Princes et Roys qui ont chanté les Pseaumes, Dauid autheur et compositeur des Pseaumes ne doit estre mis en oubly: Car non seulement il les intonnoit luy mesme, ains les chantoit ensemble de la voix et de l'instrument seruant de harpeur et de chantre ensemble, vestu d'vn Ephod, c'est à dire d'vn surplis blanc, deuant l'arche. Et non seulement chantant et ioüant, ains aussi saultant à la cadence de toutes ses forces en [-256-] presence de tout Israël, honorant ainsi la psalmodie en toutes sortes et manieres de sa personne en qualité de Roy. Voir en d'eusse il estre moqué par sa femme Michol, laquelle en fut payée de sterilité qui estoit le plus grand opprobre qui pouuoit arriuer à femme de ce temps là. [L'on ne se doit moquer du chant de l'Eglise, et moins du chant des Pseaumes. in marg.] Ce que doiuent bien craindre ceux qui se moquent des ceremonies et du chant de l'Eglise, et principalement de la Psalmodie qui est l'oeuure que Dauid magnifie par-dessus toutes ses oeuures, en l'appellant par excellence son oeuure, quand il dit, Dico opera mea regi. Car l'oeuure dont il parle (comme dict quelcun) sont les Pseaumes: et partant dict, Laudabo Dominum in vita mea, psallam Deo meo quam diu fuero: Exultabunt labia mea cum cantauero tibi. Voire ne recommande rien tant que ceste psalmodie à ce qu'elle soit bien faicte. Psalme 46. Psallite Deo nostro, psallite Regi nostro, psallite quoniam Rex omnis terrae Deus, psallite sapienter. Qui est par mesme moyen rendre raison pourquoy luy Roy est chantre de Dieu, pour ce que Dieu est Roy de toute la terre. Et partant les Roys luy doibuent bien cela. Et au Psalme 67. Regna terrae cantate Deo, psallite Domino. Et estant proche de la fin ne se qualifie d'autre tiltre, sinon d'estre, Egregius psaltes Israel. 2. Regum. caput 23. Ezechias Roy de Iuda, se lamentant de l'arrest prononcé contre luy qu'il doit mourir en fleur [-257-] d'aage (car il n'auoit que 39. ans) et sans enfans (ce que plus l'affligeoit) demandant la vie à Dieu promet en recompense de continuer son exercice à chanter les Pseaumes toute sa vie en la maison de Dieu, c'est à dire au Temple. Esaie 38. chapitre: Et Psalmos nostros cantabimus cunctis diebus vitae nostrae in domo Domini. Par où se voit combien les Princes et les Roys tant du vieux que du nouueau testament ont honoré et faict cas de la psalmodie.
[Le chant des Pseaumes a esté tousiours fort estimé, tant au vieux qu'au nouueau testament. in marg.] L'estime que les anciens et modernes ont faict du chant des Pseaumes, se peult aussi cognoistre par le soing qu'on a tousiours eu du chant susdict. En quoy mesmes, ce grand Monarque et Empereur Charlemagne, se rend fort remarquable n'ayant dedaigné, estant à Rome, d'entendre le debat d'entre les Chantres Romains, et François, sur la corruption du chant des Pseaumes, et demander, du Pape Adrien, des maistres et chantres qu'il enuoya en France, comme a esté encor dit cy dessus) où ils redresserent le chant corrompu, et corrigerent (par commandement dudict Empereur) les Antiphonaires, les reduisant à la forme et vsage, qui auoit esté ordonné par Sainct Gregoire Pape (comme se peult veoir plus amplement en la vie dudict Charlemagne, escrite par vn Moisne d'Angoulesme, et mise premierement en lumiere par Pierre Pithoël. Monstrant en ce le soing et desir qu'il auoit que les Pseaumes fussent chantées comme il appartient.
[-258-] [La melodie, ou le ton du Pseaume, a esté tousiours signifié par quelque marque. in marg.] D'autre-part, aucuns affirment et prouuent, que les tiltres et superscriptions qu'il y auoit anciennement sur les Pseaumes (à sçauoir, Alamoth, Niginoth, Schigajon, Machalach, et autres semblables) signifioient la melodie, ou le ton, auquel le Pseaume se deuoit chanter; et auiourd'huy, deuant le Pseaume, y a tousiours vne Antienne, sur la fin de laquelle, par son Euouaë, est signifié le ton, auquel le Pseaume doit estre chanté, affin que nulle faulte ne fut commise au ton susdict. Tant de soing a l'on tousiours eu, que les Pseaumes fussent bien chantés. Dirons nous, doncques, que les Ecclesiastiques, qui ont les premiers inuenté les tons des Pseaumes, se seroient tant oubliez, que de n'auoir laissé aucuns enseignements, pour l'obseruance des tons susdicts? Il ne le fault point croire, ains faut tenir pour certain, qu'en l'acquit de leur office, ils ont inuenté toutes les reigles et enseignemens auant-dits, pour nous apprendre à bien psalmodier, et obseruer les tons susdicts. Et si nous voulons feüilleter les autheurs Ecclesiastiques, nous les trouuerons pleins de preceptes, pour nous enseigner à bien psalmodier. Beatus Isidorus, tant au lieu susallegué, qu'au liure 1. chapitre 10. nous descrit fort pertinemment, la maniere de bien psalmodier. Sainct Augustin liure 10. chapitre 33. de ses confessions: Sainct Bernard, sermon 47. sur les Cantiques, et plusieurs autres, mais sur tous, Sainct Bonauenture, au liure intitulé, Speculum Disciplinae, chapitre 15. par vn [-259-] long discours, nous descrit, comme on se doit comporter, pour bien psalmodier. Et affin de le faire brief, renuoyant le lecteur aux lieux susalleguez, ie diray seulement vn mot, tiré dudict Sainct Bonauenture, que ie desire estre entendu et obserué de tous: [La maniere de bien psalmodier. in marg.] Debitus (ce dit-il) psallendi modus est, vt nec nimium festinetur, nec nimia fiat aut inaequalis protractio: Sed cum pausantibus statim pausetur, vt vox vnius vix inter alios discerni possit.
Chapitre IX.
Enseignant, que tout le chant de l'Eglise est fondé sur le ton des Pseaumes.
C'Est vne reigle generalle, que ce qui est le premier en son genre, doit seruir de reigle et de mesure aux autres. [Le chant des Pseaumes est le prototype, sur lequel a esté formé tout le chant de l'Eglise. in marg.] En suytte dequoy, nous pouuons dire, que le chant des Pseaumes, ayant esté le premier institué en l'Eglise, a seruy de reigle et de prototype, sur lequel a esté formé et moulé toute la reste du chant de l'Eglise. Et comme nous auons monstré, que le ton de l'Antienne se cognoist par la notte dominante, [Le ton de l'Inuitatoire du Venite des respons, de l'Introit de la Messe, et du reste du chant de l'Eglise, se doit cognoistre [-260-] par la notte dominante, comme le ton des Pseaumes. in marg.] en laquelle se chante le Pseaume, ainsi semblablement le ton de l'Introit de la Messe, du Respons, de l'Inuitatoire des Matines, et de toute autre chose qui se chante en l'Eglise, se doit cognoistre par la notte dominante [-260-] du verset: Que cecy soit vray, nous le monstrerons premierement par la pratique, et par authorité, et puis par la raison.
Quant à la pratique, ceux qui manient le chant de l'Eglise, ne peuuent nyer, qu'ils ne iugent du ton, par la notte dominante du verset, ayant toutesfois esgard à la notte finale, comme a esté dict: si auant mesme, que si quelque Antienne, quelque Introit, ou quelque respons, finant en re, est iugé du premier ton, en tant qu'il domine en la, (suyuant la reigle Pri, re, la:) si on change ledict verset, le faisant dominer en fa, on le iugera incontinent estre du deuxiesme ton, suyuant la reigle Se, re, fa. Exemple: si à ceste Antienne,
[Maillart, Les Tons, 260,1; text: In patientia vestra.] [MAITON2 14GF]
vous adiousté cest Euouaë,
[Maillart, Les Tons, 260,2; text: Euouaë.] [MAITON2 14GF]
vous le iugerés incontinent du premier ton: Mais en ostant ledict Euouaë, si vous luy adioustés cestuy cy:
[Maillart, Les Tons, 260,3; text: Euouaë.] [MAITON2 14GF]
pour le faire dominer en fa, vous le iugerés du deuxiesme ton.
[-261-] Où bien, si à cest Introit des vierges,
[Maillart, Les Tons, 261,1; text: Me expectauerunt.] [MAITON2 14GF]
vous adioustez ce verset,
[Maillart, Les Tons, 261,2; text: Beati immaculati in via.] [MAITON2 14GF]
[On doit iuger du ton, par la notte dominante du verset. in marg.] vous le iugerez incontinent du premier ton, d'autant qu'il domine en la: mais si vous luy adioustezvn autre verset, le faisant dominer en fa, comme s'ensuyt:
[Maillart, Les Tons, 261,3; text: Beati immaculati.] [MAITON2 14GF]
il sera aussi tost iugé du deuxiesme ton. De sorte que vous iugerez s'il est Primi, ou Secundi, par la notte dominante du verset. De mesme sorte, si quelque Antienne, quelque Respons, ou quelque autre chose, finant en my, est iugé du troisiesme ton, par-ce que le verset domine en fa; si vous changé le verset, le faisant dominer en la, il sera aussi tost iugé du quatriesme ton: non pour autre cause, que pour-ce que le verset domine en la. Le Respons, Inueni Dauid, est dict du quatriesme ton, à cause que le verset domine en la: si en changeant ledict verset, on le faisoit dominer en fa, ledict Respons seroit aussi tost iugé du troisiesme ton. Le mesme se fera du cinquiesme et sixiesme ton: Item du septiesme et huictiesme suyuant la reigle des tons. Qui est vn signe euident, que le ton du chant de l'Eglise, se iuge par la notte dominante du verset; de mesme sorte, qu'a [-262-] esté dict des Pseaumes. Voila la pratique.
Touchant l'authorité: ceux qui ont traicté ceste matiere, disent tous le mesme. Car Nicolaus Volitus (pour obmettre les autres) au quatriesme chapitre de son troisiesme liure, nous admoneste de cecy, quand il dict: Animaduertendum est denique, Responsoria, et Alleluya, ad suos versus; Inuitatoria, ad venite, respectum habere. Comme s'il vouloit dire, que nous deuons iuger du ton des Respons, d'Alleluya, et de l'Inuitatoire (le mesme iugement doit estre du reste) ayant respect ou esgard au verset, c'est à dire, à la notte dominante, en laquelle se chante le verset.
Quant à la raison, elle y est manifeste, d'autant qu'il importe à la police, et bien seance du seruice de l'Eglise, que le chant soit par tout conforme, non seulement en ce qu'il ait le mesme air, la mesme melodie, qu'il soit simple, resentant par tout sa pieté et deuotion; ains aussi, qu'il soit fondé sur mesmes principes, et gouuerné par mesmes reigles, affin que celuy qui cognoist l'vn, puisse aussi iuger de l'autre, par mesmes raisons. Et de là est sortie ceste commune opinion (à la mienne volonté qu'elle fust aussi bien entenduë, qu'elle est veritable) qu'il n'y a que viij. tons en l'Eglise. [D'où est procedée ceste opinion commune, qu'il n'y a que viij. tons en l'Eglise, d'où plusieurs ont entendu qu'il [-263-] n'y avoit que viij. modes. in marg.] Car il est certain, qu'il n'y a que les viij. tons des Pseaumes, sur lesquels tout le chant de l'Eglise est moulé, declaré, et enseigné, par ceste reigle commune: Pri, re, la: Se, re, fa: Ter, my, fa, et cetera. Laquelle pour ceste cause, est ordinairement enregistrée [-263-] en tous les liures de l'Eglise, comme vray fondement, sur lequel le chant susdicte a esté basty. Mais tout cecy se doit entendre, sans preiudice des douze modes de musique, cy deuant declarées; [Le ton, et la mode, se cognoissent diuersement. in marg.] car comme nous disons, l'Antienne ou le Respons est de certain ton, ayant esgard à la notte dominante, aussi seroient ils de certaine mode, ayant esgard a l'espece de Diapason. De sorte que l'vn ne combat point l'autre: ains vn mesme chant peut estre ensemble de certain ton, et de certaine mode, pour diuers respects, comme se dira cy apres. Mais auant passer plus oultre, nous declarerons (sans plus) les viij. tons des Respons, lesquels sont recognus et iugés par la notte dominante du verset: laissant la reste du chant de l'Eglise, que le lecteur pourra considerer de soy-mesme ayant tousiours esgard (comme a esté dict) à la notte dominante, en laquelle se chante le verset, et à la notte finalle du Respons, qui est tousiours celle qui procede immediatement le verset.
[Maillart, Les Tons, 263; text: 1. ton. 2. Gloria Patri et Filio et Spiritui sancto.] [MAITON2 14GF]
[-264-] [Maillart, Les Tons, 264; text: Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto.] [MAITON2 15GF]
[-265-] CHAPITRE X.
Où se monstre manifestement que le ton et la mode sont choses differentes.
CE n'est assés, pour verifier que le ton et la mode sont choses differentes, d'auoir monstré, que le nom, la matiere, la forme, et les parties, en sont diuerses, si nous ne monstrons encor par diuers arguments et authoritez, que ce sont choses realement separées, et entierement differentes. Car en vn poinct, auquel plusieurs et diuers s'opposent et contredisent, il faut aussi vser de diuers arguments et solutions pour les pouuoir conuaincre, et leur donner contentement. De tant plus, que le but principal de ce traicté consiste quasi en ce seul poinct. [Quasi tous tiennent, que le ton et mode soit vne mesme chose. in marg.] Mais est il vray, qu'il y a tant d'opposans contre ceste assertion, que le ton et la mode sont choses differentes? Certainement l'opposition est si grande, que quasi tous tiennent asseurement, qu'ils signifient vne mesme chose. Et iusque a present, personne n'a encor ouy parler d'aucune distinction, entre les deux mots susdicts. Les plus anciens Philosophes n'en ont peu faire distinction, d'autant que les tons des Pseaumes n'estoient encor inuentez, ny ce mot de ton cognuë entre les Musiciens. Les autres plus modernes, si comme Plutarque, Boëce, et autres semblables, encor que les tons des Pseaumes puissent auoir esté de leur temps, [-266-] si est-ce, qu'ils n'en ont point prins cognoissance. Partant, s'ils ont vsé aucunesfois du mot de ton, ç'a esté en mesme signification que de mode. Car combien que Boëce (au temps duquel, selon le tesmoignage de Glarean, liure 1. chapitre xj. l'appellation de ton a esté inuenté) ait reiecté le mot de ton, comme mal propre, pour signifier la mode, si est ce, qu'il n'en faict aucune distinction, ains les entend auoir esté instituez, pour signifier vne mesme chose, disant (parlant des modes:) quos eosdem tonos nominant. Ioannes Volitus liure 3. chapitre 1. Hos itaque octo modos quos et tonos vocant. Thyard, au deuxiesme solitaire, n'approuue point le mot de ton, pour signifier la mode: cependant il dict, que le vulgaire en vse en mesme signification, et luy mesme n'en faict aucune distinction. Gregorius Faber, parlant des modes, dit: Hodie tonos nominant, nescio qua de causa. De sorte qu'ils confessent bien tous, que le mot de ton, n'est point propre pour signifier la mode: cependant il n'en y a pas vn, qui luy donne autre signification. Les autres ne retiennent point seulement le mot de ton, pour vne mesme chose que la mode, ains l'enseignent, et l'escriuent tout ouuertement en leurs liures. Voyez Glarean, liure 1. chapitre 14. et 15. Ioannes Litauicus, liure 1. chapitre 16. 17. et ensuyuans: André Ornitoparchus, chapitre 12. et ensuyuans. Et ainsi quasi tous les modernes, lesquels, apres auoir expliqué la nature des modes, vous trouuerés qu'il n'ont point d'exemple à la main plus [-267-] propre, pour prouuer leur dire, que l'Intonation, Mediation, et Euouaë des Pseaumes; monstrans manifestement par cela, qu'ils ne mettent aucune difference, entre ton et mode, veu que l'vn est expliqué par l'autre. Et ceux qui veuillent sçauoir d'auantage, leur donnent quelque distinction, disant, que ce que les anciens appelloient modes, les modernes l'appellent tons. Ioannes Litauicus, au tiltre du chapitre 9. dit: De octo tonis, seu potius modis, vt veteres appellarunt. Glarean liure 1. chapitre 9. Tonos item nominant: At ea de re cum nemine certauero mihi sane placet vt modos vocemus quemadmodum veteres omnes appellarunt. Et pour mieux expliquer leur dire, rapportent les noms propres des modes, aux noms des tons, disants, ce que les Grecs appelloient, Dorius, les modernes l'appellent le premier ton: ce que les Grecs appelloient, Hypodorius, les modernes l'appellent le deuxiesme ton; et ainsi de suytte, comme le tesmoigne Ioannes Froschius au chapitre 14. de sa musique; ou, apres les auoir appellé tons, dit comme s'ensuyt: Modo non ignores, quod recentiores musici, secundum ordinem hactenus in vulgatum, eos denominant: quo sanè Dorius primus est: cui succedit Hypodorius secundus: deinde Phrigius tertius: Hypophrygius quartus: Lidius quintus: Hypolidius sextus: Mixolidius septimus: et Hypomixolidius octauus. Ornitoparchus liure 1. chapitre 4. Hi autem octo toni his apud authores nominibus appellantur. Primus Dorius, Secundus Hypodorius, Tertius Phrigius (quem barbarum vocat Porphirio:) Quartus Hypophrigius: Quintus [-268-] Lidius: Sextus Hypolidius: Septimus Mixolidius: Octauum autem quidam Hypermixolidium dixerunt, alij proprium illi nomen denegauerunt. Le Pere Ioannes Mariana de la Societé de Iesvs, au liure des Spectacles, chapitre xj. Doricus concentus Primo tono respondere creditur, Phrigius tertio, Ionicus quinto, septimo Lydius, et cetera. Gregorius Faber, liure 1. chapitre 17. Et ainsi tous autres, autant que i'en ay veu et ouy, sont en ceste opinion, que ce que les anciens appelloient modes, les modernes l'appellent ton premier, deuxiesme, troisiesme, et ainsi de suytte iusques au huitiesme.
[L'erreur de Ceux qui ont pensé que Dorius modus est le premier ton, refuté. in marg.] La cause de cest erreur (autant que ie puis coniecturer) n'est autre, que la concomitance, et suitte ordinaire de l'vn à l'autre. Car comme le Pseaumes, qui est de certain ton, est tousiours accompagné de quelque Antienne, qui est de certaine mode (le mesme iugement est du Respons, et du verset) et que l'on voit ordinairement la mode Dorienne suyure le premier ton; la Hypodorienne, le deuxiesme; la Phrigienne, le troisiesme, et ainsi de suytte, suyuant l'ordre cy dessus declaré: sans penser plus auant, ny considerer en quoy l'vn et l'autre consiste, ils ont estimé (veu qu'ils se rencontrent le plus souuent) que ce n'est qu'vne mesme chose. Et à la verité, si ainsi estoit, qu'il fut necessaire, que le premier ton fut tousiours conioinct et reduit à la mode Dorienne, le deuxiesme à la Hypodorienne, et ainsi des autres, suyuant l'ordre cy dessus declaré, ie me tairoy, et ne voudroy controler leur opinion, [-269-] en façon quelconque: à cause que par ce moyen, il seroit vray aucunement, que le premier ton seroit Dorius, le 2. Hypodorius, le 3. Phrigius, et ainsi des autres: d'autant que par concomitance, ou suitte necessaire, les deux noms nous signifiroient tousiours vne mesme chose, [Le ton et la mode sont choses differentes. in marg.] encor que ce fut pour diuers respects, et autres raisons. Mais il n'est pas ainsi. Car il est certain, que comme ce sont choses realement differentes, aussi peuuent elles estre separées, et trouuées l'vne sans l'autre. En voulés vous auoir des Exemples?
[Le Respons, Duo Seraphim, est du premiere ton, il n'est toutesfois point de la mode Dorienne, ains de la mode Hypodorienne. in marg.] Le Respons, Duo Seraphim, qui commence comme s'ensuit:
[Maillart, Les Tons, 269,1; text: Duo Seraphim.] [MAITON2 16GF]
est manifestement de la mode Hypodorienne, d'autant qu'il fine en D sol re, et descend vne quarte en dessoubs ladicte notte finale, et a la quinte au dessus d'icelle, qui est la marque essentielle de la mode susdicte, comme a esté dict cy dessus; et partant (selon leur conte) deuroit estre accompagné du deuxiesme ton: ce qu'il n'est point pourtant, ains est notté (comme vrayement il est) du premier ton, d'autant que le verset se chante et domine en la, comme s'ensuyt.
[Maillart, Les Tons, 269,2; text: Tres sunt.] [MAITON2 16GF]
[-270-] Qui est la raison essentielle du premier ton, suyuant la reigle ordinaire, Pri, re, la. [Diuers exemples, que le ton et la mode sont choses differentes. in marg.] Le respons dernier des confesseurs, qui commence, Sint lumbi, est semblablement de la mode Hypodorienne, et partant (selon leur dire) deburoit estre du deuxiesme ton: si est-ce toutesfois, qu'il est du premier, pour les mesmes raisons que dessus. En voulez vous vn autre? Voyez le Respo