TRAITÉS FRANÇAIS SUR LA MUSIQUE
School of Music
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Fn and Ft: MAITON3 TEXT
Author: Maillart, Pierre
Title: Les Tons, ou discours, sur les modes de musique, Troisiesme partie
Source: Les Tons, ov Discovrs, svr les modes de mvsiqve, et les Tons de l'Eglise, et la distinction entre iceux (Tovrnay: Charles Martin, 1610; reprint ed. Genève: Minkoff, [1972]), 327-380.
Graphics: MAITON3 01GF-MAITON3 04GF

[-327-] TROISIESME PARTIE.

Contenant la cause et le sommaire de ceste troisiesme partie.

PROLOGVE.

I'Avoy deliberé, commençant ce traicté, ne parler d'autre chose, que de ce qui touche les modes et les tons; [La premiere intention de l'autheur, en commençant cest oeuure. in marg.] ayant emprins ce petit labeur, seulement pour en faire la distinction. Mais d'autant qu'au troisiesme chapitre de la premiere partie (où a esté traicté de la matiere du diapason) nous auons parlé des nottes de musique, en passant tant seulement, et autant qu'il nous a semblé necessaire, pour l'explication de ce qui estoit en question, sans toucher aucunement à la figure, à la ligature, aux signes, ny à la valeur, ny mesure d'icelles: et considerant que cela pourroit donner occasion (principalement à ceux qui n'auront entendu nostre but et intention) de blasmer et calomnier nostre faict, comme si nous voulions enseigner vne musique imaginaire et fantastique, ayant obmis et negligé ce en quoy consiste toute la praticque [-328-] d'icelle (car sans auoir cognoissance de la valeur des nottes, il est impossible de pratiquer la Musique) nous auons trouué expedient, tant pour c'est esgard, que principalement pour satisfaire à la requeste d'aucuns miens amis, de reprendre icy les premiers elements de la musique (desquels nous auons commencé à parler au chapitre susdict) et declarer les nottes, la figure, et ligature d'icelles, les proprietez, ou (comme aucuns disent) les degrets de la musique, sur le nom de Mode, Temps, et Prolation: les signes et marques par lesquelles ils sont signifiés et recognuz, et la mesure qu'on doibt tenir en iceux respectiuement, et aucunes autres menutez; lesquelles sont si diuersement et confusement enseignées des autheurs, que i'espere que ce petit traicté ne sera seulement vtile aux disciples (pour lesquels ordinairement sont traictez les premiers elements de la musique) ains aussi aux maistres et professeurs d'icelle, pour sçauoir le fondement et le pied qu'on doit tenir és choses susdictes.

Premier Chapitre,

De la diuision de la Musique.

LA musique a esté diuisée par nous au troisiesme chapitre de la premiere partie, en la naturelle et artificielle, selon que le requeroit la matiere qu'il nous falloit lors traicter. Maintenant sera besoing [-329-] (pour nous accommoder à nostre suject) de la diuiser en musique simple ou pleine, et en figurée ou mesurée. [La musique diuisée en musique pleine, et musique figurée. in marg.]

La Musique figurée ou mesurée est celle qui est toute composée de nottes de diuerses figures et valeur, et partant sujecte à diuerse mesure, telle qu'est celle que nous appellons ordinairement musique, ou chose faicte.

La Musique simple ou pleine est celle qui est composée de nottes de semblables figures, et de mesme valeur, telle qu'est le chant de l'Eglise, appellé vulgairement le chant Gregorien (d'autant que la plus-part d'iceluy auroit esté institué par sainct Gregoire) ou plein chant, pour monstrer que les nottes y sont pleines, et de mesme figure et valeur. Ie ne veux pas dire que tout le plein chant soit escrit par nottes de mesme figure, et chanté de mesme mesure; car il est certain que le chant Gregorien (que nous appellons maintenant plein chant) en aucunes choses a esté anciennement, et est encor à present, escrit par nottes de diuerses figures, et chanté par diuerse mesure. [Le plein chant a esté anciennement, et est encor a present, en aucune chose, escrit par nottes de diuerse figure, et chanté par diuerse mesure. in marg.] Et ne trouueroy point estrange si quelqu'vn vouloit maintenir que les nottes figurées, et les mesures diuerses que nous auons auiourd'huy en la musique, auroient succedé à la figure et mesure diuerse du plein chant. [Il y a apparence que les diuerses mesures, et les nottes figurées que nous auons maintenant en la musique, viennent [-330-] du plein chant. in marg.] Car outre ce que le simple est naturellement premier que le diuers (comme a esté monstré cy dessus de l'ancienne musique, laquelle de pleine et simple qu'elle estoit au commencement, [-330-] par laps de temps est ainsi accreuë et diuersifiée (comme a esté dict) il appert encor que le plein chant de l'Eglise a esté institué long temps deuant que les signes et mesures diuerses, que nous auons en la musique, auroient esté cogneuës. Car on prouuera facillement, que le plein chant a esté institué passé plus de mil ans, quant il n'y auroit que l'appellation Gregorienne, d'autant qu'il y a plus de mil ans que Sainct Gregoire viuoit. Et ne pense point, qu'on pourroit prouuer les nottes, les signes, et mesures que nous auons maintenant en la musique auoir duré beaucoup plus de trois cens ans, ne les pouuant renuoyer plus loing, que vn peu deuant le temps d'Okeghem, qui a esté le maistre de Iosquin des Prets, comme le tesmoigne assés Glarean, quand il dict: Ante annos 70. (opinor) primi huius artis inuentores innotuere, neque enim (quantum nobis constat) haec ars est multò vetustior. Voyez le chapitre treiziesme de son troisiesme liure. Pour le moins est il vray, que ny Plutarque, ny Boëce, ny autres anciens, en ont iamais faict mention, ains au contraire a esté prouué au seiziesme chapitre de la premiere partie, que les anciens Musiciens n'ont point eu de nottes figurées, pour signifier la valeur d'icelles, d'autant qu'ils n'auoient autre mesure que celle de leurs vers. Mais que le plein chant ait esté escrit anciennement par diuerses figures, et chanté par diuerse mesure, nous en auons encor des reliques si entieres, et des preuues si [-331-] euidentes et manifestes, que ce seroit vne pure opiniastreté, et absurdité tres-grande, de le vouloir nier. Et si on veut prendre la peine de visiter et examiner tant le vieux, que le nouueau plein chant, on ne trouuera point seulement qu'il a esté, et est encor à present escrit par nottes de diuerse figure, ains aussi qu'il a esté chanté, et qu'il se chante encor auiourd'huy en trois diuerses mesures, [Trois diuerses mesures au plein chant du iourd'huy. in marg.] à sçauoir en mesure simple, mesure double, et mesure de trois, comme la musique du iourd'huy. Ie ne veux point parler icy des pieds de mouche (qu'ils appellent) ny d'autres nottes anciennes, lesquelles nous auons dict cy deuant, au seiziesme chapitre de la premiere partie, estre de plus de douze sortes. Aussi ne veux-ie point dire, que i'ay ouy chanter plusieurs Hymnes et Proses, le Credo, le Sanctus, et Agnus Dei de la Messe, par vn clerc de village, en plein chant par nottes figurées, auec vne mesure si entiere, et de si bonne grace, que ie preferoy tel chant à plusieurs musiques, composées de plusieurs parties, du iourd'huy. Ie laisse (di-ie) tout cecy, pour venir à la preuue manifeste. Premierement, doncq, nul ne peut ignorer, que le Symbole des Apostres (ie dis, Credo in vnum Deum) s'escrit par nottes de diuerse figure, et diuerse valeur, et qu'il se chante encor auiourd'huy par simple mesure, soit qu'on considere son chant le plus solemnel, ou le vulgaire, ou bien la troisiesme sorte en laquelle on le chante maintenant quasi par tout. Et d'autant que cest exemple est si [-332-] notoire, si vulgaire, et si bien cognu de tous, nous n'en donnerons point d'autre pour ceste mesure. Pour le faict de la double mesure, voyez l'hymne des confesseurs, aux demy doubles, vous trouuerez, point seulement qu'il est escrit par nottes de diuerse mesure et valeur, ains aussi que la double mesure y est exactement obseruée, comme se peut veoir aux Antiphonaires imprimez par Plantin: et en ay distingué les mesures, pour les mieux remarquer, comme s'ensuit:

[Maillart, Les Tons, 332; text: Exemple de double mesure au plein chant. Iste confessor Domini sacratus festa plebs cuius celebrat per orbem hodie laetus meruit secreta scandere caeli.] [MAITON3 01GF]

La mesure de trois est si commune, que quasi tous les Hymnes des iours feriaux se chantent par ceste mesure. Et si vous en voulez auoir vn exemple manifeste, voyez la prose de Sancto Spiritu, vous y remarquerez facilement qu'elle se chante par la mesure de trois, en forme de temps parfait, comme s'ensuyt.

[-333-] [Maillart, Les Tons, 333,1; text: Exemple de mesure de trois au Temps parfaict. Veni sancte spiritus et emitte caelitus lucis tuae radium.] [MAITON3 01GF]

La mesme mesure s'obserue en la prose, Mittit ad virginem, et plusieurs autres, comme peuuent sçauoir ceux qui pratiquent le chant de l'Eglise.

Et quand on vouloit que le chant fust plus solemnel, pour chanter plus grauement et poséement, on l'escriuoit par forme de Mode parfaicte, comme se voit à l'Hymne des Aduents, au mesme Antiphonaire, ainsi que s'ensuyt:

[Maillart, Les Tons, 333,2; text: Exemple de mesure de trois en Mode parfaicte. Conditor alme siderum aeterna lux credentium Christe redemptor omnium exaudi preces supplicum.] [MAITON3 01GF]

La mesme escriture, et la mesme mesure se voit en la prose, Praeter rerum seriem. Qui est cause, que [-334-] Iosquin des Prets la rendant en musique, a retenu et imité la mesme mesure.

[Maillart, Les Tons, 334,1; text: Praeter rerum seriem parit Deum hominem, virgo mater.] [MAITON3 01GF]

Et quant ils vouloient que le chant fust plus viste, ils l'escriuoient comme la prolation parfaicte, en la maniere que s'ensuyt.

[Maillart, Les Tons, 334,2; text: Exemple de mesure de trois, en Prolation parfaicte. Da tuis fidelibus, In te confidentibus, Sacrum septenarium.] [MAITON3 01GF]

De sorte qu'on voit manifestement, le chant de l'Eglise auoir eu, non seulement nottes de diuerse figure, ains auoir esté pratiqué et chanté par diuerses mesures, lesquelles maintenant sont vsitées et imitées par ceux qui se meslent de composer la musique figurée, comme se voira cy apres.

Ce nonobstant il y a difference entre le chant de l'Eglise, et le chant qu'on appelle auiourd'huy musique figurée ou mesurée. [Difference entre musique pleine, et musique figurée. in marg.] D'autant que le chant de l'Eglise (hors-mis certaines proses, hymnes, et autres menutez, qui s'escriuent et chantent comme a esté dict) s'escrit generallement par nottes semblables, et se chante par esgale mesure: Et la musique figurée est toute composée de nottes de diuerse figure et valeur. [-335-] Car comme il est facile de changer et d'adiouster tousiours quelque chose à ce qui est nouuellement inuenté, les Musiciens, au lieu des nottes du chant de l'Eglise (lesquelles n'estoient, ny en certain nombre, ny de certaine figure, ains dependoient quasi de la volonté de l'escriuain, comme il se peut colliger par le grand nombre et diuersité d'icelles, qui se remarque facilement par la diuerse escriture du vieux plein chant) ont choisis certain nombre de nottes seulement; lesquelles ils ont distingué par nom propre, et par figure particuliere, leur assignant à chacune sa valeur: ils ont aussi diuisé les mesures en certain ordre, et inuenté des signes et des marques, pour les recognoistre, soubs certaines loix et reigles que dirons cy apres: et les ont tellement distingué de celles du chant de l'Eglise, qu'auiourd'huy iceluy chant est appellé Plein-chant, [Pourquoy le plein-chant est appellé musique pleine, et l'autre musique figurée. in marg.] d'autant que les nottes (pour le moins la plus-part d'icelles) sont toutes pleines, et de mesme figure et valeur: et l'autre est appellé Musique figurée ou Mesurée, d'autant qu'elle est toute composée de nottes de diuerse figure et valeur, sujette a diuerse mesure, comme le tout se verifiera cy apres.

[-336-] Chapitre II.

Des nottes de Musique.

LEs nottes, desquelles vsent les Musiciens du iourd'huy, sont telles, et sont appellées comme s'ensuyt:

[Maillart, Les Tons, 336; text: Les nottes de musique figurées sont 8. differentes, de nom, de figure, et de valeur. Maxime, Longue, Breue, Demibreue, Minime, Demiminime, Fuse, Demifuse.] [MAITON3 02GF]

La queuë des nottes susdictes peut tendre indifferemment vers le haut, ou vers le bas, sans changer la figure de la notte, auec ceste obseruation toutesfois, que la Maxime, et la Longue doiuent auoir tousiours la queuë au costé droict.

[Les anciens n'auoient que cinq nottes differentes. in marg.] Plusieurs veulent maintenir que les anciens n'ont eu que cinq nottes figurées, et entre les autres Estienne Vanneus en donne la raison. Car si ce mot, Maxime (dit-il) importe quil n'en y a point de plus grande, aussi ce mot, Minime, doit signifier, qu'il n'en y a point de plus petite, et de moindre valeur. Et à la verité, les proprietez ou degrez de la musique ne font mention que de cinq nottes premieres, comme se verra cy apres. Qui est vn argument, qu'il n'en y auoir [-337-] aussi que cinq, lors que les diuerses mesures, et les degrez susdicts, ont esté instituez, contenuës en ce vers:

Maxima, Longa, Breuis, Semibreuis, Minima.

[Les trois dernieres nottes inuentées par les instrumentistes. in marg.] Et y a apparence comme dict ledict Vanneus) que les nottes inferieures ont esté inuentées par les instrumentistes, pour orner, ou plus tost pour diminuer et fredonner la musique. De ceste opinion est aussi Maximilian Guilliaud, au premier chapitre de son second traicté.

Chapitre III.

Des ligatures.

[Ligatura est coniunctio duarum vel plurium notarum. in marg.] LA ligature (par laquelle deux, ou plusieurs nottes sont joinctes ensemble) a esté inuentée, pour mieux accommoder les nottes aux parolles, à l'imitation encores du chant de l'Eglise. [Deux sortes de ligature. in marg.] Et en est de deux sortes: A sçauoir, Directe et Oblique. La ligature est appellée directe, quand le corps de la notte est droict ou carré, comme s'ensuyt:

[Maillart, Les Tons, 337,1] [MAITON3 02GF]

La ligature est appellée oblique, quand le corps de la notte est de trauers ou oblique, en ceste maniere:

[Maillart, Les Tons, 337,2] [MAITON3 02GF]

Quatre sortes de nottes seulement se peuuent lier, A sçauoir la Maxime, la Longue, la Breue, et la Demibreue.

[-338-] Reigle pour la Maxime.

D'autant que la Maxime, en ligature, tient tousiours sa figure, il n'est besoing d'autre marque pour la recognoistre, soit au commencement, au milieu, ou à la fin, suyuant ces vers:

Maxima, principio est, medio quoque, maxima fine:

Maxima nulla potest variare ligata valorem.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 338,1] [MAITON3 02GF]

Reigle pour la Demibreue.

La Demibreue se lie seulement d'vne sorte, soit en ligature directe, soit en oblique: à sçauoir, quant la premiere notte de la ligature a la queuë esleuée en haut, au costé senestre: car alors ladicte notte, auec sa suyuante, est demibreue, suyuant ces vers:

Semibreuis prima est sursum caudata, sequensque.

Dum tamen haec cauda scribatur parte sinistra.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 338,2] [MAITON3 02GF]

Reigle pour les Longues, et Breues.

Pour mieux entendre la diuersité de ces deux nottes susdictes, nous les diuiserons en trois ordres: [-339-] [Trois ordres de nottes en ligature. in marg.] A sçauoir, Premieres, Moyennes, et Dernieres, appellant moyennes toutes celles qui sont entre la premiere et derniere.

Reigle pour les Premieres.

[Pour les nottes Premieres. in marg.] Toute notte premiere, sans queuë, est longue, si la suyuante descend, soit en ligature directe, ou oblique. Si la suyuante va en montant, ladicte premiere est breue, soit en ligature directe, ou oblique, suyuant ces vers:

Prima carens cauda, sit longa, cadente secunda.

Est breuis haec eadem, sed conscendente secunda.

Exemple pour les longues en descendant:

[Maillart, Les Tons, 339,1] [MAITON3 02GF]

Exemple pour les breues en montant:

[Maillart, Les Tons, 339,2] [MAITON3 02GF]

Si la premiere notte a queuë pendante en bas, du costé senestre, soit que la notte suyuante monte, ou descende, tant en ligature directe, qu'oblique, elle est breue, suyuant ce vers:

Estque breuis, caudam si laeua parte remittat.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 339,3] [MAITON3 02GF]

Reigle pour les nottes Moyennes.

[Pour les nottes Moyennes. in marg.] Toute notte moyenne est breue, sauf la seconde [-340-] qui est demibreue, en suitte de la deuxiesme reigle des ligatures, suyuant ces vers:

Quaelibet è medio breuis est: at proximò adhaerens

Sursum caudatae, pro semibreui reputatur.

Exemple de la reigle.

[Maillart, Les Tons, 340,1; text: Exemple de l'exception.] [MAITON3 02GF]

Reigle pour les nottes dernieres.

[Pour les nottes dernieres. in marg.] Toute notte derniere descendante, en ligature directe, est longue.

Et en la ligature oblique, elle est breue, en suytte de ces vers:

Vltima dependens quadrangula, sit tibi longa.

Est obliqua breuis semper finalis habenda.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 340,2] [MAITON3 03GF]

Toute notte derniere, en montant, demeure breue, en quelle ligature que ce soit, suyuant ce vers:

Vltima conscendens, breuis est, quaecumque ligata.

Ceste reigle se doit entendre pour toute notte, en montant, sauf sa figure: Car en montant, la notte, soit premiere, moyenne, ou derniere, ne vaut non plus que si elle n'estoit liée: partant se faut rapporter à sa figure, pour sçauoir quelle elle est.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 340,3] [MAITON3 03GF]

[-341-] Chapitre IIII.

Des proprietez ou degretz de la musique: à sçauoir, Mode, Temps, et Prolation. Et des signes par lesquels ils sont signifiez.

CE n'estoit assés d'auoir inuenté des nottes pour signifier les sons, et de leur auoir assigné diuerse figure, pour les recognoistre telles qu'elles ont esté monstrées cy dessus, si on ne les ramenoit à certaine mesure, pour cognoistre la valeur ou la durée, et la longueur des sons signifiés par les figures susdictes; partant ont esté instituez trois ordres de mesure, ou bien (comme disent aucuns) trois degrets appellez, Mode, Temps, et Prolation. [Trois degrets en la musique, Mode, Temps, et Prolation. Pourquoy ils sont appellés degrets. in marg.] Et sont par bonne raison, appellez degrets, par-ce qu'on monte du petit au grand, comme par certains degrets, d'autant que la Prolation considere les minimes, contenuës en la demibreue: le Temps considere les demibreues, contenuës en la breue: et la Mode considere les breues, contenuës en la longue, et les longues, contenuës en la maxime. Pour venir, doncq, à l'explication des degrets susdicts: Mode ne signifie icy autre chose qu'vne maniere de mesure: et y en a deux sortes: à sçauoir,

     {Maieure, et

Mode {

{Mineure.

[La Mode considere la longue. in marg.] Mode Maieure, est la mesure et valeur des longues, contenuës en la maxime: Et en est aussi de deux sortes: [-342-] Parfaicte, et Imparfaicte.

Mode Maieure

Parfaicte est, quand la maxime, sans poinct, vaut trois longues: de laquelle les signes sont [O3] ou quant trois pauses de longue touchent quatre lignes; ainsi:

[LP,LP,LP on staff4]

Imparfaicte est, quant la maxime, sans poinct, ne vaut que deux longues, dont n'y a autres signes que l'absence des signes auant-dicts.

Mode Mineure est, la mesure des breues, contenuës en la longue. Et est aussi de deux sortes, Parfaicte et Imparfaicte.

Mode Mineure

Parfaicte est, quant la longue, sans poinct, vaut trois breues. Les signes en sont [O2] ou quant deux pauses de longue entreprennent trois espaces, et touchent quatre lignes, ainsi:

[LP,LP on staff4]

Imparfaicte est, quant la longue ne vaut que deux breues: et se recognoist par l'absence des signes auant-dicts.

[Le Temps considere la breue. in marg.] Temps, est prins icy pour l'espace qu'il faut pour chanter vne breue. De sorte que le Temps est la mesure des demibreues, contenuës en la breue, et est semblablement diuisé en deux: Parfaict, et Imparfaict.

[-343-] Temps

Parfaict est, quant la breue, sans poinct, vaut trois demibreues; duquel les signes sont [O,Odim,Odim3],

Imparfaict est, quant la breue ne vaut que deux demibreues. Le signe en est, [Cdim].

Prolation se prend icy pour le temps ou espace, qu'on profere, ou qu'on chante vne demibreue. De sorte que la Prolation est la mesure des minimes, contenuës en la demibreue: et se diuise semblablement en deux: Parfaicte, et Imparfaicte.

Prolation

Parfaicte est, quant la demibreue, sans poinct, vaut trois minimes. [La Prolation considere la demibreue. in marg.] Les signes en sont [Od,Cd].

Imparfaicte est, quant la demibreue ne vaut que deux minimes: et se cognoist semblablement par l'absence des signes susdicts.

Les autheurs sont tous d'accord, pour le faict des degrez susdicts, et des signes ou marques des Temps, et Prolation; mais sont quasi tous differents, touchant les signes et marques, par lesquelles ils veullent que les modes soient signifiées et recognuës. Gregorius Faber au premier chapitre du liure deuxiesme les marque en ceste sorte.

Modi maioris Perfecti signum est. [O3]

Modi maioris Imperfecti signum [C3]

Modi minoris Perfecti signum [O2]

Modi minoris Imperfecti signum [C2]

[Tous les autheurs sont fort differents touchant les [-344-] signes par lesquels ils veulent que les modes soient signifiées et recognuës. in marg.] Iosephus Zarlinus, au soixante-septiesme chapitre de la troisiesme partie, veut que la Mode Maieure parfaicte soit recognuë par trois pauses de longue, contenants trois espaces, et touchant [-344-] quatre lignes, comme s'ensuyt:

[LP,LP,LP on staff4]

La Mode Maieure imparfaicte, par deux pauses semblables, touchantes quatre lignes, comme dessus:

[LP,LP on staff4]

La Mode Mineure parfaicte, par vne pause de longue, telle que dessus:

[LP on staff4]

Et la Mode Mineure imparfaicte, par vne pause de longue, contenant deux espaces, et touchant trois lignes comme s'ensuit:

[2LP on staff4]

Ses mots sont tels:

Il modo perfetto maggiore intendeuano, quando poneuano tre delle monstrate pause insieme: e l'Imperfetto maggiore, quando erano solamente due. Ma per lo perfetto minore, pigliauano quello, che hauea vna pausa, che abbraciaua quatro linee, et tre delli sopra nominati spatij: et il minore imperfetto, quando la detta pausa posta in tal maniera, abbraciaua solamente tre linee, et due spatij.

Stephanus Vanneus, au quatriesme chapitre du deuxiesme liure, veut, que les degrets susdicts soient recognuz: A sçauoir la Mode Maieure et Mineure parfaicte, par trois pauses touchantes quatre lignes, et contenantes trois espaces. La Maieure imparfaicte, par deux pauses semblables: Et la Mineure imparfaicte, par deux pauses contenantes deux espaces, et touchant trois lignes; reiectant les cercles, et et tou- [-345-] cercles, lesquels il dict estre inutils, pour signifier les modes, vsant de telles parolles, Maiorem, igitur, Perfectum modum, a multis falsò vel cyclo, vel hemicyclo, Punctoue indicari non me fugit, cum reuera illius cognitio habeatur quum modus vterque, maior, scilicet, et minor perfectus, tribus tantum constat virgulis, seu pausis, connectentibus occupantibusque quatuor lineas, triaque spatia, et cetera. Et vn peu plus auant: At duas censeo apponendas esse virgulas, ea positione qua patuit, quum maximam duas placet praeseferre longas, videlicet [In modo Maiore imperfecto.] Et Glarean (affin d'en nommer vn pour tous, et pour n'attedier le lecteur, à racompter toutes les opinions diuerses des autres) au sixiesme chapitre du troisiesme liure, apporte tant de signes, et tant de diuerses opinions, que la chose (à son ordinaire) luy semble quasi arbitraire. Ses mots sont tels: Quanquam (vt ingenuè quod est fatear) hoc negotium propemodum arbitrarium est vulgò cantoribus, ac veterum authoritate prorsus destitutum, et cetera. Mais on sçait bien, que les signes, lesquels (de leur nature) sont instituez pour signifier choses certaines, ne peuuent estre mis en l'arbitre et volonté des chantres: Car il s'ensuyuroit que les signes ne seroient point signes, d'autant qu'ils ne signifieroient rien de certain. Et si aucuns en ont abusé, leur ignorance ne peut donner loy, et ne doit seruir de reigle aux successeurs: ains faut examiner le tout, et le conferer, à la praticque, et veoir ce qui est plus conforme à la raison. Doncq si nous voulons considerer toutes les opinions auant-dictes, [-346-] il est certain, que nous les trouuerons toutes differentes entre elles: mais la cause de l'erreur est commune à tous, laquelle ne prouient d'autre chose, que de ce qu'ils attribuent aux degrez imparfaicts, à chacun son propre signe particulier: ce qui ne se peut faire, et est aussi directement contraire à ce que nous auons enseigné cy dessus. [L'absence des signes parfaicts suffit pour cognoistre les degrez imparfaicts. in marg.] Car nous auons dict, que la substraction ou absence des signes parfaicts, suffit pour cognoistre les degrez imparfaicts. Partant, pour refuter briefuement toutes les opinions susdictes, suffira de prouuer et verifier la nostre: ce que tascherons de faire, non seulement par l'authorité des anciens, ains aussi par la raison, et par la pratique qui dure encor iusques à present. Ie pourroy icy alleguer l'authorité de mon maistre le Sieur Iean Bonmarché, homme de grand sçauoir, et de grand iugement en la musique, et principallement touchant les signes susdicts, en son temps Maistre de la chapelle du Roy Catholique Philippe second, lequel m'a laissé quelque escrit de sa main, ou il dict expressement, que l'absence des signes parfaicts suffit pour cognoistre les degrez imparfaicts. Mais d'autant que ledict escrit n'est mis en lumiere, et qu'on n'en croira non plus qu'on ne voudra, i'en nommeray d'autres de plus grande authorité, les escrits desquels sont cognus par tout. Franchin (comme le tesmoigne Glarean, au sixiesme chapitre du troisiesme liure) dit clairement, que nous deuons recognoistre les degrez [-347-] imparfaicts, par l'absence des signes parfaicts. At Franchini opinio (ce dit il) magis nunc recepta est, vt maior modus perfectus nobis indicetur, binis lineis, initio cantilenarum, ante circulum, semicirculumue descriptis, quae terna occupant spatia; Imperfectus verò earundem absentia. Minor item modus perfectus, vnica, eodem pacto ducta, linea; absentia verò eiusdem lineae, imperfectus manifestetur. Ita tempus perfectum, perfecto circulo; Imperferctum, semicirculo, hoc est cui dempta est tertia pars, significetur. Prolatio perfecta, puncti praesentia; Imperfecta, eiusdem puncti absentia, declaretur. Vbi vides, et in imperfecto modo, et in imperfecta prolatione, absentiam aliquid efficere: At in imperfecto tempore, semicirculum pro circuli absentia positum. Maximilien Guilliaud, au quatriesme chapitre du deuxiesme traicté des rudiments de Musique pratique, dict le mesme. Georgius Raw (qui est vn autheur non à despriser) au deuxiesme liure nous monstre le mesme, comme se peut veoir au cinquiesme chapitre intitulé, de Signis. Et mesme Stephanus Vanneus, au quatriesme chapitre de son deuxiesme liure tesmoigne, que plusieurs de son temps, estoient d'opinion contraire à la sienne, asseurants que l'absence des signes parfaicts, suffisoit pour signifier l'imperfection, disant comme s'ensuyt: Non possum tamen non mirari, viros, vtique huius artis haud vulgares, aliter sentire, asserentes, maiorem modum perfectum, non tribus (vt ego sentio) pausis, sed duabus dumtaxat significari: Et imperfectum deinde modum maiorem, nullas exigere virgulas, cum sola dictarum pausarum remotione contenti esse debeamus. La raison de mon opinion est [-348-] euidente. Car quel meilleur signe voulés vous auoir d'imperfection, que l'absence ou faulte de perfection? S'il n'y a nulle marque, pour nous monstrer et signifier la perfection, il s'ensuyt que tout est imparfaict. Et ne se trouuera point auoir esté iamais pratiqué, et ne se pouuoir practiquer autrement. Car quant l'on veut signifier, que la Maxime ne vaut que deux longues, la longue deux breues, la breue deux demibreues, la demibreue deux minimes (qui est le plus souuent, et le plus ordinaire) s'il falloit vser d'autant de signes imparfaicts, quelle confusion y auroit-il? Car il est certain, que la maxime ne vaut que deux longues, en vertu de la mode Maieure imparfaicte: La longue deux breues, en vertu de la mode Mineure imparfaicte; la breue deux demibreues, en vertu du Temps imparfaict: et ainsi de suitte; comme le tesmoigne le mesme Vanneus, au liure deuxiesme chapitre quatriesme quand il dict: Nam cum maxima pro duabus longis vtimur, virtute imperfecti maioris modi fieri dicitur: et cetera. Et selon leur dire, il faudroit vser d'autant de signes imparfaicts, qu'il y a de nottes imparfaictes, ce que personne ne dira auoir iamais veu ainsi pratiquer. [Le signe parfait ne sert que pour la notte en laquelle il agit de chacun degré respectiuement. in marg.] Ains au contraire, la pratique nous enseigne (comme sçauent tous vrais Musiciens) que le signe parfaict, ne sert que pour la notte en laquelle il agit, laquelle il rend parfaicte, laissant toutes les autres imparfaictes, sans qu'il soit besoing d'autre signe d'imperfection, que l'absence des signes parfaicts. Pour exemple, Le [-349-] demy cercle auec vn poinct, comme icy, [Cd], est la marque qui signifie la Prolation parfaicte, en laquelle la demibreue vaut trois minimes: S'il n'y a autre signe de perfection, il n'y aura aussi autre notte parfaicte, et demoureront la breue, la longue, et la maxime imparfaictes, seulement pour l'absence des signes parfaicts. De mesme, si le cercle est parfaict, sans poinct, comme icy, [O], signifiant le Temps parfaict, la breue (qui est le correlatif du Temps) sera parfaicte, et vaudra trois demibreues, demourant toutes les autres nottes imparfaites, seulement pour l'absence des signes parfaicts, sans que iamais il soit question de mettre ou de demander autre signe d'imperfection. Laquelle pratique est si cogneuë et ordinaire en la musique, que le moindre Musicien ne la sçauroit ignorer. Mais quant il n'y a nul signe parfaict, l'vsage a obtenu que pour signifier vne imperfection generale, on vse ordinairement d'vn demy cercle, pour marque ou signe d'imperfection: [Comme le rond est la marque de perfection, ainsi le demy rond est signe d'imperfection. in marg.] d'autant que, comme le rond, ou le cercle parfaict, est le vray hieroglyphique, et la marque essentielle de perfection, ainsi le cercle imparfaict, est la marque d'imperfection. La cause pourquoy le demy cercle est aucunesfois tracé, et aucunesfois point, sera dicte au chapitre des mesures. De nostre dire s'ensuit, que les signes d'Imperfection cy dessus alleguez, sont superflus et inutils, veu que l'absence des signes parfaicts suffit, pour declarer l'imperfection, comme a esté dict. [-350-] Estant donc cela esclarcy en la maniere que dict est, il reste encor à faciliter les modes, lesquelles aucuns trouueront difficiles à cause que nous les auons diuisé en la Mode Maieure, et Mineure, parfaicte et imparfaicte, desquelles (peut estre) ils n'auront iamais ouy parler ny veu pratiquer: Et semble que ceste matiere se pourroit aussi rendre plus claire et plus facile, en retrenchant ce qu'il semble superflus. Ie veux bien croire que les anciens les ont tousiours diuisé comme nous auons faict: Mais qu'est il besoing d'embroüiller les esprits, et amuser la ieunesse à choses qui ne sont plus, et ne sçay si elles ont iamais esté en pratique? Ie me raporte aux Musiciens du iourd'huy s'ils ont veu quelquefois pratiquer la Mode Maieure parfaicte par quelqu'vn des anciens, laquelle principalement nous cause ces difficultez icy? Quant à moy, ie confesse volontiers, ne l'auoir iamais veu, en ayant toutesfois faict plusieurs recherches. S'ils m'alleguent, pour exemple, la Messe de Iosquin des Prets, intitulée Didadi, en laquelle se retrouuent plusieurs maximes, qui valent douze demibreues, et nommement en la partie du teneur, au Crucifixus de ladicte Messe, disants qu'elles valent trois longues sans adionction de poinct, en vertu de la Mode Maieure parfaicte: ie leur respondray, que c'est abus, et que ceste valeur ne compete point aux maximes, en vertu de la Mode [-351-] Maieure parfaicte, ains en vertu de la Mode Mineure parfaicte: d'autant qu'elles contiennent deux longues parfaictes, de trois breues chacune: tout ainsi qu'au Temps parfaict, la longue, sans poinct, peut valoir six demibreues, non à raison qu'elle contient trois breues (qui se faict en la Mode Mineure parfaicte) ains par-ce qu'elle contient deux breues parfaictes, chacune de trois demibreues, qui est propre au Temps parfaict. Ie prouue mon dire, par-ce que les longues, au lieu notté de la Messe susdicte, sont parfaictes, et valent toutes six demibreues, qui est contre l'ordre de la Mode Maieure parfaicte, laquelle rend seulement la Maxime parfaicte, la faisant valoir trois longues, de quatre demibreues chacune, comme a esté dict au commencement du present chapitre. Ioinct que les pauses, touchantes quatre lignes, ne sont point disposées par trois, ains par deux seulement; estant aussi le cercle parfaict noté auec vn deux de chiffre seulement, comme s'ensuyt [O2], qui sont les marques essentielles que nous auons dict cy dessus signifier la Mode Mineure parfaicte. De sorte qu'il est manifeste, que le lieu susallegué ne peut seruir d'exemple pour la Mode Maieure parfaicte. Il peut estre, que des plus clervoyans que moy en trouueront d'autres, et lors se pourront ayder des signes que nous auons donné cy dessus, ausquels ie ne veux et n'entens contredire [-352-] aucunement, desirant fauoriser et maintenir l'antiquité autant qu'il me sera possible: Mais affin que la ieunesse ne s'embroüille par trop auec tant d'opinions contraires, et pour choses qui iamais, ou bien rarement se trouuent en pratique, i'ay trouué expedient, pour rendre ceste matiere plus claire et plus facile, de suiure l'aduis de mondict maistre Monsieur Bonmarché: lequel diuise les degrez auant-dicts seulement, en parfaits, et imparfaits, comme s'ensuit.

[Mode parfaicte. in marg.] La Mode parfaicte est, quant la longue, sans poinct, vaut trois breues. Les signes en sont [O2] ou quant la pause occupe trois espaces, et touche quatre lignes, ainsi:

[LP,LP on staff4]

[Mode imparfaicte. in marg.] La Mode imparfaicte est, quant la longue, sans poinct, ne vaut que deux breues. Les signes en sont, l'absence des signes susdicts.

[Temps parfaict. in marg.] Le Temps parfaict est, quant la breue, sans poinct, vaut trois demibreues. Les signes en sont, [O,Odim,Odim3].

[Temps imparfaict. in marg.] Le Temps imparfaict est, quant la breue, sans poinct, ne vaut que deux demibreues. Le signe en est, [Cdim].

[Prolation parfaicte. in marg.] La Prolation parfaicte est, quant la demibreue, sans poinct, vaut trois minimes. Les signes en sont [Od,Cd]

[Prolation imparfaicte. in marg.] La Prolation imparfaicte est, quant la demibreue, sans poinct, ne vaut que deux minimes. Les signes en sont, l'absence des signes auant-dits.

[-353-] Nous suiurons ce pied icy, en la suytte de nostre discours, sans plus faire mention de la Mode Maieure parfaicte, pour les raisons que dessus.

Chapitre V.

Des Mesures Musicales.

COmbien que le signe, en la musique, soit ce que principalement nous deuons considerer, pour auoir cognoissance de la Mode, du Temps, et de la Prolation: si est-ce, que tout se doibt rapporter à la mesure, qui est comme le piuot, ou le gond, dans lequel tourne et roulle tout ce qui est en la musique. Car, comme l'horloge ne peut donner, ny monstrer les heures à poinct, si les poids et contrepoids ne sont bien compassez: ainsi ne faut attendre de la musique que desordre et confusion, si la mesure n'y est deüement obseruée. Laquelle se doit cognoistre, par les signes cy dessus declarez, de la Mode, du Temps, et de Prolation. [Que c'est que la mesure Musicale. in marg.] La mesure musicale, doncq, n'est autre chose qu'vne forme inuentée des Musiciens, par laquelle est assigné à chascune notte sa quantité, ou valeur, selon la diuersité des signes signifiants les degrets auant-dits. [Comme elle se faict. in marg.] Ce qui se faict ordinairement par l'abaissement, et esleuation de la main. De sorte, que la mesure consiste en l'espace d'esleuer et abaisser la main. Et comme [-354-] nous auons monstré auoir trois ordres, ou degrez en la musique, ainsi y deuroit auoir aussi trois sortes de mesure, respondant ausdicts trois ordres, en suitte des definitions qu'en auons donné cy dessus: mais d'autant qu'il seroit difficile aux chantres d'obseruer la mesure d'vne longue, à cause de sa tardiueté (comme dict Stephanus Vanneus, liure deuxiesme, chapitre huictiesme) [La mesure musicale specialement attribuée à la breue, et pourquoy. in marg.] les mesures ont esté specialement attribuées à la breue, comme à celle qui tient la place du milieu, ayant d'vn costé la longue, et de l'autre la demibreue. Ou bien, elles sont referées au Temps (qui est le correlatif de la breue) à cause qu'il tient le milieu entre la Mode et la Prolation. Qui est encor conforme à ce que dict Vanneus, au lieu susallegué, et Glarean liure troisiesme, chapitre septiesme, disant: Quibusdam autem placet, vt temporis potissimum habeamus rationem, in metiendo cantu; quando ipsum medium est inter Modum et Prolationem, velut Sol inter planetas, ad cuius quidem cursum, anni tempora metimur; ita tactus fieret ad breuis quantitatem. [La mesure de la breue diuisée en trois. in marg.] La mesure de la breue, doncq, ou du Temps, est diuisée en trois: A sçauoir Maieure, Mineure, et Proportionelle. La mesure Maieure est referée au Temps parfaict; à sçauoir, quant la breue vaut trois demibreues, c'est a dire, quant il faut chanter trois demibreues en vne mesure. Les signes en sont [O,Odim]. [-355-] Lesquels deux signes signifient le mesme, sauf que celuy qui a la trace au trauers, denote que la mesure doit estre vn peu plus hastée, comme le tesmoigne Maximilien Guilliaud, chapitre huictiesme du deuxiesme traicté. [Mesure Mineure. in marg.] La mesure Mineure est referée au Temps imparfaict, à sçauoir, quant il faut chanter deux demibreues en vne mesure, representée par le demy cercle, ayant vne trace au trauers, comme s'ensuyt, [Cdim]. [Mesure proportionelle. in marg.] La proportionnelle est aussi referée au Temps parfaict: à sçauoir, quant la breue vaut trois demibreues, ou quant il faut chanter trois demibreues en vne mesure: mais il les faut chanter en vne mesme espace que se chantoient deux demibreues. Qui est cause qu'elle s'appelle proportionnelle, d'autant que cela se faict par la proportion sesquialtere, qui signifie, trois pour deux: representée ordinairement par deux chiffres l'vn sur l'autre comme s'ensuit 3/2. ou bien par ceste notte du nombre ternaire seul 3. pour signifier qu'on doit chanter trois demibreues en vne mesure, au lieu qu'auparauant on n'en chantoit que deux. Ie sçay bien que plusieurs ne s'accordent point auec nous, en l'explication des mesures susdictes, et specialement Stephanus Vanneus, au huictiesme chapitre susdict, ou il explique la mesure Maieure et Mineure, comme s'ensuit. [Diuerses opinions touchant les mesures susdictes, et les [-356-] signes pour les signifier. in marg.] Mensura maior [-356-] (dit-il) tempori, id est, breui, conuenit, vt quum breuis vno tantum ictu profertur. Nam in ea breui, duae insunt semibreues, quarum altera, manum deprimendo, exprimitur; altera, cum attollitur. Minor autem mensura caeteris facilior est, quae solam semibreuem suo motu complet. Et vn peu plus outre adiouste: Et ne te fugiat, quando his vtendum sit mensuris, animaduertendum est, quod quando in cantilenis circulus, vel semicirculus distinctus videbitur, modò non sit sectus, vt hic, [O], [C], singulae semibreues, singulis ictibus cantandae sunt: Quum vero superiora signa secta fuerint, vt hic [Odim,Cdim] singulae breues, singulis ictibus cantando gaudere debent, duaeque semibreues vnius ictus mensurae parere debent, et cetera. A laquelle opinion ie ne me puis accorder aucunement, d'autant qu'elle est du tout contraire, tant à la raison, qu'à l'authorité, et à la pratique des anciens. Car si la mesure se doit referer à la valeur de la breue (comme a esté dict) la raison veut, que la plus grande mesure responde à la plus grande valeur de la breue, et par consequent, la mesure maieure doit estre la mesure de la breue parfaicte, qui vaut trois demibreues: Et la mesure mineure, doit estre la mesure de la breue imparfaicte, qui ne vaut que deux demibreues, comme a esté dict. Eux (au contraire) commencent à la breue imparfaicte, qui ne vaut que deux demibreues: et cependant ils luy donnent le nom de mesure maieure. Ioinct que les signes, dont ils vsent pour signifier les mesures [-357-] susdictes, contredisent directement, tant à la valeur de la breue, qu'à la mesure d'icelle. Car chacun sçait, et est tout notoire, que le cercle parfaict, soit qu'il ait vne trace à trauers, ou non, signifie tousiours le Temps parfaict, auquel la breue vault trois demibreues: Eux veulent, qu'on vse du cercle parfaict tracé, pour signifier la mesure Maieure, en laquelle ils ne font valoir la breue que deux demibreues: et disent, que le cercle parfaict, sans trace, signifie la mesure Mineure, en laquelle ils veulent, qu'vne seule demibreue contienne la valeur d'vne mesure: ou on voit manifestement, qu'vn mesme signe, et de mesme valeur, signifie (contre toute raison) deux mesures diuerses: A sçauoir, Maieure et Mineure. [D'où prouiennent les diuerses opinions touchant les mesures auant-dictes. in marg.] Toutes lesquelles absurditez ne prouiennent, que par-ce qu'ils ignorent, et laissent la mesure de trois demibreues en arriere, qui compete au Temps parfaict, signifiée par le cercle parfaict, soit taillé, ou non taillé, comme nous auons dict. [La mesure de trois necessaire. in marg.] Laquelle mesure toutesfois est si necessaire, qu'on ne peut chanter asseurement sa partie, sans la cognoissance d'icelle: Car si la breue parfaicte, au Temps parfaict, doit valoir trois demibreues (comme a esté dict) et qu'elle ne puisse estre parfaicte, si la mesure de trois ne donne sus icelle (ainsi que sçauent tous Musiciens, et le prouuerons plus amplement cy apres) il s'ensuyt, qu'il faut necessairement vser de la mesure de trois, pour cognoistre la perfection susdicte: autrement, [-358-] vsant de la simple mesure de demibreue (comme dict Vanneus, et comme font plusieurs Musiciens du iourd'huy) on ne seroit iamais asseuré, et se pourroient commettre plusieurs abus et erreurs, touchant la perfection et valeur de la breue. Aussi ceux qui entendent ce faict icy, quand ils veulent vser du Temps parfaict, [La mesure de trois pratiquée par plusieurs bons Musiciens. in marg.] ils disposent tellement le chant, les pauses, et les cadences de leur musique, qu'il appert manifestement, qu'ils veulent que tout soit mesuré par ceste mesure de trois. Voyez, ie vous prie, toutes les Messes generallement de Iosquin des Prets, et plusieurs motetz du mesme autheur: Voyez les motetz d'Adrien Willart, de Cipriano de Rore, de Iean Pedro Prenestino, et d'autres bons autheurs, vous trouuerés veritable ce que ie dis. Et si aucuns ne veulent prendre la peine d'examiner les pieces susdictes, qu'ils regardent seulement les Canons dudict Willart, ils trouueront, qu'au Temps parfaict, il conte trois demibreues, et au Temps imparfaict, deux demibreues, pour vne mesure. Comme se peut veoir au motet, O Salutaris hostia. Auquel motet (qui est du Temps parfait, signé d'vn cercle parfait sans trace, comme cestuy-cy, [O]) pour signifier, qu'il faut pauser et attendre douze demibreues, il est dict: Fuga quatuor temporum. Ou on voit clairement, qu'il compasse et mesure tout par trois. Et à la seconde partie dudict motet (qui est du Temps imparfaict, signé d'vn cercle tracé, comme s'ensuit, [-359-] [Cdim].) pour signifier qu'il faut pauser et attendre 8. demibreues, il dict: Fuga quatuor temporum. Ou on voit, que tout se conte et mesure par deux demibreues. Ce qui se peut veoir encor aux motetz du mesme autheur, Omnia quae fecisti: Aspice Domine, et autres. Mais si on veut voir plus manifestement quelle mesure on doit tenir au Temps parfaict, et quelle au Temps imparfaict; Iosephus Zarlinus, sur la fin du soixante-septiesme chapitre de sa troisiesme partie, le dict clairement, comme s'ensuyt: Che diremo hora di alcuni compositori moderni, i quali non solamente non osseruano la misura del numero senario, ô quaternario, nelle lor cantilene: ma di piu, non osseruano il numero ternario, nel tempo perfetto: ne meno nell' imperfetto, il binario, siano tagliati ô non tagliati: il che veramente e à loro vna grande vergogna, conciosia che vengano à rompere il tempo, e la misura: delle quale cose, gli antichi furono osseruatori molto diligenti: e per tal maniera quastano e confondeno ogni cosa. [Distinction entre mesure et touchement. in marg.] Où il dict expressement, qu'au Temps parfait il faut obseruer la mesure de trois, et au Temps imparfait la mesure de deux. Aucuns font icy distinction entre mesure et touchement, disant, la mesure se faire en nombrant seulement les nottes, ou pauses, comme les signes le requierent, soit en chantant ou non: et le touchement ne se faire qu'en chantant, soubs vn abaisser ou frapper la main, et vn leuer: comme se peut veoir plus amplement au huictiesme chapitre du deuxiesme traicté de Maximilian Guilliaud. Or s'ils veulent maintenir, que ceste obseruation se doit entendre de la [-360-] mesure seulement, et non du touchement, à cause que plusieurs Musiciens (auec lesquels ie desir demeurer en grace) ne sont accoustumés à autre touchement, qu'à celuy de la demibreue: Ie ne vouldroy point trop controller ceste opinion, estant certain qu'il seroit bien difficil de pratiquer le touchement du Temps parfaict, voir mesmes du Temps imparfaict, entre plusieurs Musiciens du iourd'huy. Si est-ce que l'ignorance des particuliers ne doit donner loy aux autres: et partant ay bien voulu donner icy à entendre ce qui se doit faire, affin d'instruir ceux qui auront volonté de l'effectuer, et puis dire l'auoir veu pratiquer par plusieurs, et nommément par ledict Sieur Bonmarché, mon maistre, en chantant les Messes de Iosquin des Prets, et aucuns Motets, tant dudict autheur, que des autres. De sorte, que la raison, l'authorité, et la practique ancienne nous monstre euidemment, que les mesures doiuent estre distinguées selon qu'auons dict cy dessus.

Chapitre VI.

De la mesure de Prolation, ou bien de la Demibreue.

MAis aucuns diront (peut estre) que ceste diuision de mesure, en Maieure, Mineure et Proportionelle, n'est point suffisante, d'autant qu'elle ne contient point la mesure d'vne Demibreue; laquelle [-361-] toutesfois est maintenant, non seulement la plus commune, ains quasi seule en pratique: d'autant que plusieurs Musiciens du iourd'huy, ne cognoissent autre mesure que celle-là, et la mesure de tripla (comme ils l'appellent.) Ausquels nous respondons, que la diuision susdicte se doit entendre seulement de la mesure du Temps, ou de la breue, qui est la principale, et à laquelle les autres se peuuent facilement reduire, comme a esté dict au chapitre precedent. [Chacun degré a sa propre mesure, suiuant laquelle, le chant, les pauses, et les cadences, doiuent estre disposées. in marg.] Vray est, que chacun degré a sa propre mesure, à laquelle il faut que le chant soit raporté, estant necessaire qu'en la Mode parfaicte (affin de deduire ce propos plus intelligiblement et particulierement, et que chacun l'entende) la musique soit tellement ordonnée, que le chant, les pauses, et cadences, [Comme la mesure se doit pratiquer en la Mode parfaicte. in marg.] se rapportent à la mesure de six demibreues, qui est la valeur de la longue parfaicte, laquelle ne peut auoir sa perfection, si ladicte mesure de six ne donne et commence sur elle, comme le tout se peut facilement remarquer en la Messe de Iosquin des Pretz, intitulée Didadi; au Motet, Praeter rerum seriem, du mesme autheur, et autres. [Comme elle se doit pratiquer au Temps parfaict. in marg.] Estant aussi necessaire, qu'au Temps parfaict, le chant, les pauses, et les cadences soient tellement disposées, que le tout se raporte à la mesure de trois demibreues, qui est la valeur de la breue parfaicte, laquelle aussi ne peut auoir sa perfection, si la mesure de trois ne commence et [-362-] frappe sur icelle: Touchant la prolation parfaicte, faut semblablement que le tout soit reduit à la mesure de trois minimes, qui est la valeur de la demibreue parfaicte, laquelle (comme a esté dict) ne peut auoir sa perfection, si la mesure de trois ne commence et frappe sur icelle, comme plus amplement sera dict cy apres, quand nous traicterons des choses requises à la perfection des nottes. Nonobstant toutesfois ce que dessus, et que les mesures susdictes doiuent estre considerées et obseruées en la maniere susdicte, en chacun degré respectiuement: si est ce, qu'en chantant la musique de la Mode parfaicte, la mesure de six (à cause de sa longueur, comme dict Vanneus) n'y peut estre pratiquée, ains doit estre reduite à la mesure de breue, contant tousiours trois breues pour vne longue, comme fort bien le declare Iosephus Zarlinus, au lieu susallegué, ainsi que s'ensuit: Simigliamente nel Modo Minor perfetto, numerauano di tre breui in tre breui: e nel Modo imperfetto, di due in due: onde si puo vedere, che quando il compositore componesse sotto alcuno di questi modi, e non numerasse la cantilena secondo il detto numero à modo detto, si poterebbe veramente dire, che costui fusse poco considerato, e che non hauesse alcuna cognitione dital cosa. [La mesure de mode reduite à la mesure de breue. in marg.] De sorte qu'on voit que la breue n'est point seulement la mesure du Temps, ains (par reduction) sert aussi de compas et de mesure à la Mode, pour les raisons auant-dictes. Mais d'autant que ce n'est point l'ordinaire, de mesurer petites [-363-] choses par vne grande mesure, et que la breue seroit mal propre, pour seruir de mesure à la prolation, laquelle ne considere que des demibreues et minimes, il faut que la prolation ait sa propre mesure, de laquelle traicterons briefuement. Ayant, donc, declaré au chapitre quatriesme, que la Mode est la mesure des breues, contenuës en la longue; le Temps, la mesure des demibreues, contenuës en la breue; et la Prolation, la mesure des minimes, contenuës en la demibreue, laquelle estant parfaicte vaut trois minimes, et demourant imparfaicte ne vaut que deux minimes: il sera facile d'entendre qu'il y a deux sortes de mesures en la prolation, [Deux sortes de mesure en la prolation. in marg.] suyuant la diuerse valeur de la demibreue, conformement à ce que cy dessus a esté dict de la breue. La premiere, quant la demibreue vaut trois minimes, dont les signes sont vn cercle, ou demy cercle, auec vn poinct au milieu, comme s'ensuyt [Od,Cd]. L'autre, quant la demibreue ne vaut que deux minimes, dont le signe est l'absence de poinct au demy cercle, comme s'ensuyt, [C]. Ie sçay bien (comme toute chose est maintenant confuse en la musique, estant chacun, quasi, en libre possession de faire ce qu'il veut) que ceste mesure de demibreue n'est point seulement pratiquée en la prolation imparfaicte, soubs le signe d'vn demy cercle, sans trace, ou sans poinct, selon qu'a esté dict: ains aussi au Temps parfaict, au Temps imparfaict, et en la Mode Maieure, Mineure, parfaicte, ou imparfaicte; [-364-] Brief l'on ne donne maintenant en toute sorte de musique, marquée de tel signe qu'on voudra, autre mesure que celle de demibreue: tant emprennent d'authorité et presomption les Musiciens du iourd'huy, choisissans par tout le plus facile, et reiectans hardiment, et estimants inutile, et hors d'vsage, tout ce qu'ils n'entendent point. Que ferés vous (ce me dira quelqu'vn) n'est-il pas permis à vn chacun de se seruir et s'aider de ce qu'il a, et de ce qu'il sçait? Vn marchant drappier peut licitement mesurer vne piece de drap de cent aulnes, par vne mesure de quartier, s'il n'en a, et n'en cognoist point d'autre: vn marchant de vin semblablement, pourra licitement mesurer plusieurs tonneaux de vin, par vne mesure de chopine, ou pinte, s'il ne sçait que c'est d'vn stier, ou d'vn muid de vin. [Comme par vne petite mesure se peuuent mesurer grandes choses, ainsi semble que par la mesure de demibreue se peut mesurer tout ce qui est en la musique. in marg.] Et comme par la moindre mesure se peuuent mesurer choses grandes: ainsi par la mesure de Prolation, ou de demibreue (qui est la moindre) semble que se peut mesurer tout ce qu'il y a en la musique. A quoy semble s'accorder Glarean, disant, au septiesme chapitre de son troisiesme liure: Quapropter alij mensuram ad prolationem referunt, vt totius huius negotij elementum. Et Federicus Beurehusius, chapitre onziesme du premier liure de sa musique, disant: Semibreuis est mensura et fundamentum omnium graduum, atque superior inferiorem complectitur. Mais, comme ce seroit chose mal seante, qu'vn marchant n'entendit [-365-] la propre et particuliere mesure de la chose qu'il vend ou debite: ainsi seroit, non seulement mal seant, ains du tout insupportable, qu'vn maistre Musicien (lequel faict profession de debiter et enseigner la musique) à faulte d'entendre la propre mesure de chacun degré de musique, fust contrainct d'vser d'vne mesme mesure pour toute sorte de musique, non seulement contre l'ordre et ancienne obseruance des Musiciens, ains s'exposant encores au hazard, de commettre plusieurs erreurs et abus, pour les raisons auant-dictes. Il faut entendre, doncq, que comme par la figure des nottes de musique se cognoist la valeur d'icelles, selon les signes auant-dicts, ainsi selon la diuersité des signes, faut vser de diuerse mesure, suyuant les degrez cy dessus declarez, considerant et mesurant tousiours l'inferieur, contenu en son superieur. Par ainsi, comme nous auons dict, que le propre signe de Prolation parfaicte (en laquelle la demibreue vaut trois minimes) est le demy cercle auec vn poinct au milieu; aussi le propre signe de la Prolation imparfaicte (en laquelle la demibreue ne vaut que deux minimes) est le demy cercle sans poinct. Il est vray que nous auons dict, que comme le rond ou le cercle parfaict est le vray hierogliphique, et marque essentielle de Perfection, ainsi aussi que le demy cercle suffit, pour signifier l'imperfection de chacun degré: [Distinction entre le demy cercle tracé et non [-366-] tracé et de leurs mesures. in marg.] Ce neantmoins, faut il faire ceste distinction entre le demy [-366-] cercle tracé, et non tracé: que celuy qui est tracé, signifie tousiours le Temps imparfaict, et partant faut tenir mesure de breue imparfaicte, laquelle vaut deux demibreues: et celuy qui n'est point tracé, signifie la Prolation imparfaicte, et par consequent, faut tenir mesure de demibreue imparfaicte, qui ne vaut que deux minimes. Ce qui est de telle importance et consequence, que ceux qui n'y prennent point d'esgard, peuuent commettre plusieurs grandes absurditez et erreurs. Pour exemple: les Musiciens ont de coustume (pour varier l'air de leur musique, et regaillardir les esprits des auditeurs) de changer quelquefois la mesure au milieu de la chanson, sautant de l'imparfaict au parfaict, chantans trois nottes en vne mesure, au lieu de deux qu'on chantoit parauant, ce qui est ordinairement signifié par deux ciffres, en ceste sorte 3/2. denotants, d'au lieu de deux demibreues qu'on chantoit au Temps imparfaict, d'en mettre trois en vne mesure, pour le Temps parfaict. Et au lieu de deux minimes, qu'on chantoit en la Prolation imparfaicte, d'en mettre trois en vne mesure, pour la Prolation parfaicte. Plusieurs ne prennants esgard a cecy, apres auoir chanté deux minimes en vne mesure (car ceste mesure est pour le present la plus ordinaire) s'il est question de changer de mesure, et de chanter tripla, (comme ils l'appellent) ils disposeront trois demibreues en vne mesure (comme au Temps parfaict) par les signes et ciffres [-367-] susdicts 3/2. ce qui n'est point seulement absurd et ridicule, ains du tout faux et abusif. [Abus ordinaire entre les Musiciens fort à noter. in marg.] Car ce n'est plus trois pour deux (comme est porté par le signe) ains six pour deux: d'autant qu'au lieu de deux minimes, qu'on chantoit en vne mesure, l'on en met six, comme les Musiciens peuuent bien considerer. Ils diront (peut estre) que mon dire ne s'obserue plus, et qu'on n'y prend plus d'esgard. Ie leur respond, et confesse, que les ignorans n'y prennent plus d'esgard, et ne l'obseruent plus, non plus que beaucoup d'autres choses qu'ils n'entendent point: mais les bons et vrays Musiciens y prennent soigneusement esgard, et l'obseruent fort exactement. [Ce que doit estre obserué en chacun degré touchant les signes et mesures. in marg.] Voyez Willart, Cypriano, Ioan Pedro Aloïsio, Luca Marentio, et autres bons autheurs; vous trouuerés, qu'en leur musique, apres le Temps imparfaict (marqué d'vn demy cercle tracé [Cdim]. ou la mesure est de deux demibreues) suyt tousiours le Temps parfaict, ou la mesure est de trois demibreues, marqué par deux ciffres susdicts 3/2. ou bien par le nombre ternaire, prenoté du signe du Temps parfaict, [O3]. pour monstrer que les trois demibreues de ceste mesure doiuent respondre aux deux precedentes. Semblablement, qu'apres la Prolation imparfaicte (signifiée par vn demy cercle, sans trace [C], ou la mesure de demibreue ne vaut que deux minimes) suyt la Prolation parfaicte, ou la mesure de demibreue est de trois minimes, marquées par les deux ciffres [-368-] susdicts 3/2 (lesquels signifient trois pour deux) ou bien par le nombre ternaire seul 3. pour monstrer que les trois nottes de ceste mesure doiuent respondre aux deux de la mesure precedente. Ce qui est si commun entre les bons Musiciens, que le premier qu'ils regardent est, si les cadences, et les pauses sont disposées selon les mesures susdictes. I'ay memoire d'auoir veu quelque excellente piece de musique estre mesprisée, et frustrée de son pris, que iustement elle auoit acquis, en l'assemblée de plusieurs Musiciens et de plusieurs pieces de musique, non pour autre cause, que pour auoir apposé le signe du Temps imparfaict (qui est vn demy cercle tracé) sans obseruer la mesure de deux. Il arriue aucunesfois, qu'on y trouuera les pauses mal disposées: mais cela doit estre imputé aux escriuains, ou aux correcteurs de musique, lesquels n'entendants l'importance du faict, corrigent et changent facilement ce qu'ils n'entendent point. Car les raisons sont si euidentes, qu'on ne le peut ignorer, quant il n'y auroit que la proportion de trois pour deux, representée par les ciffres auant-dicts, lesquels (sans doute) signifient la relation qui doit estre d'vn chant à l'autre, en la proportion susdicte. Autrement les ciffres seroient faux et abusifs. Aussi Zarlinus au soixante-septiesme chapitre de sa troisiesme partie, reprend bien aigrement ceux, lesquels ne prenants esgard, si le demy cercle est tracé ou non tracé, vsent de mesure de demibreue: [-369-] et dict rondement, qu'ils n'y entendent rien, et qu'ils deuroient estre honteux et vergogneux de gaster et corrompre ce que les anciens ont si soigneusement obserué. [La mesure de demibreue diuersement pratiquée en diuerse lieux. in marg.] Et combien que la mesure de demibreue se puisse, selon la diuersité des lieux, trainer ou haster d'auantage, comme nous voyons les Madrigales d'Italie estre chantez ordinairement à la longue mesure; les Villançicos d'Espagne vn peu plus vitement; et les Airs de France fort legerement: si est-ce, que tout se rapporte à ceste mesure de Prolation imparfaicte, nottée par vn demy cercle sans trace, en laquelle la demibreue ne vaut que deux minimes: et s'il n'y a point d'autre signe de perfection, tout sera tenu imparfaict, et partant la breue ne vaudra que deux demibreues, la longue deux breues, et ainsi de suytte, pour les raisons auant-dictes.

Chapitre VII.

De la perfection, ou imperfection des nottes.

D'Autant qu'vn contraire, ordinairement se cognoist par son contraire, nous declarerons premierement les choses qui rendent les nottes imparfaictes, lesquelles par apres seruiront pour faire entendre ce qui est requis, pour la perfection d'icelles. [Contrariorum sunt contrarij effectus Aristoteles libro 5. Politicorum capitulo 8. in marg.] Car comme l'imperfection (de laquelle est icy faict mention) ne se trouue qu'és signes parfaicts, et que les nottes ne se peuuent dire imparfaictes, sinon [-370-] celles qui seroient parfaictes n'estoit l'empeschement qui les rend imparfaictes, ayant declaré et specifié iceux empeschements, il sera facile d'entendre ce qui est necessaire, et ce qu'il faut obseruer pour la perfection des nottes susdictes. [L'imperfection oste à la notte la troisiesme partie de sa valeur. in marg.] L'imperfection, doncq, n'est icy autre chose que la diminution de la troisiesme partie de la valeur qu'auroit la notte, si elle estoit parfaicte. Pour exemple, en la Mode parfaicte la longue vaut trois breues: par ceste imperfection elle n'en vaudra que deux: Semblablement au Temps parfaict, la breue vaut trois demibreues: estant imparfaicte, elle n'en vaudra que deux: De mesme sorte, en la Prolation parfaicte, la demibreue vaut trois minimes: estant imparfaicte, elle n'en vaut que deux. [Trois choses rendent la notte imparfaicte. in marg.] Les choses qui rendent la notte imparfaicte, sont trois. La premiere est, quant vne notte de moindre valeur, la precede en vne mesme mesure. La deuxiesme, quant vne notte de moindre valeur, la suyt en vne mesme mesure; le mesme s'entendant des pauses de moindre valeur. La troisiesme est, la noirceur. Exemple des trois choses susdictes, és trois degrez auant-dicts.

[Maillart, Les Tons, 370; text: Exemple de Mode parfaicte. Du Temps parfaict.] [MAITON3 03GF]

[-371-] [Maillart, Les Tons, 371; text: De Prolation parfaicte.] [MAITON3 03GF]

[C'est tousiours la moindre notte qui agit, et la plus grande qui souffre diminution. in marg.] D'où on peut entendre, que c'est tousiours la moindre notte qui agit: et que c'est la plus grande qui patit, et souffre diminution, suyuant l'ordre des degrez auant-dicts. Par les trois choses susdictes, qui rendent la notte imparfaicte, se peut facilement entendre, que trois choses semblablement sont necessaires, pour la perfection d'icelle. [1. Trois choses requises pour la perfection de la notte. 2. in marg.] La premiere est, que la mesure donne ou commence sur la notte, que l'on veut estre parfaicte. La deuxiesme qu'elle soit deuant son semblable, s'entendant le mesme des pauses, comme a esté dict. [3. in marg.] Et la troisiesme, qu'elle soit blanche, et nullement noircie. [La premiere du tout necessaire. in marg.] La premiere chose est du tout necessaire; car la notte ne sera iamais parfaicte, si la mesure ne donne ou commence sur elle, encor qu'elle soit deuant son semblable, comme se peut veoir aux exemples cy dessus alleguez. [Notez contre l'erreur de ceste reigle. Similis ante similem semper est perfecta. in marg.] La seconde condition doit estre entenduë auecq ceste adionction, [Comme se doit entendre la deuxiesme condition. in marg.] qu'elle soit deuant son semblable, ou plus grande, non seulement en nottes, ains aussi en pauses, ou en equiualent. Car en la Prolation parfaicte, la demibreue sera parfaicte, non seulement quand son semblable (c'est à dire, vne demibreue) la suyura; ains aussi, quant la breue, ou la longue, la pause de breue, ou de longue, et non [-372-] seulement la pause de demibreue, ains encor deux pauses de minimes, sur la mesme ligne, ou bien quant l'equiualent suyura: comme se peut veoir en cest exemple, tiré de Iosquin des Pretz, en la Messe de l'homme armé.

[Maillart, Les Tons, 372,1] [MAITON3 03GF]

Où on voit, que la premiere demibreue est parfaicte, par-ce qu'elle est deuant son semblable en espece: La deuxiesme est aussi parfaicte, par-ce qu'elle est deuant son semblable en equiualent, à sçauoir, en deux minimes: La troisiesme est aussi parfaicte, par-ce qu'elle est deuant son equiualent, en deux pauses de minimes, sur vne mesme ligne: Et la derniere demibreue est parfaicte, par-ce qu'elle est deuant plus grande, à sçauoir deuant vne pause de breue. Ce qui a esté dict icy de la Prolation, se doit entendre aussi du Temps, ou de la Breue, laquelle peut estre parfaicte, pour les mesmes raisons que dessus.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 372,2] [MAITON3 03GF]

[Troisiesme chose requise pour la perfection de <l>a notte. in marg.] Le mesme s'entende de la longue, en la Mode parfaicte. La troisiesme chose requise est, que la notte soit [-373-] blanche, et nullement noire: Car il est certain que là noirceur oste tousiours la troisiesme partie de la valeur de la notte, et par consequent, la rend imparfaicte. Mais d'autant que la noirceur n'est qu'vn accident, ne changeant en rien la figure de la notte: de là vient, qu'elle n'agit que seulement en soy-mesme, sans qu'elle puisse empescher la perfection de la notte qui suyt, ou precede, moyennant que les autres conditions requises y soient obseruées: comme se voit icy.

[Maillart, Les Tons, 373,1] [MAITON3 03GF]

[Comme se doit entendre la troisiesme condition. in marg.] Et faut aussi noter, que ceste noirceur se doit entendre des signes parfaicts, et des nottes ausquelles compete la perfection; Car autrement, la noirceur n'oste point la troisiesme partie, ains la quatriesme seulement, comme le tesmoigne Zarlinus, au chapitre soixante-neufiesme de sa troisiesme partie; comme aussi le pratiquent aucuns Musiciens, en ceste maniere:

[Maillart, Les Tons, 373,2] [MAITON3 03GF]

Où on voit, que la demibreue ne vaut que trois demyminimes, laquelle autrement, estant blanche, en vaudroit quatre. Et faut encor noter, que quant nous auons dict, que l'imperfection oste le tiers de la valeur de la notte, cela se doit entendre de la [-374-] propre notte, et propre mesure de chacun degré respectiuement: [Faut bien noter de quelle notte s'entend la diminution de la valeur. in marg.] A sçauoir, de la longue, en la mesure de Mode: de la breue, en la mesure de Temps: et de la demibreue, en la mesure de Prolation. Autrement, il y auroit grand abus. Pour exemple, si on considere simplement la longue imparfaicte, au temps parfaict, on ne trouuera point qu'on luy oste le tiers de sa valeur, ains le sixiesme seulement; d'autant qu'au lieu qu'elle doit valoir six demibreues, elle n'en vaut que cinq: mais il la fault considerer en la mesure du temps, et remarquer les breues qu'elle contient: et ainsi on trouuera qu'elle contient deux breues; la premiere desquelles est parfaicte, et partant vaut trois demibreues, et la deuxiesme, imparfaicte, qui est cause qu'elle perd le tiers de la valeur, non de la longue, ains de la deuxiesme breue contenuë en la longue, d'autant qu'au temps parfaict, tout se doit considerer et mesurer par la mesure de breue. Lesquelles difficultez (encor qu'elles puissent estre facilement entenduës par nostre discours precedent) i'ay bien voulu remarquer en passant, en faueur des ieunes Musiciens, affin que s'il en arriue d'autres semblables, ils les puissent resoudre en mesme sorte, et iuger de la perfection des nottes, considerant tousiours le chant en sa propre mesure, suyuant les signes et degrez auant-dicts.

[-375-] Chapitre VIII.

Du poinct Musical.

COmbien que le poinct soit la moindre partie de la musique, si est-ce, qu'il est de grande importance, pour l'esgard de la valeur des nottes, tant és signes parfaicts, qu'imparfaicts. [Le poinct musical diuersement appellé. in marg.] Plusieurs le diuisent diuersement, et luy donnent diuers noms: l'appellants poinct d'Augmentation, d'Addition, de Diuision, de Perfection, d'Alteration, d'Imperfection, de Diminution, et autrement. Mais pour le plus brief, et le plus cler, nous le diuiserons seulement en deux: [Le poinct susdict diuisé en deux, d'augmentation, et diuision. in marg.] A sçauoir, en poinct d'Augmentation, et de Diuision: d'autant que tous les autres se rapportent aux deux susdicts, comme se verra cy apres. [Que c'est de poinct d'augmentation. in marg.] Le poinct d'augmentation (qui est le mesme que celuy d'addition) est celuy qui adiouste a la notte, la moitie de sa valeur, [Le poinct d'augmentation se chante auec la notte. in marg.] se chantant auec la notte, comme se peut veoir en toutes les nottes, ainsi que s'ensuit:

[Maillart, Les Tons, 375] [MAITON3 04GF]

[Le poinct d'augmentation ne se trouue qu'és signes imparfaicts, et aux nottes non sujectes à perfection. in marg.] Et d'autant que le poinct susdict ne se trouue qu'au nombre binaire, et aux nottes non sujectes à perfection, et que sa valeur est assez cognuë, nous n'en dirons d'auantage. Venons au poinct de diuision, lequel [-376-] ne se trouue qu'au nombre ternaire, et és degrez parfaicts. [Que c'est de poinct de Diuision. in marg.] Le poinct de Diuision est celuy qui diuise et separe vne notte arriere de l'autre, pour accomplir le nombre de trois, requis en tous degrez et signes parfaicts. [Le poinct de Diuision diuisé en trois. in marg.] Ce poinct se diuise en trois: A sçauoir, de Perfection, Alteration, et Diminution. Le poinct de Perfection est celuy qui conserue et declare la perfection de la notte.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 376] [MAITON3 04GF]

Auquel exemple, la premiere breue pouuoit estre renduë imparfaicte, en luy adioustant la premiere demibreue en la mesme mesure: Mais le poinct conserue et declare sa perfection, en diuisant et separant la breue susdicte, arriere de la demibreue suiuante. Plusieurs ont pensé, que le poinct de Perfection, et d'Augmentation n'estoit qu'vn: (comme le tesmoigne Glarean au troisiesme liure chapitre quatriesme; Froschius chapitre dix-huictiesme de sa musique, Ioannes Litauicus au deuxiesme liure chapitre quatriesme, et autres) d'autant qu'ils semblent faire le mesme, en ce que tous deux font valoir la notte trois, laquelle, sans poinct, n'eut vallu que deux. [Difference entre le poinct de Perfection et d'Augmentation. in marg.] Mais la difference est manifeste en ce qu'a esté dict cy dessus, que l'vn ne se trouue qu'aux nombres ternaires, et degrez parfaicts, et l'autre aux degrez imparfaicts seulement. Ioinct aussi, que l'vn se chante auec la [-377-] notte (comme a esté dict) et l'autre non, ains ne faict que separer et oster les empeschemens, affin de conseruer la notte en sa perfection. Et quant à ce qu'a esté dict, qu'ils semblent faire le mesme, aucuns autheurs le nient appertement, et en donnent ceste distinction. Que le poinct d'Augmentation adiouste à la notte la moitie de sa valeur, et le poinct de perfection seulement le tiers. Voyez Zarlinus, au soixante-dixiesme chapitre de la troisiesme partie, de son Institution; et Vanneus, liure deuxiesme chapitre treiziesme le dict en la maniere comme s'ensuit. Tandem, vt ad optatam perueniam metam, sciendum est, quod punctus perfectionis, in numero ternario positus, tertiam praecedenti notulae partem, non autem dimidiam, augmentat; Ille augmentationis, binario in numero comprehensus, dimidiam. Laquelle distinction semblera estrange à plusieurs: ce neantmoins, se trouuera veritable, moyennant qu'elle soit bien entenduë. Car il est certain, que le poinct de Perfection n'adiouste rien à la notte, si ce n'est par accident: et ne la peut aussi rendre parfaicte, ains la conserue seulement en sa perfection; dont Zarlinus vse du mesme terme de conseruer. [Ce qui rend la notte parfaicte. in marg.] C'est le signe parfaict, qui essentiellement rend la notte parfaicte, laquelle demoureroit en sa perfection, s'il n'arriuoit quelque empeschement d'ailleurs: contre lequel empeschement a esté inuenté le poinct de Perfection: l'office duquel est, de garantir la notte de ceste imperfection, en separant l'empeschement arriere d'icelle, comme il se voit en l'exemple cy dessus allegué. Mais d'autant [-378-] que, par l'imperfection, la notte perd le tiers de sa valeur (comme a esté dict au chapitre septiesme) on peut dire aucunement, que le poinct susdict adiouste a la notte le tiers de sa valeur, par-ce qu'il faict qu'elle ne le perd point, en la garantissant contre l'imperfection susdicte.

[Que c'est le poinct d'Alteration. in marg.] Le poinct d'Alteration est celuy, qui faict redoubler la valeur, non de la notte voisine, ains de celle qui suyt la voisine.

Exemple.

[Maillart, Les Tons, 378] [MAITON3 04GF]

Aucuns definissent l'Alteration fort proprement, comme s'ensuyt:

Alteratio est alicuius notae minoris respectu maioris geminatio. Laquelle definition nous apprend la difference qui est entre le poinct de Perfection, et le poinct d'Alteration; [Differences entre le poinct de Perfection et d'Alteration. in marg.] à sçauoir, que cetuy-cy compete à la notte moindre, et l'autre à la plus grande, en chacun degré respectiuement. Car comme il n'y a que trois nottes, ausquelles compete le poinct de Perfection; à sçauoir, la Longue, en la Mode parfaicte: la Breue, au Temps parfaict; et la demibreue, en la Prolation parfaicte: ainsi n'en y a il que trois, ausquelles compete le poinct d'Alteration; à sçauoir, la breue, en la Mode parfaicte; la demibreue, au Temps parfaict, et la minime, en la Prolation parfaicte. D'auantage, la definition susdicte nous monstre encor ceste difference, [-379-] que le poinct de Perfection n'adiouste que le tiers à la plus grande (en la maniere qu'a esté dict) et le poinct d'Alteration, redouble la valeur de la moindre: [Le poinct d'Alteration fait redoubler la valeur de la notte. in marg.] Ce qui est signifié par ce mot Geminatio, ou Alteratio. De sorte, que la breue, alterée en Mode parfaicte, vaut deux breues: La demibreue, alterée en Temps parfaict, vaut deux demibreues; et la minime, alteré en Prolation parfaicte, vaut deux minimes. Les exemples se peuuent facilement former, à l'imitation de l'alteration du temps, qu'auons notté cy dessus, affin de point emplir le papier d'exemples. [Le poinct de Diminution est le mesme que le poinct d'Imperfection. in marg.] Le poinct de Diminution, est le mesme que le poinct d'Imperfection, estant l'vn la cause de l'autre. Car par ce poinct icy, la notte est renduë imparfaicte, et par consequent de moindre valeur.

Exemple:

[Maillart, Les Tons, 379] [MAITON3 04GF]

Auquel exemple, la Diminution est manifeste; d'autant que par le poinct, les deux breues sont renduës imparfaictes, et partant ne valent chacune que deux demibreues, lesquelles, sans ledict poinct, eussent esté parfaictes, pour les raisons declarées cy dessus.

Par ce qui a esté dict, l'on peut veoir facilement, que les trois poincts susdicts, à sçauoir, le poinct de Perfection, d'Alteration, et de Diminution, sont tous poincts de diuision: diuersement appellez toutesfois, à cause de leurs diuers effects. Car le poinct ne peut parfaire, alterer, ny diminuer, si ce n'est en diuisant, [-380-] et separant l'vne des nottes arriere de l'autre. Ce qui suffira pour entendre ce qu'auions proposé d'expliquer, en ceste troisiéme partie. Car nostre intention n'est point, de specifier et particulariser toutes les difficultez qui peuuent sourdre en ceste matiere: ains de declarer les fondements, et la substance de la matiere, laissant la reste pour estre examinée par les Maistres de Chant, et en faire part à la Ieunesse.

Fin de la Troisiesme Partie.

[-f.Bb3r-] TABLE DES PRINCIPALES MATIERES CONTENVES EN CE PRESENT Traicté.

En l'Epistre Dedicatoire est declaré l'excellence de la Mode de Musique.

Premierement est monstré que la mode est cause de tous les effects de la Musique.

Que la mode est l'ame de la musique.

Que diuerses Modes causent diuers effects.

La partie qui traicte des Modes de Musique est la plus excellente.

L'vtilité qu'apporte la cognoissance des Modes.

Les qualitez requises en vn maistre de chapelle.

Que tout ce qui est en la Musique depend de la nature de la Mode.

Comme il ne peut auoir Musique sans Mode, aussi cetuy-là ne merite le nom de musicien qui n'a la cognoissance des Modes.

Au Prologue est faict la repartition de ce present traicté.

Est monstré que ce mot de ton, est equiuoque, et a trois significations.

Av Chapitre premier

Est declaré que la Mode ou le Ton (comme aucuns l'appellent) n'est autre chose qu'vn diapason.

Le diapason est le fondement de la Musique. fueille 2.

Le diapason est la mesure essentielle, et la perfection de la Musique. 3.

Il n'y a que sept voix differentes. 4.

Que signifie diapason. 5.

Il y a autant de modes, qu'il y a d'especes de diapason. 5.

AV Chapitre II.

Est dict que le mot de diapason est equiuoque, ayant trois significations.

En la mediation consiste la forme, et la perfection du diapason. fueille 7.

De la mediation sont tirées les formes differentes, qui constituent les diuerses especes de diapason. 7.

[-f.Bb3v-] Av Chapitre III.

Est monstré briefuement la definition, la diuision, le suiet, les clefs, et les nottes de la Musique.

La Musique diuisée en naturelle et artificielle. fueille 8.

Que c'est que de Musique. 8.

Le son est le sujet de la Musique. 8.

Quelles sont les clefs, les sillabes, et les signes, qui signifient les sons. 8.

Les clefs sont en nombre de sept, qui se repetent trois fois en leur disposition. 9.

Quelles sont les clefs marquées, par lesquelles les autres sont recogneuës. 9.

Les sillabes sont six. Vt, re, my, fa, sol, la, qu'aucuns appellent, voix. 9.

Des six voix susdictes, sont instituées trois deductions, à sçauoir, [sqb] quaire, nature, bmol. 9.

Que c'est de deduction. 9.

Des sept voix differentes que contient le diapason, n'en reuient que cinq tons, et deux demy tons petits, pour la matiere du diapason. 11.

Av Chapitre IIII.

Est declaré en quoy consiste la forme du diapason.

Le ton ne peut estre diuisé en deux parties

esgalles. fueille 13.

Deux trois-tons excedent le diapason d'vn comma. 13.

Le diapason ne peut estre diuisé en parties esgalles, ains en vne partie contenante trois tons et demy, qu'on appelle diapente, et vne contenante deux tons et demy, qu'on appelle diatessaron. 15.

Combien est excellente la diuision du diapason en vn diapente, et vn diatessaron. 15.

Av Chapitre V.

Est monstré plus amplement que la forme consiste en la mediation, qui est entre le diapente et diatessaron.

Difference entre harmonie et consonance. fueille 16.

En quoy consiste l'harmonie. 17.

Av Chapitre VI.

Est traicté de la Musique naturelle.

Le iugement des consonances de Musique appartient proprement aux oreilles. fueille 20.

A quoy nous deuons auoir recours aux difficultez de la Musique. 21.

D'où a prins origine la Musique naturelle. 23.

Par les proportions Musicales est monstré que tout ce qui est au monde est fabriqué de Musique. 23.

[-f.Bb4r-] Comme par les nombres, 1. 2. 3. 4 dont vse Platon en son Timée, pour prouuer l'harmonie des quatre elemens, se doiuent entendre les proportions Musicales. 24.

Les iours de la sepmaine, qui tirent leur appellation des sept planettes, sont disposées en tetracorde, comme la Musique ancienne. 26.

Les membres de l'homme, sont rapportez l'vn à l'autre, par les proportions auant-dictes. 28.

Philon le Iuif monstre que tout ce qui est au monde est composé par le nombre de sept. 31.

Le nombre de sept tire sa force des proportions de

Musique. 34.

Av Chapitre VII.

Est respondu à aucun doubte touchant la conformité de nostre Musique à l'ancienne.

Les anciens ont diuisé l'harmonie en 4. fueille 38.

Le diapason diuisé en deux sortes. 39.

Av Chapitre VIII.

Est traicté de la difference par laquelle se cognoissent les diuerses especes des consonances de Musique.

L'harmonie est composée de choses dissemblables. fueille 41.

Le demy ton est cause des diuerses especes de toutes les consonances de Musique. 42.

Autant de fois que le demy ton peut estre changé en quelque consonance de Musique, il en y a autant d'especes. 43.

Il ne peut auoir que trois especes de quarte. 43.

Il ne peut auoir que quatre especes de quinte. 43.

En quoy different les especes de quarte. 43.

En quoy different les especes de quinte. 43.

Av Chapitre IX.

Est monstré par les six nottes qu'il doit auoir douze especes de diapason.

Par l'assemblement des especes de diapente et diatessaron, se composent douze especes de diapason, six harmoniques, et six arithmetiques, qui sont les douze Modes de Musique. fueille 46.

Les six nottes, ou les six voix de Musique, Vt, re, my, fa, sol, la, representent et prouuent les six Modes principales de Musique. 47.

Chaque Mode est tellement affectée à vne des nottes susdictes, que le diapason, diapente, et diatessaron, commence et fine par ladicte notte. 48.

Par qui, quant, comment, et pourquoy les six nottes ont esté inuentées. 48.

La Musique diuisée en ancienne, moyenne et nouuelle. 50.

[-f.Bb4v-] De quelles nottes on vsoit en l'ancienne Musique, de quelles on vsoit en la moyenne, et de quelles on vse en la Musique du iourd'huy. 50.

Le nombre des six nottes, et l'ordre des clefs que Guido a choisy est fort propre pour prouuer les xij. Modes de Musique. 52.

Ce qui a esté changé au chant Gregorien a esté pour remedier à la Mode mal obseruée. 54.

Av Chapitre X.

Est respondu à aucunes obiections.

Huict nottes inuentées par aucuns modernes, et quelles. fueille 61.

Item, quatre clefs seulement, et quelles. 62.

Nouuelle methode pour apprendre en peu de temps à chanter sa partie. 62.

Quatre nottes peuuent suffir pour chanter toute sorte de Musique. 65.

Ericius Puteanus a inuenté sept nottes, vt, re, my, fa, sol, la, Bi, et à quel fin. 66.

Pourquoy on a adiousté à chaque clef diuerses nottes. 69.

Difference entre les nottes modernes, et les anciennes. 75.

La septiesme notte de Puteanus reiectée, et pourquoy. 76.

Guido Pancirollus refuté, touchant les nottes de Musique. 79.

Av Chapitre XI.

Est confirmé le nombre des douze Modes.

Le nombre des douze Modes est prouué par plusieurs authoritez. fueille 80.

Le nombre susdict est prouué par plusieurs raisons. 81.

En toute clef on peut chanter toute sorte de nottes par la main feinte. 84.

Il n'y a que sept Modes essentielles. 86.

Difference entre forme et espece de diapason. 88.

L'ordre ordinaire qu'on donne aux Modes. 90.

Reigles pour cognoistre les modes en general et en particulier. 91.

Av Chapitre XII.

Est traicté des trois genres de melodie.

Les douze Modes cy dessus declarées, sont soubs le genre diatonique. fueille 93.

En quoy consistent les trois genres de melodie. 96.

Les deux extremitez de la quarte ne bougent aucunement en quelque sorte de melodie que ce soit. 97.

Quelles cordes les anciens appelloient muables et immuables. 97.

Les diuerses melodies susdictes ne changent point l'espece de Diapason ny la Mode de Musique. 99.

[-f.Cc1r-] Les effects de Musique n'ont point esté faicts seulement aux genres Chromatiques et Enharmoniques, ains aussi au genre Diatonique. fueille 99.

Par qui et quant a esté inventé le genre Chromatique. 101.

Par qui et quant l'Enharmonique. 102.

Preuue par les histoires anciennes que les effects de la Musique ont esté faicts au genre Diatonique. 102.

Av Chapitre XIII.

Est traicté de la Musique ancienne.

Qui a esté le premier autheur de la Musique. fueille 104.

Quant la Musique a commencé d'estre en practique. fueille 104.

Quels estoient les premiers Musiciens. 105.

En quel honneur et estime estoit la Musique anciennement. 107.

A quel vsage elle estoit employée. 109.

La Musique est le pourtraict de la temperance. 110.

Les Theatres ont succedé aux temples estant leur appellation de Theos, qui signifie Dieu. 112.

Av Chapitre XIIII.

Est declarée la qualité et la simplicité de la Musique ancienne.

La Musique ancienne estoit d'vne seule voix, et d'vne mesure esgalle, comme celle du plein-chant. 113.

La simplicité de la Musique ancienne, se remarque en ce qu'elle auoit peu de cordes, peu de consonances, peu de voix, et peu de Modes. 113.

Combien a duré ceste simplicité. 114.

En quel temps a esté accreuë et augmentée la Musique, et par qui. fueille 117.

Av Chapitre XV.

Est traicté de la matiere de l'ancienne Musique.

La Musique ancienne n'a iamais eu plus de quinze cordes. fueille 119.

Les noms de quinze cordes susdictes. 119.

La Musique ancienne diuisée en quatre tetracordes. 121.

Les noms des quatre tetracordes susdicts. 122.

Vn cinquiesme tetracorde nommé Sinemmenon, respondant à nostre chant bmolaire. 122.

Av Chapitre XVI.

Est monstré comme les anciens escriuoient leur Musique.

Les nottes anciennes en tres-grand nombre. 123.

Les nottes anciennes representoient les clefs. 125.

Les anciens n'auoient autre mesure en leur Musique que celle de [-f.Cc1v-] leurs vers. 127.

La façon dont vsoient les anciens pour escrire leur Musique. 131.

Av Chapitre XVII.

Est amplement monstré la conformité qu il y a de nostre Musique à l'ancienne.

Que nostre Musique est la mesme que celle des anciens, disposée en mesme genre de melodie, qui est le genre diatonique, et divisée en mesme tetracordes. fueille 133.

Les consonances de Musique peuuent estre infiniment repetèes, suyuant la nature du suiet qui est le nombre. 136.

Nostre Musique est fondée sur mesmes principes que celle des anciens, à sçauoir sur le nombre et proportions. 137.

Il n'y a que deux tetracordes essentielles. 138.

Le cinquiesme tetracorde des anciens nommé Sinemmenon. 140.

La table qui divise nostre Musique en mesmes tetracordes que celle des anciens, sauf la diuersité de la premiere notte. 142.

Av Chapitre XVIII.

Est traicté des consonances de Musique.

Nous auons les mesmes et autant de consonances parfaictes que les anciens. fueille 143.

Les anciens ont aussi cogneu et pratiqué les accords imparfaicts. 145.

Quant, et comme on doit vser de la tierce. 147.

La quarte ne peut auoir nom de bonne consonance si elle n'est en son lieu naturel qui est par-dessus la quinte. 148.

L'on ne peut attribuer ce mot, double, à autre consonance qu'à l'octaue, par-ce qu'elle seule consiste en la proportion double. 149.

Av Chapitre XIX.

Est monstré comment se pratiquoit l'ancienne Musique.

La Musique renouuellée plusieurs fois. fueille 150.

Diuerses saisons on produict diuerse diuerse sorte de Musique. 151.

Diuerses prouinces fournissent aussi diuerse sorte de Musique. 151.

L'intention et le but principal de l'ancienne Musique n'estoit autre que de pouuoir gaigner les coeurs et affection des auditeurs. 152.

Les anciens requeroient quatre choses lesquelles ilz vouloient estre obseruées en leur Musique pour produir les effects d'icelle. 153.

Quelles estoient les quatre choses susdictes. 153. 154.

Les anciens faisoient cas de la Musique simple, de peu de cordes, et de peu de voix. 159.

Les effects admirables qui se lisent de la Musique, ont esté faicts par vn Musicien seul chantant. 161.

[-f.Cc2r-] Difference entre Phonasce et Symphonette 162.

Av Chapitre XX.

Se voit manifestement la difference qu'il y a de l'ancienne Musique à la nostre.

La cause pourquoy la Musique moderne ne produict point tels effects que l'ancienne. fueille 164.

Les Musiciens modernes s'occupent à l'artifice de la Musique et non à produire des effects. 167.

Tant plus est vne Musique pleine d'artifice, tant a elle moins de force pour produire ses effects. 167.

Aucuns effects de la Musique moderne. 171.

SECONDE PARTIE.

Av Chapitre Premier.

Est respondu aux arguments de ceux qui ne veulent recevoir que viij. Modes.

On ne doit admettre toute sorte de Musique en vne republique. fueille 178.

Arguments de ceux qui ne veulent que viij. Modes, refutez. 180.

Il y a douze Modes au chant de l'Eglise. 189. 190.

Il n'y a que huict tons au chant de l'Eglise, et n'en y a iamais eu d'auantage. 194.

Difference entre Mode et Ton. 194.

Comme les tons des Pseaumes ont esté instituez. 195.

Les reigles qui sont és liures de l'Eglise, se doiuent rapporter aux tons et non aux Modes. 195.

Av Chapitre II.

Est monstré que le chant des Pseaumes est proprement appellé Ton.

Que c'est que ton. fueille 197.

Le ton est diuisé en trois parties, à sçauoir Intonation, Mediation, et Euouaë. 197.

Le ton est declaré par la notte dominante. 198.

Le chant du Pseaume n'est qu'vne notte ou vne voix continuelle, vn peu diuersifiée au commencement, au milieu, et en la fin. 198.

Le chant des Pseaumes a tousiours esté appellé ton. 198.

Quant a esté inuentée l'appellation du ton. 199.

Av Chapitre III.

Est monstré que l'ordre appartient aux tons.

Arguments de ceux qui disent que l'ordre des sons doit proceder d'enbas, et de ceux qui maintiennent qui doit proceder d'en-haut. 201.

[-f.Cc2v-] La pratique du iourd'huy nous enseigne que l'ordre doit proceder d'embas en haut. 201.

La voix est de telle nature qu'on peut monstrer la plus haute ny la plus basse. 202.

L'ordre des clefs changé plusieurs fois. 202. 203.

Les anciens n'ont iamais donné ordre aux Modes. 204.

Au contraire les tons n'ont iamais esté appellez ny autrement distinguez que par l'ordre. 205.

Av Chapitre IIII.

Est monstré comme se doit cognoistre le ton.

Ceste reigle commune. Pri, re, la: se, re, fa, et cetera ne peut estre attribuée aux Modes de Musique, si on ne la veut rendre du tout faulse et abusiue. fueille 205.

Comme se doit entendre la reigle susdicte pour enseigner les tons. 212.

Av Chapitre V.

Le ton est diuisé en trois parties.

Que c'est qu'Intonation. fueille 214.

L'Intonation du Pseaume est ordinairement insinuée par le commencement ordinaire de l'Antienne qui procede le Pseaume. 214.

Quant les Antiennes ont esté instituées, et pourquoy. 215.

La quarte entre toutes les consonances, est la plus facile à intoner, et pourquoy. 216.

Deux sortes d'Intonation: Solemnelle et Ferialle. 224.

L'Intonation des Introits de la Messe. 226.

Av Chapitre VI.

Est traicté de la mediation.

Pourquoy a esté inuenté la mediation. fueille 227.

La mediation est la mesme aux iours feriaux et iours solemnels. 227.

La mediation aux cantiques de Benedictus et Magnificat, est autre que des autres Pseaumes. 228.

La mediation des Introits de la Messe, est aussi differente. 230.

Av Chapitre VII.

Est traicté de la fin du Pseaume.

La fin du Pseaume est appellé Euouaë, qui signifie, (accommodant chacune voyelle à chasque sillable) seculorum, Amen, qui nous represente la fin ordinaire du Pseaume. 232.

Il faut suyure tousiours l'Euouaë tel qui sera noté sur la fin de l'Antienne. 234.

Deux choses à observer à l'Euouaë. 236.

[-f.Cc3r-] La notte dominante, est tousiours la premiere notte de l'Euouaë. 239.

Il faut choysir l'Euouaë plus propre pour nous ramener au commencement de l'Antienne. 241.

Av Chapitre VIII.

Est monstré que toutes les reigles qui sont enregistrées aux liures de l'Eglise, seruent pour cognoistre le ton des Pseaumes.

Les trois parties susdictes, à scauoir Intonation, Mediation, et Euouaë, ne peuuent estre rapportées aux Modes de Musique. fueille 250.

A quoy se doiuent rapporter les reigles et axiomes qui sont ordinairement aux liures de l'Eglise. 252.

On a tousiours faict grand' estime du chant des Pseaumes. 252.

Au nom ancien de Psalmiste a succedé le nom de Chantre. 253.

Quant a esté introduite la haulte Psalmodie. 254.

Quant a esté estably le Chantre en l'Eglise. 254.

La Chantre appellé diuersement. 254.

Les Princes, Roys, et Monarques, ont chanté et commencé les Pseaumes. 255.

Le ton du Pseaume ou la melodie a esté tousiours signifiée par quelque marque. 258.

La maniere de bien Psalmodier. 259.

Av Chapitre IX.

Est monstré que tout le chant de l'Eglise est fondé sur le ton des Pseaumes.

Le chant des Pseaumes est le prototipe sur lequel a esté formé tout le chant de l'Eglise. fueille 259.

Le ton du Venité, et des Respons des Matines, de l'Introit de la Messe, et du reste du chant de l'Eglise, se doit cognoistre par la notte dominante, comme le ton des Pseaumes. 259. 260.

D'où est procedé ceste opinion commune qu'il n'y a que huict Modes en l'Eglise. 262.

Av Chapitre X.

Est monstré manifestement que le ton et la Mode sont choses differentes.

L'erreur de ceux qui ont pensé que Dorius Modus est le premier ton, Hypodorius le deuxiesme, refuté. 268.

Le Respons Duo Seraphim, Est de la Mode Hypodorienne, et cependant il est du premier ton. 269.

Le ton et la Mode se cognoissent diuersement. 272.

La methode dont vse Boëce pour trouuer les Modes de Musique, ne peut estre appliquée aux tons. 279.

[-f.Cc3v-] Av Chapitre XI.

Est donné raison de l ordre des tons.

D'où prouient l'ordre des tons. fueille 281.

Les Ecclesiastiques n'ont choisi que quatre nottes pour donner ordre aux tons. 282.

L'ordre susdict, ou bien les mots signifians l'ordre, ne peuuent estre appliqués aux Modes de Musique sans grand desordre et confusion, et pourquoy. 287.

Que les sept Modes de Boëce, et la huictiesme de Ptolemée, ne sont point les huict tons de l'Eglise, comme plusieurs ont pensé. 292.

Av Chapitre XII.

Est monstré qu'il n'y a eu que huict Tons instituez pour chanter les Pseaumes.

Tous le liures de l'Eglise ne font mention que de huict tons. fueille 294.

Le nombre susdit a esté tousiours par tout, et de tous inuiolablement observé. 295.

Ce nombre icy a esté choisi principallement pour le mystere qu'il y a au nombre de huict. 296.

Glarean, Litauicus, et autres veulent auoir douze tons. 296.

Quels sont les douze tons susdits. 298.

La Mode Lydienne peu en vsage entre les Musiciens, et porquoy. 304.

La Mode Lydienne fort frequente au chant de l'Eglise. 305.

Le cinquiesme et sixiesme tons de Glarean reiectez, et pourquoy. 308.

L'opinion de Glarean refutée touchant le neufiesme ton. 315.

Son opinion refutée aussi touchant son dixiesme ton. 316.

L'opinion de Ioannes Litauicus refutée touchant l'onziesme et douziesme ton. 316.

Que de la mesme cause sourd l'erreur de ceux qui veulent avoir douze tons, et de ceux qui ne veulent receuoir que huict modes. 319.

Av Chapitre XIII.

Est respondu à aucun doubte.

Les tons peuuent estre augmentez, non seulement iusques a douze, mais en aussi grand nombre qu'on voudra. 320.

Le chant de l'Eglise institué par diuers, et en diuers temps. 321.

Vn nouueau Euouaë sur Alma redemptoris. 322.

Que c'est que Neuma. 326.

Il n'y a que huict tons instituez par les Ecclesiastiques. 326.

[-f.Cc4r-] TROISIESME PARTIE

Av Chapitre I.

La Musique est diuisée en Musique pleine, et Musique figurée ou mesurée.

Le plein-chant a esté anciennement et est encor a present en aucune chose escrit par nottes de diuerse figure, et chanté par diuerse mesure. fueille 229.

Il y a apparence que les nottes figurées, et les diuerses mesures que nous auons auiourd'huy en la Musique, viennent du plein-chant. 329.

Exemples au plein-chant du iourd'huy des trois diuerses mesures. 332. et 333.

Pourquoy le plein-chant est appellé Musique pleine. 335.

Pourquoy l'autre est appellé Musique figurée. 335.

Av Chapitre II.

Est traicté des nottes de Musique.

Les nottes de Musique figurées sont huict differentes de nom, de figure, et de valeur. fueille 336.

Anciennement il n'en y auoit que cinq, et quelles. 336.

Av Chapitre III.

Est traicté des Ligatures.

Deux sortes de ligature, directe, et oblique. 337.

Quatre nottes seulement se peuuent lier. 337.

Trois ordres de notte en ligature, premiere, moyenne, et derniere. 338.

Av Chapitre IIII.

Est traicté des degrez de la Musique.

Trois degrez en la Musique, Mode, ou Moeuf, Temps, et Prolation. 341.

La Mode parfaicte considere trois breues en la longue. 352.

Le Temps parfaict trois demibreues en la brefue. 352.

Et la Prolation considere trois minimes en la demibreue. 352.

Les degrez imparfaicts n'en considerent que deux. 352.

Av Chapitre V.

Est traicté des Mesures musicalles.

Que c'est que la Mesure musicalle. fueille 353.

Comme se faict ladicte mesure. 353.

La mesure est specialement referée à la breue, comme tenant le milieu entre la longue et la demibreue. 354.

La mesure de la breue diuisée en trois, Maieure, Mineure, et Proportionelle, et à quoy chacune d'icelles est referée. 354.

Distinction entre mesure et touchement. 359.

[-f.Cc4v-] Av Chapitre VI.

Est parlé de la mesure la Prolation, ou de la demy-breue.

Chacun degré de la Musique a sa propre mesure, suyuant laquelle le chant, les pauses, et les cadences doiuent estre disposées. fueille 361.

La mesure de Prolation imparfaicte, à sçauoir quant la demibreue ne vault que deux minimes, est maintenant pratiquée par tout, et pourquoy. 364.

Difference entre la mesure du Temps imparfaict, signifiée par vn demy-cercle tracé: et de la mesure de prolation imparfaicte, signifiée par un demy-cercle sans trace. 365.

Av Chapitre VII.

Est traicté de la Perfection ou Imperfection des nottes de Musique.

L'imperfection oste à la notte la troisiesme partie de sa valeur. fueille 370.

Trois choses rendent la notte imparfaicte. 370.

C'est tousiours la moindre notte qui agit, et la plus grande qui souffre diminution. 371.

Av Chapitre VIII.

Est traicté du poinct Musical.

Le poinct Musical est diuisé en poinct d'augmentation et diuision. fueille 374.

Que c'est de poinct d'augmentation. 375.

Que c'est de poinct de diuision. 376.

Le poinct de diuision est diuisé en trois, à sçauoir en poinct de Perfection, Alteration, et Diminution. 376.

Que c'est de poinct de perfection. 376.

Difference entre le poinct d'augmentation et de perfection. 376.

Que c'est le poinct d'alteration. 378.

Le poinct de perfection agit à la plus grande, et le poinct d'alteration à la moindre notte de chacun degret respectiuement. 378.

Le poinct de diminution est le mesme que le poinct d'imperfection. fueille 379.

FIN.


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