TRAITÉS FRANÇAIS SUR LA MUSIQUE
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Author: Marin Mersenne
Title: Livre second, des chants
Source: Harmonie Universelle, contenant la theorie et la pratique de la musique, 3 vols. (Paris: Sebastien Cramoisy, 1636; reprint ed. Paris: Centre national de la recherche scientifique, 1965), 2:89-180.
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[-89-] LIVRE SECOND,

DES CHANTS.

PROPOSITION PREMIERE.

La Chanson ou l'Air est une deduction de la voix, ou des autres sons, par de certains interualles naturels ou artificiels, qui sont agreables à l'oreille et à l'esprit, et qui signifient la ioye, la tristesse, ou quelqu'autre passion par leurs diuers mouuemens.

IL n'y a rien de plus difficile que de trouuer la definition des choses dont on veut parler; ce qui arriue icy: car la nature de la chanson est aussi difficile à connoistre, comme elle est facile à oüir. Or il faut remarquer que la diction air dont on vse pour signifier le chant, se prend en plusieurs manieres; car elle signifie premierement le troisiesme element, qui s'étend depuis la surface de la terre iusques à la Lune, et qui a cinquante et vne fois autant d'épaisseur comme la terre, c'est à dire cinquante-huit mille quatre cent douze lieuës, dont chacune a trois mille pas, et le pas a cinq pieds de Roy: car il y a quinze mille pieds de Roy dans la lieuë Françoise, comme i'ay dit ailleurs.

Secondement, l'air signifie la maniere dont on parle, on interroge, ou l'on répond, particulierement si l'on parle en cholere; car nous disons qu'on a répondu d'vn tel air, et cetera. Ce qui signifie presque la mesme chose que le ton de la voix, ou l'accent auec lequel on répond. Cette diction peut auoir plusieurs autres significations, selon les diuerses choses ausquelles on la peut accommoder, par exemple aux visages: car quand quelque tableau ou quelque personne ressemble à vn autre, nous disons qu'il en a de l'air. Mais la troisiesme signification est quand elle exprime la mesme chose que la chanson, ou le chant dont nous nous seruons pour chanter quelques fantaisies, soit que nous prononcions quelques paroles, ou que nous chantions sans paroles auec les notes de la Musique, ou en quelqu'autre maniere. Cecy estant presupposé, ie dy que la definition que i'ay mise dans cette proposition comprend tout ce qui appartient à l'essence du chant: premierement la deduction, ou conduite de la voix est le genre, car le chant a cela de commun auec les harangues, les discours et les paroles dont nous nous seruons en parlant les vns aux autres.

[-90-] Secondement i'ay dit, ou des autres sons, parce qu'on peut ioüer les Airs sur les Instrumens de Musique. Tiercement i'ay ajoûté, par de certains interualles naturels ou artificiels, ce qui fait que les chants sont differens d'auec les discours qui n'ont point d'interualles certains, par lesquels nous montions ou descendions en parlant, encore que la voix monte ou descende sans qu'on prenne garde aux interualles qu'elle fait.

Neanmoins quelques-vns croient que si nous éleuions nos voix selon que requiert le discours que nous tenons, et que nous fissions tous les interualles necessaires pour persuader ce que nous disons, que nous ferions des merueilles; particulierement si nous aioûtions les accens propres à cet effet, comme i'ay dit dans le traité de la Musique Accentuelle.

Quatriesmement, i'ay dit naturels, ou artificiels, dautant que nous appellons les interualles naturels, qui sont faits par tout le monde, c'est à dire aussi bien par le Berger qui est au bois, ou à la campagne, comme par les Musiciens, tels que sont les interualles de la Diatonique: mais les artificiels ont esté inuentez par les Musiciens pour embellir leur art, et pour enrichir leurs chants, comme sont le demiton mineur, la diese, et cetera qui ne se pratiquent point hors de la Musique, si ce n'est par hazard.

En cinquiesme lieu, i'ay dit qui sont agreables à l'oreille, et à l'esprit: car encore que les airs soient tristes, neanmoins ils nous plaisent souuent autant ou plus que quand ils sont gays. En fin i'ay dit par leurs mouuemens, par lesquels i'entens la Rythmique, ou les pieds metriques, dont on accompagne les airs, comme sont les Dactyles, les Spondees, et les Choriambes, dont ie traite au liure de la Rythmique: car le changement du mouuement apporte vne grande difference aux airs, encore qu'on ne change pas leurs interualles.

Il faut neanmoins remarquer qu'il n'est pas tellement necessaire de changer les interualles des sons graues et aigus, qu'on ne puisse trouuer quelque espece d'air sans eux, si nous parlons de tout ce qui peut estre appellé air, ou chant en quelque maniere que ce soit: car quelques vns disent qu'on peut sonner vn air sur le Tambour, encore que tous ses tons soient vnisons, dautant que les diuers mouuemens ou les diuerses mesures qu'on donne aux sons du Tambour peuuent representer quelque chanson, ou quelque fantaisie. Ce qui conuient pareillement à la voix qui peut representer plusieurs choses par les diuerses mesures, et par tous les mouuemens de la Rythmique: ce qui arriue aussi à plusieurs Pseaumes, qui commencent, finissent, et sont chantez sur vne mesme note, ou sur vne mesme interualle, et au chant dont plusieurs Religieux se seruent: Mais les autres aiment mieux l'appeller vn simple recit qu'vn chant, comme est le chant dont nous nous seruons, et plusieurs autres à nostre imitation, comme les Capucins, Carmes déchaux, et cetera dautant que nous ne faisons aucuns interualles, et que nous n'obseruons point d'autre mesure que celle des syllabes.

Neanmoins à proprement parler, ce n'est pas vn simple recit on discours, ny vn chant, ou vn air, tel que ie l'ay definy, mais quelque chose de metoyen qui participe de l'vn et de l'autre: Quelques vns l'appellent chant en Ison par ce qu'il est égal, et ne se sert que d'vn seul interualle, car Ison signifie ce qui est égal.

Or ce Chant en Ison, ou égal, peut receuoir quelques differences selon les differentes manieres dont il est chanté, ou recité: ce qui arriue particulierement [-91-] en deux façons: premierement quand on s'arreste plus long temps sur quelque syllabe, et qu'on la prononce plus fort et auec plus de vehemence que les autres, en donnant quelque cadence au chant: ce qu'on remarque au chant des Capucins, qui font la penultiesme ou l'ante-penultiesme du milieu et de la fin de chaque verset des Pseaumes beaucoup plus longue, et qui la chantent plus fort que les autres syllabes, qu'ils font quasi aussi longues les vnes que les autres, et les chantent comme en roulant, ou en nombrant les syllabes sans les trainer, ce qui rend leur chant plus gay et plus agreable.

Secondement lors qu'on obserue exactement toutes les longues et les brefues, en donnant deux temps à la longue et vn à la brefue, tant à la fin qu'au commencement et au milieu, sans trainer plus long-temps vn mot l'vn que l'autre, comme il arriue à la prononciation des vers: il y a plusieurs autres manieres qui peuuent varier ce chant, à raison desquelles on dit que tels, ou tels Religieux, ou autres personnes, chantent d'vn tel, ou d'vn tel air, encore qu'ils ne se seruent point d'airs les vns ny les autres, si l'on prend l'air comme ie l'ay definy cy-dessus.

On pourroit icy faire vne objection, et dire que toute la definition de ce premier Theoréme conuient, ou du moins peut conuenir, et estre appliquee aux Harangues, aux discours, et aux recits des Tragedies et des Comedies: car vn Orateur, ou celuy qui represente quelque personnage sur le theatre peut obseruer tous les interualles tant Diatoniques, que Chromatiques, ou Enharmoniques qui se rencontrent dans vne Octaue, attendu que l'experience nous fait voir que la plus part des Predicateurs se seruent du demiton, du ton, de la Tierce-mineure, de la majeure, de la Quarte et de la Quinte en montant et en descendant, selon les diuers accents, ou les diuers mouuemens dont ils se seruent tantost dans vn lieu, et tantost en vn autre. De là vient que quelques excellens Musiciens tiennent que les discours esquels ces interualles se rencontrent sont des Faux-bourdons, et qu'ils peuuent estre mis au nombre des airs: ce qui se verifie de quelques Predicateurs qui parlent quasi comme s'ils chantoient, c'est pourquoy leur discours en est moins agreable, et moins profitable.

Neanmoins il n'y a nul discours tellement reglé qu'il monte ou descende par tous les interualles des airs, à sçauoir par tons, et demitons, et cetera car il monte le plus souuent par des interualles insensibles, ou inconnus, quoy que l'on peût les discerner si l'on y prenoit garde: or tous les interualles des airs ou des chansons sont si bien reglez, qu'on ne manque iamais à les faire en tous les lieux où ils sont marquez; d'où l'on a pris le prouerbe, cela est reglé comme vn papier de Musique: ce qui monstre que les Airs, et par consequent la Musique, garde vn ordre beaucoup mieux reglé que les discours qui n'ont rien d'arresté, et qui suiuent l'imagination, et l'intention de celuy qui parle.

Ce qu'Euclide a reconnu et remarqué au commencement de son traité de la Musique, quand il dit que le discours se sert d'vne voix continuë, qui ne cesse et ne se repose point iusques à ce que le discours soit acheué, et qui ne garde aucune regle certaine aux interualles en haussant ou baissant le son: mais le mouuement ou la deduction de la voix, ou du son qui fait les airs et les chansons, et qu'Euclide appelle Diastematique, ou Interuallaire, ne se conduit pas par des interualles continus, mais elle passe tantost d'vn ton à vn diton, tantost de la Tierce à la Quarte, ou à la Quinte, et cetera et s'arreste quelquefois l'espace d'vn, [-92-] deux, trois ou quatre battemens du poux, selon les regles et les pauses de la Musique, et selon la dignité du sujet. D'où il est aisé de conclure si la description de l'air que i'ay donnee est receuable et legitime: à laquelle i'aioûteray celle qui suit, afin que l'autre soit mieux entenduë.

PROPOSITION II.

L'air est vn mouuement, vne conduite, ou saillie des sons, ou de la voix par les interualles artificiels que les Musiciens ont estably, à sçauoir par les Demitons, les Tons, les Tierces, et cetera dont nous expliquons les mouuemens et les passions de nostre ame, ou celles du sujet et de la lettre.

Il n'est pas besoin d'expliquer toutes les parties ou les dictions de cette definition, ou description, dautant qu'elles peuuent estre entendues par ce que nous auons dit auparauant. I'aioûteray seulement que i'ay icy mis saillie; par ce que le discours semble couler naturellement, comme vn ruisseau qui court doucement sans qu'il ait aucune saillie reglee, et sans qu'il change d'interualle, si ce n'est par hazard, ce qui fait qu'on ne le remarque, ou qu'on ne l'apperçoit pas. Or nous voyons que le son, auquel la voix saillit, saute, et passe d'vn interualle à l'autre, tantost en haut et tantost en bas, en se renforçant ou s'affoiblissant, et s'adoucissant; ce que quelques vns expliquent par les diuerses bricoles, par les bons, et par les diuerses reflexions, et diuers mouuemens que fait la bale agitee dans les ieux de paulme, ou par les differens mouuemens, et les diuerses postures des Images representees dans les miroirs à proportion qu'ils sont plus prez ou plus éloignez des objets, et suiuant les differentes positions ou mouuemens des vns et des autres.

C'est pourquoy les airs peuuent representer les diuers mouuemens de la mer, des cieux, et des autres choses de ce monde, d'autant qu'on peut garder les mesmes raisons dans les interualles de la Musique qui se rencontrent aux mouuemens de l'ame, du corps, des Elemens, et des cieux. De là vient que la Musique sert plus à la vie Morale, et est plus propre pour les moeurs que la peinture, laquelle est comme morte, mais la Musique est viuante, et transporte en quelque façon la vie, l'ame, l'esprit et l'affection du Chantre, ou du Musicien, aux oreilles et dans l'ame des auditeurs.

Ce qui a peut estre esté cause que l'Eglise des Iuifs, et des Chrestiens en la Loy écrite, et en celle de grace s'est seruie de la Musique, afin de transporter les esprits des fideles iusques au ciel, et de faire vne heureuse alliance de nos coeurs et de nos voix auec la Musique celeste des Bien-heureux, car il est raisonnable que toutes les creatures se seruent d'vn mesme concert pour chanter les loüanges, et pour annoncer les grandeurs et les merueilles de leur Createur.

Secondement i'ay dit, par interualles artificiels, car encore que la nature semble nous donner les interualles de la Diatonique, à sçauoir le ton majeur et le mineur, et le semiton majeur, neanmoins on se pourroit seruir d'autres interualles, comme de la Sesquisixiesme, Sesquiseptiesme, et cetera dont ie parle ailleurs: ce qui reussiroit peut estre fort bien, particulierement quand on chante les airs d'vne seule ou tout au plus de deux voix: Mais les Musiciens ont tousiours vsé des interualles Diatoniques, et particulierement ceux qui font profession de cet Art parmy les Chrestiens, encore qu'ils eussent pû choisiir d'autres interualles, par exemple [-93-] ceux des differentes especes de Tetrachorde, que i'explique ailleurs. Et puis la suite des interualles de l'Air et de toute la Musique est artificielle; car l'on ne peut s'en seruir si on ne l'a apprise par science, ou par exercice, et par la pratique: i'ay encore aioûté l'explication des mouuemens du suiet, d'autant qu'il n'est pas necessaire que nous exprimions nos propres mouuemens, ou passions, il suffit que nous imitions les passions des autres, ou du sujet proposé, comme il arriue presque tousiours à ceux qui chantent pour donner du plaisir aux auditeurs, car encore qu'ils soient tristes, ils peuuent chanter des Airs fort gays, ou des Airs tristes, encore qu'ils soient pleins d'alegresse.

C'est pourquoy la Musique est vne imitation, ou representation, aussi bien que la Poësie, la Tragedie, ou la Peinture, comme i'ay dit ailleurs, car elle fait auec les sons, ou la voix articulee ce que le Poëte fait auec les vers, le Comedien auec les gestes, et le Peintre auec la lumiere, l'ombre, et les couleurs: voyons maintenant la diuersité des Airs, et des Chants, et particulierement ceux dont on vse en France, afin que le Musicien n'ignore rien de tout ce qui appartient à l'Harmonie. Et apres nous verrons ce qui est necessaire pour faire de beaux Airs, et s'il est possible d'en faire vn qui soit le plus beau de tous ceux qui peuuent estre faits sur quelque sujet, ou sans sujet. Neanmoins auant que de nombrer les diuerses especes de Chansons dont on vse maintenant il faut proposer vne difficulté qui nous donnera peut-estre vne nouuelle definition du Chant, à sçauoir quand, et à quel moment le son, ou la voix commence à estre chant, ce qui semble fort difficile à determiner, car le commencement des choses naturelles est ordinairement imperceptible, neanmoins le chant ayant quelque chose d'artificiel aura peut-estre son commencement plus facile à reconnoistre, que s'il estoit simplement naturel.

PROPOSITION III.

Determiner à quel moment le son commence d'estre Chant, et quand il peut estre appellé Air, ou Chant.

S'il est tres-difficile de remarquer le commencement du mouuement, et du temps, et par consequent celuy du son, qui n'est autre chose qu'vn mouuement, il n'est ce semble pas moins difficile de determiner quand le son commence d'estre Chant: car si toutes les parties d'vn Chant sont homogenes, c'est à dire de mesme nature, comme celle du son, et de l'air, il faut conclure que chaque partie du son, qui est perceptible, contient la nature du Chant, et qu'elle peut estre appellé Air.

Plusieurs tiennent que chaque partie de Musique est vn Chant, et neanmoins il y a des parties qui tiennent tousiours ferme sur vn mesme ton, sans hausser ou baisser, comme il arriue quelque fois à la Taille: et entre les Chants dont on vse pour chanter les Psalmes dans les Eglises Catholiques l'vne des intonations ne se sert point d'interualles: quoy que personne ne die que l'on ne chante pas quand on vse de ce ton.

Et quand on se sert de cette intonation, on dit aussi bien qu'on commence à chanter que quand on se sert des Tons qui varient leurs interualles. La difficulté consiste donc en deux points, à sçauoir si le son qui ne hausse ny ne baisse point, peut estre appellé, et est en effet vn chant: et si chaque partie de ce son est Chant, [-94-] ou quel espace de temps le son doit durer pour estre chant.

Si nous voulons apporter quelques distinctions ou diuisions entre les chants, il semble que l'on peut accorder toutes les pensees des Musiciens sur cette difficulté: Car si nous disons que le son, contre lequel se peuuent chanter vne ou plusieurs parties qui facent des consonances et de l'harmonie, est vn chant, l'on peut tenir que le simple son qui tient ferme, et consequemment que les discours des Orateurs, et de ceux qui font des interualles sensibles, comme les Italiens, et quelques Predicateurs qui chantent en parlant, peuuent estre nommez chants, lors qu'on peut faire quelque partie de Musique contre lesdits sons, ou discours. Mais si nous parlons d'vn chant parfait, il desire des changements de son, et de differens interualles, comme sont les Diatoniques, et de certaines parties qui ne sont pas Homogenes, et de mesme nature, comme sont les differentes parties de l'eau, et de l'air: parce que le commencement doit estre different du milieu, et la fin doit estre differente de l'vn et de l'autre.

Quant à la duree du chant, les Musiciens n'ont encore rien estably sur ceste difficulté: il y en a de longs, de courts, et de mediocres: et l'on peut quasi dire la mesme chose des chants que des vers, car il n'y a point de vers qui ne puisse auoir vn chant; et si le vers est inutile et imparfait, comme sont ceux ausquels il manque vn, ou plusieurs pieds, on peut appeller leur chant imparfait.

Toutesfois l'on peut dire que le chant doit pour le moins durer deux ou trois mesures pour estre accomply et parfait, afin qu'il ait son commencement, son milieu, et sa fin, car ses trois parties se rencontrent presque tousiours en toutes ces choses, particulierement en celles qui sont liees et obligees au mouuement, comme sont les chants dont nous parlons.

Mais ie traiteray apres plus amplement des parties du chant, et diray s'il est possible de trouuer des regles qui seruent à faire de beaux chants, de sorte qu'en les suiuant on ne puisse faillir au iugement, ou à la composition. Voyons maintenant combien il y a d'especes de chants dont on vse en France, car quant à ceux des anciens tant Grecs, que Latins, ils nous en ont laissé si peu de connoissance que nous ne pouuons en parler auec certitude: et les nations estrangeres n'en ont point que nous n'imitions assez heureusement, et s'il m'est permis de parler à notre auantage, que nous ne surpassions en quelque chose, particulierement en la politesse, en la delicatesse, et en la douceur dont on les recite; car quant à la netteté, à la bonté, ou à la force de la voix, les Italiens les peuuent disputer auec toutes les autres nations: ioint qu'ils ont plusieurs beaux traits, et quantité d'inuentions dont nos chants sont destituez.

PROPOSITION IV.

Expliquer toutes les diuisions et les especes des Chants et des Airs dont vsent les Musiciens, et donner des exemples des chants Ecclesiastiques.

L'on peut premierement diuiser les chansons en Diatoniques, Chromatiques, et Enharmoniques, et en mettre autant d'especes comme ces trois genres en ont; mais pour parler des chants qui sont en pratique, on les diuise en autant d'especes qu'il y a de modes differens, à sçauoir en 12, dont chaque espece peut quasi auoir vne infinité d'indiuidus, puis que l'on en fait 40320 des 8 notes de chaque Octaue, encore que l'on ne repete nulle note deux fois, comme ie [-95-] monstreray dans la 8 proposition. En troisiesme lieu, les chants se diuisent en autant d'especes que les passions; car il y en a de tristes ou languissans, et de ioyeux; il y en a de propres à la guerre, et d'autres à la paix. Ils se peuuent encore diuiser en Dactyliques, Anapestiques, Iambiques, et cetera suiuant les differentes especes des vers et des mouuemens dont les anciens Poëtes et Musiciens ont vsé, et dont on se sert aux Balets. A quoy l'on peut rapporter la diuision que l'on en fait maintenant en trois genres, dont l'vn est le Vaudeuille ou la Chanson, l'autre est le Motet ou la Fantaisie, et le troisiesme genre contient toutes les especes de Danseries. Et finalement si l'on veut vne diuision plus particuliere, l'on peut mettre douze sortes de compositions de Musique qui se pratiquent en France, à sçauoir les Motets, les Chansons, ou les Airs, les Passemezzes, les Pauannes, les Allemandes, les Gaillardes, les Voltes, les Courantes, les Sarabandes, les Canaries, les Branles, et les Balets, dont l'on void des exemples à la fin de ce liure, où i'en mets les definitions, ou les descriptions. Ie donneray encore d'autres exemples des Airs, et des beaux Chants dans le traité qui apprend à bien chanter: car ie veux seulement icy donner quelques chants Ecclesiastiques qui excitent la deuotion lors qu'ils sont bien chantez; et pour ce sujet ie choisis certains versets de quelques Psalmes qui sont propres pour éleuer l'esprit à la contemplation des choses diuines, afin que le chant et la lettre se respondent mutuellement.

[Mersenne, Livre II des chants, 95; text: BEnedicam Dominum in omni tempore: Semper laus ejus in ore meo. QVam bonus Israël Deus: his qui recto sunt corde. LAudate Dominum omnes gentes: laudate eum omnes populi. COr meum et caro mea: Exultauerunt in Deum viuum. VIrginum Virgo genitrixque Christi, Pro tuis ora famulis Maria. Qui tuum toto genitum colentes Corde precamur.] [MERHU2_2 01GF]

Ie reserue plusieurs autres exemples pour le liure des chants de l'Eglise, que l'on pourra enrichir de mille belles inuentions, si l'on comprend ce que ie diray dans ce liure, et dans le troisiesme, où i'explique la maniere de faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, et la methode de bien chanter.

[-96-] Or les quatre chants qui seruent aux quatre versets des Psalmes sont en vsage parmy les Prestres de l'Oratoire, qui les chantent auec vne grande deuotion; et le dernier est vsité dans les prisons de Paris. Et l'on pourroit diuiser tous les chants Ecclesiastiques en Leçons, Versets, Respons, Antiennes, Psalmes, Cantiques, Hymnes, Sequences, et Messes, dont Cerone en rapporte vne grande partie dans son 3, 4, et 5 liure: l'on en trouue aussi plusieurs dans Glarean, et Franchin, sans qu'il soit besoin d'en charger ce traité.

C'est pourquoy ie ne mets pas icy les tons ordinaires du chant Gregorien; et puis ie les ay déja donnez dans la 29 proposition du second liure de la Musique imprimé l'an 1627, à la fin duquel i'ay encore mis 12 chants à deux parties sur les 12 modes: et à la fin du second liure i'ay mis vn chant figuré à deux parties du premier mode, et vn autre du second, et finalement vn autre air spirituel à 4 parties. L'on trouuera aussi les exemples des 12 tons des chants de l'Eglise à la fin du sixiesme liure Latin, qui traite des genres et des modes. I'ajoûte seulement que le 5, le 6, et le 12 me semblent les plus beaux: mais chacun peut choisir celuy qui luy agreera dauantage pour sa consolation particuliere, et mesme il en peut faire tant de nouueaux qu'il voudra.

Or il est certain que lors que l'on chantera plusieurs chants de l'Eglise auec l'attention et la deuotion requise, l'on en receura vn grand contentement, car il y en a de fort beaux, par exemple les Hymnes, Veni creator spiritus, Sacris solemnijs, Pange lingua gloriosi corporis mysterium, Conditor alme syderum, Sanctorum meritis, Aue maris stella, et plusieurs autres. La mesme chose arriuera en chantant les Proses Victimae Paschali laudes, Lauda Sion Saluatorem, et les Antiennes Inuiolata, Salue regina, Regina caeli, et cetera dont on vse dans les Eglises Catholiques: mais puis qu'on les trouue dans les Rituels, il n'est pas à propos de les mettre icy. Ie conseille neanmoins à ceux qui aiment les chants de l'Eglise de se seruir des Heures de la Vierge qui ont esté imprimees chez Cauellat l'an 1598, car elles contiennent les chants de tout ce qui se chante le long de l'annee dans l'Eglise de Paris, à sçauoir toutes les Antiennes, ou Antiphones, toutes les Hymnes, les Psalmes, les 8 tons, plusieurs Proses, des Messes toutes entieres auec les Gloria in excelsis, le Credo, et plusieurs autres chants qui sont fort beaux; de sorte que ie m'estonne que ces Heures qui deuroient se trouuer entre les mains de tant de personnes, soient si rares, et que l'on ne les r'imprime point.

Ie donneray encore plusieurs autres sortes de chants lors que ie parleray des Danses, et des Balets, et de toutes les especes de chants dont on vse en France. Et l'on peut encore voir tous ceux que i'ay donné dans le 13 article de la 57 question sur la Genese. L'on peut aussi rapporter tous les chants que Goudimel, Claudin le Ieune, du Caurroy, Caignet, et les autres ont donné aux Psalmes mis en vers François, et toutes les Chansons spirituelles aux chants Ecclesiastiques, puis qu'ils seruent à eleuer l'esprit à la contemplation des choses diuines, et consequemment qu'ils suiuent le but et le dessein de l'Eglise. Et finalement on peut voir le chant de tous les Motets qui ont esté imprimez depuis que l'on a commencé à chanter à plusieurs parties.

[-97-] PROPOSITION V.

A sçauoir si l'on peut trouuer et prescrire des regles et des maximes infallibles selon lesquelles on fasse de bons Chants sur toutes sortes de lettres et de suiets, et si les Musiciens en ont quand ils font des Airs et des Chants.

Cette difficulté est l'vne des plus grandes de toutes celles de la Musique, car puis que personne n'a encor estably de certaines regles propres pour faire de beaux chants sur toutes sortes de sujets, c'est signe que l'on n'en peut establir, car il n'est pas ce semble probable que les Musiciens qui ont vescu depuis vne si longue suite d'annees et de siecles n'en eussent estably, tant pour s'en seruir aux rencontres, que pour en faire part à leurs successeurs, comme ils ont fait des autres preceptes de cét Art.

En effet les plus excellens Maistres preuueut tous les iours par experience qu'ils n'ont point de regles asseurees pour faire de bons chants, puis qu'ils ne les rencontrent le plus souuent que par boutades, et par hazard, comme ils confessent eux-mesmes; de là vient qu'ils sont quelquefois des iours entiers sans pouuoir faire vn air, ou vn chant qui leur plaise, et qui leur satisfasse; et d'autrefois ils en font plusieurs en peu de temps, qui leur naissent dans l'esprit suiuant les differentes dispositions de leur imagination, et de leur santé.

Or s'ils auoient des regles certaines, ils pourroient faire tels chants qu'ils voudroient à toute sorte d'heures et de rencontres, comme les Architectes peuuent faire le dessein d'vn bastiment, et les Mathematiciens des demonstrations, et tirer des lignes droites et courbees de toutes façons en tout temps, parce qu'ils ont des regles certaines et infallibles. La maniere dont se seruent les Compositeurs confirme cette verité, car ils tastent sur le Luth, sur l'Epinette, sur la Viole, ou sur d'autres Instrumens plusieurs sortes de tons et d'accords pour r'encontrer vn chant qui leur plaise, ou bien ils fueillettent Claudin, Guedron, et les autres Maistres pour prendre quelques parties de chant d'vn costé, et les autres parties en dautres lieux, afin de ramasser ces fragmens, et d'en faire vn chant entier. Or s'ils auoient des regles certaines, ils s'en seruiroient sans prendre deçà et delà des vns et des autres, ce qu'ils font quelquefois sans beaucoup de raison et de iugement.

Mais ie veux apporter de plus puissantes raisons, dont l'vne se prend du peu de connoissance que nous auons de la nature des interualles Harmoniques, desquels il faut vser pour faire les chants. Et l'autre se prend de l'ignorance des mouuemens dont l'on ne sçait pas la theorie, ny la pratique, car nous n'auons point de Musiciens qui puissent establir la suite des mouuemens necessaires pour exciter les auditeurs à telle passion que l'on voudra.

A quoy l'on peut ajoûter la connoissance des choses qui sont necessaires au parfait Musicien, dont i'ay parlé dans vn autre lieu, comme celle du temperament des auditeurs, et celle des esprits, et de la maniere dont il faut vser pour eschaufer et refroidir l'imagination et l'appetit, afin d'appaiser ou d'exciter les passions. Et puis la multitude des Airs va iusques à l'infiny, et la bonté des chants depend le plus souuent de la fantaisie du Compositeur, et de ceux qui les mettent en credit; ce qui empesche que l'on puisse prescrire des regles infallibles si [-98-] l'on ne veut comprendre et renfermer l'infinité de l'imagination et de la caprice des hommes dans les bornes de quelques maximes qui fassent vne chose finie de l'infiny.

Il faut neantmoins auoüer que l'on peut trouuer des regles si certaines, que l'on ne manquera iamais à faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, pourueu que l'on entende la lettre; car si le Musicien François qui n'entend que sa langue vouloit mettre de l'Espagnol ou de l'Italien en Musique, il ne pourroit pas accommoder la note à la lettre. I'auoüe qu'il est difficile de trouuer et de pratiquer les regles dont nous parlons, dautant qu'elles requierent vne parfaite connoissance de la nature des sons, et de leurs interualles, et des passions et affections que l'on desire exciter ou appaiser. Mais peut-estre que cette connoissance n'est pas impossible, soit que les anciens l'ayent euë, comme tiennent ceux qui croyent qu'Aristote, Plutarque, et les autres Autheurs ne proposent rien des especes et des effets de la Musique que ce qui est veritable, et qui disent que les Grecs auoient la connoissance du temperament des auditeurs, de la nature des passions, et des interualles; ou que lesdits anciens n'ayent point eu d'autre connoissance que nous, ou plustost qu'ils ayent moins connu dans la Musique que les Maistres qui composent maintenant, et qui enseignent la pratique et la theorie de l'Harmonie, comme croyent plusieurs, qui ne deferent pas tant aux anciens que les autres. Car puis que l'inuention des regles pour faire de bons chants dépend de la raison, du iugement, et de l'experience, il faudroit que nous fussions dépourueus de ces facultez, et instrumens, si nous ne pouuions rien establir que par emprunt des anciens, dont ie ne veux pas icy parler dauantage, dautant que i'ay fait vn discours particulier pour examiner s'ils estoient plus sçauans que nous dans la Musique, et s'ils faisoient de meilleurs Chants, et de meilleurs Concerts.

Or ce qui me fait croire que l'on peut establir des regles pour les chants, est que les Maistres en ont déja estably quelques-vnes, dont ils se seruent assez heureusement, et qu'il n'est pas plus difficile d'inuenter ces regles que celles de la Medecine, et de l'Architecture, qui sont assez certaines pour l'vsage de la vie. Et quand on aura trauaillé aussi serieusement à la perfection de la Musique qu'à celle des autres Arts, et qu'vne aussi grande multitude d'hommes sçauans et iudicieux auront employé leur trauail à la recherche de tout ce qui appartient à la Musique, comme ont fait ceux qui nous ont enseigné la Geometrie, et les autres sciences, ie croy que l'on pourra esperer des regles certaines pour faire de bons chants.

Quant aux raisons contraires, il est aisé d'y respondre si l'on suppose ce que i'ay dit, d'autant qu'elles sont fondees sur ce que nous n'auons pas assez de connoissance, ou sur ce que ceux qui en ont assez ne la veulent pas employer à la Musique; mais elles ne preuuent pas que nous ne puissions auoir vne assez grande connoissance pour faire des regles certaines et infallibles des bons chants.

PROPOSITION VI.

Determiner de quelles regles et maximes l'on doit vser pour faire de bons chants, et en quoy les sons et les chants sont semblables aux couleurs.

Si nous pouuons trouuer et establir des regles infallibles pour faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, nous ferons ce qui est de plus difficile et de plus [-99-] excellent dans la Musique: car quant à la composition de deux, ou plusieurs parties, l'on en trouue assez qui y reüssissent, mais l'on n'en trouue point, ou du moins l'on en rencontre fort peu qui fassent de bons chants sur tous les sujets qu'on leur propose. Et si l'on demande pourquoy il est plus difficile de faire vn bon chant que d'ajoûter des parties au chant qui est déja fait, et de composer à deux, ou plusieurs parties, ie responds qu'il faut estre plus sçauant pour faire de bons chants, que pour composer à plusieurs parties, comme l'on pourra facilement conclure du discours qui suit.

Ie dis donc premierement que c'est vne regle infallible pour les chants, qu'il faut suiure et imiter le mouuement de la passion à laquelle on veut exciter les auditeurs; par exemple, si l'on veut exciter à la guerre, ou à la cholere, il faut vser du mouuement Iambique, ou de l'Anapestique. Où il faut remarquer que ie commence les regles par le mouuement que l'on doit donner aux chants, dont on peut dire ce que l'Orateur disoit de la prononciation, ou du recit des harangues, et vn autre de l'humilité pour les vertus Chrestiennes, et sainct Paul de la Charité comparee aux vertus Theologales, à sçauoir que comme ces vertus sont les principales et les plus difficiles à aquerir, de mesme le mouuement des chansons est la principale partie du chant, et celle qui a plus d'energie, et de force sur l'Auditeur, que toutes les autres choses qui font et qui accompagnent le chant; de sorte que qui sçait donner les vrais mouuemens, sçait la meilleure partie de la Musique, et la regle la plus necessaire de toutes celles qui seruent à faire des chants. Mais ce n'est pas icy le lieu de parler de ces mouuemens, dautaut qu'ils appartiennent au liure de la Rythmique.

La seconde regle appartient aux interualles, et degrez dont il faut vser dans les chansons, laquelle est semblablement necessaire, car elle consiste à vser des mesmes interualles ou degrez dont vse la passion à laquelle on veut exciter: par exemple, si la cholere monte par tons, ou demitons, il faut que le chant monte par mesmes degrez, encore que cecy ne soit pas si necessaire que l'on ne puisse se seruir d'autres degrez en chantant que de ceux de la passion, particulierement lors que l'on ne cognoist pas par quels degrez elle va: or il est certain que les chants ont esté inuentez pour exciter les passions; par exemple, pour resiouyr l'Auditeur, car la resiouyssance appartient aux passions, dont elle est le fondement, le commencement, et la fin, car le plaisir n'est autre chose qu'vn amour parfait et accomply, comme l'amour et le desir, est vn plaisir commencé, et imparfait.

Ie ne crois pas qu'il faille d'autres regles pour faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, car la suite des degrez et des interualles des sons qui composent le chant, et la cognoissance du mode dont il faut vser, sont comprises dans la seconde regle; et toutes sortes de vers, et de mouuements sont contenus dans la premiere: quant à la bonté de la voix, et à la prononciation, elles n'appartiennent pas aux regles des chants, mais à la methode, et à la maniere de chanter, et au Chantre, dont nous parlerons ailleurs.

Quant à la relation des sons qui composent le chant, comme celle du Triton, et de la fausse Quinte, qui sont quasi les seules relations mauuaises tant au plain chant, que dans la Musique (encore que ces interualles, et tous les autres puissent entrer dans les recits, lors que le sujet le requiert) il en faudra parler dans le liure de la Composition.

[-100-] Il faut seulement icy remarquer que les chants sont semblables aux nuances des couleurs, qui se suiuent tellement que l'on ne passe pas d'vne extremité à l'autre sans passer par celle du milieu. C'est pourquoy l'on peut s'instruire pour faire de bons chants par la consideration desdites nuances; car comme l'on a sept interualles, ou huit sons dans l'estenduë de l'Octaue, dont on a coustume d'vser; de mesme l'on prend pour l'ordinaire sept ou huit couleurs pour chaque nuance, comme l'on experimente à la nuance du pourpre, du bleu, et du vert de tulipe, ou de citron; de sorte que l'on peut comparer chaque chant à chaque nuance, si n'est que l'on veüille rapporter tous les chants de l'vn des genres de Musique à vne espece de nuance: par exemple, les chants dont on vse dans nostre Diatonique, à la nuance de verd, et ceux des autres especes du genre Diatonique aux autres sortes de nuances.

Or l'on pourroit choisir les huit principales especes de nuances, à sçauoir les trois des trois sortes de verds, et les nuances du bleu, du iaune, du rouge, du colombin, et du pourpre, pour les comparer aux huit especes de la Diatonique: si ce n'est que l'on aime mieux diuiser toutes les nuances, comme toutes les especes de Musique, en trois genres, à sçauoir en la nuance du verd, du iaune, et du rouge, dont chacune en contiendra plusieurs autres, comme chaque genre de Musique contient plusieurs especes.

A quoy l'on peut ajoûter que si l'on fait des chants de douze degrez dans l'Octaue en la diuisant par demitons, que l'on a semblablement des nuances de douze couleurs, comme celle du rouge; et qu'vne nuance peut auoir autant de couleurs que l'Octaue de sons, ou d'interualles, car l'vne et l'autre peuuent estre diuisees en vne infinité de degrez.

En effet s'il est permis de s'instruire par l'analogie des autres choses, l'on peut comparer les simples sons aux simples couleurs, les interualles des sons aux meslanges desdites couleurs, et les chants aux tableaux; car comme les Peintres, les Teinturiers et les Floristes remarquent qu'il y a des couleurs simples et premieres, dont les autres sont composees; de mesme les Musiciens considerent qu'il y a des sons plus simples les vns que les autres; ce que l'on peut dire du proslambanomene, parce que les battemens ou mouuemens d'air dont il est compose sont plus proches de l'vnité et du repos, dont la nete est la plus éloignee; de sorte que les sons du milieu sont composez de ces deux extremes, à raison qu'ils participent de la tardiueté et de la pesanteur de l'vn, et de la vitesse de l'autre, comme les couleurs du milieu participent des deux extremes, à sçauoir du blanc et du noir, dont on peut s'imaginer que les deux premieres couleurs des Peintres, c'est à dire le bleu et le iaune, sont composees, desquelles on fait apres toute sorte de verd.

L'on peut donc dire que le proslambanomene respond au iaune, que quelques-vns croyent estre la propre couleur de la terre, parce qu'ils disent qu'elle est toujours de cette couleur lors qu'elle est en sa pureté: ce qu'ils confirment par celle dont Adam fut creé, laquelle estoit vne argille iaune, suiuant l'etimologie du mot Hebreu; par la moüelle de tous les arbres qui prend aisément cette couleur, par les feüilles des arbres et des herbes, et par les fleurs des tulipes qui deuiennent iaunes apres auoir perdu le verd; et par les autres couleurs lesquelles sont faites du iaune (qui demeure tousiours, à raison de son sel et de sa terrestreité) et du bleu qui s'éuapore et s'enuolle, comme s'il retournoit vers le ciel qui semble estre son [-101-] origine, parce qu'il depend de sa lumiere, c'est pourquoy ils disent que cette couleur est semblable à la Nete, dont le mouuement viste et leger imite la rapidité des cieux, car plus on oste de mouuemens des sons du milieu, et plus on approche du silence du proslambanomene, auquel on compare la terre.

D'où l'on peut conclure que la Mese est le son le plus agreable de tous, puis qu,il participe également du ciel et de la terre, comme fait le verd naissant, lequel est composé d'égales parties du bleu et du iaune. Mais si l'on compare les interualles de Musique à deux couleurs, l'on peut considerer si le bleu ou le iaune estant comparé auec le verd font aussi bon effet que le proslambanomene, ou la Nete comparees à la Mese, auec laquelle elles font l'Octaue; et si l'on compare les chants aux nuances des couleurs, l'on peut supputer de combien de sortes de couleurs il faut vser depuis le bleu, ou le iaune iusques audit verd pour y passer insensiblement, ou le plus agreablement qui se puisse faire; et qu'elle proportion il y a entre ces couleurs d'approche, afin de remarquer si les passages que l'on fait du proslambanomene ou de la Nete à la Mese, doiuent estre remplis dautaut d'interualles, et qui ayent des raisons égales ausdites couleurs, afin de faire le plus beau chant de tous les possibles, et de le chanter parfaitement.

Car il y a de l'apparence que la nature suit tousiours le mesme train en ses ouurages, et que le chant qui l'imitera doit estre estimé le plus parfait, soit que l'oreille y consente ou non, puis que la raison est la maistresse, et consequemment qu'elle est plus croyable.

L'on peut donc examiner de combien de couleurs il faut nuer le iaune, ou le bleu, duquel on veut passer au verd gay, ou dudit verd au iaune, et au bleu, ou de l'vn de ceux-cy à l'autre, et faire autant d'interualles depuis le son graue iusques à celuy du milieu, et du milieu iusques à l'aigu, afin de voir si le chant qui sera conduit par ces nuances sera le meilleur de tous.

Et parce que l'on aime la diuersité des chants, comme celle des tableaux (à raison de l'estat de changement dans lequel nous viuons assujetis à sa vanité malgré que nous en ayons) lors que l'on diuersifiera les chants, et que l'on quittera la precedente nuance pour passer à des couleurs éloignees, ou à des sons separez, et dis-joints, il faut que le son ou la couleur ayent de l'analogie, et de la conuenance auec les autres ausquels nous passons. Et parce que l'on fait les sauts de l'Octaue, de la Quinte, de la Quarte, des Tierces, et des Sextes, il faut voir les transitions des couleurs qui respondent à ces passages, afin de sçauoir si leur agreement est semblable, et si ce qui se trouue beau dans la suite des sons a vne égale beauté dans la suite, et la liaison des couleurs.

L'on peut encore passer outre, et voir s'il y a quelque chose dans la Musique qui responde à la lumiere laquelle contient toutes les couleurs en eminence et en perfection, quoy qu'elle tienne ce semble dauantage du iaune; de là vient que l'on l'appelle doree, et que la chose la plus precieuse nous est expliquee sous le nom d'vn or qui sera transparent comme le verre, dans le 21 chapitre de l'Apocalypse, c'est à dire qu'il sera semblable en couleur à l'ambre, et au chrystal en transparence, afin d'auoir les plus excellentes qualitez de tous les corps.

Or il n'y a rien dans la Musique plus semblable à la lumiere que le son aigu, parce qu'il comprend tous les autres qui viennent de sa diuision, ou de sa diminution iusques à ce qu'il retourne dans le silence; car s'il perd vne 24 partie de son mouuement il fait le demiton mineur; s'il en perd vne 15 il fait le majeur; si vne 9, [-102-] ou 10, il fait le ton mineur, ou majeur, et s'il en perd la moitié, il fait l'Octaue, et ainsi des autres, iusques à ce que les rayons, ou les influences de ses mouuements, qu'il depart aux autres sons, soient tellement diminuez qu'il paruiennent au proslambanomene, qui tient le plus du silence, comme le noir tient plus des tenebres que nulle autre couleur, à raison de l'affoiblissement des rayons lumineux qui le produisent, ou qui le font paroistre. Car les couleurs tirent dautant plus sur le noir, qu'elles reflechissent vne moindre quantité de rayons à l'oeil, et approchent dautant plus de l'esclat et de la lumiere qu'elles reflechissent vne plus grande multitude de rayons; de là vient que quand tous les rayons d'vne glace de miroir droit ou concaue affectent l'oeil, que l'on ne void rien que le corps lumineux, à sçauoir le soleil, ou la chandelle, car la lumiere veut tout conuertir en soy, et n'a ce semble point d'autre fin à nostre égard que de remplir tout le monde, et de se representer dans tous les corps qui ne representeroient autre chose que le soleil, s'ils estoient parfaitement polis; et parce qu'elle agit naturellement, lors qu'elle ne peut parfaitement representer l'image du soleil, à raison des inégallitez des corps qui la reçoiuent, elles represente des couleurs, lesquelles on peut appeller des soleils defigurez et confus, qui abbrutissent sa beauté, et sa viuacité en rompant et en diminuant la force de ses rayons.

Ce que l'on peut aisément transferer aux hommes, sur qui Dieu, qui est le Soleil eternel de iustice, darde tellement les rayons de sa bonté, et de sa prouidence, que s'ils regardoient toutes choses comme il faut, et s'ils receuoient dans leur esprit tous les rayons, ou du moins vne bonne partie de ceux dont Dieu les enuisage, ils ne verroient autre chose que Dieu dans eux mesmes, et dans toutes les creatures; et l'on pourroit dire que la Beatitude eternelle commenceroit dans ce monde, puis que la foy nous enseigne que dans elle Dieu sera tout en tout choses, dans la 1. aux Corinthiens chapitre l5. Vt sit Deus omnia in omnibus. Ce qui arriuera lors que toutes choses luy seront parfaitement assujeties, comme il dit au mesme lieu. C'est ce que pratiquent desia les Iustes, qui n'aiment nulle creature que parce qu'ils y trouuent la diuinité, et qui aiment dautant plus chaque estre que la diuinité y reluit dauantage.

Il faut encore remarquer qu'il y a plusieurs couleurs qui se nuent, comme il y a plusieurs genres et especes de Musique; et que l'on peut comparer les degrez de chaque espece de Musique auec la nuance de chaque couleur; par exemple, la nuance du verd, du iaune, et du rouge auec les degrez du genre Diatonic, Chromatic, et Enharmonic, car les chants peuuent finir par la voix la plus graue, ou la plus aigue, comme la nuance de chaque couleur finit d'vn costé par le noir, qui represente l'ombre, les tenebres, et le silence; et de l'autre costé par le blanc, qui represente l'esclat de la couleur, la lumiere, et la vistesse des sons aigus.

D'ailleurs, le son du milieu que les Grecs appellent la Mese, represente la couleur qui est nüee; et comme l'on vse ordinairement de sept couleurs dans chaque nuance, de mesme l'on vse de 7 interualles ou degrez dans chaque Octaue, dont il y en a 2, 3 ou 4 dessus, et trois ou quatre dessous ladite Mese: i'ay dit 3 ou 4 dessus, ou dessous, parce qu'il y en a 4 dessous, lors que la Quinte est dessous, et 3 lors qu'elle est dessus; ce que les Musiciens appellent diuision Harmonique. C'est pourquoy il faudroit voir si la nuance d'vne couleur est plus agreable lors qu'il y a plus de degrez de nuance en bas iusques au noir, qu'en haut iusques au [-103-] blanc, comme l'Octaue est plus agreable lors qu'elle a plus de degrez en bas, c'est à dire lors qu'elle a la Quinte dessous.

Il faut encore considerer si toutes les principales couleurs qui se nuent peuuent estre reduites à 7, comme les Octaues, afin que chaque espece d'Octaue qui a 8 sons et 7 interualles, soit comparee à chaque couleur principale, et aux 7 ou 8 couleurs qui luy seruent de nuance; et finalement si les nuances sont dautant plus ou moins agreables, qu'elles ont vn plus grand nombre de couleurs, et qu'elles paroissent moins distinctes, comme les chants ont coustume d'estre plus ou moins agreables, selon que leurs degrez sont moindres ou plus grands: comme il arriue lors qu'au lieu des 8 sons Diatoniques de l'Octaue, on la diuise en 12 demitons sur l'Orgue et sur le Luth, par le moyen des degrez Chromatiques, ou qu'on la diuise en 24 interualles par le moyen des degrez Enharmoniques, car les nuances des couleurs peuuent estre de 12, et de 24 differentes couleurs, que l'on peut mettre entre le vray verd, et le verd le plus brun d'vn costé, et le verd le plus foible de l'autre.

COROLLAIRE I.

Les bons Compositeurs disent que les chants doiuent estre semblables aux corps composez des quatre Elemens, afin qu'ils ayent la fermeté de la terre dans leur mesure constante et reglee; la netteté de l'eau, parce qu'il faut éuiter toute sorte d'embarras et de confusion dont l'oreille peut estre blessee; la vistesse et la mobilité du feu par ses diminutions, ses passages, ses tremblemens, et ses fredons; et puis le bel air, qui est l'ame du chant. L'on peut aussi comparer les interualles dont on vse dans les chants, aux couleurs que produisent les metaux: ce qui se fait en differentes manieres; par exemple le plomb calciné auec l'estain fait l'émail blanc; le fer calciné fait le iaune des verres; ce que fait aussi l'antimoine: le cuiure rend le verre turquin, ou bleu selon les differentes preparations que l'on luy donne; et l'argent estant meslé auec d'autres choses fait vne varieté de couleurs. Ie laisse tout ce que les potiers de terre, et les Chymiques font par le moyen des metaux, parce qu'il suffit d'en auertir les Musiciens afin que s'ils veulent rapporter chaque metail, et toutes leurs couleurs à ce qui arriue aux interualles, ou mouuemens des chants, ils sçachent les experiences des artisans.

PROPOSITION VII.

Determiner s'il est possible de composer le meilleur chant de tous ceux qui se peuuent imaginer, et si estant composé il se peut chanter auec toute la perfection possible.

Il semble que la nature nous ait fait naistre auec le desir de la perfection, car tout le monde la recherche; ce que tous les hommes tesmoignent dans leurs ouurages; comme quand Ciceron a d'escrit vn parfait Orateur, et que Platon et Xenophon ont dépeint vne Republique et vn Roy auec toute la perfection qu'ils ont peu; ce qu'ont semblablement fait les autres qui ont representé vn Poëte, ou vn Poëme accomply de tout point. Les Cabalistes et les Chymistes ont eu la mesme idee quand ils se sont imaginez la Medecine qu'ils ont appellé Panacee, et vn agent, ou vn dissoluent vniuersel, et vne poudre de proiection, [-104-] ou vne pierre philosophale, qu'ils ont comparee à l'anneau de Gyges, et à tout ce qu'ils ont remarqué de plus excellent dans l'étenduë de la nature et de la grace.

Mais il est impossible, ou tres-difficile de rencontrer cette perfection. Apelles et Protagoras croyoient auoir tiré des lignes si subtiles qu'on auoit de la peine a les voir, mais s'ils se fussent seruis de nos lunettes qui grossissent l'objet iusques à le faire voir mille fois plus gros qu'il ne paroist sans Lunettes, ils eussent veu leurs lignes plus grosses que les doigts, particulierement s'ils eussent eu des verres diaclastiques, qui font voir l'objet aussi gros qu'il est possible de le representer. Or nul ne se peut vanter d'auoir veu, ou fait les meilleures Lunettes, les meilleurs Miroirs, Tableaux, et bastimens du monde, car encore que Iustinian Empereur creust auoir surmonté le Temple de Salomon en la structure de l'Eglise de Saincte Sophie (où l'on dit qu'il y a vn vase propre pour mettre de l'eau benîte, sur lequel ces paroles Greques sont grauees, [nipson anomenata me monan opsin], lesquelles estant leuës à droit, ou à rebours font tousiours vne mesme chose, et signifient, Laue tes iniquitez, et non seulement ton visage,) neanmoins on peut bâtir vne plus belle Eglise.

Il n'y a ce semble pas moyen de faire la meilleure action morale, la boule la plus ronde, le plan le plus parfait, le bouquet le plus beau, ny le chef-d'oeuure le plus excellent de tous ceux qui sont possibles en quelque matiere que ce soit. La nature mesme qui est guidee et gouuernee par le souuerain Autheur, n'a peut estre pas encore fait voir le plus beau visage, ou le plus beau corps de tous les possibles, (si ce n'est celuy d'Adam, de nostre Seigneur, ou de la Vierge) non plus que le petit, ou le plus grand homme.

Les Medecins n'ont pas encore rencontré le parfait temperament ad pondus, ny la parfaite santé; et nul ne peut se vanter d'auoir fait le plus excellent traité, ou le plus excellent liure de tous ceux qui peuuent estre faits sur le mesme sujet. Et si nous regardons toute la nature, et tous les artisans, nous trouuerons qu'il n'y a point de perfection accomplie en tout ce qu'ils font, y ayant toujours quelque chose à desirer: ce qui nous montre clairement qu'il n'y a que Dieu seul qui soit parfait, et qui puisse agir, et produire tout ce qui luy plaist auec toutes sortes de perfections: ce qui n'empesche pas neanmoins que nous ne recherchions s'il est possible de composer ou de chanter le plus beau Chant, ou le plus bel Air de tous ceux qui se peuuent desirer, afin que nous n'obmettions rien de tout ce qui peut seruir à ce traité de Musique.

Or l'on peut considerer le Chant ou l'Air en deux manieres; premierement en sa composition, et puis apres sa composition; qui peut estre faite en tant de façons (comme il appert par le grand nombre de chants qui se rencontrent dans l'estenduë d'vne double, triple, et quadruple Octaue, encore que l'on ne parle point des diuers mouuemens, ou des differentes mesures) qu'il est presque incroyable, et qu'il semble estre impossible qu'vn homme puisse composer tous les Airs qui se rencontrent dans le nombre des sons dont on vse ordinairement dans les chansons, encore qu'il composast l'espace de cent ans sans cesser. Ce seroit donc par hazard s'il rencontroit le plus beau chant de tous ceux qui se peuuent faire, et ne pourroit connoistre s'il seroit le plus excellent, puis que la connoissance d'vne chose qui vient en comparaison auec d'autres, ne peut s'acquerir qu'en la comparant auec celles qui luy sont rapportees.

[-105-] Pour iuger du vers le plus parfait et le plus accomply des liures d'Homere, de Pindare, d'Anacreon, ou de Virgile, il faut lire toutes leurs oeuures, et conferer tous les vers les vns auec les autres; car encore que l'on puisse rencontrer le plus beau vers à la premiere ouuerture du liure, neanmoins il ne pourra estre connu, dautant qu'il n'aura pas esté comparé à tous les autres. L'on peut dire la mesme chose du plus excellent de tous les airs: quoy qu'à l'égard des preceptes de la Musique donnez par les meilleurs Maistres l'on puisse composer vn chant, et trouuer vn air qui garde exactement toutes les regles de l'Art, et qui soit iugé le plus parfait de tous dans sa composition, bien qu'en effet il ne soit pas tel apres la composition. Ce que l'on peut expliquer par vn exemple tiré de l'eloquence. Ie suppose donc que l'on demande si vn homme peut faite vn discours ou vne oraison qui ait toutes les parties de l'eloquence au souuerain degré de perfection: à quoy ie responds qu'il est du tout impossible, dautant qu'on ne peut arriuer à toutes les diuersitez d'oraisons qui se peuuent faire: c'est pourquoy on ne peut faire choix de celle qui en toutes ces differences doit estre tenuë pour la plus parfaite et la plus accomplie. Neantmoins ayant égard aux preceptes de Rhetorique qui ont esté donnez par les plus grands Orateurs, vn homme peut obseruer toutes les regles de Rhetorique, et composer vn discours, lequel eu égard aux preceptes de l'Art doit estre tenu pour le plus parfait, encore qu'il ne semble pas le plus agreable à l'oreille, ny le plus persuasif.

De mesme, quoy qu'vn air soit le plus accomply de tous ceux qui se peuuent faire selon les regles de l'Art, neanmoins si on le considere hors de la composition, et comme chanté ou écouté, et receu par le sens de l'oreille, il ne semblera pas si excellent comme il est, si la voix de celuy qui chante, et l'oreille de celuy qui l'écoute, ne sont parfaitement disposees, et les plus excellentes de toutes celles qui se peuuent imaginer. Car on experimente que les bons airs chantez par de mauuaises voix ne sont pas si agreables que ceux qui sont beaucoup moins excellens, quand ils sont chantez par de bonnes voix.

L'on doit encore considerer le suiet de la chanson; car si l'air est lié à quelque matiere, soit prose, ou vers, il sera plus agreable que s'il estoit separé de toute sorte de sujet, dautant que le iugement de l'oüie se faisant dans le sens commun, et non seulement dans les replis et les cauernes des oreilles, si l'air ne porte rien auec soy que le son, il ne peut estre si bien goûté de l'esprit, que lors que le son est joint à quelque parole qui a conformité et analogie auec le chant. C'est pourquoy il arriue souuent que les airs ne peuuent estre si bien retenus quand ils sont chantez sans sujet, que quand ils ont vne lettre, ou vn sujet, parce que les syllabes des dictions nous font ressouuenir des sons qu'il faut éleuer, ou baisser, et des temps qu'il faut faire longs ou briefs. A quoy l'on peut ajoûter que les refreins et les reperises des airs se font plus sensiblement et plus agreablement reconnoistre sur vne lettre, laquelle sert beaucoup pour les faire estimer et agreer.

Or comme vn Air sans sujet est moins parfait qu'vn Air attaché à quelque sujet, de mesme vn Air conjoint à vn sujet, dont le sens n'a qu'vn leger rapport auec l'Air chanté, est moins agreable qu'vn autre Air qui aura le sens de son sujet conforme et proportionné; par exemple, si l'on vouloit chanter vn Air de guerre sur des paroles trainantes, molles, et transies d'amour, cet Air ne seroit pas si agreable que s'il estoit chanté sur des paroles mâles, hardies, et guerrieres: [-106-] car comme il faut vn autre air pour animer, et pour échaufer que pour retenir, et pour refroidir, aussi faut-il d'autres paroles.

De plus, vn sujet en vers rend le chant plus agreable qu'vne prose, dautant que le vers frape plus subitement le sens commun, et enuelope en peu de paroles vn sens plus aigu, et plus subtil, qui donne vn particulier contentement au sens commun, ou à l'esprit: car la volupté se faict au sens commun, comme le chatoüillement au corps, par vn mouuement subit et non preueu. Certes i'estime qu'il faut conclure qu'il n'est pas au pouuoir d'vn homme de trouuer l'air le plus parfait de tous, encore qu'il fust chanté par les plus belles voix du monde: car cet air se deuant parfaitement raporter au sens d'vn vers parfait, et n'estant pas possible de trouuer le vers le plus parfait de tous, l'on ne sçauroit arriuer à la perfection de l'air dont nous parlons.

Quant au chant que l'on considere comme oüy, et receu par les oreilles d'autruy, il n'est pas plus aysé de le rendre parfait que quand il est consideré en l'autre façon; car les temperaments particuliers, et les humeurs et inclinations des hommes estant aussi differentes qu il y a de personnes au monde, il est impossible de trouuer vn Air qui plaise également à tous, et d'apporter ce souuerain degré de plaisir que l'on attend d'vn chant de Musique parfaitement agreable. Tel se plaist à vne seule voix qui ne peut goûter la perfection d'vn Concert, et vn autre au contraire: l'vn n'estime pas les voix si elles ne sont iointes aux Instruments, et vn autre n'approuue ny les Instruments à vent, ny ceux qui se seruent de chordes.

Quelques-vns se plaisent à vne Musique douce, les autres à vne plaine, forte, et massiue: il en est comme des viandes, chacun a son goust, ou pour mieux dire, comme de l'Eloquence, l'vn l'aime plaine, et diffuse, l'autre concise et nerueuse: Tel se plaist aux vers lyriques, qui ne sçauroit goûter les heroïques: A peine se trouue-t'il deux hommes qui aiment et qui suiuent vn mesme stile. Il en est ainsi de la Musique, car le melancholique aime vn autre air que le bilieux; et entre les diuersitez des melancholiques il se rencontre diuerses inclinations aux airs et aux chants de Musique.

Or ie croy que toutes les considerations que i'ay rapportees dans ce discours font voir assez clairement que le meilleur chant de tous les possibles ne peut estre fait par nos Musiciens, et qu'ils ne pourroient mesme iuger s'il est le meilleur de tous, encore qu'ils l'eussent rencontré par hazard: C'est pourquoy il n'est pas besoin de nous estendre dauantage sur ce sujet, dont nous parlerons encore ailleurs; comme lors que nous examinerons si l'on peut iuger quel est le meilleur de deux, ou de plusieurs chants proposez: car bien que l'on ne puisse pas faire le meilleur chant de tous les possibles, parce que si les hommes auoient fait vn chant où ils ne peussent plus rien desirer, nous pourrions encore dire que Dieu ou les Anges le peuuent rendre meilleur. Ce qui n'empesche pas neantmoins que l'on ne puisse establir des regles propres pour faire de bons chants, autrement il faudroit confesser que les Maistres de Musique ne peuuent faire vn bon chant que par rencontre et par hazard, et que les ignorans en peuuent faire d'aussi bons qu'eux, ce qui est difficile à croire: Et l'experience ne nous fait point voir de chants composez par les païsans qui soient aussi bons que ceux de Guedron, et des autres Maistres, dont le principal exercice consiste à composer des chansons et des airs.

[-107-] COROLLAIRE.

Puis que la beauté des airs consiste particulierement dans leur varieté, et qu'il y en a qui croyent que l'on ne peut plus faire de chants qui n'ayent déja esté faits, il faut considerer cette diuersité, et monstrer que tous les hommes du monde n'ont pû faire tous les airs contenus dans la main Harmonique, ou dans le systeme et l'échele ordinaire de Musique, encore qu'ils eussent fait tous les iours mille chants differens depuis la creation du monde iusques à present, comme il sera aisé de conclure par les propositions qui suiuent, dans lesquelles l'on apprendra toutes les especes de combination, conternation, et cetera et plusieurs autres choses qui sont tres-remarquables.

PROPOSITION VIII.

La regle ordinaire des combinations enseigne combien l'on peut faire de chants de tel nombre de notes que l'on voudra, pourueu que l'on retienne tousiours le mesme nombre de notes, et que l'on ne repete iamais vne mesme note deux, ou plusieurs fois.

Il n'est pas besoin d'expliquer icy la regle des combinations ordinaires, puis que ie l'ay donnee dans le troisiesme liure de la verité des Sciences chapitre 10, dans lequel i'ay expliqué cinq Theoresmes qui seruent à faire de bons chants, et ay demonstré combien l'on peut faire de chants differents, soit que l'on vse d'vne, de 2, de 3, de 4 notes, ou de tel autre nombre que l'on choisira iusques à 50 notes, ou iusques à tel autre nombre que l'on voudra: i'ay semblablement escrit dans le mesme chapitre les 120 chants qui sont dans 5 notes differentes, à sçauoir dans vt, re, mi, fa, sol; mais par ce que la pluspart des Musiciens ne peuuent comprendre le nombre de ces chants, s'ils ne les voyent escrits auec les notes ordinaires de leur pratique, ie donne tous les chants differens qui peuuent estre faits auec les six notes de l'hexachorde majeur, ou mineur, c'est à dire auec les six notes, vt, re, mi, fa, sol, la, ou re, mi, fa, sol, la, fa, qui font toute la Musique Pratique. Or il est si aisé de trouuer le nombre de ces chants, qu'il n'est pas quasi besoin d'en expliquer la maniere, car il faut seulement escrire autant de nombres selon leur ordre naturel, comme il y a de notes dont on veut vser; par exemple, si l'on veut sçauoir combien l'on peut faire de chants differents auec les huict sons, ou les 8 notes de l'Octaue, vt, re, mi, fa, sol, re, mi, fa, il faut escrire 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, et multiplier tellement ces 8 nombres, que le produit des deux soit toujours multiplié par le nombre naturel en cette maniere; vne fois deux font deux; car il faut laisser l'vnité, parce qu'elle ne multiplie nullement, et dire deux fois trois font six, quatre fois six font vingt-quatre, cinq fois 24 font 120, six fois 120 font 720, à sçauoir le nombre de tous les chants des six notes, dont ie parleray dans la neufiesme proposition: sept fois 720 font 5040, et huit fois 5040 font 40320, qui monstre le nombre des chants qui sont contenus dans 8 sons differens, par exemple dans les 8 notes de la premiere espece d'Octaue. Et si l'on veut sçauoir les chants contenus dans vn plus grand nombre de sons, par exemple dans les 22 notes de la Vingt-deuxiesme, ou dans quelqu'autre nombre que l'on voudra, il faut suiure la mesme methode. Ie les mettray pourtant icy, afin qu'on les trouue sans nulle peine.

[-108-] Table de tous les chants qui peuuent se rencontrer dans 22 sons, c'est à dire dans trois Octaues.

1 1

2 2

3 6

4 24

5 120

6 720

7 5040

8 40320

9 362880

10 3628800

11 39916800

12 479001600

13 6227020800

14 8778291200

15 1307674368000

16 20922789888000

17 355687428096000

18 6402373705728000

19 121645100408832000

20 2432902008176640000

21 51090942171709440000

22 1124000727777607680000

Il n'est pas necessaire d'expliquer tous lcs vsages de cette table, dautant que ie les ay apportez dans le liure de la verité des Sciences. I'ajoûteray seulement que quand les Praticiens ne veulent pas croire qu'il y ait vne si grande diuersité de chants dans 8, 10, ou douze notes, et qu'ils desirent que l'on les escriue tous afin de les conuaincre par l'experience, qu'ils suiuent plustost que la raison, et la demonstration, qu'il faut les leur offrir, pourueu qu'ils fournissent le papier necessaire pour les noter; ce que l'on peut leur promettre asseurément, car s'ils promettent de donner le papier, et que l'on gage le contraire contre eux, il est tres-certain qu'ils perdront, car il faudroit beaucoup plus de rames de papier pour noter tous les chants qui se trouuent dans 22 notes, encore que l'on n'en repete iamais aucune deux fois, qu'il n'en faudroit les vnes sur les autres depuis la terre iusques au firmament, encore que chaque fueille de papier contint 720 chants differens chacun de 22 notes, et que chaque rame de papier fust tellement pressee et battuë qu'elle ne fust pas plus épaisse qu'vn pouce, c'est à dire que la 12 partie d'vn pied de Roy: car il n'y a que 28862640000000 pouces du centre de la terre aux estoilles: or le nombre des rames de papier qu'il faudroit pour noter lesdits chants est mille fois plus grand que ce nombre de poûces, comme l'on demonstre en diuisant le nombre des chants de 22 notes, à sçuoir 1124000727777607680000, qui a 22 chifres, par le nombre des chants qui seroient dans l'vne de ces rames, à sçauoir par 362880.

[-109-] COROLLAIRE I.

Il n'appartient donc pas aux Praticiens de demander l'experience et la pratique de ce que les Theoriciens et la raison leur enseignent, puis qu'ils n'ont seulement pas le moyen de fournir aux frais du papier; car quand le reuenu et le bien de tous les Maistres de Musique qui sont dans tout le monde, et mesme de tous les Princes et de tous les Roys, seroient employez pour cét effet, l'on n'en retireroit pas tant de deniers comme il faudroit de rames de papier pour noter ces chants, quoy que le plus pauure eust vingt mille escus de rente, comme il est aisé de monstrer par le nombre desdites rames, et des deniers, qui vallent plus de millions d'or qu'il n'y en eut iamais au monde. Ce qui fait voir euidemment que l'esprit est bien plus excellent, et qu'il a vne capacité beaucoup plus grande que les sens, et qu'il est fait à l'image de Dieu, puis qu'il va si auant qu'il n'y a que le seul infiny qui le puisse borner, et consequemment que les Musiciens doiuent éleuer leur pensee plus haut qu'à leur Art, s'ils veulent faire paroistre qu'ils sont faits à l'image de Dieu, et qu'ils portent le caractere de la diuinité dans leur ame et dans leur esprit.

COROLLAIRE II.

Puis que nous aurons besoin dans les autres discours de la combination d'vn plus grand nombre de choses que de 22, et qu'elle a déja esté necessaire pour les difficultez du liure de la Voix, ie la mets icy depuis 23 iusques à 64, afin que ce liure ne suppose rien d'ailleurs, et qu'elle serue à mille vsages que l'on en peut tirer.

Table de la Combination depuis 23 iusques à 64.

23 25852016738884976640000

24 620448401733239439360000

25 15511210043330985984000000

26 403291461126605635584000000

27 10888869450418352160768000000

28 304888344611713860501504000000

29 8841761993739701954543616000000

30 265252859812191058636308480000000

31 8222838654177922817725562880000000

32 263130836933693530167218012160000000

33 8683317618811886495518194401280000000

34 295232799039604140847618609643520000000

35 10333147966386144929666651337523200000000

36 371993326789901217467999448150835200000000

37 13763753091226345046315979581580902400000000

38 523022617466601111760007224100074291200000000

39 20397882081l97443358740281739902897346800000000

40 815915283247897734349611269596115893872000000000

41 33452526613163807108334022053440751647352000000000

42 1405006117752879898550028926244511569188784000000000

43 60415263063373835637651243828513997475117712000000000

44 2658271574788448768056654728454615888905179328000000000

45 1076599987789321741062945165124119435006597627840000000000

46 49523599438308800088895477595709494010303490880640000000000

47 2327609173600513604178087446998346218484264071390080000000000

48 1117252403328246530005481974559206184872446754267238400000000 00

49 5474536776308407997026861675340110305874989095909468160000000 000

50 1273726838815420399851343083767005515293749454795473408000000 000000

51 1396006857958644039241849727211728127998122219456914380800000 0000000

[-110-]

52 7259235661389949004055618581500986365590235541175954780160000 00000000

53 3847394900536672972149477848195522773762784836823256033484800 0000000000

54 2077593246289803404960718038025582297831903811884558258091792 000000000000

55 1142676285459391872728394920914070263807547096536507041950485 60000000000000

56 1246943914005331060001234413005477290188301806190157746145519 360000000000000

57 7107580309830387042007036154131220554073320395283899253029460 3520000000000000

58 4122396579711624484364080969396107921362525729364661676757087 004160000000000000

59 2432213982029868445774807771943803673603890180325150289286681 33245440000000000000

60 1459328389217921067464884663166282204162334108195090173572008 7994726400000000000000

61 8851903174229318511535796445314321445390238059990050058789253 67678310400000000000000

62 5488179968022177477152193796094879296141947597193831036449337 2796055244800000000000000

63 3457563379853871810605882091539773956569426986232113552963082 486151480422400000000000000

64 2212840593106477958787864538585455332204433271188554673876372 7911359474703360000000000000<0>

PROPOSITION IX.

Determiner combien l'on peut faire de Chants ou d'Airs differens auec six sons, ou six notes, en prenant tousiours les mesmes notes, et en gardant la mesme mesure; par exemple auec ces six notes. Vt, re, mi, fa, sol, la, ou auec Re, mi, fa, sol, la, fa, ou auec Mi, fa, sol, re, mi, fa, ou auec Fa, sol, re, mi, fa, sol.

Cette proposition est l'vne des plus vtiles et des plus admirables de la Musique, dautant qu'elle enseigne à faire autant que les Anges, et à connoistre tout ce qui peut entrer dans l'esprit; car il n'est pas possible de faire vn plus grand nombre de chants dans toute la Musique, (soit que l'on vse de voix ou d'Instrumens,) que celuy que ie donneray dans cette proposition, et dans celles qui suiuront apres. Ie prends donc icy vn exemple pour demonstrer ce que ie viens de dire, dans lequel on void tous les chants qui se peuuent faire de six notes, dont chacune est de mesme valeur, et tiendra tousiours le mesme lieu de la main de Musique, et consequemment representera vne mesme chorde.

Celuy qui demonstrera quel est le plus excellent et le plus agreable de ces 720 chants, et l'ordre que chacun doit tenir suiuant leur douceur et leur bonté, enseignera ce que l'on ignore, et apportera de nouuelles lumieres à l'Harmonie. Et si l'on donne des regles pour discerner le temperament, l'inclination naturelle, ou les passions de chacun par le chant qui luy plaira dauantage, l'on passera encore plus outre; mais l'vn et l'autre est plustost à desirer qu'à esperer: quoy que ie rapporte beaucoup de choses dans la 21 proposition de ce liure qui seruiront peut estre aux bons esprits pour nous donner quelque lumiere dans ce sujet.

Or ces varietez peuuent seruir pour faire 720 Anagrammes de chaque diction de 6 lettres differentes, et pour changer l'ordre de 6 soldats ou de 6 autres choses 720 fois: par exemple, l'on trouuera toutes les varietez ou Anagrammes de ces 3 noms de 6 lettres differentes, Iaques, Matieu, Iulian, en mettant leurs 6 lettres sur les 6 notes ou syllabes de l'Hexachorde; ce qui arriuera semblablement à 6 nombres, comme l'on void icy: ce que l'on fera sans beaucoup de peine, et sans confusion.

Vt, re, mi, fa, sol, la,

I a q u e s,

M a t i e u,

I u l i a n,

1 2 3 4 5 6,

Quant à la methode de combiner, et de trouuer toutes les varietez de chaque nombre de choses proposees, i'en ay traité dans le liure des varietez de l'Octaue, qui fait 40320 chants tous differens, et dans la 5 proposition du 7 liure Latin des Chants, c'est pourquoy ie ne la repete point icy. Ie laisse encore la maniere de trouuer combien il y a de chants dans cét Hexachorde qui ayent vne Sexte, vne ou deux Quintes, vne, deux, ou trois Quartes, et cetera parce qu'on la trouuera [-111-] dans le volume des 8 Notes, dans lequel on verra semblablement les vtilitez de la combination. Et parce que plusieurs ne connoissent pas le nom et la valeur des notes, ie mets premierement les 720 varietez de l'Hexachorde majeur Vt, re, mi, fa, sol, la, pour ceux qui sçauent lire, ou qui peuuent chanter en voyant ces 6 syllabes, afin que l'on ne puisse rien desirer sur ce sujet: et puis ie donneray les mesmes varietez auec les notes ordinaires de la Pratique, et les autres especes de varietez, auec plusieurs difficultez qui en dépendent.

La 7 proposition du mesme liure Latin contient tous les chants differens des trois especes de Quarte, à sçauoir 72: et le 10 chapitre du 3 liure de la verité des Sciences donne les 120 chants de la premiere espece du Diapente Vt, re, mi, fa, sol. Mais la varieté de l'Hexachorde comprend ces deux sortes de varietez, comme le plus grand nombre contient tousiours le moindre, et comme l'Hexachorde contient le Tetrachorde, et le Pentachorde; de sorte qu'il n'est nullement necessaire de mettre icy les chants de 4 ou 5 notes, puis que l'on a ceux des six notes de la premiere espece de Sexte majeure, au lieu desquels il est aisé d'escrire ceux de la Sexte qui commence par RE, par MI, ou par FA.

Table des 720 Chants d'Vt, re, mi, fa, sol, la.

VT, re, mi, fa, sol, la. Vt, re, mi, fa, la, sol.

Vt, re, mi, sol, fa, la. Vt, re, mi, sol, la, fa.

Vt, re, mi, la, fa, sol. Vt, re, mi, la, sol, fa.

Vt, re, fa, mi, sol, la. Vt, re, fa, mi, la, sol.

Vt, re, fa, sol, mi, la. Vt, re, fa, sol, la, mi.

Vt, re, fa, la, mi, sol. Vt, re, fa, la, sol, mi,

Vt, re, sol, mi, fa, la. Vt, re, sol, mi, la, fa.

Vt, re, sol, fa, mi, la. Vt, re, sol, fa, la, mi.

Vt, re, sol, la, mi, fa. Vt, re, sol, la, fa, mi.

Vt, re, la, mi, fa, sol. Vt, re, la, mi, sol, fa.

Vt, re, la, fa, mi, sol. Vt, re, la, fa, sol, mi.

Vt, re, la, sol, mi, fa. Vt, re, la, sol, fa, mi.

Vt, mi, re, fa, sol, la. Vt, mi, re, fa, la, sol.

Vt, mi, re, sol, fa, la. Vt, mi, re, sol, la, fa,.

Vt, mi, re, la, fa, sol. Vt, mi, re, la, sol, fa,

Vt, mi, fa, re, sol, la. Vt, mi, fa, re, la, sol.

Vt, mi, fa, sol, re, la. Vt, mi, fa, sol, la, re.

Vt, mi, fa, la, re, sol. Vt, mi, fa, la, sol, re.

Vt, mi, sol, re, fa, la. Vt, mi, sol, re, la, fa.

Vt, mi, sol, fa, re, la. Vt, mi, sol, fa, la, re.

Vt, mi, sol, la, re, fa. Vt, mi, sol, la, fa, re.

Vt, mi, la, re, fa, sol. Vt, mi, la, re, sol, fa.

Vt, mi, la, fa, re, sol. Vt, mi, la, fa, sol, re.

Vt, mi, la, sol, re, fa. Vt, mi, la, sol, fa, re.

Vt, fa, re, mi, sol, la. Vt, fa, re, mi, la, sol.

Vt, fa, re, sol, mi, la. Vt, fa, re, sol, la, mi.

Vt, fa, re, la, mi, sol. Vt, fa, re, la, sol, mi.

Vt, fa, mi, re, sol, la. Vt, fa, mi, re, la, sol.

Vt, fa, mi, sol, re, la. Vt, fa, mi, sol, la, re.

Vt, fa, mi, la, re, sol. Vt, fa, mi, la, sol, re.

Vt, fa, sol, re, mi, la. Vt, fa, sol, re, la, mi.

Vt, fa, sol, mi, re, la. Vt, fa, sol, mi, la, re.

Vt, fa, sol, la, re, mi. Vt, fa, sol, la, mi, re.

Vt, fa, la, re, mi, sol. Vt, fa, la, re, sol, mi.

Vt, fa, la, mi, re, sol. Vt, fa, la, mi, sol, re.

Vt, fa, la, sol, re, mi. Vt, fa, la, sol, mi, re.

Vt, sol, re, mi, fa, la. Vt, sol, re, mi, la, fa.

Vt, sol, re, fa, mi, la. Vt, sol, re, fa, la, mi.

Vt, sol, re, la, mi, fa. Vt, sol, re, la, fa, mi.

Vt, sol, mi, re, fa, la. Vt, sol, mi, re, la, fa.

Vt, sol, mi, fa, re, la. Vt, sol, mi, fa, la, re.

Vt, sol, mi, la, re, fa. Vt, sol, mi, la, fa, re.

Vt, sol, fa, re, mi, la. Vt, sol, fa, re, la, mi.

Vt, sol, fa, mi, re, la. Vt, sol, fa, mi, la, re.

Vt, sol, fa, la, re, mi. Vt, sol, fa, la, mi, re.

Vt, sol, la, re, mi, fa. Vt, sol, la, re, fa, mi.

Vt, sol, la, mi, re, fa. Vt, sol, la, mi, fa, re.

Vt, sol, la, fa, re, mi. Vt, sol, la, fa, mi, re.

Vt, la, re, mi, fa, sol. Vt, la, re, mi, sol, fa.

Vt, la, re, fa, mi, sol. Vt, la, re, fa, sol, mi.

Vt, la, re, sol, mi, fa. Vt, la, re, sol, fa, mi.

Vt, la, mi, re, fa, sol. Vt, la, mi, re, sol, fa.

Vt, la, mi, fa, re, sol. Vt, la, mi, fa, sol, re.

Vt, la, mi, sol, re, fa. Vt, la, mi, sol, fa, re.

Vt, la, fa, re, mi, sol. Vt, la, fa, re, sol, mi.

Vt, la, fa, mi, re, sol. Vt, la, fa, mi, sol, re.

Vt, la, fa, sol, re, mi. Vt, la, fa, sol, mi re.

Vt, la, sol, re, mi, fa. Vt, la, sol, re, fa, mi.

Vt, la, sol, mi, re, fa. Vt, la, sol, mi, fa, re.

Vt, la sol, fa, re, mi. Vt, la, sol, fa, mi, re.

[-112-] RE, vt, mi, fa, sol, la. Re, vt, mi, fa, la, sol.

Re, vt, mi, sol, fa, la. Re, vt, mi, sol, la, fa.

Re, vt, mi, la, fa, sol. Re, vt mi, la, sol, fa.

Re, vt, fa, mi, sol, la. Re, vt, fa, mi, la, sol.

Re, vt, fa, sol, mi, la. Re, vt, fa, sol, la, mi.

Re, vt, fa, la, mi, sol. Re, vt, fa, la, sol, mi.

Re, vt, sol, mi, fa, la. Re, vt, sol, mi, la, fa.

Re, vt, sol, fa, mi, la. Re, vt, sol, fa, la, mi.

Re, vt, sol, la, mi, fa. Re, vt, sol, la, fa, mi.

Re, vt, la, mi, fa, sol. Re, vt, la, mi, sol, fa.

Re, vt, la, fa, mi, sol. Re, vt, la, fa, sol, mi.

Re, vt, la, sol, mi, fa. Re, vt, la, sol, fa, mi.

Re, mi, vt, fa, sol, la. Re, mi, vt, fa, la, sol.

Re, mi, vt, sol, fa, la. Re, mi, vt, sol, la, fa.

Re, mi, vt, la, fa, sol. Re, mi, vt, la, sol, fa,

Re, mi, fa, vt, sol, la. Re, mi, fa, vt, la, sol.

Re, mi, fa, sol, vt, la. Re, mi, fa, sol, la, vt.

Re, mi, fa, la, vt, sol. Re, mi, fa, la, sol, vt.

Re, mi, sol, vt, fa, la. Re, mi, sol, vt, la, fa.

Re, mi, sol, fa, vt, la. Re, mi, sol, fa, la, vt.

Re, mi, sol, la, vt, fa. Re, mi, sol, la, fa, vt.

Re, mi, la, vt, fa, sol. Re, mi, la, vt, sol, fa.

Re, mi, la, fa, vt, sol. Re, mi, la, fa, sol, vt.

Re, mi, la, sol, vt, fa. Re, mi, la, sol, fa, vt.

Re, fa, vt, mi, sol, la. Re, fa, vt, mi, la, sol.

Re, fa, vt, sol, mi, la. Re, fa, vt, sol, la, mi.

Re, fa, vt, la, mi, sol. Re, fa, vt, la, sol, mi.

Re, fa, mi, vt, sol, la. Re, fa, mi, vt, la, sol.

Re, fa, mi, sol, vt, la. Re, fa, mi, sol, la, vt.

Re, fa, mi, la, vt, sol. Re, fa, mi, la, sol, vt.

Re, fa, sol, vt, mi, la. Re, fa, sol, vt, la, mi.

Re, fa, sol, mi, vt, la. Re, fa, sol, mi, la, vt.

Re, fa, sol, la, vt, mi. Re, fa, sol, la, mi, vt.

Re, fa, la, vt, mi, sol. Re, fa, la, vt, sol, mi.

Re, fa, la, mi, vt, sol. Re, fa, la, mi, sol, vt.

Re, fa, la, sol, vt, mi. Re, fa, la, sol, mi, vt.

Re, sol, vt, mi, fa, la. Re, sol, vt, mi, la, fa.

Re, sol, vt, fa, mi, la. Re, sol, vt, fa, la, mi.

Re, sol, vt, la, mi, fa. Re, sol, vt, la, fa, mi.

Re, sol, mi, vt, fa, la. Re, sol, mi, vt, la, fa.

Re, sol, mi, fa, vt, la. Re, sol, mi, fa, la, vt.

Re, sol, mi, la, vt, fa. Re, sol, mi, la, fa, vt.

Re, sol, fa, vt, mi, la. Re, sol, fa, vt, la, mi.

Re, sol, fa, mi, tv, la. Re, sol, fa, mi, la, vt.

Re, sol, fa, la, vt, mi. Re, sol, fa, la, mi, vt.

Re, sol, la, vt, mi, fa. Re, sol, la, vt, fa, mi.

Re, sol, la, mi, vt, fa. Re, sol, la, mi, fa, vt.

Re, sol, la, fa, vt, mi. Re, sol, la, fa, mi, vt.

Re, la, vt, mi, fa, sol. Re, la, vt, mi, sol, fa.

Re, la, vt, fa, mi, sol. Re, la, vt, fa, sol, mi.

Re, la, vt, sol, mi, fa. Re, la, vt, sol, fa, mi.

Re, la, mi, vt, fa, sol. Re, la, mi, vt, sol, fa.

Re, la, mi, fa, vt, sol. Re, la, mi, fa, sol, vt.

Re, la, mi, sol, vt, fa. Re, la, mi, sol, fa, vt.

Re, la, fa, vt, mi, sol. Re, la, fa, vt, sol, mi.

Re, la, fa, mi, vt, sol. Re, la, fa, mi, sol, vt.

Re, la, fa, sol, vt, mi. Re, la, fa, sol, mi, vt.

Re, la, sol, vt, mi, fa. Re, la, sol, vt, fa, mi.

Re, la, sol, mi, vt, fa. Re, la, sol, mi, fa, vt.

Re, la, sol, fa, vt, mi. Re, la, sol, fa, mi, vt.

MI, vt, re, fa, sol, la. Mi, vt, re, fa, la, sol.

Mi, vt, re, sol, fa, la. Mi, vt, re, sol, la, fa.

Mi, vt, re, la, fa, sol. Mi, vt, re, la, sol, fa.

Mi, vt, fa, re, sol, la. Mi, vt, fa, re, la, sol.

Mi, vt, fa, sol, re, la. Mi, vt, fa, sol, la, re.

Mi, vt, fa, la, re, sol. Mi, vt, fa, la, sol, re.

Mi, vt, sol, re, fa, la. Mi, vt, sol, re, la, fa.

Mi, vt, sol, fa, re, la. Mi, vt, sol, fa, la, re.

Mi, vt, sol, la, re, fa. Mi, vt, sol, la, fa, re.

Mi, vt, la, re, fa, la. Mi, vt, la, re, sol, fa.

Mi, vt, la, fa, re, sol. Mi, vt, la, fa, sol, re.

Mi, vt, la, sol, re, fa. Mi, vt, la, sol, fa, re.

Mi, re, vt, fa, sol, la. Mi, re, vt, fa, la, sol.

Mi, re, vt, sol, fa, la. Mi, re, vt, sol, la, fa.

Mi, re, vt, la, fa, sol. Mi, re, vt, la, sol, fa.

Mi, re, fa, vt, sol, la. Mi, re, fa, vt, la, sol.

Mi, re, fa, sol, vt, la. Mi, re, fa, sol, la, vt.

Mi, re, fa, la, vt, sol. Mi, re, fa, la, sol, vt.

Mi, re, sol, vt, fa, la. Mi, re, sol, vt, la, fa.

Mi, re, sol, fa, vt, la. Mi, re, sol, fa, la, vt.

Mi, re, sol, la, vt, fa. Mi, re, sol, la, fa, vt.

Mi, re, la, vt, fa, sol. Mi, re, la, vt, sol, fa.

Mi, re, la, fa, vt, sol. Mi, re, la, fa, sol, vt.

Mi, re, la, sol, vt, fa. Mi, re, la, sol, fa, vt.

Mi, fa, vt, re, sol, la. Mi, fa, vt, re, la, sol.

Mi, fa, vt, sol, re, la. Mi, fa, vt, sol, la, re.

Mi, fa, vt, la, re, sol. Mi, fa, vt, la, sol, re.

Mi, fa, re, vt, sol, la. Mi, fa, re, vt, la, sol.

Mi, fa, re, sol, vt, la. Mi, fa, re, sol, la, vt.

Mi, fa, re, la, vt, sol. Mi, fa, re, la, sol, vt.

Mi, fa, sol, vt, re, la. Mi, fa, sol, vt, la, re.

Mi, fa, sol, re, vt, la. Mi, fa, sol, re, la, vt.

Mi, fa, sol, la, vt, re. Mi, fa, sol, la, re, vt.

Mi, fa, la, vt, re, sol. Mi, fa, la, vt, sol, re.

Mi, fa, la, re, vt, sol. Mi, fa, la, re, sol, vt.

Mi, fa, la, sol, vt, re. Mi, fa, la, sol, re, vt.

[-113-] Mi, sol, vt, re, fa, la. Mi, sol, vt, re, la, fa.

Mi, sol, vt, fa, re, la. Mi, sol, vt, fa, la, re.

Mi, sol, vt, la, re, fa. Mi, sol, vt, la, fa, re.

Mi, sol, re, vt, fa, la. Mi, sol, re, vt, la, fa.

Mi, sol, re, fa, vt, la. Mi, sol, re, fa, la, vt.

Mi, sol, re, la, vt, fa. Mi, sol, re, la, fa, vt.

Mi, sol, fa, vt, re, la. Mi, sol, fa, vt, la, re.

Mi, sol, fa, re, vt, la. Mi, sol, fa, re, la, vt.

Mi, sol, fa, la, vt, re. Mi, sol, fa, la, re, vt.

Mi, sol, la, vt, re, fa. Mi, sol, la, vt, fa, re.

Mi, sol, la, re, vt, fa. Mi, sol, la, re, fa, vt.

Mi, sol, la, fa, vt, re. Mi, sol, la, fa, re, vt.

Mi, la, vt, re, fa, sol. Mi, la, vt, re, sol, fa.

Mi, la, vt, fa, re, sol. Mi, la, vt, fa, sol, re.

Mi, la, vt, sol, re, fa. Mi, la, vt, sol, fa, re.

Mi, la, re, vt, fa, sol. Mi, la, re, vt, sol, fa.

Mi, la, re, fa, vt, sol. Mi, la, re, fa, sol, vt.

Mi, la, re, sol, vt, fa. Mi, la, re, sol, fa, vt.

Mi, la, fa, vt, re, sol. Mi, la, fa, vt, sol, re.

Mi, la, fa, re, vt, sol. Mi, la, fa, re, sol, vt.

Mi, la, fa, sol, vt, re. Mi, la, fa, sol, re, vt.

Mi, la, sol, vt, re, fa. Mi, la, sol, vt, fa, re.

Mi, la, sol, re, vt, fa. Mi, la, sol, re, fa, vt.

Mi, la, sol, fa, vt, re. Mi, la, sol, fa, re, vt.

FA, vt, re, mi, sol, la. Fa, vt, re, mi, la, sol.

Fa, vt, re, sol, mi, la. Fa, vt, re, sol, la, mi.

Fa, vt, re, la, mi, sol. Fa, vt, re, la, sol, mi.

Fa, vt, mi, re, sol, la. Fa, vt, mi, re, la, sol.

Fa, vt, mi, sol, re, la. Fa, vt, mi, sol, la, re.

Fa, vt, mi, la, re, sol. Fa, vt, mi, la, sol, re.

Fa, vt, sol, re, mi, la. Fa, vt, sol, re, la, mi.

Fa, vt, sol, mi, re, la. Fa, vt, sol, mi, la, re.

Fa, vt, sol, la, re, mi. Fa, vt, sol, la, mi, re.

Fa, vt, la, re, mi, sol. Fa, vt, la, re, sol, mi.

Fa, vt, la, mi, re, sol. Fa, vt, la, mi, sol, re.

Fa, vt, la, sol, re, mi. Fa, vt, la, sol, mi, re.

Fa, re, vt, mi, sol, la. Fa, re, vt, mi, la, sol.

Fa, re, vt, sol, mi, la. Fa, re, vt, sol, la, mi.

Fa, re, vt, la, mi, sol. Fa, re, vt, la, sol, mi.

Fa, re, mi, vt, sol, la. Fa, re, mi, vt, la, sol.

Fa, re, mi, sol, vt, la. Fa, re, mi, sol, la, vt.

Fa, re, mi, la, vt, sol. Fa, re, mi, la, sol, vt.

Fa, re, sol, vt, mi, la. Fa, re, sol, vt, la, mi.

Fa, re, sol, mi, vt, la. Fa, re, sol, mi, la, vt.

Fa, re, sol, la, vt, mi. Fa, re, sol, la, mi, vt.

Fa, re, la, vt, mi, sol. Fa, re, la, vt, sol, mi.

Fa, re, la, mi, vt, sol. Fa, re, la, mi, sol, vt.

Fa, re, la, sol, vt, mi. Fa, re, la, sol, mi, vt.

Fa, mi, vt, re, sol, la. Fa, mi, vt, re, la, sol.

Fa, mi, vt, sol, re, la. Fa, mi, vt, sol, la, re.

Fa, mi, vt, la, re, sol. Fa, mi, vt, la, sol, re.

Fa, mi, re, vt, sol, la. Fa, mi, re, vt, la, sol.

Fa, mi, re, sol, vt, la. Fa, mi, re, sol, la, vt.

Fa, mi, re, la, vt, sol. Fa, mi, re, la, sol, vt.

Fa, mi, sol, vt, re, la. Fa, mi, sol, vt, la, re.

Fa, mi, sol, re, vt, la. Fa, mi, sol, re, la, vt.

Fa, mi, sol, la, vt, re. Fa, mi, sol, la, re, vt.

Fa, mi, la, vt, re, sol. Fa, mi, la, vt, sol, re.

Fa, mi, la, re, vt, sol. Fa, mi, la, re, sol, vt.

Fa, mi, la, sol, vt, re. Fa, mi, la, sol, re, vt.

Fa, sol, vt, re, mi, la. Fa, sol, vt, re, la, mi.

Fa, sol, vt, mi, re, la. Fa, sol, vt, mi, la, re.

Fa, sol, vt, la, re, mi. Fa, sol, vt, la, mi, re.

Fa, sol, re, vt, mi, la. Fa, sol, re, vt, la, mi.

Fa, sol, re, mi, vt, la. Fa, sol, re, mi, la, vt.

Fa, sol, re, la, vt, mi. Fa, sol, re, la, mi, vt.

Fa, sol, mi, vt, re, la, Fa, sol, mi, vt, la, re.

Fa, sol, mi, re, vt, la. Fa, sol, mi, re, la, vt.

Fa, sol, mi, la, vt, re. Fa, sol, mi, la, re, vt.

Fa, sol, la, vt, re, mi. Fa, sol, la, vt, mi, re.

Fa, sol, la, re, vt, mi. Fa, sol, la, re, mi, vt.

Fa, sol, la, mi, vt, re. Fa, sol, la, mi, re, vt.

Fa, la, vt, re, mi, sol. Fa, la, vt, re, sol, mi.

Fa, la, vt, mi, re, sol. Fa, la, vt, mi, sol, re.

Fa, la, vt, sol, re, mi. Fa, la, vt, sol, mi, re.

Fa, la, re, vt, mi, sol. Fa, la, re, vt, sol, mi.

Fa, la, re, mi, vt, sol. Fa, la, re, mi, sol, vt.

Fa, la, re, sol, vt, mi. Fa, la, re, sol, mi, vt.

Fa, la, mi, vt, re, sol. Fa, la, mi, vt, sol, re.

Fa, la, mi, re, vt, sol. Fa, la, mi, re, sol, vt.

Fa, la, mi, sol, vt, re. Fa, la, mi, sol, re, vt.

Fa, la sol,, vt, re, mi. Fa, la, sol, vt, mi, re.

Fa, la, sol, re, vt, mi. Fa, la, sol, re, mi, vt.

Fa, la, sol, mi, vt, re. Fa, la, sol, mi, re, vt.

SOl, vt, re, mi, fa, la. Sol, vt, re, mi, la, fa.

Sol, vt, re, fa, mi, la. Sol, vt, re, fa, la, mi.

Sol, vt, re, la, mi, fa. Sol, vt, re, la, fa, mi.

Sol, vt, mi, re, fa, la. Sol, vt, mi, re, la, fa.

Sol, vt, mi, fa, re, la. Sol, vt, mi, fa, la, re.

Sol, vt, mi, la, re, fa. Sol, vt, mi, la, fa, re.

Sol, vt, fa, re, mi, la. Sol, vt, fa, re, la, mi.

Sol, vt, fa, mi, re, la. Sol, vt, fa, mi, la, re.

Sol, vt, fa, la, re, mi. Sol, vt, fa, la, mi, re.

Sol, vt, la, re, mi, fa. Sol, vt, la, re, fa, mi.

Sol, vt, la, mi, re, fa. Sol, vt, la, mi, fa, re.

Sol, vt, la, fa, re, mi. Sol, vt, la, fa, mi, re.

[-114-] Sol, re, vt, mi, fa, la. Sol, re, vt, mi, la, fa.

Sol, re, vt, fa, mi, la. Sol, re, vt, fa, la, mi.

Sol, re, vt, la, mi, fa. Sol, re, vt, la, fa, mi.

Sol, re, mi, vt, fa, la. Sol, re, mi, vt, la, fa.

Sol, re, mi, fa, vt, la. Sol, re, mi, fa, la, vt.

Sol, re, mi, la, vt, fa. Sol, re, mi, la, fa, vt.

Sol, re, fa, vt, mi, la. Sol, re, fa, vt, la, mi.

Sol, re, fa, mi, vt, la. Sol, re, fa, mi, la, vt.

Sol, re, fa, la, vt, mi. Sol, re, fa, la, mi, vt.

Sol, re, la, vt, mi, fa. Sol, re, la, vt, fa, mi.

Sol, re, la, mi, vt, fa. Sol, re, la, mi, fa, vt.

Sol, re, la, fa, vt, mi. Sol, re, la, fa, mi, vt.

Sol, mi, vt, re, fa, la. Sol, mi, vt, re, la, fa.

Sol, mi, vt, fa, re, la. Sol, mi, vt, fa, la, re.

Sol, mi, vt, la, re, fa. Sol, mi, vt la, fa, re.

Sol, mi, re, vt, fa, la. Sol, mi, re vt, la, fa.

Sol, mi, re, fa, vt, la. Sol, mi, re, fa, la, vt.

Sol, mi, re, la, vt, fa. Sol, mi, re, la, fa, vt.

Sol, mi, fa, vt, re, la. Sol, mi, fa, vt, la, re.

Sol, mi, fa, re, vt, la. Sol, mi, fa, re, la, vt.

Sol, mi, fa, la, vt, re. Sol, mi, fa, la, re, vt.

Sol, mi, la, vt, re, fa. Sol, mi, la, vt, fa, re.

Sol, mi, la, re, vt, fa. Sol, mi, la, re, fa, vt.

Sol, mi, la, fa, vt, re. Sol, mi, la, fa, re, vt.

Sol, fa, vt, re, mi, la. Sol, fa, vt, re, la, mi.

Sol, fa, vt, mi, re, la. Sol, fa, vt, mi, la, re.

Sol, fa, vt, la, re, mi. Sol, fa, vt, la, mi, re.

Sol, fa, re, vt, mi, la. Sol, fa, re, vt, la, mi.

Sol, fa, re, mi, vt, la. Sol, fa, re, mi, la, vt.

Sol, fa, re, la, vt, mi. Sol, fa, re, la, mi, vt.

Sol, fa, mi, vt, re, la. Sol, fa, mi, vt, la, re.

Sol, fa, mi, re, vt, la. Sol, fa, mi, re, la, vt.

Sol, fa, mi, la, vt, re. Sol, fa, mi, la, re, vt.

Sol, fa, la, vt, re, mi. Sol, fa, la, vt, mi, re.

Sol, fa, la, re, vt, mi. Sol, fa, la, re, mi, vt.

Sol, fa, la, mi, vt, re. Sol, fa, la, mi, re, vt.

Sol, la, vt, re, mi, fa. Sol, la, vt, re, fa, mi.

Sol, la, vt, mi, re, fa. Sol, la, vt, mi, fa, re.

Sol, la, vt, fa, re, mi. Sol, la, vt, fa, mi, re.

Sol, la, re, vt, mi, fa. Sol, la, re, vt, fa, mi.

Sol, la, re, mi, vt, fa. Sol, la, re, mi, fa, vt.

Sol, la, re, fa, vt, mi. Sol, la, re, fa, mi, vt.

Sol, la, mi, vt, re, fa. Sol, la, mi, vt, fa, re.

Sol, la, mi, re, vt, fa. Sol, la, mi, re, fa, vt.

Sol, la, mi, fa, vt, re. Sol, la, mi, fa, re, vt.

Sol, la, fa, vt, re, mi. Sol, la, fa, vt, mi, re.

Sol, la, fa, re, vt, mi. Sol, la, fa, re, mi, vt.

Sol, la, fa, mi, vt, re. Sol, la, fa, mi, re, vt.

LA, vt, re, mi, fa, sol. La, vt, re, mi, sol, fa.

La, vt, re, fa, mi, sol. La, vt, re, fa, sol, mi.

La, vt, re, sol, mi, fa. La, vt, re, sol, fa, mi.

La, vt, mi, re, fa, sol. La, vt, mi, re, sol, fa.

La, vt, mi, fa, re, sol. La, vt, mi, fa, sol, re.

La, vt, mi, sol, re, fa. La, vt, mi, sol, fa, re.

La, vt, fa, re, mi, sol. La, vt, fa, re, sol, mi.

La, vt, fa, mi, re, sol. La, vt, fa, mi, sol, re.

Le, vt, fa, sol, re, mi. La, vt, fa, sol, mi, re.

La, vt, sol, re, mi, fa. La, vt, sol, re, fa, mi.

La, vt, sol, mi, re, fa. La, vt, sol, mi, fa, re.

La, vt, sol, fa, re, mi. La, vt, sol, fa, mi, re.

La, re, vt, mi, fa, sol. Le, re, vt, mi sol, fa.

La, re, vt, fa, mi, sol. La, re, vt, fa, sol, mi.

La, re, vt, sol, mi, fa. La, re, vt, sol, fa, mi.

La, re, mi, vt, fa, sol. La, re, mi, vt, sol, fa.

La, re, mi, fa, vt, sol. La, re, mi, fa, sol, vt.

La, re, mi sol, vt, fa. La, re, mi, sol, fa, vt.

La, re, fa, vt, mi, sol. La, re, fa, vt, sol, mi.

La, re, fa, mi, vt, sol. La, re, fa, mi, sol, vt.

La, re, fa, sol, vt, mi. La, re, fa, sol, mi, vt.

La, re, sol, vt, mi, fa. La, re, sol, vt, fa mi.

La, re, sol, mi, vt, fa. La, re, sol, mi, fa, vt.

La, re, sol, fa, vt, mi. La, re, sol, fa, mi, vt.

La, mi, vt, re, fa, sol. La, mi, vt, re, sol, fa.

La, mi, vt, fa, re, sol. La, mi, vt, fa, sol, re.

La, mi, vt, sol, re, fa. La, mi, vt, sol, fa, re.

La, mi, re, vt, fa, sol. La, mi, re, vt, sol, fa.

La, mi, re, fa, vt, sol. La, mi, re, fa, sol, vt.

La, mi, re, sol, vt, fa. La, mi, re, sol, fa, vt.

La, mi, fa, vt, re, sol. La, mi, fa, vt, sol, re.

La, mi, fa, re, vt, sol. La, mi, fa, re, sol, vt.

La, mi, fa, sol, vt, re. La, mi, fa, sol, re, vt.

La, mi, sol, vt, re, fa. La, mi, sol, vt, fa, re.

La, mi, sol, re, vt, fa. La, mi, sol, re, fa, vt.

La, mi, sol, fa, vt, re. La, mi, sol, fa, re, vt.

La, fa, vt, re, mi, sol. La, fa, vt, re, sol, mi.

La, fa, vt, mi, re, sol. La, fa, vt, mi, sol, re.

La, fa, vt, sol, re, mi. La, fa, vt, sol, mi, re.

La, fa, re, vt, mi, sol. La, fa, re, vt, sol, mi.

La, fa, re, mi, vt, sol. La, fa, re, mi, sol, vt.

La, fa, re, sol, vt, mi. La, fa, re, so, mi, vt.

La, fa, mi, vt, re, sol. La, fa, mi, vt, sol, re.

La, fa, mi, re, vt, sol. La, fa, mi, re, sol, vt,

La, fa, mi, sol, vt, re. La, fa, mi, sol, re, vt.

La, fa, sol, vt, re, mi. La, fa, sol, vt, mi, re.

La, fa, sol, re, vt, mi. La, fa, sol, re, mi, vt,

La, fa, sol, mi, vt, re. La, fa, sol, mi, re, vt.

[-115-] La, sol, vt, re, mi, fa. La, sol, vt, re, fa, mi.

La, sol, vt, mi, re, fa. La, sol, vt, mi, fa, re.

La, sol, vt, fa, re, mi. La, sol, vt, fa, mi, re.

La, sol, re, vt, mi, fa. La, sol, re, vt, fa, mi,

La, sol, re, mi, vt, fa. La, sol, re, mi, fa, vt.

La, sol, re, fa, vt, mi. La, sol, re, fa, mi, vt.

La, sol, mi, vt, re, fa. La, sol, mi, vt, fa, re.

La, sol, mi, re, vt, fa, La, sol, mi, re, fa, vt.

La, sol, mi, fa, vt, re. La, sol, mi, fa, re, vt.

La, sol, fa, vt, re, mi. La, sol, fa, vt, mi, re.

La, sol, fa, re, vt, mi. La, sol, fa, re, mi, vt.

La, sol, fa, mi, vt, re. La, sol, fa, mi, re, vt.

Or il est certain que les chants de cét Hexachorde qui ont l'interualle de la Sexte majeure soit en montant, ou en descendant, c'est à dire Ut la, ou La vt, ne sont pas bons, et que les Practiciens la rejettent, tant parce qu'elle est trop difficile à entonner, que parce qu'elle est des-agreable, et qu'elle blesse l'oreille, dont il est difficile de trouuer la vraye raison, attendu que l'interualle de l'Octaue est permis, et est agreable, encore qu'il soit plus grand, et que la raison de ces deux sons Vt la est plus aisee à comprendre que celle de la Sexte mineure qui est fort agreable, particulierement en montant, car sa raison est de 8 à 5, et celle de la majeure est de 5 à 3, laquelle est la premiere des raisons surpartissantes, comme la Sesquialtere de 3 à 2 est la premiere des surparticulieres: Or il est plus aisé de comprendre la raison surbipartissante de 5 à 3, que la surtripartissante de 8 à 5. D'où il est facile de conclure que la douceur, la bonté, et l'agreement des consonences ne dépend pas seulement de la comprehension et de la primauté de leurs raisons, et qu'il faut en rechercher la cause dans la relation et le rapport que tous les interualles ont à l'Octaue, où à ses repliques; de sorte qu'elle est semblable à la cause finale de la Morale, dont la bonté des actions dépend tellement, qu'elles sont dautaut meilleures qu'elles s'en approchent dauantage, ou qu'elles la representent mieux, ou qu'elles contiennent de plus nobles relatious et habitudes. Mais il n'est pas aisé de monstrer que la Sexte mineure represente mieux l'Octaue, ou qu'elle ait vn plus grand commerce auec elle que la majeure, si l'on ne suppose ce que ie remarque dans le 4 liure des Instrumens à chordes, à sçauoir que l'on entend plusieurs sons en chaque son, quoy que beaucoup d'oreilles ne les apperçoiuent pas, particulierement que l'on enrend l'Octaue en haut; de sorte que les deux sons de la Sexte majeure estant oüis, le plus graue represente l'Octaue en haut, c'est à dire 6, car ie suppose que le moindre nombre, ou le moindre terme de la raison represente le son le plus graue de la consonance, comme i'ay demonstré dans le liure des Consonances et des Instrumens, et consequemment que 3 est le son le plus graue de la Sexte majeure. D'où il s'ensuit que ce son en produit vn autre à l'Octaue en haut, à sçauoir 6; de sorte que l'on oit ces trois sons 3, 5, 6, quoy que l'on ne le sçache pas; et que l'interualle de cette Sexte represente la Tierce mineure de 5 à 6 à l'esprit, au lieu que celuy de la mineure luy represente la Tierce majeure, car 5 engendre 10, en suite dequoy l'interualle de la Sexte mineure fait ces trois termes 5, 8, 10, dont 8 est à 10 comme 4 à 5, qui est la raison du Diton; de maniere que l'on peut dire que i'interualle de la Sexte mineure est dautant meilleur que celuy de la majeure, que le Diton est plus doux que le Sesquiditon.

Il est certain que l'on peut s'imaginer beaucoup de choses contre ce discours, et qu'il ne satisfera pas à plusieurs, mais chacun a la liberté d'inuenter de meilleures raisons, et de consulter les plus excellens esprits tant sur ce sujet que sur tous ceux de cét ouurage. Quant aux autres interualles des 720 chants, ils sont tous [-116-] bons, c'est pourquoy ie ne m'y arreste pas; i'ajoûte seulement qu'il y a 240 chants qui ont l'interualle de la Sexte majeure, dont 120 se font en montant d'Vt à La, et 120 en descendant de La à Vt; d'où il arriue qu'il n'y a que 480 chants qui soient bons dans la combination precedente. Mais ils seroient tous bons dans les 720 chants faits des 6 notes de l'Hexachorde mineur, parce que l'interualle de la Sexte mineure est permis; c'est pourquoy i'explique la diuersité de cette Sexte par les notes qui suiuent, et qui se chantent ainsi, Re, mi, fa, sol, la, fa.

L'on peut aussi commencer cette Sexte par Mi, et si l'on veut que le Triton s'y rencontre il faut commencer par Fa sur la clef de F vt, de sorte que les clefs qui sont au commencement font 2160 chants auec 6 notes; quoy qu'elles ne soient plus les mesmes à proprement parler, d'autant que les clefs les changent, et les font monter ou descendre; de sorte qu'il vaut mieux dire que ces notes contiennent trois exemples differens, dont le premier commence à l'Ut de C sol, le second au D de D la re, et le troisiesme au Mi d'E mi la: et si l'on commence au fa de F vt fa, l'on aura le 4 exemple, et consequemment l'exemple qui suit contient 2880 chants tous differens. Et si l'on fait seruir ces six notes pour d'autres interualles que pour les ordinaires de la Diatonique, par exemple pour les demitons du Luth ou de la Viole, ou pour les consonances, par exemple pour les deux Tierces, les deux Sextes, la Quarte et la Quinte, l'on aura tout autant de nouuelles varietez de 720 chants; ausquels si l'on aioûtoit les diuersitez des temps, c'est à dire des differentes mesures de la Musique, l'on auroit vn nombre de diuersitez si grand que nul ne les pourroit chanter ou lire en mille ans, comme ie monstreray en parlant de cette varieté qui vient des 7 ou 8 sortes de notes dont vsent les Praticiens.

Or entre plusieurs vtilitez qui peuuent estre tirees de cette varieté l'on y peut mettre celle qui sert pour diuersifier le mesme nombre de notes sans crainte de se confondre et de se troubler, et l'auantage que cét art donne par dessus la seule imagination, car le Musicien qui sçaura cette methode pourra gager tout ce qu'il voudra contre vn autre qui ne la sçaura pas, qu'il fera plus de varietez que luy du nombre de notes qui sera proposé; par exemple, il fera 720 varietez de 6 notes en commençant à la fin, au milieu, ou à tel autre chant qu'il voudra sans faillir en nulle façon, au lieu que l'autre Musicien destitué de cét art, quoy que plus habile à toucher et en toute autre chose, n'en pourra faire vne centaine sans se troubler, et sans en repeter quelques-vnes. L'autre vtilité consiste au choix des meilleurs chants, car puis qu'on les a tous deuant les yeux, l'on ne peut manquer à en choisir de bons si l'on a assez de iugement pour ce suiet; et bien que l'on puisse douter si l'on a pris les meilleurs, l'on est du moins certain que l'on a pris ceux qui ont agreé dauantage, et qui ont semblé les meilleurs à l'oreille.

Or comme ces 6 notes differentes font 720 chants differens, s'il y en auoit deux semblables elles ne feroient que 360 chants; s'il y en auoit 3 semblabl<es>, l'on auroit seulement 840 chants; si 4 estoient semblables, l'on auroit 30 chants; s'il y en auoit 5 semblables l'on n'en auroit que 6: finalement si elles estoient toutes semblables elles ne feroient qu'vn seul chant. Mais 2 et 2 semblables donnent 180 chants, 2, 2 et 2 en font 90; 2 et 3 en font 20, et 2 et 4 en font 15. Ce qui peut seruir pour faire des Anagrammes, dont ie parleray apres plus amplement.

Quant à la varieté triple ou quadruple des 6 notes qui suiuent, l'on vsera de tel Senaire ou de tel Hexachorde que l'on voudra des 4 qui sont signifiez par les clefs que ie mets deuant la premiere varieté.

[-117-] Varietez des six notes de la Sexte mineure, ou maieure.

[Mersenne, Livre II des chants, 117; text: Sept cens vingt Chants de l'Hexachorde mineur. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60] [MERHU2_2 02GF]

[-118-] [Mersenne, Livre II des chants, 118; text: 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120] [MERHU2_2 03GF]

[-127 <recte 119>-] [Mersenne, Livre II des chants, 119; text: 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180] [MERHU2_2 04GF]

[-128 <recte 120>-] [Mersenne, Livre II des chants, 120; text: 181, 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207, 208, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 238, 239, 240] [MERHU2_2 05GF]

[-121-] [Mersenne, Livre II des chants, 121; text: 241, 242, 243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265, 266, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 273, 274, 275, 276, 277, 278, 279, 280, 281, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 299, 300] [MERHU2_2 06GF]

[-122-] [Mersenne, Livre II des chants, 122; text: 301, 302, 303, 304, 305, 306, 307, 308, 309, 310, 311, 312, 313, 314, 315, 316, 317, 318, 319, 320, 321, 322, 323, 324, 325, 326, 327, 328, 329, 330, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351, 352, 353, 354, 355, 356, 357, 358, 359, 360] [MERHU2_2 07GF]

[-123-] [Mersenne, Livre II des chants, 123; text: 361, 362, 363, 634, 365, 366, 367, 368, 369, 370, 371, 372, 373, 374, 375, 376, 377, 378, 379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390, 391, 392, 393, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 402, 403, 404, 405, 406, 407, 408, 409, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 419, 420] [MERHU2_2 08GF]

[-124-] [Mersenne, Livre II des chants, 124; text: 421, 422, 423, 424, 425, 426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435, 436, 437, 438, 439, 440, 441, 442, 443, 444, 445, 446, 447, 448, 449, 450, 451, 452, 453, 454, 455, 456, 457, 458, 459, 460, 461, 462, 463, 464, 465, 466, 467, 468, 469, 470, 471, 472, 473, 474, 475, 476, 477, 478, 479, 480] [MERHU2_2 09GF]

[-133 <recte 125>-] [Mersenne, Livre II des chants, 125; text: 481, 482, 483, 484, 485, 486, 487, 488, 489, 490, 491, 492, 493, 494, 495, 496, 497, 498, 499, 500, 501, 502, 503, 504, 505, 506, 507, 508, 509, 510, 511, 512, 513, 514, 515, 516, 517, 518, 519, 520, 521, 522, 523, 524, 525, 526, 527, 528, 529, 530, 531, 532, 533, 534, 535, 536, 537, 538, 539, 540] [MERHU2_2 10GF]

[-134 <recte 126>-] [Mersenne, Livre II des chants, 126; text: 541, 542, 543, 544, 545, 546, 547, 548, 549, 550, 551, 552, 553, 554, 555, 556, 557, 558, 559, 560, 561, 562, 563, 564, 565, 566, 567, 568, 569, 570, 571, 572, 573, 574, 575, 576, 577, 578, 579, 580, 581, 582, 583, 584, 585, 586, 587, 588, 589, 590, 591, 592, 593, 594, 595, 596, 597, 598, 599, 600] [MERHU2_2 11GF]

[-127-] [Mersenne, Livre II des chants, 127; text: 601, 602, 603, 604, 605, 606, 607, 608, 609, 610, 611, 612, 613, 614, 615, 616, 617, 618, 619, 620, 621, 622, 623, 624, 625, 626, 627, 628, 629, 630, 631, 632, 633, 634, 635, 636, 637, 638, 639, 640, 641, 642, 643, 644, 645, 646, 647, 648, 649, 650, 651, 652, 653, 654, 655, 656, 657, 658, 659, 660] [MERHU2_2 12GF]

[-128-] [Mersenne, Livre II des chants, 128; text: 661, 662, 663, 664, 665, 666, 667, 668, 669, 670, 671, 672, 673, 674, 675, 676, 677, 678, 679, 680, 681, 682, 683, 684, 685, 686, 687, 688, 689, 690, 691, 692, 693, 694, 695, 696, 697, 698, 699, 700, 701, 702, 703, 704, 705, 706, 707, 708, 709, 710, 711, 712, 713, 714, 715, 716, 717, 718, 719, 720] [MERHU2_2 13GF]

ADVERTISSEMENT.

Il faut tirer des lignes perpendiculaires de haut en bas pour diuiser ces notes de six en six, parce qu'elles ne doiuent pas estre prises de suite.

[-129-] PROPOSITION X.

Combien l'on peut faire de chants de tel nombre de notes que l'on voudra, lors qu'il est permis d'vser de deux, 3, 4, notes semblables et cetera et que l'on retient tousiours le mesme nombre total des notes dont on fait les chants.

Nous auons demonstré dans les 2 propositions precedentes combien l'on peut faire de chants differents en prenant des notes toutes differentes, et qui demeurent tousiours les mesmes sans qu'il soit permis de changer autre chose que l'ordre, il faut monstrer dans celle-cy le nombre des chants qui se peuuent faire d'vn mesme nobre de notes, lors qu'il est permis de repeter vne, ou plusieurs notes 2, 3, 4 fois, et cetera et parce que le nombre des chants qui repetent les mesmes notes 2 ou plusieurs fois ne sont pas en si grand nombre que ceux où l'on ne repete nulle note, l'on peut dire que cette proposition est vn détachement des deux autres.

Or il est tres-aisé de trouuer ce nombre en diuisant la combination precedente qui donne le nombre des chants, dont i'ay parlé dans les deux autres propositions, par celle des lettres semblables, ou repetees. Par exemple, le chant Ut, re, mi, vt, fa, a cinq notes, dont la combination precedente est 120;

[Mersenne, Livre II des chants, 129,1] [MERHU2_2 01GF]

mais parce qn'il y a deux notes semblables, à sçauoir deux vt, il faut diuiser 120 par 2, c'est à dire par la combination de deux notes, le quotient donnera 60 pour le nombre des chants qui se peuuent faire des cinq notes precedentes.

De mesme si l'on fait vn chant de ces 7 notes Vt, re, mi, vt, sol, vt, fa, il faut diuiser la combination de 7, à sçauoir 5040, par celle de 3, à sçauoir par 6, dautant que la note vt se repete 3 fois.

[Mersenne, Livre II des chants, 129,2] [MERHU2_2 01GF]

Et s'il arriue que le chant ait deux notes semblables de deux sortes, comme en ce chant Vt, re, mi, re, vt, où il y a deux vt, et deux re, il faut quarrer la combination de 2 qui font 4, par lequel 120 qui est le nombre de la combination de 5 notes, estant diuisé monstre qu'il n'y a que 30 chants dans ces 5 notes.

[Mersenne, Livre II des chants, 129,3] [MERHU2_2 01GF]

S'il y auoit 3 binaires de notes semblables, il faudroit cuber 2, et cetera suiuant les dignitez de l'Algebre. Il faut dire la mesme chose de 2, de 3, et de 4 ternaires, quaternaires, et cetera iusques à l'infiny:

[Mersenne, Livre II des chants, 129,4] [MERHU2_2 01GF]

par exemple Vt, re; mi, mi, re, mi, fa, re, sol, contient 9 notes, dont il y en a deux qui se repetent 3 fois, c'est pourquoy il faut quarrer la combination de 3, à sçauoir 6, qui fait 36, par lequel la combination de 9 estant diuisee, à sçauoir 362880, le quotient donne 10080 chants differents.

S'il y auoit 2 binaires, et vn ternaire, il faudroit multiplier la combination du ternaire par le quarré de la combination de deux. Et si l'vne des notes se repetoit quatre fois, et l'autre 5 fois, il faudroit multiplier la combination de 5 par celle de 4 pour auoir le diuiseur.

Finalement si l'on veut sçauoir combien l'on peut faire de chants differens de 22 notes, dont il y en ait deux qui se repetent chacune deux fois, vne qui se repete 3, et deux autres qui se repetent quatre fois, il faut quarrer la combination de 2 pour auoir quatre, par lequel il faut multiplier la combination de 3 pour auoir 24, qu'il faut multiplier par le quarré de la combination de 4, qui est 576, et le produit, à sçauoir 13824 sera le diuiseur qui diuisera la combination de 22, dont le quotient donnera 81307923016320000 pour le nombre des chants qui se peuuent faire auec les 22 notes susdites.

[-130-] Or ce nombre est si grand que si l'on vouloit escrire tous ces chants, l'on seroit 22260896103 ans et 12 iours à trauailler, encore que l'on en escriuist 1000 chaque iour: et si on les vouloit tous escrire en vn an, il en faudroit escrire chaque iour 222761432921424 2/3, ou enuiron.

Ie veux encore donner vn exemple de la premiere partie de l'Air d'Antoine Boësset, qui commence Diuine Amaryllis, lequel i'ay mis tout au long dans le second liure des Instrumens à chordes, et dont ie mets icy les quinze premieres notes, desquelles il y en a deux sur vne ligne, trois sur vn autre, trois sur vne autre, et quatre sur vn autre:

[Mersenne, Livre II des chants, 130] [MERHU2_2 01GF]

c'est pourquoy il faut multiplier le quarré de la combination de trois, qui est 36, par deux, pour auoir 72, qu'il faut encore multiplier par la combination de quatre, dont le produit est 1728, par lequel il faut diuiser la combination de 15, à sçauoir 1307674368000, pour auoir le quotient 756756000, qui monstre le nombre des chants qui se peuuent faire auec les 15 notes precedentes.

Mais afin que l'on sçache combien l'on peut faire de chants d'vn certain nombre de notes en quelque sorte que l'on les puisse repeter ie prends neuf notes, dont on void plusieurs chants dans cette table, qui monstre au premier rang combien il y en a de semblables, et au second le nombre des chants.

Table des Chants qui se peuuent faire de 9 notes.

Toutes differentes 362880

2 semblables 181440

3 60480

4 et 2, 2 et 3 15120

5 3024

6 et 3, et 5 504

7 72

2 et 2 90720

2, 2 et 2 45360

2, 2, 2 et 2 22680

2 et 3 10080

2, 2, 2 et 3 7560

2 et 4 7560

2, 3 et 3 5040

2, 2 et 4 3780

3 et 4 2520

3, 3 et 3 1680

2 et 5 1512

2, 3 et 4 1260

2, 2 et 5 756

4 et 4 630

2 et 6 252

4 et 5 126

3 et 6 84

2 et 7 36

Toutes semblables. 1

COROLLAIRE.

Il est aisé de faire la mesme chose dans tel autre nombre de notes que l'on voudra. Or la mesme industrie sert pour faire les Anagrammes des noms qui ont deux ou plusieurs lettres semblables, comme les deux autres propositions precedentes seruent pour sçauoir le nombre des Anagrammes de tous les noms, dont les lettres sont toutes differentes. Mais ie ne donne pas tous les exemples de cette combination des neuf notes, tant de peur d'estre trop long, que parce qu'on la peut voir dans la 13 proposition du liure Latin des Chants.

Quant aux dictions, ie mets seulement icy l'exemple du Nom de nostre Sauueur Iesvs, que l'on pourroit varier en 120 manieres pour faire 120 Anagrammes si toutes les lettres estoient differentes; mais parce que la lettre S y est deux fois, l'on ne peut faire que les 60 Anagrammes qui suiuent, dont la plus grande partie ne signifient rien, et dont les deux plus beaux sont ivses, et vises.

[-131-] Soixante Anagrammes du Nom IESVS.

Iesvs, iessv, ievss, isevs, isesv, isves, isvse, issev, issve, ivess, ivses, ivsse. Eisvs, eissv, eivss, esivs, esisv, esvis, esvsi, essiv, essvi, eviss, evsis, evssi. Sievs, siesv, sives, sivse, sisev, sisve, seivs, seisv, sevis, sevsi, sesiv, sesvi, svies, svise, sveis, svesi, svsie, svsei. Ssiev, ssive, sseiv, ssevi, ssvie, ssvei. Viess, vises, visse, veiss, vesis, vessi, vsies, vsise, vseis, vsesi, vssie, vssei.

PROPOSITION XI.

Combien l'on peut faire de Chants differens d'vn certain nombre de notes prises dans vn autre plus grand nombre, lors que lesdites notes sont toutes differentes, soit que l'on garde l'ordre des lieux differens, ou que l'on n'en vse pas, et lors qu'il est permis de les prendre deux à deux, ou trois à trois, ou quatre à quatre, et cetera.

Nous auons seulement consideré la varieté des lieux, et de l'ordre des notes dans les 3 propositions precedentes, sans qu'il soit permis d'aioûter de nouuelles notes, mais nous monstrons dans celle-cy comme il faut trouuer le nombre des chants qui se peuuent faire des notes ausquelles l'on en aioûte d'autres nouuelles, de sorte que cette combination est plus grande et plus generale que la precedente, qu'elle contient, et à qui elle aioute vne nouuelle consideration.

L'exemple qui suit est si clair que l'on n'a point de besoin d'autres preceptes. Ie suppose donc que l'on vüeille sçauoir tous les chants qui se peuuent faire de 8 notes prises dans 22 notes, de sorte que le chant n'ait tousiours que 8 notes. Or il faut multiplier 22 par le nombre qui est moindre de l'vnité, à sçauoir par celuy qui suit immediatement vers l'vnité, c'est à dire par 21, dont le produit est 462, qui est le nombre des variations de deux notes prises dans 22: puis il faut multiplier 462 par le nombre qui suit, à sçauoir par 20, dont le produit 9240 monstre le nombre de 3 notes prises dans 22. Il faut suiure ce mesme ordre iusques à 22 notes, et cetera qui donneront autant de chants que la combination ordinaire de 22, et l'on trouuera que le huictiesme nombre monstre que 8 notes prises en 22 font 12893126400 chants tous differens, comme l'on void dans cette table, dont la colomne des nombres Romains contient le nombre des notes que l'on prend, et l'autre colomne où il y a par, monstre les nombres par lesquels il faut multiplier chaque nombre qui represente le nombre des chants vis à vis de chaque nombre de notes. Et si l'on veut seulement sçauoir le nombre des chants qui se font de 8 notes, il n'est pas necessaire de passer le nombre qui respond à VIII.

Quant à l'vtilité que l'on peut tirer de cette proposition, et de celles qui suiuent, l'on ne peut pas l'expliquer entierement sans faire de nouueaux liures sur ce sujet, comme il est aisé de monstrer par les differentes considerations qui s'en peuuent faire en mille sujets et mille rencontres, dont ie donneray quelques exemples assez signalez pour persuader cette verité à ceux qui ne la verront pas dans les tables, et dans la methode de les construire comme dans des principes tres-feconds, d'où l'on en pourra encore tirer quelques autres.

[-132-] Chants d'vne note multipliee.

par 21  I       22

par 20 II 462

par 19 III 9240

par 18 IV 175560

par 17 V 3160080

par 16 VI 53721360

par 15 VII 85941760

par 14 VIII 12893126400

par 13 IX 180503769000

par 12 X 2346549004800

par 11 XI 28158588057600

par 10 XII 309744468633600

par 9 XIII 3007444686336000

par 8 XIV 27877002177024000

par 7 XV 223016017416192000

par 6 XVI 1561112121913344000

par 5 XVII 9366672731480064000

par 4 XVIII 4683336365740320000

par 3 XIX 187333454629601280000

par 2 XX 56200036363888803840000

par 1 XXI et 1124000727777607680000

XXII

Somme totale 3055350753492612960484

I'ay dit dans la proposition 26, soit que l'on garde l'ordre des lieux differens, c'est à dire la variation des lieux, comme nous auons fait dans toutes les precedentes combinations, ou que l'on n'en vse pas, c'est à dire que l'on ne fasse point les varietez qui procedent des differents lieux.

Or pour trouuer cette particuliere combination, qui est vn detachement de la Table precedente, il faut diuiser le nombre donné de cette Table par la combination ordinaire du nombre des choses, dont on cherche la combination. Par exemple, pour sçauoir combien l'on peut faire de chants de trois notes differentes prises dans la Vingt-deuxiesme, c'est à dire dans 3 Octaues, il faut diuiser le nombre 9240, qui est vis à vis de 3, par 6, qui est la combination ordinaire de 3, le quotient donnera 1540 pour le nombre des chants, dont chacun aura toujours quelque note nouuelle.

Delà vient que cette Table sert pour deux sortes de combinations, dautant que la combination ordinaire en oste la diuersité des lieux, et consequemment laisse la Table des chants, qui ont tous quelque note differente.

COROLLAIRE I.

Il faut donc remarquer que cette table en contient deux, à sçauoir l'ordinaire, dont i'ay parlé dans la premiere proposition, et celle qui a tousiours quelque note differente, laquelle peut seruir pour trouuer combien trois, quatre, six, ou tant de choses que l'on voudra, peuuent estre prises differemment, de sorte qu'il y en ait tousiours quelque nouuelle à chaque fois dans tel autre nombre que l'on [-133-] voudra choisir. Par exemple, combien 3, 4, 8, ou 12 chartes prises en 22, en 30, en 56, ou en tel autre nombre que l'on voudra, peuuent venir differemment à ceux qui ioüent; car si l'on prend les 3 chartes en 22, le ieu peut venir differemment à chacun 1540 fois auant que le mesme ieu leur reuienne. Et s'il y a vn plus grand nombre de chartes, comme au ieu picquet, de l'homme et cetera où il y en a 36, l'on trouuera aisément combien le ieu des 12 chartes que l'on prend peut venir differemment auant que le mesme ieu reuienne: car il faut multiplier 36 par 35 pour auoir 1260, qui donne le nombre des ieux de 2 chartes prises en 36; puis il faut multiplier 1260 par 34 pour auoir le nombre des ieux des 3 chartes, à sçauoir 42840, qu'il faut encore multiplier par 33 pour les ieux de 4 chartes; ce qu'il faut faire iusques au ieu de 12 chartes, lors que l'on veut connoistre la varieté de ce ieu, et des autres qui peuuent estre depuis le ieu d'vne charte, qui ne peut donner que 36 ieux differens iusques au ieu de 12 chartes. Et si l'on veut auoir les ieux qui peuuent estre depuis 12 iusques à 36, il faut multiplier comme deuant iusques au ieu de 36: mais si le ieu est de 56 chartes, dont on en vüeille prendre 12, il faut multiplier 56 par 55, et le produit par 54, et cetera iusques à ce que l'on soit descendu à 44, qui multipliera le dernier produit, et donnera le nombre des ieux de 12 chartes, pourueu que l'on diuise ce dernier produit, ou celuy qui respond au nombre des chartes que l'on prend pour ioüer, par la combination ordinaire du mesme nombre de chartes, comme i'ay déja dit.

COROLLAIRE II.

L'on peut appliquer le corollaire precedent aux nombre des notes prises dans l'estenduë de 36 ou 56 notes, et aux nombres des dictions prises dans les mesmes nombres, ou dans tel autre que l'on voudra: et si l'on veut on n'en ostera point le nombre qui vient de la varieté des lieux. Mais pour sçauoir le nombre de toutes les dictions, chartes, ieux, ou autres choses, comme de 2, 3, 4, 5, et cetera iusques à 12, ou à tel autre nombre que l'on voudra, il faut assembler tous les nombres precedens, comme l'on void à la fin de la table precedente.

COROLLAIRE III.

Lors que l'on ne se soucie pas de trouuer combien l'on peut faire de chants ou de dictions de 22 notes ou lettres en les prenant vne à vne, deux à deux, ou trois à trois, et cetera iusques à 22, ou iusques à tel autre nombre que l'on veut, et que l'on se contente de sçauoir toutes les varietez qui se peuuent faire les prenant en toutes ces manieres, sans specifier combien il y a de chants ou de dictions de deux, ou de trois lettres, et cetera il faut seulement disposer autant de nombres en progression Geometrique double, en commençant par l'vnité, comme il y a d'vnitez dans le nombre total que l'on prend. Par exemple, si l'on prend 22 choses, il faut escrire autant de nombres, dont chacun contienne deux fois celuy qui precede immediatement en cette maniere:

Progression double.

1

2

4

8

16

Car la somme de ces 22 nombres donne toutes les varietez des chants qui se peuuent rencontrer dans 22 notes, soit que chaque chant n'ait qu'vne note, ou qu'il en ait 2, 3, 4, et cetera iusques à 22, de sorte qu'il y a tousiours quelque note differente, car la varieté des lieux n'est pas gardee dans cette combination.

[-134-] 32

64

128

256

512

1024

2648

5296

10592

21184

42368

84736

169472

338944

677888

1355776

2711552

Somme totale

5423104

Or il n'est pas necessaire d'ajoûter tous ces nombres pour sçauoir leur somme totale, car le double du dernier la donne en ostant l'vnité; et consequemment le double de 2711552, c'est à dire le 23 nombre de la progression doublee, à sçauoir 5423104, donne le nombre des chants, des dictions, des chartes, ou des autres choses qui se peuuent faire dans le nombre de 22, en les prenant vne à vne, deux à deux, iusques à ce que l'on prenne les 22 pour vn seul chant, ou pour vne diction.

Il est si aisé de continuer cette progression Geometrique, qu'il n'est pas besoin d'en parler icy dauantage, quoy que ie l'aye continuee iusques à 64 dans la 10 proposition du 7 liure Latin, où l'on trouuera l'exemple de la varieté des 8 notes de l'Octaue, lors qu'on les prend vne à vne, deux à deux, trois à trois, et cetera. I'ay encore donné deux tables tres-vtiles dans la 12 proposition, qui sont pour les conternations, conquaternations, et cetera de 12 notes, ou 12 lettres prises dans le nombre de 36, dont on peut se seruir icy; c'est pourquoy ie viens aux autres especes de combinations qui sont plus difficiles que celle-cy, et particulierement à celle qui comprend toutes les autres, et qui est tres-generale, et la plus vtile de toutes. Ce qui arriue ordinairement à tout ce qui est general; car chaque maxime est dautan<t> plus vtile qu'elle est plus vniuerselle, parce que l'on en tire vn plus grand nombre de conclusions et de veritez. Et si l'on rencontroit vne verité d'où l'on peust tirer toutes les autres comme de leur source et de leur origine, l'esprit seroit parfaitement content, et seroit perpetuellement raui dans la contemplation de de cette verité.

COROLLAIRE IIII.

Puis que cette Proposition monstre le nombre des chants ou des dictions qui se peuuent faire de tel nombre de notes ou de dictions que l'on voudra, lors que l'on les prend en 22 notes, ou en 22 lettres, et que i'ay donné la table qui contient le nombre desdits chants qui gardent la diuersité de l'ordre, et la maniere de composer la table laquelle monstre le nombre des chants qui ne gardent pas la varieté de l'ordre, ie veux icy ajoûter cette table, afin que l'on ne puisse rien desirer en cette matiere.

Table des Chants qui ont leurs notes differentes.

22 d'vne note, et de 21

231 de 2, et de 20,

1540 de 3, et de 19,

7315 de 4, et de 18,

26334 de 5, et de 17,

74613 de 6, et de 16,

170544 de 7, et de 15,

319770 de 8, et de 14,

497420 de 9, et de 13,

646646 de 10, et de 12,

705432 de 11,

Or cette table seruira encore pour la 10 proposition de ce liure, et pour le traité des Orgues, afin de sçauoir combien l'on peut faire de ieux composez des simples ieux qu'elles contiennent.

[-135-] PROPOSITION XII.

Combien l'on peut faire de Chants differents d'vn nombre de notes prises dans tel autre nombre que l'on voudra, soit que l'on prenne les notes toutes differentes en vn mesme nombre, ou toutes semblables, ou partie differentes, et partie semblables.

Cette combination est la plus generale de toutes, car elle monstre combien vn nombre de notes, ou d'autres choses prises dans tel autre nombre que l'on veut, souffre de varietez: par exemple, combien 4 notes peuuent estre variees, soit que l'on les prenne toutes differentes, ou partie differentes, partie semblables, ou toutes semblables, et que l'on garde la varieté des lieux, ou de l'ordre; de sorte que cette regle contient tout ce que l'on peut s'imaginer dans toutes les varietez et les combinations des notes, ou de telles autres choses que l'on veut; car tout ce qui se dit des notes peut estre appliqué aux nombres, aux lettres, aux soldats, aux fleurs, aux couleurs, et cetera.

Ce que l'on ne peut expliquer plus clairement que par l'exemple qui suit, dans lequel sont compris tous les chants qui se peuuent faire de 22 notes, soit que l'on vse d'vne seule note, ou de 2, de 3, de 4, et cetera et que l'on repete chaque note 2, 3, 4, 5 fois, et cetera ou que chaque note soit differente. Or la construction de la table est bien aisee, car supposé que l'on vüeille sçauoir combien 8 notes prises dans 22 peuuent faire de chants, il faut prendre le nombre 22 pour le premier nombre des chants qui se peuuent faire d'vne seule note repetee 22 fois, puis il faut quarrer 22 pour auoir le nombre des chants de 2 notes, à sçauoir 484, qu'il faut multiplier par 22 iusques à ce que l'on paruienne aux chants de 8 notes, qui s'expriment par 54875873536, comme l'on void dans la table qui suit, laquelle contient tous les chants qui se peuuent faire de 22 notes.

Table generale de 22 notes, et de tous les Chants qu'elles contiennent.

1 22

2 484

3 10648

4 234256

5 5153632

6 113379904

7 2494357888

8 54875873536

9 1207269217792

10 26559922791424

11 584318301411328

12 12855002631049216

13 282810057883082752

14 6221821273427820544

15 136880068015412051968

16 3011361496339065143296

Si l'on veut auoir les chants de plus de 22 notes, il faut multiplier le dernier nombre qui est vis à vis de 22, par 22, et le produit encore par 22 iusques à ce qu'on ait atteint le 30, le 40, le 50, ou tel autre nombre de notes que l'on voudra. Et si l'on veut sçauoir combien il y a de chants iusques à 7, 8, ou tel autre nombre de notes que l'on voudra, il faut seulement ajoûter les nombres iusques à 7, ou 8, et cetera.

Or cette table, ou vne autre que l'on fera par la mesme methode, a de grands vsages pour plusieurs choses, dont i'en expliqueray seulement vn pour enuoyer toutes sortes de lettres secretes par le moyen des notes de la Musique, et pour sçauoir le quantiesme est chaque chant dans le nombre [-136-] de tous les chants possibles, ou quel chant est signifié par chaque nombre donné.

17 66249952919459433152512

18 1457498964228107529355264

19 32064977213018365645815808

20 7054294986404044207947776

21 15519448971100888972574851027

22 341427877364219557396646723584

Somme totale, 357686347714896679177439424706

COROLLAIRE.

Si l'on oste chaque nombre de la table precedente, qui donne tous les chants de 22 notes lors qu'il est permis de changer l'ordre, la combination des chants qui ont tousiours quelque note semblable demeurera toute seule, sans qu'il soit permis de changer d'ordre: Par exemple, si l'on oste le nombre des chants de trois notes, à sçauoir 9240 du nombre des chants de trois notes de cette table vniuerselle, à sçauoir de 10643, il restera 1403 pour les chants de trois notes prises en 22, qui ont leurs notes partie semblables, ou toutes semblables.

PROPOSITION XIII.

Un chant estant donné trouuer le rang et l'ordre qu'il tient entre tous les chants possibles dans vn nombre determiné de notes.

Il faut icy remarquer plusieurs choses auant que d'expliquer cette proposisition: premierement que le nombre des notes differentes dont on veut faire les chants, doit estre determiné, par exemple de 22 notes differentes. Secondement, qu'il est permis de repeter vne mesme note tant de fois que l'on voudra, par exemple, 2, 3, 4, et cetera iusques à 22 fois, ou plus. En troisiesme lieu, qu'il faut determiner les interualles ou degrez dont on veut vser. En quatriesme lieu, qu'il faut marquer les notes differentes auec les lettres, ou auec d'autres characteres.

Or ie prendray seulement les 22 notes differentes qui se rencontrent dans le systeme de Guy Aretin, qui commence en G vt, et finit en D la sol, en diuisant les trois [rob] fa [sqb] mi en leurs deux notes, autrement il n'y auroit que 19 characteres. Et afin que la table precedente serue aux lettres et aux dictions qui se peuuent faire de 22 lettres, ie les mettray vis à vis des lettres qui seruent aux 22 notes de Musique, afin que l'on connoisse à quelle diction respond chaque chant, ou quel discours est expliqué par toutes sortes de chants, et que tel nombre que l'on voudra estant donné, l'on sçache le chant et la diction qui luy respond. Car comme il ne peut y auoir nul chant dans les 22 notes qui ne soit contenu dans la table des nombres, il n'y a semblablement nulle diction qui n'y soit comprise, soit Latine, Françoise, Greque, Hebraïque, ou telle autre qui se puisse imaginer, pourueu qu'elle se puisse escrire auec nos 22 lettres, ou auec telles autres 22 lettres que l'on voudra. Ce qu'il faut aussi remarquer pour les notes, et pour les interualles, dautant que si l'on veut vser des degrez Chromatiques ou Enharmoniques, ou d'autres degrez nouueaux, l'on trouuera tousiours le nombre de tous les chants qui se peuuent faire dans l'estenduë de 22 notes, qui font 21 degrez, ou interualles. Mais ie suppose que toutes les notes ayent vn temps égal, c'est à dire qu'elles soient chantees ou escrites d'vne mesme sorte de notes, c'est à dire, que si [-137-] l'vne est semibreue, minime, noire, ou crochuë, que toutes les autres soient de mesme valeur; car quant à la difference des temps, i'en parleray apres.

Il faut encore remarquer que i'ay diuisé les trois [rob] fa, [sqb] mi chacun en leurs deux notes, afin que l'on puisse chanter par [sqb] quarre et par b mol; De là vient que l'estenduë de ces chants ne passe point la Dix-neufiesme, qui suffit pour toutes sortes de voix, autrement l'on auroit trois Octaues entieres: quoy que l'on puisse augmenter la table iusques à 4, 5, 6, ou tant d'Octaues que l'on voudra.

Table de tous les Chants et de toutes les dictions qui se peuuent faire de 22 notes, ou de 22 lettres.

[Mersenne, Livre II des chants, 137; text: I, II, III, IV, V, 1, A, G, VT, Nombre, 2, B, RE, Dizaine, 22, 3, C, FA, Centaine, 484, 4, D, [sqb], MI, Mille, 10648, 5, E, SOL, Dizaine de mille, 234276, 6, F, LA, 5153632, 7, G, Milion, 113379904, 8, H, 2494357888, 9, I, 54875873536, 10, L, Bilion, 1207269217792, 11, M, 26559922791424, 12, N, 584318301411328, 13, O, Trilion, 12855002631049216, 14, P, 282810057883082752, 15, Q, 6221821273427820544, 16, R, Quatrilion, 136880068015412051968, 17, S, 3011361496339065143296, 18, T, 66249952919459433152512, 19, V, Cinquilion, 1457498964228107529355264, 20, X, 32064977213018365645815808, 21, Y, 705429498686414044207947776, 22, Z, Sextilion, 1551944897110888972574851072] [MERHU2_2 25GF]

Pour entendre cette table, il faut remarquer que les notes de la Musique pourroient estre changees aux nombres 1, 2, 3, et cetera ou aux lettres de nostre Alphabet, A, B, C, et cetera sans qu'il fust necessaire de mettre les dictions ordinaires de la Gamme, ou de l'eschele de Musique: quoy que ie les aye mis dans la troisiesme Colomne. Or il y a tousiours mesme raison des deux nombres de la 5 colomne qui se suiuent immediatement, que d'vn à 22, de sorte que la premiere raison monstre toutes les autres, car tous ces nombres suiuent la progression des dignitez de l'Algebre, et consequemment la raison des deux nombres suiuans est tousiours doublee de la raison des deux precedens. De là vient qu'il faut passer par les 22 notes ou par les 22 lettres auant que de venir aux chants et aux dictions de deux notes, ou de deux lettres, et consequemment qu'il faut passer par 22 dizaines, dont chacune ait deux notes auant que de paruenir à la premiere diction, ou au premier chant de trois lettres, qui tient le lieu de centaine, et qui exprime son nombre 484 fois.

[-138-] D'où il s'ensuit qu'il faut vingt-deux centaines pour faire le mille, qui vaut 10648, et vingt-deux milles pour la dizaine de mille, qui vaut 234256, et ainsi des autres. Cecy estant posé, l'on trouuera aisément le rang et l'ordre que tient chaque chant parmy tous les chants qui se peuuent faire de vingt-deux notes. Or les exemples qui suiuent font mieux comprendre cette table que le discours, dont le premier fait voir par quel nombre ce chant de 4 notes Vt, fa, re, mi, est representé.

[Mersenne, Livre II des chants, 138,1] [MERHU2_2 14GF]

Mais pour le trouuer il faut determiner le lieu de la table où ces quatre notes doiuent estre prises, car on les peut trouuer en cinq endroits. Or ie suppose maintenant que l'on les prenne dans la premiere Quarte, qui commence à G vt, afin qu'ils respondent à

G VT

B FA

A RE

[sqb] MI

Il faut commencer par la derniere note du chant, à sçauoir par Mi, qui est la 4 du systeme, et qui consequemment ne vaut que son nombre; ce qui arriue à toutes les dernieres notes des autres chants, ou aux dernieres lettres des dictions, qui ne vallent iamais que le nombre qui marque leur rang dans le systeme.

Mais parce que l'on commence ce dechifrement à rebours de droit à gauche, nous appellerons la derniere note du chant la premiere, la penultiesme la seconde, et cetera iusques à la derniere à main gauche, qui est la premiere à main droite. Mi vaut donc 4. Re est la seconde note du chant, et est aussi la seconde du systeme, c'est pourquoy il faut multiplier la dizaine, à sçauoir 22 par 2, dont le quotient sera 44. Fa est la 3 note du chant, et la 5 du systeme, et par consequent il faut multiplier le 3 nombre de la table, c'est à dire la centaine par 5 pour auoir 2420. Finalement Ut est la 4 note du chant, quoy que la premiere du systeme, c'est pourquoy il faut simplement escrire le 4 nombre de la table, à sçauoir 10648, et ces 4 nombres ajoûtez donneront 13116, qui monstre le quantiesme est ce chant entre tous ceux qui se peuuent faire de 22 notes. Et si l'on ascriuoit vne diction au lieu d'vn chant, l'on trouueroit Aebd, auec laquelle l'on peut escrire le mesme Air, de sorte que les dictions peuuent signifier les chants qui sont propres pour signifier les dictions: et consequemment l'on peut escrire toutes sortes de lettres et de liures auec les notes de la Musique et toutes sortes de Motets, et autres pieces de Musique auec les dictions et auec le discours.

Il est aisé de donner tels autres exemples que l'on voudra, pourueu qu'ils n'ayent que vingt-deux notes, car s'ils en ont vn plus grand nombre, il faut augmenter la table precedente. Ie donne encore vn autre exemple d'vn chant de 14 notes, dont il y en a seulement 7 differentes, et les sept autres semblables, dont l'vne se repete 4 fois, l'autre 3 fois, et deux autres chacune deux fois; et consequemment ce chant peut estre varié en 151351200 façons, si l'on garde tousiours le mesme nombre de notes suiuant ce qui a esté dit dans la troisiesme proposition. Mais il faut voir le quantiesme il est entre tous les chants qui sont en 22 notes.

[Mersenne, Livre II des chants, 138,2] [MERHU2_2 14GF]

Et parce qu'il y a deux G re sol vt dans le systeme, à sçauoir celuy du 9, et du 17 lieu, et que ce chant commence par G re sol vt, ie prends le 17, à raison que ce chant appartient au Dessus. Ie mets donc 13 pour la premiere note qui est à main gauche, c'est à dire pour l'Vt de C sol vt fa, parce que cette note vaut seulement le nombre qu'elle a vis à vis de la table. Le Re est la deuxiesme note du chant, et la 14 du systeme; c'est pourquoy il faut multiplier 22 par 14 pour auoir 308. Le Mi est la troisiesme [-139-] note, et la 15 du systeme, et donne 7360. Fa qui est la quatriesme donne 170368. Le second Mi qui est la cinquiesme note donne 3513840. La sixiesme, à sçauoir le Mi du dernier [sqb] mi, est la vingtiesme dans la table; c'est pourquoy il faut multiplier le sixiesme nombre par vingt, d'où il viendra 103072640. La septiesme note, qui est le La, donne 2040888272. La 8 et 9 tiennent le 17 rang dans le systeme; or le huictiesme nombre de la table multiplié par 17 donne 4240484096, et le neufiesme multiplié par le mesme 17 donne 932889850112. Le Mi est la 10 note du chant, et la 15 du systeme, c'est pourquoy elle vaut 18109038266880. L'onziesme donne 371838919079936. La douziesme vaut 8764774121169920. La 13 vaut 205680042096787456. Finalement la 14, qui est la premiere du chant, et la 17 du systeme, vaut 4807770984012406784, qui vient du 13 nom-nombre de la table multiplié par 17.

Or la somme qui vient de l'addition de tous ces nombres, à sçauoir 5022606726029247885, monstre le lieu que tient le chant, ou le quantiesme il est entre tous les chants de 14 notes qui se peuuent faire de 22 notes. Et si c'estoit vne diction au lieu d'vn chant, l'on en auroit vne qui ne se peut prononcer, à sçauoir srqpqsstxqrqpo, qui tient le mesme rang entre toutes les dictions possibles, que le chant precedent entre tous les chants. Par où l'on void que les lieux où se rencontrent les bons chants ne sont pas propres pour les dictions qui se peuuent prononcer, à raison que les voyelles necessaires pour la prononciation ne s'y rencontrent pas. Il arriue semblablement que les lieux de la table où se rencontrent les dictions faciles à prononcer, et qui sont en vsage, ne sont pas propres pour les beaux chants, comme l'on void dans l'exemple qui suit, dans lequel le premier verset du Psalme 72 est escrit auec les nombres et les notes, car les neuf nombres separez signifient les lieux que tiennent les neuf dictions de ce verset dans la table de toutes les dictions possibles.

[Mersenne, Livre II des chants, 139,1; text: 168949, 613179, 50536012, 45447, 4087, 7687, 3803197, 190494, 849029. Quàm bonus Israël Deus his qui recto sunt corde.] [MERHU2_2 14GF]

Mais le chant qui respond à ces nombres, et à chaque lettre de ce verset, est mal-aisé à chanter, à raison des grands interualles qu'il faut faire, comme l'on void en ces dix lignes qui comprennent ce chant de 39 notes, dont chacune represente chaque lettre du verset precedent, qui peut estre escrit par ces notes. Et consequemment l'on peut escrire toutes sortes de lettres secrettes par le moyen des notes, dont on peut faire deux, ou plusieurs parties, selon l'estenduë du discours que l'on escrit; de sorte que tous les liures possibles peuuent estre escrits par les notes d'vne Dix-neufiesme, soit par [rob] mol, ou par [sqb] quarre.

[Mersenne, Livre II des chants, 139,2; text: Quàm bonus Israël Deus his qui recto sunt corde.] [MERHU2_2 14GF]

[-140-] Or comme l'on peut escrire des lettres et des discours auec les notes de Musique, l'on peut semblablement escrire des Airs et des pieces de Musique auec des lettres et des discours; de sorte que celuy qui reçoit vne lettre de son amy pourra chanter en lisant. Et l'on pourroit tellement accommoder la lettre auec la note, qu'vne mesme lettre seruiroit de note et de sujet. Par exemple, si le chant precedent estoit bon, comme il peut arriuer à d'autres paroles, il seruiroit pour prononcer les dictions, car chaque note signifieroit chaque lettre. Mais il faudroit mettre vn autre ordre entre les lettres de nostre Alphabet, et faire tellement rencontrer toutes les voyelles proches les vnes des autres, que l'on eust la liberté de faire plusieurs dictions dans l'estenduë de huit, ou de douze lettres, afin que l'on peust faire toutes sortes de chants dans l'estenduë de l'Octaue, ou de la Douziesme.

Apres auoir donné la maniere d'escrire toutes sortes de chants par le moyen des nombres et des lettres, il faut expliquer la maniere de connoistre le chant, et de le dechifrer lors que le nombre est donné; car ce que i'ay dit dans cette proposition sert seulement pour escrire les chants ou les dictions par les nombres, mais il ne donne pas le moyen de lire les chants, ou l'escriture que l'on signifie par les nombres: de sorte que l'on peut escrire tout ce que l'on voudra, sans que pour cela l'on puisse lire; et consequemment il n'est pas necessaire que les Secretaires puissent lire ce qu'ils escriuent.

PROPOSITION XIV.

Comme il faut lire toutes sortes de lettres et de dictions en quelque langue que ce soit, lors qu'elles sont escrites par nombres, ou par quelqu'autres characteres qui seruent de nombres; et comme l'on peut chanter toutes sortes d'Airs et de notes signifiees par toutes sortes de nombres donnez.

Il est aisé de lire toutes sortes de chants et de lettres escrites en chifre, car il faut seulement trouuer quelle diction ou quel chant est dans vn lieu donné de la combination generale; ce que l'on trouuera note à note, ou lettre à lettre en cette façon. Il faut diuiser le nombre dudit lieu donné par le nombre des combinations prochainement moindre, puis il faut mettre le reste à part, et le diuiser par le nombre des combinations qui precede le premier diuiseur iusques à ce qu'on diuise par 22, car le quotient et le reste de la derniere diuision monstrent la quantiesme note du systeme, ou la quantiesme lettre de l'Alphabet il faut prendre: ce que les exemples feront mieux comprendre que de plus longs discours.

Soit donc le nombre donné à dechiffrer 1349183819. Il faut chercher dans la Table de la combination generale de la 5 proposition le premier nombre qui est moindre, à sçauoir 113379904, qui est le nombre des chants, ou des dictions de 6 notes, ou lettres, et consequemment le chant ou la diction proposee à 7 notes, ou 7 lettres, dautant que ce nombre pris dans la table de la 6 proposition, lequel commence par l'vnité, se trouue au 7 lieu. Ie diuise donc le nombre donné par cestuy-cy, et le quotient estant 11, ie prens l'onziesme note du systeme de la 6 proposition, à sçauoir le fa du b fa, ou l'onziesme lettre de l'Alphabet qui est M. Mais cette diuision estant faite, il reste 102004875, que ie diuise encore par le nombre de la table, qui precede le premier diuiseur, c'est à dire par 5153632, le quotient est 19, c'est à dire le troisiesme b fa, qui fait l'Octaue [-141-] auec le precedent, et en l'Alphabet la lettre V. Il reste 4085867, que ie diuise par 234256, le quotient est 17, qui donne l'Vt du dernier G re sol vt, et la lettre S. Mais il reste 103515 que ie diuise par 10648, le quotient est 9, qui monstre l'Vt du second G re sol vt qui fait l'Octaue auec le precedent, et consequemment la lettre I. Il est resté 7683, qu'il faut diuiser par 484 pour auoir le quotient 15, qui monstre le La du deuxiesme E mi la, et la lettre Q. Il est encore resté 423, qu'il faut diuiser par 22, le quotient est 19, qui monstre le Fa du troisiesme B fa, et la lettre V. Finalement il est resté 5, qui monstre la 5 note, à sçauoir l'Vt du premier C sol vt fa, et la lettre E; de sorte que le chant qui auoit esté proposé est celuy qui est icy noté, et la diction est Musique.

[Mersenne, Livre II des chants, 141] [MERHU2_2 14GF]

Ie veux encore donner vn exemple pour dechifrer les neuf dictions qui suiuent, et qui peuuent aussi bien signifier des chants que des dictions: 348296965, 23781617, 7662611473, 2959121, 107399, 58031, 210, 12829794275, 9367645904. Il faut donc premierement trouuer dans la table des combinations quel nombre peut diuiser 348296965, et l'on aura 113379904 pour diuiseur, et le quotient donnera 3; le reste est 8157253, qu'il faut diuiser par 5153632, et le quotient est 1, et le reste 3003621, que ie diuise par 234256, le quotient est 12, reste 192549, que ie diuise par 10648, le quotient est 18, reste 885, que ie diuise par 848, le quotient est 1, reste 40l, que ie diuise par 22, et reste 5, d'où il s'ensuit que cette premiere diction sera Cantate, et les autres nombres estant diuisez de la mesme sorte on trouuera ce verset entier, Cantate Domino canticum nouum, laus eius in Ecclesia Sanctorum, lequel on mettra si l'on veut en Musique auec les notes qui respondent aux lettres de la table de la 6 proposition.

Or puis que nous auons donné la maniere de trouuer le lieu d'vn chant ou d'vne diction dans le nombre de tous les chants, ou de toutes les dictions possibles qui se peuuent faire de 22 notes ou lettres, il faut maintenant trouuer le lieu d'vn chant ou d'vne diction dans le nombre de celles qui ont mesme nombre de notes ou de lettres; et puis le lieu estant donné, il faut trouuer quelle diction occupe ce lieu dans ledit nombre, pourueu que le nombre des notes ou des lettres dont est composé le chant soit specifié.

Quant à la table de la 12 proposition, elle monstre combien tel nombre de notes ou de lettres que l'on voudra prendre en 22 notes ou lettres peut faire de chants: par exemple, il y en peut auoir 484 de deux notes, et 10648 de trois, et cetera.

Ie laisse mille subtilitez que l'on peut tirer de ces 2 tables, afin que ceux qui les trouueront en reçoiuent plus de contentement que si ie les escriuois icy: quoy que les 2 propositions qui suiuent en contiennent deux des principales.

PROPOSITION XV.

Trouuer le lieu et le rang que tient vn chant donné de tant de notes que l'on voudra parmy ceux qui peuuent estre faits d'vn nombre égal de notes prises en 22.

Apres auoir donné la maniere de trouuer le lieu d'vn chant, ou d'vne diction [-142-] dans le nombre de tous les chants possibles, i'en ajoûte vne autre qui sert pour trouuer le lieu dans le nombre des chants qui ont mesme quantité de notes, et puis ie monstreray comme il faut trouuer le chant quand le lieu est donné.

Or la table de la combination des notes enseigne combien vne certaine quantité de notes prises en 22 peut faire de chants, dont ceux que l'on compose de deux notes sont 484, comme ceux de trois notes sont 10648, et cetera. Mais pour trouuer le lieu que chaque chant tient dans ledit nombre il faut que la premiere note à main droite exprime vne fois le rang qu'elle tient dans l'échele Harmonique, et que celle qui est au 2 lieu l'exprime 22 fois, et cetera. Par exemple, si la premiere note respond à N, elle vaut 12: secondement si elle se trouue au 2, 3, ou 4 rang, et cetera elle vaut vn moins que le rang qu'elle tient: par exemple, si la note respondant à N tient le rang à main droite, il faut multiplier 11 par 22, si elle est au 3, par 484, et cetera de sorte que la premiere note respondant à A n'est qu'vn zero, quoy qu'elle se puisse mettre au commencement du chant, et qu'elle vaille vn à la fin. Nous mettrons donc la 2 note d'A re pour la premiere, B fa pour la seconde, et cetera et D la sol sera la 21, excepté qu'à la fin du chant chacune vaut toujours son nombre.

Mais afin que nous n'ayons pas besoin de notes pout les exemples, ie me sers des lettres de l'Alphabet qui sont vis à vis. Ie suppose donc premierement que l'on vüeille sçauoir le lieu de la diction Eliud qui a cinq lettres, dont il se peut faire 5153632 dictions, pourueu qu'on les prenne dans les 22 lettres de l'Alphabet. Or la premiere lettre est D, qui est la 4 dans l'Alphabet; la 2 est V, qui est la 19, mais elle ne vaut icy que 18, laquelle ie multiplie par 22, le produit est 396; la 3 lettre est I, qui est la 9, et ne vaut que 8, lequel multipliant 484 fait 3872: L est la 10, et ne vaut que 9, lequel multipliant 10608 donne 95832; et puis ie multiplie 234256 par E qui vaut 4, le produit est 937024; de sorte que tous ces nombres estans assemblez monstrent que le chant de 5 notes respondant à Eliud est le 1037128 entre ceux des 5 notes.

Secondement cette maniere peut seruir à escrire des lettres difficiles à dechifrer, par exemple si l'on vouloit escrire ce verset, Si occidis Deus peccatores, viri sanguinum declinate à me, l'on trouuera qu'apres l'operation semblable à la precedente l'on aura les neuf nombres qui suiuent pour les 9 dictions du verset: 361, 1371421453, 34293, 15919222918517, 195875, 879296384835, 174880186211,, 1, 225, que l'on peut aisément appliquer aux notes du chant qui respond à ces paroles.

PROPOSITION XVI.

Vn nombre estant donné trouuer quel chant ou quelle diction tient le rang dudit nombre parmy les chants ou les dictions qui ont vne mesme quantité de notes ou de lettres.

L'on trouue quel chant tient le rang d'vn nombre donné entre ceux qui ont mesme quantité de notes, si l'on remarque premierement qu'il doit tousiours rester quelque nombre à la fin des operations, afin que le quotient ne soit iamais plus grand que 21, car il faut ajoûter à chaque quotient, excepté qu'apres la derniere diuision il pourra rester 22, parce qu'il ne faut rien ajoûter à ce reste. Or il faut tousiours diuiser le nombre donné par celuy de la table generale qui se [-143-] trouue prochainement moindre; et si l'vn des nombres de cette table se rencontre, l'on aura le dernier chant de cette sorte; par exemple, si l'on trouue 10648, qui est le nombre des chants de trois notes, l'on aura trois fois le Sol de D la sol; or on trouue ce chant en diuisant 10648 par 484, dont le quotient est 22, et parce qu'il ne reste rien, l'on met 21, qui vaut vn Sol, ou la lettre Z: le reste 484 estant diuisé par 22, le quotient est encore 22, de sorte qu'il faut prendre 21 qui vaudra 22 à raison de l'vnité qu'il faut ajoûter, et l'on a encore vn Sol, ou vn Z, et reste 22.

Si le nombre donné se diuisoit exactement sans aucun reste par le nombre pris dans la table, il faudroit mettre la note signifiee par le quotient sans y rien ajoûter, et autant de D sol apres qu'il en est requis pour acheuer le nombre des notes dont le chant deuroit estre composé: par exemple 8712 se diuise exactement par 484, dont le quotient est 181 qui respond à l'A mi la re, apres lequel il faudroit mettre deux D la sol. Mais il faut icy remarquer deux choses, dont la premiere est que si l'on ne peut diuiser par tous les nombres de la table moindres que le premier diuiseur, et qu'ils se trouuent plus grands que le nombre à diuiser, il les faut passer en mettant G vt autant de fois que l'on aura passé, comme l'on fait lors qu'en la diuision le diuiseur est plus grand que le nombre à diuiser.

Or les exemples qui suiuent pour les dictions feront mieux comprendre tout cecy qu'vn plus long discours. Soit donc le nombre proposé 5157999, lequel diuisé par 5153632 donne le B, ou l'A re, c'est à dire 1 pour le quotient, que l'on ne peut diuiser par les 2 diuiseurs suiuans 234256, et 10648, c'est pourquoy ie mets deux A, et puis ie le diuise par 484, le quotient est 9, qui donne L, et reste 11 qui ne peut estre diuisé par 22, ie mets donc A et M pour les 11 qui restent, de sorte que la diction est Baalam, et pour faire Balaam il faudroit 5249475.

La seconde chose qu'il faut remarqner est qu'en escriuant en cette maniere de chifre, s'il se rencontre des dictions qui commencent par vn ou plusieurs A, il faut obseruer de combien de lettres la diction est composee en mettant vn point apres le nombre, et puis vn chifre qui monstre la quantité des lettres, par exemple, en ce nombre 7536. 5. le 5 qui est apres la diction monstre qu'elle est composee de 5 lettres, c'est pourquoy l'on deuroit diuiser ledit nombre par 234256, puis qu'il est le 5 en la progression Geometrique de 22 qui commence à l'vnité et puis par 10648, mais parce que l'on ne peut, ie mets 2 A, et puis ie le diuise par 484, le quotient est 15, i'ajoûte vn pour auoir 16, c'est à dire R, il reste 276, lequel diuisé par 22 donne 12 qui respond à O; et parce qu'il reste 12, la lettre N acheue la diction Aaron.

L'on trouuera par cette methode que les nombres suiuans representent les paroles de dessous:

[Mersenne, Livre II des chants, 143; text: 18. 2. 142709. 1056105 160793. 5. 76453537 104473. 3177671. 6. At pius Eneas arces quibus altus Apollo.] [MERHU2_2 14GF]

car les nombres qui ont vn point et vn chifre apres eux signifient les dictions qui commencent par A, et le chifre qui suit le point monstre combien la diction a de lettres.

Il y a encore vne autre methode de dechifrer ces nombres, à sçauoir en leur ajoûtant la difference du rang qu'ils tiennent dans le nombre total de dictions, et de celuy qu'elle tient dans le nombre des dictions d'vne égale quantité de lettres; or cette difference est l'addition des nombres des dictions composees de [-144-] moins de lettres que de celles dont il est question: par exemple, ce nombre 7272.4. a 4 lettres, i'ajoûte le nombre des dictions de 3, de 2, et d'vne lettre, à sçauoir 10648,484, et 22, dont la somme fait 11154, laquelle ajoûtee à 7272 fait en tout 18426: lequel estan diuisé par 10648 l'on a 1 pour le quotient; reste 7778, que que ie diuise par 484, le quotient est 16, reste 34, que ie diuise par 22, et reste 12; c'est pourquoy ie prends la 1 et la 16, et puis la 1 et la 12 lettre, qui donnent la diction Aaron.

Si le nombre estoit 979, le diuiseur trouué 484 me fait connoistre que ce nombre a 3 lettres, puis que 485 est vis à vis de 3 dans la table: il faut donc ajoûtes au nombre donné le nombre des dictions d'vne et de 2 lettres, qui sont 22, et 484, ou 506, lesquels ajoûtez à 979 font 1485, qu'il faut diuiser par 484, le quotient est 3, reste 33, que ie diuise par 22, le quotient est 1, et reste 11, et consequemment cette diction est Cam. Or apres auoir expliqué ces propositions, ie veux ajoûter quelques Corollaires qui seruiront pour accomplir la proposition 11 et 12, parce que ie ne les ay mis en leur propre lieu.

COROLLAIRE I.

Puis que la progression Geometrique qui croist en raison double est tres-vtile pour soudre plusieurs questions que l'on propose, ie veux l'acheuer depuis son 22 terme que i'ay mis dans l'onziesme proposition, iusques à son 64 terme.

Table de la progression Geometrique double depuis 23 iusques à 64.

23 4194304 44 8796093022208

24 8388608 45 17592186044416

25 16777216 46 35184372088832

26 33554432 47 70368744177664

27 67108864 48 140737488355328

28 134217728 49 281474976710656

29 268435456 50 562949953421312

30 536870912 51 1125899906842624

31 1073741824 52 2251799813685248

32 2147483648 53 4503599627370496

33 4294967296 54 9007199254740992

34 8589934592 55 18014398509481984

35 17179869184 56 36028797018963968

36 34359738368 57 72057594307927936

37 68719476736 58 144115188075855872

38 137438953472 59 288230376151711744

39 274877906944 60 576460752303423488

40 549755813888 61 1152921504606846976

41 1099511627776 62 2305843009213693952

42 2199023255552 63 4611680184927387904

43 4398046511104 64 9223372036854775808

Or l'on trouue la somme de tous ces termes en prenant celuy qui suit, lequel est double du 64, en ostant l'vnité. Mais quand la progression suit vne autre [-145-] raison, par exemple la triple, 1, 3, 9, 27, 81, et cetera il faut oster l'vnité, et puis diuiser le reste par la difference de la progression precedente moindre de l'vnité, à sçauoir par deux, le quotient 121 donnera les 5 termes, et 121 estant donné pour le contenu des 5 termes, si on le double, et que l'on ajoûte 1 au produit, l on aura 243 pour le 6 terme. Semblablement si la progression est en raison quadruple 1, 4, 16, 64, et cetera. Apres auoir pris le 5 terme qui suit immediatement à sçauoir 256, d'où l'on oste l'vnité, il faut le diuiser par la progression precedente, à sçauoir par 3, pour auoir le quotient 85 pour la somme des 4 termes precedens: et si à 85 donné et multiplié par 3 l'on ajoûte l'vnité, l'on aura 256 pour le 5 terme. Il faut dire la mesme chose de la progression de 22, et de toutes les autres possibles.

Mais si l'on ne veut pas prendre la peine de chercher le terme qui suit le plus grand des donnez, il faut faire la mesme operation au dernier terme des donnez, et la diuiser par vn nombre moindre de l'vnité que celuy de la progression, et puis il faut ajoûter au quotient le dernier terme qui a esté diuisé. Par exemple, si l'on assembler les 9 premiers termes de la progression de 22, l'on oste l'vnité du 9, qui est 54875873536, lequel on diuise par 21, le quotient est 2613136835, auquel l'on ajoûte le 9 terme pour auoir 57489010371.

COROLLAIRE II.

Si l'on vouloit trouuer combien l'on peut faire de chants ou de dictions de 12 notes, ou de 12 lettres prises en 36 notes ou lettres, ou combien le jeu de Piquet peut venir de fois differemment iusques à ce que le mesme jeu reuienne, il faudroit construire la table qui suit, dont le dernier nombre donne le nombre des chants, des dictions, et des ieux differens de 12 chartes prises en 36: Or i'ay donné la maniere de la construire dans la 12 proposition du liure Latin des chants.

Table des varietez d'vn chant de 12 notes prises en 36.

[Mersenne, Livre II des chants, 145; text: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 28, 36, 45, 55, 66, 78, 91, 35, 56, 84, 120, 165, 220, 286, 364, 455, 70, 126, 210, 330, 495, 715, 1001, 1365, 1820, 252, 462, 792, 1287, 2002, 3003, 4368, 6188, 924, 1716, 5005, 8008, 12376, 18564, 3432, 6435, 11440, 19448, 31824, 50388, 12870, 24310, 43758, 75582, 125970, 48620, 92378, 167960, 293930, 184756, 352716, 646646, 705432, 1352078, 2704156, 105, 560, 2380, 8568, 27132, 77520, 203490, 497420, 1144066, 2496144, 5200300, 680, 3060, 11628, 38760, 116280, 319770, 817190, 1961256, 4457400, 9657700, 136, 816, 3876, 15504, 54264, 170544, 490314, 1307504, 3268760, 7726160, 17383860, 153, 969, 4845, 20349, 74613, 245157, 735471, 2042975, 5311735, 13037895, 30421755, 171, 1140, 5985, 26334, 100947, 346104, 1081575, 3124550, 8436285, 21474180, 51895935, 190, 1330, 7315, 33649, 134596, 480700, 1562275, 4686825, 13123110, 34597290, 86493225, 1540, 8855, 42504, 177100, 657800, 2220075, 6906900, 20030010, 54627300, 141120525, 231, 1771, 10626, 53130, 230230, 888030, 3108105, 10015005, 30045015, 84672315, 225792840, 253, 2024, 12650, 65780, 296010, 1184040, 4292145, 14307150, 44352165, 129024480, 354817320, 276, 2300, 14950, 80730, 376740, 1560780, 5852925, 20160075, 64512290, 193536720, 548354040, 300, 2600, 17550, 98280, 475020, 2035800, 7888725, 28048800, 92561040, 286097760, 834451800, 325, 2925, 20475, 118755, 593775, 2629575, 10518300, 38567100, 131128140, 417225900, 1251677700] [MERHU2_2 15GF]

[-146-] Mais celle qui suit est plus vtile et plus aisee, dautant qu'il ne faut faire qu'onze multiplications, en multipliant premierement 36 par 35, et puis le produit par 34; et ainsi consequemment iusques à ce que l'on ait 12 rangs de nombres, dont le premier est 36, le second 360, et cetera et le douziesme 125677700 donne le nombre des chants differens qui n'ont plus la varieté de l'ordre, parce que la combination ordinaire que l'on void dans la 3 colomne est ostee des nombres de la 4; de sorte que ceux de la seconde colomne monstrent les varietez sans l'ordre: par exemple, si l'on prenoit 3 notes en 36, elles feroient 7140 dictions, et si l'on gardoit l'ordre elles en feroient 42840.

Table des Chants de 12 notes, ou des jeux differens du Piquet pris en 36 notes ou chartes

I   II          III         IV                  V

1 36 1 36 35

2 630 2 1260 34

3 7140 6 42840 33

4 58905 24 1413720 32

5 376992 120 45239040 31

6 1947792 720 1402410240 30

7 8347680 5040 42072307200 29

8 30260340 40320 1220096908800 28

9 94143280 362880 34162713446400 27

10 254186856 39916800 922393263052800 26

11 600805296 4799001600 23982224839372800 25

12 1251677700 6227020800 599555620984320000 24

PROPOSITION XVII.

Determiner le nombre des Chants qui se peuuent faire de tel nombre de notes que l'on veut, lors que l'on les prend dans vn plus grand nombre de notes (par exemple, lors que l'on prend 8 notes telles que l'on vent dans les 22 notes des 3 Octaues,) et qu'il est permis de repeter dans lesdits chants les mesmes notes 2, 3, ou plusieurs fois.

Il est aisé de sçauoir combien l'on peut faire de chants de tel nombre de notes que l'on voudra, lors que l'on se donne la liberté de les repeter plusieurs fois, et que l'on les prend dans vn plus grand nombre, sans qu'il soit permis d'vser des variations de l'ordre: et pour ce sujet il faut premierement voir combien il y a de notes dans le chant, sans auoir égard aux notes semblables qui ne sont contees que pour vne: par exemple, lors qu'en ce 1 chant qui a 7 notes ie repete 4 fois l'Vt, il faut seulement prendre ces 4 Vt pour vne note, de sorte qu'il faut seulement prendre les 4 notes differentes de ce chant, et voir combien l'on peut faire de chants de 4 notes differentes prises dans les 22 notes de 3 Octaues, dont l'ordre est osté et l'on trouuera 7315, lequel estant multiplié par 4 donne 29260 chants differents, qui peuuent estre faits de ce 1 chant.

[Mersenne, Livre II des chants, 146; text: 1, 2] [MERHU2_2 15GF]

[-147-] Or il faut remarquer qu'il y aura tousiours autant de varietez dans toutes les autres sortes de chants qui auront 4 notes differentes; par exemple, dans le second chant Vt, re, mi, fa, qui ne repete nulle note, ou dans celuy qui en repetera quelqu'vne, 2, 3, 4, ou 15 fois. Ie veux encore donner vn autre exemple de 10 notes dont il y en a deux semblables, la varieté de 9 pris dans la table qui suit monstrera la multitude des chants: et si ce chant de 10 notes en auoit 3 semblables, les varietez de 7 donneroient le nombre des chants: s'il auoit 4 ou 5 notes semblables, la varieté de 6 ou de 5 donneroient le nombre des chants, comme l'on void à la table qui suit.

Table de tous les chants qui ont plusieurs notes semblables.

      1  de 22 notes differentes

462 2 notes semblables

4620 3 notes semblables, et cetera

29260 4

131670 5

447678 6

1193808 7

2558160 8

4476780 9

6466460 10

7759752 11

7759752 12

Cette table n'a pas besoin d'estre prolongee iusques à 22, dautant qu'il y a mesme nombre de chants depuis 12 iusques à 22, que depuis vn iusques à 11; car comme l'on ne peut faire qu'vn chant de 22 notes prises dans 22 lors qu'elles sont toutes differentes, et qu'il n'est pas permis de changer l'ordre, l'on ne peut aussi faire qu'vn chant lors que l'on les prend toutes semblables. Et comme il y a 462 chants lors qu'on prend seulement deux notes semblables, de mesme il y en a 462 lors que le chant a 21 lettres semblables; de sorte que la semblance de deux respond à celle de 21, celle de 3 à celle de 20, et celle de 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10, à celle de 19, 18, 17, 16, 15, 14, 13 et 12.

Mais il faut remarquer que cette table est differente de celle que nous auons donnee dans la 4 proposition, parce qu'il faut multiplier chaque nombre de celle-la, par le nombre des notes semblables de chaque chant pour faire celle-cy, comme nous auons fait en multipliant le 4 nombre de ladite table, c'est à dire 7315 par 4, à raison que le chant auoit 4 notes semblables, et si vn chant a seulement 3 notes semblables et 3 notes differentes, il faut multiplier le troisiesme nombre de ladite table par 3 pour auoir 4620, qui est le 3 nombre de cette table; or il faut tousiours suiure la mesme methode pour les autres chants.

COROLLAIRE.

Il est aisé de remarquer que ce que nous auons dit des notes et des chants se peut entendre des lettres et des dictions de toutes sortes de langues, et qu'il y a autant de dictions dans 22 lettres, dont 2 ou plusieurs sont semblables, qu'il y a des chants pris dans 22 notes; ce que l'on peut semblablement dire de toutes les autres choses qui peuuent estre prises dans le nombre de 22, ou dans vn plus petit, ou vn plus grand nombre, car cette proposition est indifferente à toutes sortes de nombres. Et consequemment si les Organistes veulent sçauoir combien de chants ils peuuent faire sur le clauier, en prenant tel nombre de notes et de

touches qu'ils voudront dans l'estenduë de leur clauier, ils feront vne table de 50, ou d'autant de nombres qu'ils auront de touches, suiuant la 4 proposition; et [-148-] s'il y a des notes semblables dans leurs chants, ils y ajoûteront la methode de cette proposition.

PROPOSITION XVIII.

Determiner le nombre des Chants qui peuuent estre faits d'vn nombre de notes, quand il y en a de differentes qui sont semblables, comme quand on met deux fois Vt, et deux fois Re, et deux fois Mi, ou quatre fois les vnes et les autres, et cetera.

Lors que le nombre des notes semblables est different, comme lors que l'Vt y est deux fois, et le Re deux fois, il faut chercher vn chant dans la table precedente qui ait de la correspondance auec cettui-cy, et l'on trouuera qu'il se rapporte au chant de quatre notes qui a deux notes semblables, et deux differentes, ou à celuy qui a cinq notes, dont il y en a trois semblables, comme a le second chant, de sorte que ces deux chants se peuuent varier 4620 fois, parce qu'ils ont seulement 3 notes differentes.

[Mersenne, Livre II des chants, 148; text: 1, 2, 3, 4, 5] [MERHU2_2 15GF]

Or le rapport qu'ont ces deux chants consiste en ce qu'il y a dans le premier 2 notes, et 2 et 1, et au second 1 et 1, et 3 notes, de sorte que comme 2 et 2 se ressemblent, et la 3 qui est 1, est differente dans le premier chant, 1 et 1 sont égaux dans le second, et 3 est nombre different.

Lors que le chant a 6 notes, et qu'il y en a 2 d'vne sorte, 2 d'vne autre, et encore 2 d'vne autre, comme au 3 chant, il est semblable à vn chant de 3 lettres differentes, parce que 2, 2, 2, se ressemblent comme 1, 1, 1, c'est pourquoy il ne se peut faire que 1540 chants semblables dans 22 notes. Il faut dire la mesme chose du chant qui auroit ses notes en mesme raison que ces nombres 2, 2, 2, 2, qui se rapporte aux chant de 4 lettres differentes, encore qu'il ait 8 notes; de là vient qu'il n'y en peut auoir que 7315: ce qui doit estre entendu de ceux qui ont quatre ternaires, quaternaires, et cetera de notes semblables.

Il arriue encore la mesme chose aux chants, dont le nombre des notes semblables est different: par exemple, au quatriesme chant des 6 notes, qui a vne note d'vne sorte, puis 2 d'vne autre, et encore 3 d'vne autre; ou au cinquiesme chant qui a 9 notes, dont il y en a 2 d'vne façon, 3 d'vne autre, et 4 d'vne autre, car le nombre des diuersitez de ces 2 chants est égal à vn chant de 3 notes differentes ausquelles l'ordre est remis, comme l'on void à la table de la 4 proposition: et consequemment il y a 9240 chants semblables à ces deux dans 22 notes.

Si d'vn chant de 10 notes il y en a 1, 2, 3 et 4 semblables, le nombre des chants sera 175560, qui est égal à celuy de 4 notes differentes auec l'ordre: il y en a autant de sortes lors qu'il y a 2, 3, 4, et 5 notes semblables, parce qu'il faut seulement voir combien il y a de sortes de notes.

[-149-] PROPOSITION XIX.

Determiner le nombre des Chants que l'on peut faire de tel nombre de notes que l'on voudra, en variant les temps, ou les mesures d'vne, ou de plusieurs, ou de toutes les notes.

Il faut premierement supposer que l'on sçache le nombre des chants qui se peuuent faire sans considerer les mesures, soit que le nombre des chants se prenne dans la combination ordinaire, ou dans les autres, ou mesme que l'on ne prenne qu'vn, 2, ou 3 chants: et puis il faut sçauoir de combien de sortes de temps ou de mesures on veut vser; par exemple, si l'on veut vser de 8 temps, il faut multiplier 8 par soy-mesme pour auoir 64, qu'il faut multiplier par 8 qui donnera 512, qu'il faut encore multiplier par 8, afin d'auoir 4096, et multiplier ainsi iusques à 7 fois, d'où il viendra 16777216, qui est le nombre des chants que l'on peut faire d'vn nombre de notes, où il est permis d'vser de 8 temps differens, par exemple de 8 notes, qui sont tousiours arrangees d'vne mesme maniere. Et si l'on prend toutes les varietez que 8 notes peuuent souffrir à raison des differents lieux, et de l'ordre qu'elles peuuent auoir, soit qu'elles demeurent tousiours les mesmes, où que l'on les prenne dans vn plus grand nombre de notes, il faut multiplier le nombre des chants par le nombre des temps.

De là vient que si l'on veut sçauoir le nombre des chants de la grande table vniuerselle, lors qu'il est permis d'vser d'vne aussi grande varieté de temps que de notes, il faut multiplier chaque nombre de ladite table par soy-mesme, par exemple si l'on veut sçauoir le nombre de tous les chants possibles, lors que l'on prend aussi bien 22 temps differens comme 22 notes, il faut multiplier la somme totale de la table de la 5 proposition par soy-mesme pour auoir 116572495441436549620289361494791139391860487905922101805056 chants tous differens, dont le premier ternaire vaut 116 dixseptilions, car ce nombre contient 60 characteres.

Mais il n'est pas possible de mettre tous ces chants auec des notes, encore que toute la terre et les cieux se conuertissent en papier, et que tous les hommes escriuissent perpetuellement vn million d'annees, comme il est aisé de monstrer; c'est pourquoy ie donneray seulement l'exemple de l'vn des chants de 4 notes, qui peut se changer 256 fois, lors que l'on a la liberté d'vser de 4 temps differens, encore que les 4 notes gardent tousiours vn mesme ordre, dautant que 4 estant multiplié 4 fois fait 256, car 4 fois 4 font 16, 4 fois 16 font 64, 4 fois 64 font 256, comme l'on void dans l'exemple qui suit, ou les 4 notes de la Quarte font 256 chants differens, quoy que l'on prenne seulement le premier des 24 chants qui se peuuent faire des 4 notes, comme l'on void au commencement de l'exemple.

D'où il s'ensuit que l'on peut faire 24 fois autant de chants auec 4 temps differens, comme il y en a dans l'exemple qui suit, c'est à dire 24 fois 256, qui font 6144; et si l'on vse des deux autres especes de Quarte l'on aura 18432 chants differens: mais il suffit de mettre icy la 24 partie de l'exemple pour comprendre la verité de cette proposition.

[-150-] Table des 256 Varietez de quatre temps differens.

[Mersenne, Livre II des chants, 150] [MERHU2_2 16GF]

[-151-] [Mersenne, Livre II des chants, 151] [MERHU2_2 17GF]

COROLLAIRE.

Si l'on vouloit prendre la peine de varier vn chant donné selon les diuersitez qu'il peut souffrir dans le mesme ternaire, et dans toutes les autres sortes de mesures que la Rythmique fournit, il ne seroit pas possible à tous les hommes d'en venir à bout, comme il est aysé de conclure par les proporsitions preeedentes, qui peuuent seruir d'vne perpetuelle meditation à ceux qui prennent plaisir à considerer les ouurages de l'Eternel en détail, afin de luy rendre l'honneur, et les loüanges que tout homme luy doit. Or l'on peut appliquer cette espece de combination, ou de varietez à chaque diction, ou lettre, qui sert à quelque idiome, par exemple au Latin, ou au François, en ioignant 4 sortes d'accents à chaque vocable, ou en le prononçant en 4 tons differens, afin qu'vne mesme diction exprime 256 choses differentes, et que par ce moyen l'on facilite les langages, que l'on apprendra dautant plus aisément qu'ils auront vn moindre nombre de dictions. Ce que l'on peut semblablement accommoder à toute sorte d'escriture, comme l'on experimente aux characteres de l'Alphabet Arabe, dont vn mesme sert pour 4 ou 5 lettres differentes, à raison de 4 ou 5 sortes de points, ou d'accents que l'on met dessus, dessous, et de tous les costez desdits characteres: ce qui se pratique aussi dans l'Escriture Hebraïque, et en plusieurs autres. Voyons maintenant vne autre sorte de combination, afin que l'on ne puisse rien desirer sur ce sujet.

[-152-] PROPOSITION XX.

Determiner en combien de façons differentes deux ou plusieurs voix peuuent chanter vn Duo, ou vne autre piece de Musique.

Il est tres-aisé de trouuer en combien de sortes deux ou plusieurs personnes peuuent chanter ensemble, et en mesme temps deux ou plusieurs parties de Musique: car il faut seulement multiplier le nombre des chants de l'vn par le

nombre de ceux de l'autre; et consequemment lors que le nombre des notes et de leurs differentes valeurs est égal, il faut quarrer le nombre des notes de l'vn d'iceux; s'il y a 3 parties il le faut cuber, et s'il y en a 4 il le faut quarrer quarrer, et ainsi des autres, suiuant les dignitez de l'Algebre iusques à l'infini.

[Mersenne, Livre II des chants, 152,1; text: 1, 2, 3, 4] [MERHU2_2 17GF]

Par exemple, les 4 chants que l'on void icy ont tous 7 notes, dont chacun en a deux fois deux semblables, c'est pourquoy il faut diuiser la combination ordinaire de 7, c'est à dire 5040, par le quarré de la combination de deux, qui est quatre, le quotient sera 1260.

Or puis que le premier de ces quatre chants se peut chanter en 1260 façons par le seul changement du lieu des notes, quand le premier chantera l'vn des siens, le second pourra chanter tous ses 1260, et encore autant en mesme temps que le premier chantera le second des siens, et ainsi des autres; c'est pourquoy il faut quarrer 1260 pour auoir 1587600, qui est le nombre des chants qui se peuuent faire auec deux parties; et ce nombre quarré estant multiplié par sa racine, donnera le cube 2000376000 pour la 3 partie: et si l'on ajoûte la 4 partie, il faut multiplier le nombre precedent par la racine 1260 pour auoir 2520473760000.

COROLLAIRE I.

Si les nombres des notes estoient inégaux, ou que les notes fussent d'vne differente valeur; par exemple, si au second chant il n'y auoit que six notes, comme s'il y auoit la pose d'vne mesure au commencement, ou en quelqu'autre endroit, et qu'entre ces six notes il y en eust seulement deux semblables; au troisiesme chant qu'il y eust sept notes, et trois semblables, et au quatriesme que les notes estant en mesme nombre qu'au premier, les secondes notes qui sont en mesme ton fussent de differente valeur, à sçauoir les deux qui sont sur la derniere ligne en haut, et les deux qui sont sur la 3 en baissant, et que l'vne fust blanche et l'autre noire, ou autrement, comme l'on void icy,

[Mersenne, Livre II des chants, 152,2; text: 1, 2, 3, 4] [MERHU2_2 17GF]

il faudroit multiplier 1260 qui sont les chants de la premiere partie, par 360, qui sont ceux de la seconde, parce qu'elle n'a que six notes, dont il y en a deux semblables, et l'on auroit 413600 pour le produit: et pour la troisiesme partie, [-153-] il faut multiplier ce nombre par les chants de la 3 partie qui a 7 notes, dont il y en a trois semblables, et consequemment elle a 840 sortes de chants: c'est pourquoy si l'on multiplie 453600 par 840, l'on aura 381024000. Et finalement si l'on chante à quatre parties, il faut trouuer le nombre des chants de la quatriesme partie, à sçauoir 5040, parce qu'elle a sept notes; car bien qu'elle ait 2 notes semblables, et 2 encore semblables, il les faut neanmoins prendre toutes differentes à raison de leurs temps differens, et consequemment il faut multiplier 381024000 par 5040, pour auoir 1920360960000, qui est le nombre des chants que 4 parties peuuent chanter ensemble auec le changement de lieu des notes qui sont contenuës en chaque chant.

COROLLAIRE II.

Il faut remarquer que l'on trouue le nombre des chants qui ont plusieurs notes sur la mesme ligne, c'est à dire à l'Vnisson, de la mesme maniere que si elles estoient toutes differentes, et en des lieux differens, lors qu'elles ont leurs temps differens: Par exemple si l'on veut chanter ces deux chants ensemble, il faut voir en combien de façons chacun peut estre chanté.

[Mersenne, Livre II des chants, 153; text: 1, 2, 3] [MERHU2_2 18GF]

Or ce 2 chant a 27 notes, dont il y en a deux au 2 rang en montant qui ont mesme temps, à sçauoir la 14 et la 17; il y en a 3 sur la 3, à sçauoir la 12, 15, et 22; et il y a en 3 noires et 3 crochuës sur la 4, 2 crochuës et 3 noires sur la 5, et 4 noires sur la 6: c'est pourquoy il faut multiplier la combination de 2 pour les 2 notes semblables de la 2 rangee par celle de 3 qui est 6, pour celles de la 3 rangee, le produit est 12, qu'il faut encore multiplier par le quarré de la combination de 3, et le produit sera 432, qu'il faut multiplier par 2, et le produit par 6, et ce dernier produit par la combination de 4 qui est 24, le produit sera 124416, par lequel il faut diuiser la combination ordinaire de 27, qui est 10888869450418352160768000000, le quotient sera 87519848334766848000000, qui monstre le nombre des varietez que l'on trouue dans ses notes de ce 2 chant.

Quant au premier chant il y a 28 notes, dont il y en a 3 semblables en la plus basse ligne, 3 à l'autre, puis 2, 332, 3, 3, 3, qu'il faut multiplier les vnes par les autres, comme nous auons fait cy-dessus, pour auoir 186624, par lequel il faut diuiser la combination de 28, qui est 304888344611713860501504000000, le quotient sera 1633703835582314496000000, qui monstre le nombre des varietez de ce chant de 28 notes. Mais si on chantoit ces 2 chants ensemble l'on auroit autant de varietez qu'il y a d'vnitez en ce nombre, 14298151l914091039781518276370628608000000000000, qui vient de la multiplication des 2 nombres precedens.

[-154-] PROPOSITION XXI.

A sçauoir si l'on peut determiner quel est le chant le meilleur et le plus doux de plusieurs chants proposez, par exemple des 24 chants dont chacun a 4 sons ou 4 notes.

L'on peut iuger de la bonté des chants en deux manieres, à sçauoir en considerant le sujet pour lequel ils ont esté composez, on sans auoir égard au sujet, et en considerant leur seule douceur et leur bonne modulation. Quant à la premiere maniere, c'est chose asseuree que celuy-là est le meilleur qui exprime mieux le sujet pour lequel il a esté fait: mais nous ne parlons pas icy de cette matiere, dautant qu'elle contient plusieurs autres difficultez dont il faudra parler ailleurs; par exemple de quelle façon chaque parole doit estre exprimee, et combien l'on doit éleuer ou abaisser chaque syllabe, et cetera mais nous ne proposons icy nul sujet: c'est pourquoy il faut seulement parler de la 2 maniere, laquelle considere le plaisir que l'on peut receuoir de plusieurs sons differens qui se suiuent par degrez conjoints ou dis-joints dans l'échelle Diatonique de la Musique dont nous vsons maintenant.

Or il semble que la suite des notes qui est la plus naturelle et la plus aisee à chanter doit estre iugee la plus agreable et la meilleure, quoy qu'il se rencontrast vn seul homme qui fust de cét aduis, et que le sentiment de tous les autres fust contraire: de sorte qu'il faut seulement determiner quel est le plus aisé à chanter de plusieurs chants proposez, ou quel est celuy qui a vne meilleure suitte pour sçauoir quel est le meilleur.

Et parce que l'on ne peut pas mieux expliquer cette difficulté que par l'exemple de plusieurs chants, et que le chant composé de quatre notes se varie en 24 façons, nous nous seruirons de cét exemple pour determiner quel est le meilleur chant de ces 24 qui suiuent:

[Mersenne, Livre II des chants, 154; text: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24] [MERHU2_2 18GF]

car les 120, ou les 720, ou les 40320 chants de 5, de 6, ou de 8 notes sont en trop grand nombre pour seruir d'exemple.

Mais auant que de conclure il faut remarquer le sentiment des Praticiens, dont les vns disent que le 2 est le plus beau, et puis le 4; les autres disent que c'est [-155-] le 8 et le 10; et finalement les autres croyent que le dernier est le meilleur: et si l'on vouloit prendre la peine de rechercher des raisons pour tous ces differens sentimens, l'on en rencontreroit qui seruiroient peut-estre à connoistre la diuersité des temperamens, ou des humeurs et de l'esprit desdits Praticiens, dont ie laisse la recherche à ceux qui la voudront faire.

Oi il y a grande apparence que l'vn d'entr'eux a rencontré la verité, c'est pourquoy ie veux seulement examiner les 8 chants qui ont esté iugez les plus beaux, afin de remarquer le meilleur de tous; et parce que le dernier s'approche du repos et du silence, dont le premier s'éloigne, et que la fin de chaque chant represente le repos, il est ce semble plus agreable que le premier: quoy que l'on puisse dire qu'il est aussi agreable de trauailler apres le repos, comme l'on fait en chantant le premier chant, que de se reposer apres le trauail, comme au dernier; car lors que la voix décend elle se détend et se débande, comme elle se tend quand elle monte, puis que le graue et l'aigu des sons vient de la tension ou de l'abaissement de la chorde, comme i'ay demonstré ailleurs. A quoy l'on peut ajoûter que ce 24 chant fait vne tres-bonne cadence, et consequemment que la maxime qui enseigne que la fin couronne l'oeuure est icy verifiee, et que son premier degré commence par le moindre interualle, à sçauoir par le demiton; d'où il arriue que le mouuement de ce chant est plus aisé, puis que la voix se force moins qu'au premier, parce qu'elle commence par vn moindre degré.

Le premier chant finit aussi par le mesme demiton, ce qui fait qu'il s'approche en quelque façon du repos, parce que son premier degré augmente seulement sa tension d'vne quinziesme partie, au lieu que tous les autres qui finissent en montant l'augmentent d'vne huit ou neufiesme partie, lors qu'ils finissent par le ton, ou d'vn tiers, d'vn quart, ou d'vne cinquiesme partie, lors qu'ils finissent par la Quarte, ou par la Tierce majeure, ou par la mineure.

Quant au 2 et au huictiesme chant ils peuuent tenir le troisiesme et le quatriesme rang, dautant qu'ils finissent tous deux par le demiton, qui est vn degré Chromatique, lequel est plus doux que le ton qui est le degré Diatonique: Et bien qu'il semble difficile de determiner quel est le meilleur de ces chants, neanmoins le deuxiesme est plus naturel et plus aisé à chanter, à raison que la Tierce mineure du second chant est plus aisee à entonner que la Quarte du huictiesme: En apres, l'ordre des battemens que font les trois premiers sons du 2 est plus aisé à comprendre que l'ordre des battemens que font les 3 premiers du 8, car les battemens du 2 s'expliquent par la suite de ces termes 9, 10, 12, dont la progression et les comparaisons sont plus aisees à comprendre; et si l'on prend les quatre termes qui expriment leurs quatre notes l'on aura 36, 40, 48, 45 pour le 2 chant, et 40, 36, 48, 45 pour le 8 chant.

Le 10 chant n'a rien de recommandable si ce n'est qu'il finit par la Quarte, ou qu'il a le demiton au milieu; quant au 13, il a les 2 Tierces; mais le 14 à semblablement les 2 Tierces et puis la Quarte, et consequemment il doit estre meilleur si la bonté des chants se mesure par le plus grand nombre de leurs consonances; ce que l'on ne peut pas conclure, car nul Praticien ne iuge que l'onziesme chant soit des meilleurs, quoy qu'il contienne les mesmes consonances, dont la beauté et la bonté des chants ne dépend pas tant que de la suite des degrez conjoints; et les chants qui vont par sauts sont ordinairement plus difficiles à chanter que ceux qui vont par degrez conjoints.

[-156-] Le 15 a quelque chose d'heroïque, et de plus masle que les autres, à raison de l'interualle de la Quarte par laquelle il finit, ce qui témoigne la generosité de celuy qui le iuge le meilleur de tous à raison de la grande tension de cette fin; il arriue tout le contraire au 19 et au 20 chant qui commencent par la Quarte.

Finalement le 18 chant a quelque chose d'agreable, parce qu'il commence par le degré Chromatique qui est fort doux, apres lequel suit la Tierce mineure qui est encore bien douce, et puis il finit par le ton mineur: d'où l'on peut conclure que celuy a qui il plaist dauantage que les autres chants est d'vn temperament bien moderé et d'vne douce humeur: ce que l'on peut semblablement dire de ceux qui aiment mieux les chants qui finissent par le demiton. Mais il faudroit faire vn liure entier pour expliquer quel chant est plus propre à representer les differens temperamens, et pour qu'elle passion l'on doit les employer.

COROLLAIRE I.

Si ie n'ay pas demonstré que les chants precedens sont les meilleurs, l'on doit considerer que cette matiere est tres-difficile, et il se faut contenter de raisons probables où la demonstration manque, c'est pourquoy ie ne desire nullement preiudicier aux sentimens de ceux qui croiront auoir de meilleures raisons pour le choix de quelqu'autre chant qui leur agreera dauantage. Or i'ay plustost choisi ces 4 notes, et leurs 24 varietez qu'vn autre nombre, dautant que les Anciens ont establi toute leur Musique sur la Quarte qu'ils appelloient Tetrachorde, dautant qu'elle ne contient point d'autre degrez que ceux de cette Quarte; de sorte que celuy qui entend les raisons des degrez ou des notes, et des sons de la Quarte sçait la Musique des Grecs.

COROLLAIRE II.

Encore que i'aye pris la premiere espece de la Quarte qui commence par Vt, neanmoins le mesme exemple peut seruir pour les deux autres especes, dont la 2 commence par Re, et la 3 par Mi, car il faut seulement hausser la clef à la 2 ligne pour auoir les 24 varietez de la Quarte, Re, mi, fa, sol, et ajoûter vn b mol sous ladite clef pour auoir les 24 varietez de la Quarte Mi, fa, sol, la, comme l'on void dans cette figure, dont la premiere clef monstre la 1 espece, et la 2 et et 3 clef monstrent la 2 et la 3 espece de la Quarte;

[Mersenne, Livre II des chants, 156; text: 1, 2, 3] [MERHU2_2 18GF]

quoy qu'il ne soit nullement necessaire d'ajoûter ces clefs, dautant qu'il suffit de commencer l'Vt, le Re, ou le Mi sur la premiere note afin de continuer, et consequemment l'on peut vser des notes sans les clefs: et cét exemple peut seruir pour les 72 chants differens des 3 especes de la Quarte; car bien que 6 chants de la premiere espece commencent par la premiere note de la 2 espece, et 6 autres par le Mi de de la 3 espece, neantmoins la suite des autres degrez, ou de quelqu'vn d'iceux est tousiours differente de la suite des chants precedens, comme l'on peut demonstrer par la description des 24 chants de la 2 et de la 3 espece de Quarte, lesquels on peut comparer auec les 24 chants de la premiere espece, afin de iuger dans quelle espece sont les plus beaux chants, et si l'vne en a vn plus grand nombre de bons que l'autre.

[-157-] COROLLAIRE III.

L'on peut trouuer de nouueaux charmes dans la Musique, soit dans les simples recits, ou dans les compositions à plusieurs parties, si l'on mesle les 24 chants de l'vne des Quartes auec les 24 des autres: par exemple, si l'on fait preceder le 2 de la 3 espece, à sçauoir Mi, fa, la, sol, apres le 2 chant de la premiere espece, à sçauoir Vt, re, fa, mi; et les Praticiens trouueront plusieurs varietez fort agreables, dont ils ne se sont pas encore auisez, s'ils comparent et s'ils meslent les chants d'vne espece auec ceux des autres. Ce qu'il faut semblablement remarquer pour les 120 chants de chaque espece de la Quinte, et pour les 720 des differentes especes de la Sexte, et cetera afin d'inuenter et de pratiquer de nouuelles fugues qui seront peut estre beaucoup plus agreables que les fugues ordinaires, à raison que l'imitation aura plus de varieté, et sera plus sçauante et plus ingenieuse.

COROLLAIRE IV.

Ce que i'ay dit des chants de la Quarte Diatonique peut estre appliqué à ceux de la Quarte Chromatique et Enharmonique, ausquelles les mesmes notes peuuent seruir sans rien changer; car il suffit de faire le demiton majeur ou mineur, ou la Diese au 1 et au 2 degré. Ce qu'il faut aussi conclure des degrez de la Quinte et de l'Octaue, dautant qu'ils ne sont pas differens de ceux de la Quarte.

COROLLAIRE V.

Quant à la varieté et à la bonté des chants qui dependent de la differente valeur des notes, nous en parlerons au liure de la Rythmique, ou nous traiterons des differens mouuemens, et de leurs proprietez: car il suffit maintenant de sçauoir que ces mouuemens apportent vne tres-grande varieté aux chants, comme i'ay demonstré dans la 19 proposition, où l'on void que l'on peut faire 6144 chants tous differens des quatre notes de la Quarte precedente, et consequemment 18432 chants des quatre notes des trois especes de la Quarte, lors qu'il est permis d'vser de quatre temps differens comme de quatre notes. D'où il s'ensuit que l'on peut chanter tres-long temps auec les quatre seules notes de ces Quartes, qui peuuent seruir pour faire toutes sortes de chants sans iamais repeter le mesme chant.

COROLLAIRE VI.

Il y a grande apparence que le 8 chant est le meilleur de tous d'autant que le demiton suit apres la Quarte, qui fait la plus grande tension de ce chant, et qu'il diminuë seulement cette tension d'vne quinziesme partie; ce qui ramene tout doucement l'oreille, et la fait quasi passer insensiblement à la remission; afin de se reposer sur le Mi qui est tres-doux, et qui est la voix moyenne du chant, car le repos est dautant plus agreable que le labeur qui precede est plus grand, dautant que leur difference est plus aisee à remarquer, et frappe l'esprit, et l'oreille plus puissamment, et que le labeur estant comparé au repos est semblable à la douceur comparee à la santé, et à la volupté.

COROLLAIRE VII.

L'on peut encore dire que chaque chant est dautant plus doux et plus agreable que [-158-] ses interualles, ou ses degrez sont moins differens, et par consequent moins sensibles, comme il arriue que les nuances des couleurs sont dautant plus douces, que leurs degrés sont plus proches, et qu'ils se perdent plus insensiblement les vns dans les autres, parce que l'vnion en est plus grande. Or l'vnion est le principe et la source du plaisir, et du veritable agreement, dont la perfection consiste dans l'vnité: de sorte que l'on peut conclure que les chants sont dautant meilleurs qu'ils sont plus conjoints et plus vnis. A quoy l'on peut ajoûter qu'il est plus aisé de passer par les degrez conjoints, que par ceux qui sont éloignez et dis-joints, dautant que les differences de l'ouuerture de la gorge en sont moindres.

PROPOSITION XXII.

A sçauoir comme il faut composer les chansons, et faire les danses pour estre les plus belles et les plus excellentes de toutes les possibles: et si l'on peut disposer les Balets en telle façon que l'on apprenne toutes les sciences en dansant et en voyant danser.

Puis que la perfection de chaque chose consiste en son essence, en ses proprietez, et en ses accidens, et que son excellence doit estre mesuree selon ses ptincipes, ou suiuant la fin à laquelle elle est destinee, ie dis que la chanson qui aura tout ce qui est requis à sa perfection, et qui sera la mieux proportionnee à sa fin sera la plus excellente de toutes. Or elle aura toutes ses parties lorsqu'elle respondra parfaitement à la lettre et au sujet que l'on prend, et ne pourra iamais estre plus excellente que quand elle aura le sujet le plus excellent de tous, qui consiste à descrire les grandeurs et les loüanges de Dieu, et l'amour et l'ardeur dont nous deuons l'adorer eternellement.

D'où il est aisé de conclure que toutes les chansons de Cour qui n'ont point d'autre sujet que les profanes, et qui ne contiennent autre chose que les loüanges des hommes, qui ne subsistent le plus souuent que dans les flatteries, et qui n'ont point d'autre soustien que la vanité et le mensonge, ne peuuent estre parfaites, puis que la verité leur manque, sans laquelle il n'y a nulle perfection, et qu'elles sont priuees du sujet qui rauit les Anges, et qui seruira d'vn entretien eternel à tous les predestinez.

Quant à la note et au chant qu'il faut donner à la chanson, ie dis premierement qu'elle doit auoir l'estenduë d'vne Dix-neufiesme, afin qu'il n'y ait nul inle dans le nombre Senaire qui ne soit employé à celebrer les grandeurs de celuy qui a employé les six iours du monde à la creation des parties de l'Vniuers: ou du moins qu'elle doit contenir et auoir l'estenduë de la Douziesme, afin que tout ce qu'enferme le Ternaire serue à expliquer les thresors de la diuinité qui subsiste en 3 personnes, et qui a graué son pourtrait dans chaque creature, dans laquelle l'on peut remarquer le Ternaire des perfections dont i'ay parlé ailleurs.

Secondement la chanson doit contenir tous les passages les plus beaux et les plus rauissans qui se puissent rencontrer dans l'estenduë precedente, et toutes les consonances les plus douces, et les meilleurs; car s'il luy manque quelque beauté et quelque riche trait, l'on pourra tousiours dire qu'elle n'est pas la plus excellente de toutes les possibles.

En troisiesme lieu elle doit estre chautes par vne tres-excellente voix, ou par plusieurs, autrement elle n'aura pas la souueraine perfection qu'elle a dans sa [-159-] composition: mais nous n'en pouuons encore parler plus particulierement, parce qu'elle suppose la plus grande partie des autres liures qui suiuent apres; c'est pourquoy ie mets seulement le sujet d'vne chanson à la fin de cette proposition, lequel pourra seruir de modelle aux Musiciens qui desirent icy commencer leur beatitude, et qui veulent seulement oüir ou composer les chansons qui seruent de Prelude à celles du ciel, dont l'Escriture saincte nous fournit des exemples; comme l'on void en ces versets, Misericordias Domini in aeternum cantabo. Beati qui habitant in domo tua Domine, in saecula saeculorum laudabunt te. Exultabunt labia mea cum cantauero tibi; et plusieurs autres semblables.

Or puis que les chansons et les danses s'accompagnent ordinairement, et que nous deuons parler de toutes les especes de danses qui sont en vsage en France, il est raisonnable de considerer s'il leur manque quelque chose, et si l'on peut inuenter des danses qui soient plus vtiles et plus agreables que celles dont on vse icy, et dans l'Italie, dans l'Allemagne, dans l'Espagne, et ailleurs.

Quelques-vns croyent que les anciens faisoient pratiquer de certaines danses si bien reglees, qu'elles preseruoient les hommes de plusieurs maladies, et qu'elles les guerissoient quand ils estoient malades. Si l'on pouuoit remettre cét art en vsage l'on espargneroit des grandes sommes d'argent que l'on employe à tant de medecines. Mais nous n'auons pas vne assez grande connoissance des mouuemens necessaires pour guerir ou pour preuenir les maladies; et quand nous l'aurions, l'on trouueroit peut estre bien peu de gens qui s'y voulussent assujettir. Toutesfois l'on peut lire ce que Mercurial a escrit des differentes sortes d'exercices dont vsoient les anciens, et voir ce qui nous reste de ces mouuemens dans Galien, et dans les autres Autheurs Grecs et Latins, d'où l'on peut tirer quelque lumiere pour restablir ce qui nous a esté rauy par le temps, ou pour inuenter vn nouuel art, et vne nouuelle methode pour chasser les indispositions du corps et de l'esprit par des exercices, et des mouuemens reglez de l'vn et de l'autre. Or le fondement de cét art doit estre pris du mouuement ou du repos qui sont cause des maladies, ou qui sont necessaires pour ouurir ou pour resserrer les pores du corps, afin de chasser les excremens et les mauuaises humeurs, et de retenir les esprits et la chaleur naturelle par les onctions d'huile, d'où l'on a tiré cét aphorisme, mel intus, oleum foris: Sur quoy l'on peut lire le traité que Verulam a fait de la vie et de la mort.

Quant à la plus grande perfection des dances, elle consiste à perfectionner l'esprit et le corps, et à les mettre dans la meilleure disposition qu'ils puissent auoir. Or la plus grande perfection de l'esprit consiste à sçauoir et à contempler les plus excellens ouurages de la nature, par exemple, les mouuemens des Astres, et des Elemens, et leurs grandeurs, leur lumiere, et leur perfection, et à s'éleuer par leur moyen à l'Autheur de l'Vniuers, qui est le grand maistre du Balet que dansent toutes les creatures par des pas et des mouuemens qui sont si bien reglez, qu'ils rauissent les sages et les sçauans, et qu'ils seruent de contentement aux Anges, et à tous les Bien-heureux.

On n'a point encore vû de Balets si magnifiques qui ayent cousté mille millions d'or, et si l'on en faisoit vn dans quelque lieu du monde qui coûtast dix annees du reuenu de tout ce que produisent la mer et la terre, il n'y a nul mortel qui ne desirast y assister à quelque prix que ce fust, et neanmoins il n'auroit pas tant de beauté ny d'industrie que la composition, et le mouuement d'vn moucheron, [-160-] qui tout seul contient et renferme plus de merueilles que tout ce que l'art des hommes peut faire ou representer: de sorte que si l'on pouuoit acheter la veuë de tous les ressorts qui sont dans ce petit animal, ou bien apprendre l'art de faire des automates, et des machines qui eussent autant de mouuemens, tout ce que le monde a iamais produit en fruits, en or et en argent ne suffiroit pas pour le iuste prix de la simple veuë desdits ressorts.

Pour la perfection du corps, elle consiste dans vne parfaite santé, et dans vne tres-prompte obeïssance qu'il rend à l'esprit dont il est le seruiteur; c'est pourquoy les dances qui luy donneront ces qualitez doiuent estre estimees les plus parfaites de toutes les possibles; or les pourmenades qui seruent à la santé font vne partie desdites dances, de maniere que l'on peut comparer tous les exercices de la vie humaine à vn Balet, qui consiste en toutes sortes de mouuemens et de stations, suiuant les strophes, antistrophes, et épodes des chansons et des dances des anciens.

Mais ie laisse la recherche de ces mouuemens qui concernent la santé du corps aux Medecins, afin de considerer ceux qui peuuent seruir à l'esprit et aux sciences; et dis premierement que l'on peut faire des Balets qui representeront et enseigneront l'Astronomie, particulierement s'il est permis d'exprimer en chantant vne partie de la science que l'on veut representer et enseigner; par exemple l'on representera la distance de Saturne au Soleil par vne dance de 10 pas, dautant qu'il en est dix fois plus éloigné que la terre; et celle de Iupiter par cinq pas, dautant qu'il est cinq fois plus éloigné du Soleil que la terre. L'on peut representer les distances des autres Astres et leurs mouuemens tant iournaliers qu'annuels, et tout ce qui paroist au Ciel. Mais il n'est pas necessaire de parler icy plus au long de cette matiere; parce qu'il suffit de lire ce que i'en ay dit dans le 2 liure du Traité de l'Harmonie vniuerselle, particulierement depuis le 5 Theoresme iusqu'à la fin; d'où les Musiciens peuuent tirer assez de lumiere pour faire des dances et des Balets qui representent et qui fassent comprendre toute l'Astronomie, les Mechaniques (dont i'ay traité assez amplement depuis le 10 Theoresme iusqu'au 12) la Geometrie, l'Architecture, et les autres sciences.

Or ie ne doute nullement que la representation du mouuement, et de la grandeur des Planettes et de la terre ne donne vn grand contentement aux bons esprits qui assisteront à ces Balets, et que la Chronologie, la Cosmographie, et tous les arts qui peuuent estre representez par l'industrie de l'homme, n'apportent cent fois plus de plaisir aux danceurs et aux assistans, que tous les Balets qui ont esté faits iusqu'à present.

L'on peut aussi tellement representer la felicité des Saints, et le Paradis des Bien-heureux qu'en sortant du Balet l'on sçaura ce qui appartient à la gloire, et ce qui concerne la foy; et neanmoins les dances ne seront pas moins agreables que celles dont on vse ordinairement. A quoy i'ajoûte que celles par lesquelles l'on representera les sciences et les Arts liberaux, seront aussi bien receuës et entenduës des Chinois et de toutes les autres nations que des François, et consequemment elles pourront seruir d'vne langue commune, naturelle, et vniuerselle, par le moyen de laquelle le commerce, les intelligences mutuelles et l'amitié reciproque pourront estre establies et conseruees dans tout le monde, afin que tous ayent mesmes sentimens, et que tous de mesme coeur et de mesme volonté reconnoissent et adorent le createur de l'Vniuers, et le Dieu des sciences, qu'il [-161-] n'y ait plus qu'vn mesme Dieu, vne mesme foy; et vne mesme loy, que la diuersité se termine à l'vnité, et que la creature retourne à son createur.

Les Anciens representoient le mouuement iournalier que font les Cieux de l'Orient à l'Occident par leurs Strophes, et celuy de l'Occident à l'Orient par leurs Antistrophes, et signifioient la stabilité de la terre, ou le mouuement de libration et de trepidation par leurs Epodes: Mais nous n'auons point de marques dans l'antiquité qui tesmoignent qu'ils ayent representé la proportion de la grandeur des mouuemens, et la distance des Cieux et des Astres, ny que leurs Balets ayent seruy d'images pour imprimer la Perspectiue, la Catoptrique, les Mechaniques et les autres sciences dans l'esprit des assistans. C'est pourquoy l'on peut conclure qu'il est tres-aisé de faire de plus belles dances que les leurs, et des Balets beaucoup plus vtiles et plus instructifs, dont ie laisse l'inuention aux Maistres de la dance, et aux faiseurs de Balet, qui sont si aisez que l'on en peut inuenter plusieurs dans vn iour.

Corollaire des Dances et des Balets des Anciens.

Les Grecs ont pratiqué plusieurs exercices tant pour la recreation que pour la santé du corps, dont Mercurial a fait vn traité particulier, qu'il a intitulé De arte Gymnastica; Or l'vn de leurs exercices plus frequens consistoit à sauter et à dancer, quoy qu'il ne nous soit quasi resté autre chose de leurs dances que les simples noms, comme l'on peut voir dans les liures que Lucian et Meursius ont fait sur ce sujet, dont le dernier transcrit seulement ce que Lucian, Plutarque, Athenee, Pollux, et quelques autres ont rapporté des dances, à sçauoir les seuls noms. De sorte que nul ne nous donne assez de lumiere pour restituer cét art; quoy que les signes et les gestes dont vsent les muets pour exprimer leurs pensees et leurs desirs soient suffisans pour demonstrer que la Chironomie peut estre restituee, qui consiste à signifier et à representer toutes sortes d'histoires, et tout ce que l'on peut s'imaginer, par les mouuemens des mains, des pieds, et des autres parties du corps.

L'on peut aussi lire le 52 chapitre du premier liure que Bullenger a fait du Theatre, où il parle fort au long des dances dont on vsoit sur le theatre tant dans les Comedies que dans les Tragedies; car il suffit que ie represente icy toutes les sortes de chants qui seruent aux dances et aux Balets que l'on pratique en France, apres auoir donné vn excellent sujet et vne lettre tres-propre pour les Airs, dont les Musiciens doiuent vser s'ils desirent que leurs chants soient agreables à Dieu. Ce qui arriuera lors que l'Amour diuin les échaufera aussi fort que les 3 Enfans conseruez parmy les flammes de la fournaise de Babylone, dont le Cantique pris du troisiesme chapitre de Daniel a esté paraphrasé par Monsieur Mauduit en cette façon.

GRand Dieu, souueraine puissance

Qui tins sous ton obeïssance

La volonté de nos Ayeus,

Tout te benit, chacun t'honore;

Et ton sacré nom glorieux

Veut que tout le benisse encore.

Au sainct temple où ta gloire éclate,

Seigneur ton oreille se flate

D'oüir tes merueilles chanter;

Et là les Cautiques des Anges

Peuuent les siecles surmonter

Par le nombre de tes loüanges.

[-162-] Le grand trône où le ciel admire

La maiesté de ton empire

Brille de gloire enuironné;

Dans vne lumiere si belle

Ton beau chef paroist couronné

D'honneur, et de pompe eternelle.

On t'exalte sur toutes choses;

On te benit, toy qui reposes

Sur les ailes des Cherubins,

D'où tes longs regards font la ronde

Sur la face, par les confins,

Et dans les abîmes du monde.

Seigneur, la grandeur de tes graces

Par tous les celestes espaces

N'a que des benedictions;

Et la loüange de ta gloire

Entre toutes les nations

Est en eternelle memoire.

Ouurages remplis d'excellence,

Effets de la diuine Essence,

Enfans du Verbe tout-puissant,

Loüez sa grandeur sans seconde.

Par les siecles le benissant

Sur toutes les choses du monde.

Beaux Esprits messagers fidelles

De ses volontez eternelles

Dites bien de vostre Seigneur;

Et vous cieux ses saintes retraites

Rendez tous vn pareil honneur

A qui vous fit ce que voue estes.

Claire eau qui méprisant la terre

Auez le ciel qui vous enserre

Loüez Dieu, benissez son nom;

Toutes ses vertus nompareilles,

Qu'on n'entende de vous sinon

L'excellence de ses merueilles.

Beau Soleil, brillante lumiere;

Lampe d'argent si coutumiere

De luy dérober sa clarté;

Et vous feus dont le ciel se marque

Benissez la diuinité

De vôtre souuerain Monarque.

Pluyes qui noyant les montagnes

Faites des mers dans les campagnes:

Rosees nourrisses des fleurs;

Tout esprit qui tirez vostre estre

Du Seigneur de tous les Seigneurs

Benissez aussi ce grand Maistre.

Vous ô feu benissez-le encore;

Que vôtre ardeur qui tout deuore;

Que l'hyuer auec sa froideur;

Que l'été; que son chaud extrême,

Faisant hommage à sa grandeur,

Chacun le benisse de mesme.

Benissez-le vapeurs roulantes

Ainsi que perles sur les plantes;

Bruines; Broüillars dégoutans;

Noir frimas; et blanche gelee;

Benissez iniures du temps

Sa gloire de nulle égalee.

Glace le puissant frein de l'onde;

Neige par les airs vagabonde,

Legeres et blanches humeurs;

Nuit des trauaux la medecine,

Beau iour le pere des labeurs,

Benissez la Bonté diuine.

Lumiere des yeux les delices;

Tenebres le champ des malices,

Seuere tombeau des obiets;

Rouges foudres; sombres nuages

Du vent les mobiles suiets,

Benissez Dieu dans vos orages.

Que cette mere de nature

Où la plus vile creature

Trouue dequoy s'alimenter

Benisse l'Autheur de la vie,

Et ne cesse de l'exalter

Par vne loüange infinie.

Cotaux qu'à peine on voit paroistre;

Vous puissans mons qui semblez naistre

De la terre et du firmament;

Et vous aussi chaque semence

Qui germez dans cét element

Benissez la toute-puissance.

[-163-] Liquide cristal, sources viues,

Gazoüillant le long de vos riues

Benissez Dieu dans vos courans;

Flos salez du marin empire;

Fleuues, riuieres, et torrens,

Ne cessez iamais d'en bien dire.

Benissez-le enormes balaines;

Et vous qui glissez par les plaines

De cette épouuantable mer;

Benissez-le troupes volages

Qui batez les routes de l'air

A la faueur de vos plumages.

Fiers animaux, bestes sauuages;

Et vous troupeaux à paturages,

Benissez ce grand Createur,

Race d'Adam par luy mortelle,

Benissez de tout vôtre coeur

Cette prouidence eternelle.

Que tout Israël le benisse;

Que iamais sa voix ne finisse

De chanter ses fais glorieux,

Et que sans limites prescrites

Il porte plus loin que les cieux

L'excellence de ses merites.

Benissez le encores grands Prestres

Qui tous seuls connoissez les estres

Du sanctuaire precieux;

Soyez secondez des nouices

Qui seruent ce Prince des cieux

Vous seruant dans vos sacrifices.

Esprits éleus, francs de tout vice,

Ames l'azile de iustice,

Vous qui viuez entre les Saints,

Humbles de coeur, doux, et paisibles:

Benissez en tous vos desseins

Ses graces à tous si visibles.

Enfans qui respirez à l'aise

Dans les ardeurs de la fournaise,

Anane, Azare, et Misaël,

D'vne loüange infatigable

Benissez-le Dieu d'Israël

A vostre besoin secourable.

Dans cét enfer rouge de flames,

Receuant les veux de nos ames

Il nous a tirez de ce pas;

Sa main nous a voulu conduire

Sans que les feux, ny le trespas

Se soient efforcez de nous nuire.

Apres cela que l'on accorde

Que sa grande misericorde

Opere des fais merueilleux:

Et que sa diuine puissance

Sera tousiours preste pour ceux

Qui luy rendront obeïssance.

Loüez du Seigneur la clemence,

Benissez sa douceur immense

Vous ses deuots Religieux;

Et poussez d'vn puissant genie

Confessez du grand Dieu des Dieux

La misericorde infinie.

PROPOSITION XXIII.

Expliquer toutes les especes des Airs, des Chants, et des Dances dont se seruent les Musiciens.

On peut reduire toutes les sortes de chants à trois genres, à sçauoir à la Chanson, ou Vaudeuille, au Motet, ou à la Fantaisie, et à toutes les especes de danceries; ou à douze sortes de compositions de Musique, à sçauoir aux Motets, Chansons, Passemezzes, Pauannes, Allemandes, Gaillardes, Voltes, Courantes, Sarabandes, Canaries, Branles, et Balets, dont ie mets icy la definition ou la description, et l'origine auec vn exemple de chacune, afin que tous les puissent comprendre tres-aisément. Mais parce que i'ay déja donné quelques exemples des chants de l'Eglise dans la 4 proposition, et des chants de deuotion dans vn [-164-] autre lieu, et que ie reserue les Motets et les autres pieces à deux ou plusieurs parties de contre-point tant simple que figuré pour le liure de la Composition; ie mettray seulement icy les exemples des Chansons ou des Airs qui seruent à faire dancer, et à ioüer sur les Instrumens, dont la plus grande partie est propre pour les Violons.

Or la chanson que l'on appelle Vaudeuille est la plus simple de tous les Airs, et s'applique à toute sorte de Poësie que l'on chante note contre note sans mesure reglee, et seulement selon les longues et les breues qui se trouuent dans les vers, ce que l'on appelle mesure d'Air; sous laquelle sont compris le plein chant de l'Eglise, les Faux-bourdons, les Airs de Cour, les Chansons à danser et à boire, et les Vaudeuilles, et n'y a souuent que le seul Dessus qui parle, que l'on appelle aussi le suiet, et ce sans accords ou consonances des autres parties, parce que faire vne chanson signifie simplement mettre en chant, ou donner le chant à quelques paroles. Or cette grande facilité fait appeller les chansons Vaudeuilles, parce que les moindres artisans sont capables de les chanter, dautant que l'autheur n'y obserue pas ordinairement les curieuses recherches du contre-point figuré, des fugues, et des syncopes, et se contente d'y donner vn mouuement et vn air agreable à l'oreille; ce que l'on nomme du nom d'Air, comme de sa principale, et presque seule partie: au lieu que le Motet ou la Fantaisie est vne pleine Musique figuree, et enrichie de toutes les subtilitez de cette science. On l'appelle Motet, parce que l'on vse d'vne periode fort courte, comme s'il n'y auoit qu'vn mot à dire; ce qui arriue quand on veut signifier quelque discours fort bref, lequel mot estant mis en Musique s'appelle Motet. Et lors que le Musicien prend la liberté d'y employer tout ce qui luy vient dans l'esprit sans y exprimer la passion d'aucune parole, cette composition est appellee Fantaisie, ou Recherche.

Quant aux danceries, il y a plusieurs especes qui appartiennent à la Musique Metrique, dautant qu'elles sont sujettes à de certaines mesures, ou pieds reglez et contez: et l'on en peut inuenter vn nombre infiny selon les inuentions qui naissent tous les iours dans les esprits de ceux qui s'en meslent. I'expliqueray seulement dans cette proposition, et dans les deux autres qui suiuent celles qui nous sont connuës, et qui sont particulieres à la France, ou naturelles aux autres nations dont nous les auons tirees.

La Passemezze est vn chant à l'Italienne propre à dancer: elle seruoit le temps passé d'entree aux basses dances: or elle se dance en faisant quelques tours par la sale auec certains pas posez, et puis en la trauersant par le milieu, comme le mot le porte; ou bien elle a ce nom du pas et demy dont elle se mesure: son exemple est du premier mode en son propre ton, et se rapporte au pied Choreobachique [b b b b l l]: sa mesure est binaire.

La Pauanne vient d'Espagne, et est ainsi nommee parce que ceux qui la dancent font des roües l'vn deuant l'autre à la façon des Paons, et auec telle grauité que la cappe et l'espee ne nuisent de rien, et qu'elles semblent estre necessaires pour mieux contrefaire la roüe des Paons, d'où cette dance a pris son nom: elle marche sur le mesme pied que la precedente, et a 16 mesures et 14 couplets: son exemple est du 4 mode.

L'Allemande est vne dance d'Allemagne, qui est mesuree comme la Pauanne, mais elle n'a pas esté si vsitee en France que les precedentes: on peut l'appeller [-165-] Vaudeuille, ou Gauote, et a sa mesure binaire. Son exemple est du second Mode: on se contente auiourd'huy de la iouër sur les instrumens sans la dancer, non plus que la Passemezze, si ce n'est aux Balets: son Exemple est du second Mode.

La Sarabande a esté inuentée par les Sarrazins, ou Mores, dont elle a pris son nom; car on tient que la Comedienne nommée Sarabande la dança la premiere en France: quelques-vns croyent qu'elle vient du mot Espagnol Sarao, lequel entr'autres significations veut dire Bal en Espagnol, ou de Banda qui signifie assemblée, comme si plusieurs se deuoient assembler pour cette sorte de dance: ce que les Mores obseruoient peut-estre, encore que les François et les Espagnols ne la dancent qu'à deux. Son mouuement est Hegemeolien [b b b l b]. Elle se dance au son de la Guiterre, ou des Castaignettes, et ce par plusieurs couplets sans nombre: ses pas sont composez de tirades, ou de glissades: son Exemple est de l'onziesme Mode transposé vn ton plus bas: sa mesure est Hemiolia, et suit le battement du Mareschal.

La Volte monstre ce semble par son nom qui signifie torner, qu'elle vient d'ltalie, car elle se dance en tornant: quoy qu'il y ayt si long-temps qu'elle est en France, qu'on la peut dire naturelle. Elle a peut-estre aussi ce nom, parce qu'apres quelques pas droits l'homme fait sauter la femme, qu'il meine en tornant, et qu'apres l'auoir menée vn tour vn certain temps, il la prend du bras gauche par le fort du corps, et la fait tourner plusieurs tours en la leuant fort haut, comme s'il la vouloit faire voler: sa mesure est ternaire, et suit le mouuement du petit tambour. Elle a deux mesures et vn pas, et contient le quatriesme Paeon [b b b l], le Dijambe [b l b l], et l'Ionique mineur [b b l l]. Son Exemple est du dixiesme Mode transposé.

La Courante est la plus frequente de toutes les dances pratiquées en France, et se dance seulement par deux personnes à la fois, qu'elle fait courir souz vn air mesuré par le pied Iambique [b l], de sorte que toute cette dance n'est qu'vne course sautelante d'allées et de venuës depuis le commencement iusques à la fin. Elle est composée de deux pas en vne mesure, à sçauoir d'vn pas de chaque pied: or le pas a trois mouuemens, à sçauoir le plier, le leuer, et le poser. Son mouuement est appellé sesquialtere ou triple, et son Exemple est du quatriesme Mode en son propre ton. L'on peut neantmoins luy donner telle mesure que l'on voudra.

La Gaillarde est vne dance qui a pris son nom de la gaillardise dont on vse en la dançant, et de la liberté qui permet d'aller de biais, de trauers, et de long par tous les endroits de la sale, tantost terre à terre, et tantost en cabriole, ce qui se fait entre chas et en sauts ronds. Quelques-vns disent qu'elle vient de Rome, de là vient qu'ils l'appellent Romanesque: sa mesure est ternaire, et suit le mouuement du tambour Italien, ou le pied Pyrrichianapeste [b b b b l]. Elle a ordinairement trois pas et cinq mesures. Son Exemple est du dixiesme Mode. Mais parce que le discours ne suffit pas pour donner la parfaite intelligence de ces especes de dances, si l'on n'en void la Pratique, i'en mets icy des Exemples; quoy qu'il faille remarquer que l'on peut accommoder d'autres mouuemens que les precedens aux Exemples qui suiuent.

[-166-] [Mersenne, Livre II des chants, 166; text: Passamezze dv second mode. Pauanne du quatriesme Mode. Allemande du second Mode. Sarabande de l'onziesme Mode. Volte du dixiesme Mode.] [MERHU2_2 19GF]

[-167-] [Mersenne, Livre II des chants, 167; text: Courante du quatriesme Mode. Gaillarde du dixiesme Mode transposé.] [MERHU2_2 20GF]

PROPOSITION XXIV.

Expliquer toutes les sortes de Bransles dont on vse maintenant dans la France, tant aux Balets, et aux Bals, qu'aux autres recreations.

APres auoir expliqué toutes les sortes de Chants, dont on vse dans les Passemezzes, Pauannes, Sarabandes, Courantes, Gaillardes, Voltes, et Allemandes, il est raisonnable que nous expliquions les especes de Bransles, qui sont propres à nostre nation. Or il y en a de six especes, qui se dansent maintenant à l'ouuerture du Bal les vns apres les autres par tant de personnes que l'on veut, car vne troupe entiere se tenant par les mains se donne d'vn commun accord vn bransle continuel, tantost en auant, et tantost en arriere; ce qui se fait souz diuers mouuemens, ausquels on approprie plusieurs sortes de pas selon la difference des airs, dont on vse. Ils se dansent fort grauement en rond au commencement du Bal souz mesme cadence et bransle de corps; dont le premier s'appelle Bransle simple, qui n'auoit autrefois que six mesures et huict pas, mais on le compose à present de dix pas, de douze mouuemens et de six mesures binaires: l'Exemple que i'en donne est du septiesme Mode transposé vne Quarte en haut, afin qu'il ayt son b mol en b fa [sqb] mi: et son mouuement est Dactylique spondaique [l b b l l].

Le second Bransle s'appelle Gay, et se danse plus viste que le premier: il est composé de six mouuemens, de trois pas, et de deux mesures, et suit le battement du tambour de Suisse, c'est à dire qu'il se danse souz l'Ionique mineur [b b l l]. Son Exemple est aussi du septiesme Mode transposé comme le precedent, et sa mesure est ternaire.

Le troisiesme se nomme Bransle à mener, ou de Poitou, sa mesure est sesquialtere, ou hemiolia. Il a neuf pas, six mesures et dix-huict mouuemens: sa mesure est Peonique. Or chacun meine le Bransle à son tour, et le premier qui le meine quitte la main gauche et fait la reuerence à la personne qu'il tient de la main droite; et apres auoir baisé la main, il la reprend et meine le Bransle, qui coule fort viste, et ayant fait vn ou deux tours par la sale, il quitte la personne qu'il tenoit par la main, afin d'aller chercher la queuë du Bransle, et de donner la main gauche à la personne qu'il trouue au bout; et si tost que chacun a mené quelqu'vn à son tour, on se remet en rond pour dancer les [-168-] autres Bransles. Quelques-vns rapportent le mouuement de cette dance au battement du Mareschal: son Exemple est encore du septiesme Mode.

Le quatriesme s'appelle Bransle double de Poitou: sa mesure est Hemiolia, il a vnze pas, huict mesures et vingt-quatre mouuemens; et imite le mouuement du Mareschal, ou de l'Iambique [b l]: son Exemple est encore du septiesme Mode. Le cinquiesme se nomme Bransle de Montirandé, sa mesure est binaire, mais elle est fort viste. Il a huict mesures, et seize mouuemens, et est diuisé en trois parties differentes de pas, dont la premiere en a vnze, la seconde douze, et la troisiesme en a dix. Son Exemple est de l'onziesme Mode transposé vn ton plus bas, et se peut rapporter au mouuement Anapestique. [b b l].

Le sixiesme s'appelle la Gauote, c'est à dire la dance aux chansons: sa mesure est binaire assez graue, et se peut rapporter au mouuement Choreobacchique [b b b b l l], il a huict pas, quatre mesures, et seize mouuemens; son Exemple est aussi de l'onziesme Mode transposé vn ton plus bas. Il fait la conclusion des Bransles, et apres auoir esté dancé vne fois, ou deux en rond, celuy qui a commencé le Bransle à mener, fait la reuerence à sa Dame, deuant laquelle il dance seulement huict pas, et l'ayant prise souz le bras droit, il luy fait faire vn tour, et puis vn autre du bras gauche auec chacun huict pas, et luy ayant fait la reuerence il la remet en sa place, et reprend la sienne; et apres que chacun a fait la mesme chose à son tour, on fait la reuerence generale, et chaque homme remene sa femme au lieu où il l'auoit prise pour dancer: or il faut remarquer que l'on peut faire vne infinité de Bransles souz chacune de ces especes, et que l'on en peut adiouster tant d'autres que l'on voudra: par exemple les Passe-pieds de Bretagne, et cetera dont on void icy les Exemples.

[Mersenne, Livre II des chants, 168; text: Branle simple, du septiesme Mode, transposé vne quarte plus haut. Branle Gay du septiesme Mode.] [MERHU2_2 20GF]

[-169-] [Mersenne, Livre II des chants, 169; text: Bransle à mener du septiesme Mode. Bransle double du septiesme Mode. Bransle de Montirandé, de l'onziesme Mode. La Gauote de l'onziesme Mode. Passe-pied de Bretagne, du dixiesme Mode transposé. Autre Passe pied du dixiesme Mode transposé.] [MERHU2_2 21GF]

[-170-] PROPOSITION XXV.

Expliquer les dances et les mouuemens des Balets ordinaires; et particulierement la Canarie, la Bocanne, la Courante à la Reyne, la Bohemienne, et la Moresque.

LEs Balets ne sont autre chose qu'vn meslange de toutes sortes d'airs, de mouuemens et de pieds à discretion, et selon que la science conduit l'esprit de l'Auteur de ces dances. Leur nom est general, et vient de baler, c'est à dire dancer: or i'ay obmis à dessein quelques dances dans la 24 Proposition, à sçauoir la Canarie, laquelle est grandement difficile, et qui ne se dance que par ceux qui sont tres-bien instruits en cet exercice, et qui ont le pied fort prest. Elle est composée de plusieurs batteries de pied, à sçauoir de trois, de six, de douze, et de demie cabriolle, demie piroëtte, et d'autres tours tant en l'air, et par haut, que mezaire, et terre à terre: elle a plusieurs couplets sans nombre determiné; son Exemple est du dixiesme Mode transposé: sa mesure est de la petite hemiolia: on tient que cette dance est venuë des Isles de Canarie: elle se meut par le pied dactylique, et est plus brusque que la Sarabande.

La Bocanne est vne Courante figurée, qui a ses pas mesurez, et ses figures particulieres; elle a quatre couplets, à sçauoir deux fois la premiere partie du chant, et deux fois la seconde: elle s'appelloit cy deuant la Vignonne, mais le chant qui a esté fait de nouueau, luy a donné le nom de son auteur: elle a sa mesure triple, ou sesquialtere, comme les autres Courantes: son Exemple est de l'onziesme Mode transposé vn ton plus bas, comme celuy de la Courante à la Reyne. Mais elle a neuf couplets, dont la premiere partie se chante deux fois, et la seconde vne fois: elle se recommence par trois fois, et est de mesure sesquialtere comme les autres Courantes. Ausquelles i'adiouste deux airs de Balet de different mouuement: et à la fin du liure i'en donneray encore vn troisiesme composé de toutes sortes de mouuemens, qui peuuent seruir à toutes sortes d'airs et de chansons.

[Mersenne, Livre II des chants, 170; text: Canarie du dixiesme Mode transposé. La Bocanne de l'onziesme Mode.] [MERHU2_2 22GF]

[-171-] [Mersenne, Livre II des chants, 171; text: Courante à la Reyne de l'onziesme Mode. La Boëmienne du dixiesme Mode transposé. La Moresque du dixiesme Mode transposé. Balet du douziesme Mode. Balet du neufiesme Mode.] [MERHU2_2 23GF]

[-172-] PROPOSITION XXVI.

Determiner si les chansons, que l'on appelle tristes et languissantes, sont plus agreables et plus douces que celles que l'on appelle gayes.

CEtte Proposition n'est pas inutile, car estant bien expliquée elle nous fera cognoistre la nature de l'homme, ou de la Musique. Or il semble que l'on ne doit pas douter que les chansons gayes ne soient plus agreables que les tristes, puis que tous les hommes desirent de se resiouyr, et fuyent la tristesse qui ruine la santé et l'oeconomie du corps; de là vient que le Sage a dit que la tristesse desseiche les os, Tristitia exsiccat ossa.

D'abondant l'on experimente que les airs des Balets, et des Violons excitent dauantage à raison de leur gayeté qui vient de la promptitude de leurs mouuemens, ou de leurs sons aigus, que les airs que l'on iouë sur le Luth ou sur les basses des Violes, lesquels sont pour l'ordinaire plus graues et plus languissans.

Et les Trompettes nous font encore voir cette verité, quand ils se seruent du premier Mode, qui est le plus gay de tous, et qui excite toutes sortes d'hommes à se resiouyr: car nous experimentons en nous mesmes que les mouuemens du coeur et de l'imagination suiuent les sons et les mouuemens de la Trompette.

A quoy l'on peut adiouster que les sons, et les mouuemens des chansons gayes approchent plus pres de la vie, que ceux des airs tristes, puis que la vie consiste dans vn mouuement perpetuel et continu, car les battemens d'air qui font les sons aigus, et les mouuemens rythmiques qui sont plus frequens, s'approchent plus pres de la continuité que ceux des sons graues, et des mouuemens pesans et tardifs des airs tristes, qui representent vne vie interrompuë et mourante. Et l'on experimente que les chansons gayes sont si propres à danser, que ceux mesmes qui n'ont iamais apris cet exercice se mettent à danser, ou tesmoignent par quelque mouuement du corps le contentement qu'ils reçoiuent de ces Chansons: ce qui n'arriue point aux airs tristes et lugubres, qui sont plus propres pour faire pleurer et mourir les Auditeurs, que pour les faire rire, ou les faire viure: car ces airs sont composez de mouuemens propres pour engendrer la tristesse, et consequemment pour faire tomber des defluxions sur les membres, qui les rendent enfin paralytiques et incapables de mouuement.

Neantmoins tous les Musiciens sont de contraire aduis, et tant les Auditeurs que ceux qui chantent, aduoüent qu'ils reçoiuent plus de plaisir des Chansons tristes et languissantes, que des gayes, dont il n'est pas facile de trouuer vne raison si puissante, qu'elle fasse esuanouyr toutes les autres raisons contraires. Toutesfois ie ne doute pas qu'il n'y ayt quelque raison de cet effet prodigieux qui semble combattre toutes les loix de la nature, puis qu'elle est faite et conseruée par le plaisir.

Or l'on peut premierement considerer que les hommes ont beaucoup plus de melancholie et de flegme, que de bile, et qu'ils tiennent plus de la terre que de l'air, ou des Cieux, et que les airs gays estant d'vne nature aërienne, et qui represente le feu, ne sont pas si propres à la nature de l'homme que les [-173-] chants tristes et languissants, qui representent la terre, la melancholie et le flegme; et bien que i'aye preuue dans la 31. Proposition du liure des Sons, que les aigus sont plus agreables que les graues, à raison qu'ils participent plus de la nature de l'air et du feu; il ne s'ensuit pourtant pas que les airs tristes doiuent estre moins agreables que les gays, d'autant que les airs tristes se chantent aussi bien par les voix aiguës que les gays. Mais la raison prise de la melancholie n'est pas suffisante, puis que l'on rencontre des hommes bilieux, qui se plaisent dauantage aux chansons tristes, que plusieurs melancholiques, de sorte qu'il faut plustost prendre la raison de la nature du chant triste, que de celle des Auditeurs, puis que toutes sortes d'Auditeurs se plaisent dauantage aux airs tristes, qu'aux gays, soit que les hommes se portent plus aysément à la compassion, qu'à la resiouyssance, comme l'on experimente aux tragedies, et à la lecture des elegies et des histoires tristes, qui tirent les larmes des yeux, ou qu'ils s'arrestent plus long-temps à la consideration des choses tristes, qu'à celle des ioyeuses et agreables.

Il faut donc considerer la nature des airs tristes, qui consiste en plusieurs choses: car la voix des airs tristes represente la langueur et la tristesse, par sa continuation, par sa foiblesse et par ses tremblemens: et les demitons et dieses representent les pleurs et les gemissemens à raison de leurs petits interualles qui signifient la foiblesse: car les petits interualles qui se font en montant ou descendant, sont semblables aux enfans, aux vieillards et à ceux qui reuiennent d'vne longue maladie, qui ne peuuent cheminer à grand pas, et qui font peu de chemin en beaucoup de temps; par exemple lors que l'on fait le demiton maieur en montant, l'on fait vn mouuement qui ne monte que de la quinziesme partie de la voix precedente, et quand l'on monte d'vn demiton mineur, l'on n'aduance son chemin que d'vne vingt-quatriesme partie du son qui precede.

Et lors que l'on est long-temps à passer à cet interualle, et à demeurer sur la note, à laquelle l'on a passé, cela monstre encore vne plus grande foiblesse, qui s'imprime bien auant dans l'esprit de l'Auditeur, à raison que la voix trainante continuë long-temps, et donne le loisir d'estre considerée et examinée, au lieu que les mouuemens des Chansons gayes sont si prompts, que l'on n'a pas assez de temps pour les remarquer, d'autant qu'ils ne font pas vne assez longue impression sur l'esprit. Ie ne veux pas icy parler de la lettre, laquelle augmente la tristesse, lors qu'elle nous fait ressouuenir des fascheux accidents de la vie, dont nous auons esté tourmentez, d'autant que les airs tristes peuuent estre sans lettre.

Mais il faut remarquer que tous les hommes sont plus suiets à la tristesse qu'à la ioye; car si chacun veut faire reflexion sur les actions qu'il fat, ou sur les pensées qu'il a lors qu'il est tout seul, il en trouuera vne dizaine de tristes pour vne gaye: car la tristesse nous est tombée en appanage apres le peché originel, et nous est quasi naturelle; au lieu que la ioye ne nous vient que par rencontre et par accident, comme il arriue dans les compagnies ioyeuses, ou chacun s'efforce de donner du contentement à son compagnon, ce qui ne reüssit pas souuent, et tel à le ris à la bouche, qui a la tristesse au coeur. Mais il semble que l'on se laisse trop facilement emporter à l'opinion du vulgaire en demeurant d'accord qu'il y a des airs tristes, et qu'il faut plustost dire qu'ils sont tous gays, puis qu'ils apportent du contentement aux Auditeurs; [-174-] de sorte qu'il faudroit premierement examiner s'il peut y auoir des airs tristes, et s'il y en a, quels ils sont, et pour quelles raisons on les appelle tristes, auant que de demander pourquoy ils sont plus agreables. Toutesfois puis que les Maistres de Musique supposent qu'il y a des airs lamentables, à raison qu'ils representent les mouuemens de la tristesse, ie ne veux pas maintenant le reuoquer en doute, me contentant de remarquer qu'ils sont seulement appellez tristes, à raison du rapport qu'ils ont aux voix dont se seruent ceux qui expriment leur tristesse et leurs afflictions.

Or il faudroit sçauoir que c'est que le plaisir qui vient des choses tristes, et comme il s'engendre dans les Auditeurs pour sçauoir la raison pour laquelle les airs tristes plaisent plus que les gays; ce qui suppose le discours des passions et des affections de l'homme qui requiert vn autre lieu. Ie diray seulement que l'on peut establir deux especes de tristesse, dont l'vne est morale, à raison que ses motifs sont tirez de la priuation du bien vtile, plaisant ou honneste; et l'autre est naturelle, qui vient de l'humeur melancholique, ou du flegme, lors qu'ils pechent par excez; or les Chansons tristes n'engendrent, ce semble, ny l'vne ny l'autre tristesse, mais elles l'entretiennent seulement; c'est pourquoy l'on tient que la Musique laisse l'Auditeur dans la mesme humeur dans laquelle elle le treuue, et si nous suiuons la raison, elle monstre que les melancholiques doiuent receuoir plus de plaisir des airs gays, que des tristes, d'autant que les mouuemens brusques et vistes des Chansons gayes sont plus propres pour dissiper l'humeur excessif de la melancholie, que les mouuemens tardifs et languissants des airs lamentables, et que les contraires sont gueris par leurs contraires, si nous suiuons plustost les sentimens d'Hypocrate que ceux de Paracelse, qui tient que les semblables se guerissent par leurs semblables.

Il y a encore vne autre chose à considerer dans la tristesse, à sçauoir que les recits d'vne chose triste, et des accidens estranges qui sont arriuez aux hommes, nous touchent dauantage que le recit de ce qui est arriué à leur aduantage, quoy que nous n'ayons nul interest à leurs disgraces, ou à leur aduancement, parce que nous nous portons plus facilement à enuier le bien d'autruy, comme s'il nous estoit deu, que nous ne nous resiouyssons du mal qui luy arriue, à raison qu'il semble que toute sorte de mal nous soit contraire, et destruise nostre nature. C'est pourquoy les Chansons qui ont vne lettre triste et tragique, nous esmeuuent à la compassion, comme si nous ressentions vne partie du mal; ce qui peut encore arriuer à cause de l'imagination que nous auons de pouuoir tomber dans vn semblable accident, ou de celle que nous auons des afflictions et des douleurs passées, laquelle nous fait souuenir du bien que la consolation nous a apporté, car les Chansons tristes sont vne certaine espece de consolation, mais cette matiere desire des discours entiers. L'on peut cependant considerer que les mouuemens tardifs des airs tristes nous touchent, et nous flattent plus delicatement, et ramenent l'esprit à soy-mesme, lequel à plus de loisir de contempler la beauté de la voix, que lors que les Chansons gayes le font sortir hors de soy-mesme par la rarefaction et l'ebullition du sang, et par des mouuemens plus vistes et plus legers. Ie laisse plusieurs autres choses, dont la consideration est remarquable, par exemple pourquoy la quinziesme et la vingt-quatriesme partie d'vn mouuement est plus propre pour les chants tristes, que la huictiesme, ou [-175-] neufiesme partie, car l'on n'adiouste qu'vne quinziesme partie de mouuement pour faire le demiton maieur, et vne 24. pour faire le mineur, qui sont propres pour representer la tristesse; au lieu que l'on adiouste 1/8 pour le ton maieur, et 1/9 pour le ton mineur dont l'on vse pour les Chants gays.

Or il faut remarquer que le Chant est d'autant plus triste qu'il a dauantage de demitons qui se suiuent, et consequemment que la Chromatique est propre pour chanter les airs tristes, et la Diatonique pour chanter les gays; et qu'il est tres-difficile de sçauoir si le demiton mineur est plus triste que le demiton maieur, et de combien il est plus propre pour exprimer la tristesse: ce que l'on peut semblablement dire de la diese Enharmonique.

Quant aux raisons contraires que i'ay rapportées en faueur des Chants gays, l'on peut premierement respondre que la tristesse que l'on conçoit des chants lamentables, ne destruit pas le temperament, et que si elle l'altere, que l'esprit ayme mieux frustrer le corps de quelque volupté, et luy faire perdre quelque chose de son temperament, que de se priuer du grand contentement qu'il reçoit des Chants lugubres. Mais pour entendre cecy, il faut remarquer que la Musique separe en quelque maniere l'esprit du corps, et le met dans vn estat, où il est plus propre à la contemplation qu'à l'action, et consequemment que le Chant venant à cesser, il se trouue tout estonné de se voit priué du grand contentement qu'il receuoit dans l'estat d'abstraction, où la Musique l'auoit transporté.

Et parce que les sons et les mouuemens des airs tristes font vne plus forte impression sur l'esprit, ils le rauissent dans vne plus profonde speculation; et lors qu'il est contraint de la quitter, il luy semble qu'il sort d'vne grande lumiere pour rentrer dans des tenebres fort espaisses. Cecy estant posé, ie dis que l'on n'ayme pas la tristesse, quand l'on ayme les airs lamentables, mais que l'on ayme l'estat de separation, auquel se trouue l'ame dans la contemplation de ces airs.

Ce qui tesmoigne que l'ame n'a pas la volupté corporelle pour son but et sa fin, et qu'elle n'a point de plus grand plaisir que lors qu'elle rentre dans soy-mesme pour faire ses fonctions auec vne moindre dependance du corps, en attendant qu'elle puisse agir comme les purs esprits, et les Anges dans le seiour des bien-heureux. Et l'on peut dire que la profonde melancholie, où l'ame entre à la presence des Chants lamentables, n'est pas vne tristesse à proprement parler, mais plustost vn chemin pour paruenir à la sagesse, à laquelle la melancholie est plus propre que la ioye, qui approche de la folie, et empesche d'autant plus le raisonnement et les fonctions de l'esprit, qu'elle est plus grande; de là vient que quelques estrangers des nouueaux mondes estant venus dans l'Europe ont esté estonnez de voir rire les hommes, et les ont estimez fols suiuant la parole du Sage, Risum reputaui errorem: et nous ne lisons point que nostre Seigneur ayt ris, mais qu'il a pleuré.

Les autres raisons prouuent seulement que les airs gays excitent dauantage à la ioye exterieure, dont les bestes sont capables, que ne font les tristes: mais le contentement interieur de l'esprit est bien plus grand dans les chansons tristes, d'autant qu'elles le conduisent au mespris de toutes les choses du monde, et à l'estime qu'il doit faire de soy-mesme, et de l'autheur de l'harmonie Archetyppe, comme nous dirons au traité de la Musique des bien-heureux. Il faut dire la mesme chose de la vie, dont les airs gays s'approchent [-176-] dauantage que les tristes, car cette vie doit seulement s'entendre de la corporelle, qui à besoin du mouuement; au lieu que celle de l'esprit est sans mouuement, d'autant qu'il n'a besoin que des mouuemens pour faire ses actions, et les mouuemens des Chants tristes, approchans plus pres de l'immobilité sont plus conformes à l'esprit, que ceux qui tiennent dauantage du mouuement. A quoy l'on peut adiouster que les choses qui sont continuës, ne sont pas quelquesfois si agreables que celles qui sont interrompuës, à raison que la trop grande continuité empesche la varieté, dont vient le plaisir: de là vient que la glace d'vn miroir d'acier parfaitement poli et continu blesse la veuë.

Or l'on peut conclure de tout ce discours, que les airs gays sont plus propres pour exciter la ioye exterieure, qui empesche les fonctions de l'esprit, et particulierement celle de la contemplation: et que les tristes sont plus propres pour produire la ioye interieure, que l'entendement reçoit dans son abstraction, et dans sa retraite. Car les humeurs terrestres et grossieres se dissipent et tombent en bas à la presence des airs lugubres, comme les vapeurs qui obscurcissent l'air, tombent à terre, et s'esuanouyssent à la presence du Soleil: de sorte que l'esprit demeure libre, et gouste mieux le plaisir de la Musique; et comme s'il commençoit à se separer du corps, il est rauy par vn eschantillon de la beauté des idées eternelles.

Et l'on experimente que l'extase est le plus sublime plaisir, et le contentement le plus spirituel, et le plus diuin de tous ceux dont les hommes sont capables en ce monde, et neantmoins que ceux qui sont transportez iusques à ce degré, n'ont nulle ioye corporelle; au contraire leur corps est priué de ses operations, comme s'ils estoient morts, pendant que l'ame iouyt de l'estat le plus sublime, qu'elle puisse auoir en cette vie, dont quelques-vns expliquent ce passage de l'Escriture, Praetiosa in conspectu Domini mors sanctorum eius.

Or les airs que l'on appelle tristes, font approcher le corps de l'immobilité et de la mort, et l'esprit du rauissement et de l'extase, comme nous prouuerons dans le discours de la Musique des Hebreux, dont ils se seruoient pour la Prophetie.

Nous experimentons encore, que l'on ne peut estre attentif à l'Oraison vocale, ou mentale, lors que l'on à couru et trauaillé, ou que l'on s'est mis en cholere, d'autant que le trauail et les passions violentes agitent le sang et les autres humeurs, qui empeschent le calme et le repos de l'esprit par leurs orages: et ceux qui veulent entrer dans vne profonde Meditation, choisissent les tenebres de la nuict, et les lieux escartez, afin de n'estre point troublez des bruits et des mouuemens exterieurs, et d'auoir l'esprit reüni, et comme mort aux choses corporelles, pour viure d'vne vie spirituelle, animée par la contemplation de l'estre eternel, dans laquelle consiste la vraye Philosophie que Platon appelle la Meditation de la mort, d'autant qu'elle nous apprend à quitter les choses muables et corruptibles, pour nous vnir à l'immuable et l'immortel, qui prend son plaisir dans les ames des vrays Philosophes. L'on peut encore prendre vne autre raison du plus grand artifice, dont les Maistres se seruent pour faire les chansons tristes, qui sont ordinairement plus sçauantes, et qui ont vne plus grande multitude de beaux traits que n'ont les airs gays.

Quant aux chansons gayes, elles troublent les humeurs, et imitent le Soleil d'hyuer qui leue les broüillards sans les pouuoir dissiper, et nous eclipsent [-177-] sa lumiere, comme la gayeté nous eclypse la lumiere de la raison, dont nous sommes moins capables à proportion que nous nous resiouyssons dauantage; et l'on experimente que ceux qui font paroistre moins de resiouyssance à l'exterieur, et qui rient plus rarement, sont les plus sages, et ont vn plus grand contentement interieur, lequel a coustume de se diminuer à proportion que le contentement exterieur et corporel s'augmente: or nous apporterons tout ce que l'on pourroit icy desirer dans le discours de la force que la Musique a sur l'esprit.

Ie diray seulement icy qu'il est difficile de sçauoir en quelle maniere s'engendre le plaisir dans l'oreille, et dans les autres sens, ou dans l'imagination, et dans l'esprit, parce que nous ne pouuons apperceuoir les configurations des esprits animaux, qui conduisent les especes de la volupté du sens exterieur au sens commun; et bien que nous peussions les remarquer, nous ne cognoistrions pas la raison pourquoy vne configuration, ou vn mouuement donne plus de plaisir l'vn que l'autre.

Or il faudroit remarquer tout ce qui plaist dauantage à chaque sens exterieur, auant que de determiner comme se fait le plaisir, afin de voir en quoy different tous ces plaisirs, et les manieres dont les sens exterieurs apperçoiuent leurs obiets, et s'il y a quelque chose de commun à quoy ils se rapportent: car on ne peut pas faire vn iugement asseuré, si l'on considere seulement la nature des obiets sans auoir esgard aux sens, d'autant qu'ils doiuent tous deux concurrer au plaisir.

Nous pouuons neantmoins poser pour fondement, que ce qui est bien ordonné et arrangé, plaist dauantage que ce qui est confus et en desordre, à raison que l'ordre est la source de la science, et le desordre est l'origine de la confusion, à laquelle nul ne prend plaisir, s'il n'a l'esprit confus et en desordre. Ce qui se peut remarquer dans plusieurs effets de l'art, dont les vns sont mieux proportionnez que les autres, et plaisent d'autant plus qu'ils sont mieux ordonnez et arrangez. Or cet ordre se prend du rapport que les parties ont ensemble, et auec le tout, ou qu'elles ont à l'vne des choses, à laquelle on les compare, car cette proportion et le iuste rapport des parties facilite la cognoissance, et ne heurte nullement l'oeil, ou l'oreille, qui sont ce semble les deux sens qui sont susceptibles d'vn plaisir plus innocent, et qui approche le plus du plaisir honneste.

PROPOSITION XXVII.

Expliquer tous les mouuemens dont on vse dans les airs François, et particulierement dans les Balets, auec vn exemple, et quant et quant la Rythmique.

ENcore que les mouuemens qui seruent aux Airs et aux dances, appartiennent à la Rythmique dont nous n'auons pas encore parlé, neantmoins il a esté necessaire d'en traiter icy, afin de faire comprendre les differentes especes des Airs, et des chants dont vsent les François: mais il est si aysé d'entendre tout ce qui concerne ces mouuemens, qu'il n'est pas necessaire d'en faire vn liure particulier, puis que les plus excellens pieds metriques, qui ont donné le nom, et la naissance à la Rythmique des Grecs, sont pratiquez dans les airs de Balet, dans les chansons à dancer, et dans toutes les autres [-178-] actions qui seruent aux recreations publiques ou particulieres, comme l'on aduoüera quand on aura reduit les pieds qui suiuent aux airs que l'on recite, ou que l'on iouë sur les Violons, sur le Luth, sur la Guiterre, et sur les autres instrumens.

Or ces pieds, peuuent estre appellez mouuemens, afin de s'accommoder à la maniere de parler de nos Practiciens, et compositeurs d'airs; c'est pourquoy ie me seruiray desormais de ce terme, pour ioindre la Theorie à la Pratique, apres auoir donné l'exemple d'vn balet qui a seize mouuemens differens, qui sont exprimez par les nombres qui suiuent chaque clef; car 2 signifie que le mouuement est deux fois plus viste que le precedent, et 3, 4, et cetera qu'il est quatre fois plus viste: quoy que cette difference de vitesse ne varie pas l'espece des mouuemens dont ie parle maintenant.

Exemple d'vn Balet composé de seize mouuemens.

[Mersenne, Livre II des chants, 178] [MERHU2_2 24GF]

[-179-] Ie laisse vne infinité d'autres Exemples, afin d'adiouster les mouuemens mesurez, que i'explique auec les deux caracteres ordinaires dont on vse pour marquer les brefues, et les longues dans toute sorte de Poësie, comme l'on fait pour marquer ce vers Trochaique, dont les longues syllabes ont cette petite ligne droite [signum] pour leur signe, et les brefues ont ce demicercle [signum]:

[Mersenne, Livre II des chants, 179,1; text: vt queant laxis resonare fibris] [MERHU2_2 24GF]

il faut donc remarquer que le temps brief est dans les mouuemens ce que le point est dans la Geometrie, ou l'vnité dans les nombres; et que le premier pied, ou mouuement est composé de deux temps brefs; le second d'vn temps bref et d'vn long, et ainsi des autres qui suiuent, dont les douze premiers sont simples, et les vnze derniers sont composez, car quant aux autres qui sont composez d'vn simple et d'vn composé, ou de deux composez, ie n'en veux pas parler, d'autant qu'ils ne sont autre chose qu'vne repetition des precedens, ou qu'ils doiuent plustost estre nommez vers, ou metres, que pieds ou mouuemens. Or bien qu'au lieu du temps brief l'on mette deux, quatre, ou huit temps si courts qu'ils ne durent pas dauantage que le temps bref, et qu'ils ayent vne autre grace, et d'autres effets bien differens, neantmoins ils sont pris pour vne mesme chose à l'egard de l'espece du temps, ou du mouuement, comme il arriue lors que pour la minime, qui signifie la premiere partie du pied iambique, l'on met deux noires, quatre crochuës, huict doubles crochuës, ou seize triples crochuës, dont ie parle ailleurs.

Table des mouuemens, ou pieds mesurez.

[Mersenne, Livre II des chants, 179,2; text: Mouuemens simples de deux et trois temps, et cetera propres pour les Airs, et les Dances. Pyrriche, Iambique, Trochaique, Spondaique, Tribraque, Dactylique, Anapestique, Scolien, Cretique, Bacchien, Palimbachien, Molosse, Mouuemens composez, Preceleumatique, Peonique premier, Peonique second, Peonique troisiesme, Peonique quatriesme, Ionique maieur, Ionique mineur, Choriambique, Antispastique, Iambique redoublé, Trochaique redoublé.] [MERHU2_2 22GF]

Si nos Compositeurs ont l'oreille si delicate qu'ils craignent que ces vocables Grecs ne la blesse, ils peuuent vser de tels noms qu'il leur plaira, par exemple de ceux qui donnent à leurs airs, dont ils disent que ceux-cy ont le mouuement de la Courante, ceux-là de la Sarabande, et ainsi des autres: ou de ceux qui se remarquent aux differens battemens des Tambours, des mareschaux, des fleaux dont plusieurs battent ensemble les bleds dans les granges, et dans les aires, et plusieurs autres que l'on obserue dans plusieurs arts. Quoy qu'il en soit, il est necessaire que tous les airs, et toutes les danses se facent souz les mouuemens precedens, dont chaque partie peut estre appellée pied, pas, ou point.

Si les Compositeurs vouloient reduire leurs Airs à la Rythmique des Grecs, [-180-] l seroit aysé de leur en donner la maniere, puis que Terentianus, Ephestion, sainct Augustin et plusieurs autres nous ont laissé la memoire de toutes leurs sortes de pieds et de vers: mais il semble que l'experience a fait voir qu'ils ne s'accommodent pas bien à cet art, et que la Musique Françoise demande vne pleine liberté, sans s'astreindre à aucune sorte de Poësie reglée; quoy que si cela doit reüssir, l'on puisse en attendre la perfection de Monsieur du Chemin Aduocat au Parlement, qui a desia mis beaucoup d'Odes de Pindare, et d'Horace en Musique suiuant la mesure, et le propre mouuement que requiert la nature de chaque vers. Et si quelqu'vn desire sçauoir tout ce qui appartient à la poësie metrique, i'en ay preparé vn traité entier que ie luy communiqueray tres-librement. I'adiouste seulement icy que l'on trouuera quasi tout ce qui se peut dire sur ce suiet dans la 57. question de nos Commentaires sur le premier liure de la saincte Escriture, et que nos Musiciens auront de differentes especes de vers mesurez, s'ils obseruent exactement les syllabes longues et brefues de nos vers rimez; qui reüssiront peut-estre beaucoup mieux pour les airs, que les vers mesurez, dont ie parleray dans vn autre lieu.

Surquoy il est bon d'auertir les Maistres de Choeur qui composent les motets, et les autres pieces de Musique, dont la lettre est latine, que tout ce qu'ils feront chanter aura beaucoup plus de grace s'ils obseruent les syllabes longues et briefues, d'autant qu'ils rencontreront quasi toutes sortes de vers sans les chercher, dont Ephestion et les autres ont vsé: quoy qu'ils ne soient pas tellement obligez à faire toutes les longues et les brefues, qu'ils ne s'en puissent dispenser, comme ils font en allongeant la premiere syllabe briefue de chaque diction, en imitant la prononciation de la Prose, par exemple, on allonge la premiere syllabe de Dominus, et de Deus, et cetera.

Or ceux qui entendent le Latin receuront vn singulier plaisir à la lecture des six liures que sainct Augustin a fait de la Musique, et verront l'estat qu'il fait des mouuemens Rythmiques, comme il les trouue, et les remarque en toutes les choses du monde, et comme il esleue l'esprit à Dieu par leur moyen; c'est ce que ie desire semblablement que facent ceux qui liront ces liures des Chants, afin qu'il n'y ayt nulle recreation, d'où l'on ne tire du secours pour porter la volonté à son deuoir, qui consiste particulierement à adorer les Decrets eternels de la Diuine maiesté.

Ceux qui voudront apprendre les regles particulieres qui seruent à faire des airs, et des chants propres pour esleuer l'esprit à Dieu, les trouueront dans les liures de la Composition et de l'art, ou de la Methode de bien chanter.

FIN.


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