TRAITÉS FRANÇAIS SUR LA MUSIQUE
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Author: Marin Mersenne
Title: Livre second, des chants
Source: Harmonie Universelle, contenant la theorie et la pratique de la musique, 3 vols. (Paris: Sebastien Cramoisy, 1636; reprint ed. Paris: Centre national de la recherche scientifique, 1965), 2:89-180.
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[-89-] LIVRE SECOND,

DES CHANTS.

PROPOSITION PREMIERE.

La Chanson ou l'Air est une deduction de la voix, ou des autres sons, par de certains interualles naturels ou artificiels, qui sont agreables à l'oreille et à l'esprit, et qui signifient la ioye, la tristesse, ou quelqu'autre passion par leurs diuers mouuemens.

IL n'y a rien de plus difficile que de trouuer la definition des choses dont on veut parler; ce qui arriue icy: car la nature de la chanson est aussi difficile à connoistre, comme elle est facile à oüir. Or il faut remarquer que la diction air dont on vse pour signifier le chant, se prend en plusieurs manieres; car elle signifie premierement le troisiesme element, qui s'étend depuis la surface de la terre iusques à la Lune, et qui a cinquante et vne fois autant d'épaisseur comme la terre, c'est à dire cinquante-huit mille quatre cent douze lieuës, dont chacune a trois mille pas, et le pas a cinq pieds de Roy: car il y a quinze mille pieds de Roy dans la lieuë Françoise, comme i'ay dit ailleurs.

Secondement, l'air signifie la maniere dont on parle, on interroge, ou l'on répond, particulierement si l'on parle en cholere; car nous disons qu'on a répondu d'vn tel air, et cetera. Ce qui signifie presque la mesme chose que le ton de la voix, ou l'accent auec lequel on répond. Cette diction peut auoir plusieurs autres significations, selon les diuerses choses ausquelles on la peut accommoder, par exemple aux visages: car quand quelque tableau ou quelque personne ressemble à vn autre, nous disons qu'il en a de l'air. Mais la troisiesme signification est quand elle exprime la mesme chose que la chanson, ou le chant dont nous nous seruons pour chanter quelques fantaisies, soit que nous prononcions quelques paroles, ou que nous chantions sans paroles auec les notes de la Musique, ou en quelqu'autre maniere. Cecy estant presupposé, ie dy que la definition que i'ay mise dans cette proposition comprend tout ce qui appartient à l'essence du chant: premierement la deduction, ou conduite de la voix est le genre, car le chant a cela de commun auec les harangues, les discours et les paroles dont nous nous seruons en parlant les vns aux autres.

[-90-] Secondement i'ay dit, ou des autres sons, parce qu'on peut ioüer les Airs sur les Instrumens de Musique. Tiercement i'ay ajoûté, par de certains interualles naturels ou artificiels, ce qui fait que les chants sont differens d'auec les discours qui n'ont point d'interualles certains, par lesquels nous montions ou descendions en parlant, encore que la voix monte ou descende sans qu'on prenne garde aux interualles qu'elle fait.

Neanmoins quelques-vns croient que si nous éleuions nos voix selon que requiert le discours que nous tenons, et que nous fissions tous les interualles necessaires pour persuader ce que nous disons, que nous ferions des merueilles; particulierement si nous aioûtions les accens propres à cet effet, comme i'ay dit dans le traité de la Musique Accentuelle.

Quatriesmement, i'ay dit naturels, ou artificiels, dautant que nous appellons les interualles naturels, qui sont faits par tout le monde, c'est à dire aussi bien par le Berger qui est au bois, ou à la campagne, comme par les Musiciens, tels que sont les interualles de la Diatonique: mais les artificiels ont esté inuentez par les Musiciens pour embellir leur art, et pour enrichir leurs chants, comme sont le demiton mineur, la diese, et cetera qui ne se pratiquent point hors de la Musique, si ce n'est par hazard.

En cinquiesme lieu, i'ay dit qui sont agreables à l'oreille, et à l'esprit: car encore que les airs soient tristes, neanmoins ils nous plaisent souuent autant ou plus que quand ils sont gays. En fin i'ay dit par leurs mouuemens, par lesquels i'entens la Rythmique, ou les pieds metriques, dont on accompagne les airs, comme sont les Dactyles, les Spondees, et les Choriambes, dont ie traite au liure de la Rythmique: car le changement du mouuement apporte vne grande difference aux airs, encore qu'on ne change pas leurs interualles.

Il faut neanmoins remarquer qu'il n'est pas tellement necessaire de changer les interualles des sons graues et aigus, qu'on ne puisse trouuer quelque espece d'air sans eux, si nous parlons de tout ce qui peut estre appellé air, ou chant en quelque maniere que ce soit: car quelques vns disent qu'on peut sonner vn air sur le Tambour, encore que tous ses tons soient vnisons, dautant que les diuers mouuemens ou les diuerses mesures qu'on donne aux sons du Tambour peuuent representer quelque chanson, ou quelque fantaisie. Ce qui conuient pareillement à la voix qui peut representer plusieurs choses par les diuerses mesures, et par tous les mouuemens de la Rythmique: ce qui arriue aussi à plusieurs Pseaumes, qui commencent, finissent, et sont chantez sur vne mesme note, ou sur vne mesme interualle, et au chant dont plusieurs Religieux se seruent: Mais les autres aiment mieux l'appeller vn simple recit qu'vn chant, comme est le chant dont nous nous seruons, et plusieurs autres à nostre imitation, comme les Capucins, Carmes déchaux, et cetera dautant que nous ne faisons aucuns interualles, et que nous n'obseruons point d'autre mesure que celle des syllabes.

Neanmoins à proprement parler, ce n'est pas vn simple recit on discours, ny vn chant, ou vn air, tel que ie l'ay definy, mais quelque chose de metoyen qui participe de l'vn et de l'autre: Quelques vns l'appellent chant en Ison par ce qu'il est égal, et ne se sert que d'vn seul interualle, car Ison signifie ce qui est égal.

Or ce Chant en Ison, ou égal, peut receuoir quelques differences selon les differentes manieres dont il est chanté, ou recité: ce qui arriue particulierement [-91-] en deux façons: premierement quand on s'arreste plus long temps sur quelque syllabe, et qu'on la prononce plus fort et auec plus de vehemence que les autres, en donnant quelque cadence au chant: ce qu'on remarque au chant des Capucins, qui font la penultiesme ou l'ante-penultiesme du milieu et de la fin de chaque verset des Pseaumes beaucoup plus longue, et qui la chantent plus fort que les autres syllabes, qu'ils font quasi aussi longues les vnes que les autres, et les chantent comme en roulant, ou en nombrant les syllabes sans les trainer, ce qui rend leur chant plus gay et plus agreable.

Secondement lors qu'on obserue exactement toutes les longues et les brefues, en donnant deux temps à la longue et vn à la brefue, tant à la fin qu'au commencement et au milieu, sans trainer plus long-temps vn mot l'vn que l'autre, comme il arriue à la prononciation des vers: il y a plusieurs autres manieres qui peuuent varier ce chant, à raison desquelles on dit que tels, ou tels Religieux, ou autres personnes, chantent d'vn tel, ou d'vn tel air, encore qu'ils ne se seruent point d'airs les vns ny les autres, si l'on prend l'air comme ie l'ay definy cy-dessus.

On pourroit icy faire vne objection, et dire que toute la definition de ce premier Theoréme conuient, ou du moins peut conuenir, et estre appliquee aux Harangues, aux discours, et aux recits des Tragedies et des Comedies: car vn Orateur, ou celuy qui represente quelque personnage sur le theatre peut obseruer tous les interualles tant Diatoniques, que Chromatiques, ou Enharmoniques qui se rencontrent dans vne Octaue, attendu que l'experience nous fait voir que la plus part des Predicateurs se seruent du demiton, du ton, de la Tierce-mineure, de la majeure, de la Quarte et de la Quinte en montant et en descendant, selon les diuers accents, ou les diuers mouuemens dont ils se seruent tantost dans vn lieu, et tantost en vn autre. De là vient que quelques excellens Musiciens tiennent que les discours esquels ces interualles se rencontrent sont des Faux-bourdons, et qu'ils peuuent estre mis au nombre des airs: ce qui se verifie de quelques Predicateurs qui parlent quasi comme s'ils chantoient, c'est pourquoy leur discours en est moins agreable, et moins profitable.

Neanmoins il n'y a nul discours tellement reglé qu'il monte ou descende par tous les interualles des airs, à sçauoir par tons, et demitons, et cetera car il monte le plus souuent par des interualles insensibles, ou inconnus, quoy que l'on peût les discerner si l'on y prenoit garde: or tous les interualles des airs ou des chansons sont si bien reglez, qu'on ne manque iamais à les faire en tous les lieux où ils sont marquez; d'où l'on a pris le prouerbe, cela est reglé comme vn papier de Musique: ce qui monstre que les Airs, et par consequent la Musique, garde vn ordre beaucoup mieux reglé que les discours qui n'ont rien d'arresté, et qui suiuent l'imagination, et l'intention de celuy qui parle.

Ce qu'Euclide a reconnu et remarqué au commencement de son traité de la Musique, quand il dit que le discours se sert d'vne voix continuë, qui ne cesse et ne se repose point iusques à ce que le discours soit acheué, et qui ne garde aucune regle certaine aux interualles en haussant ou baissant le son: mais le mouuement ou la deduction de la voix, ou du son qui fait les airs et les chansons, et qu'Euclide appelle Diastematique, ou Interuallaire, ne se conduit pas par des interualles continus, mais elle passe tantost d'vn ton à vn diton, tantost de la Tierce à la Quarte, ou à la Quinte, et cetera et s'arreste quelquefois l'espace d'vn, [-92-] deux, trois ou quatre battemens du poux, selon les regles et les pauses de la Musique, et selon la dignité du sujet. D'où il est aisé de conclure si la description de l'air que i'ay donnee est receuable et legitime: à laquelle i'aioûteray celle qui suit, afin que l'autre soit mieux entenduë.

PROPOSITION II.

L'air est vn mouuement, vne conduite, ou saillie des sons, ou de la voix par les interualles artificiels que les Musiciens ont estably, à sçauoir par les Demitons, les Tons, les Tierces, et cetera dont nous expliquons les mouuemens et les passions de nostre ame, ou celles du sujet et de la lettre.

Il n'est pas besoin d'expliquer toutes les parties ou les dictions de cette definition, ou description, dautant qu'elles peuuent estre entendues par ce que nous auons dit auparauant. I'aioûteray seulement que i'ay icy mis saillie; par ce que le discours semble couler naturellement, comme vn ruisseau qui court doucement sans qu'il ait aucune saillie reglee, et sans qu'il change d'interualle, si ce n'est par hazard, ce qui fait qu'on ne le remarque, ou qu'on ne l'apperçoit pas. Or nous voyons que le son, auquel la voix saillit, saute, et passe d'vn interualle à l'autre, tantost en haut et tantost en bas, en se renforçant ou s'affoiblissant, et s'adoucissant; ce que quelques vns expliquent par les diuerses bricoles, par les bons, et par les diuerses reflexions, et diuers mouuemens que fait la bale agitee dans les ieux de paulme, ou par les differens mouuemens, et les diuerses postures des Images representees dans les miroirs à proportion qu'ils sont plus prez ou plus éloignez des objets, et suiuant les differentes positions ou mouuemens des vns et des autres.

C'est pourquoy les airs peuuent representer les diuers mouuemens de la mer, des cieux, et des autres choses de ce monde, d'autant qu'on peut garder les mesmes raisons dans les interualles de la Musique qui se rencontrent aux mouuemens de l'ame, du corps, des Elemens, et des cieux. De là vient que la Musique sert plus à la vie Morale, et est plus propre pour les moeurs que la peinture, laquelle est comme morte, mais la Musique est viuante, et transporte en quelque façon la vie, l'ame, l'esprit et l'affection du Chantre, ou du Musicien, aux oreilles et dans l'ame des auditeurs.

Ce qui a peut estre esté cause que l'Eglise des Iuifs, et des Chrestiens en la Loy écrite, et en celle de grace s'est seruie de la Musique, afin de transporter les esprits des fideles iusques au ciel, et de faire vne heureuse alliance de nos coeurs et de nos voix auec la Musique celeste des Bien-heureux, car il est raisonnable que toutes les creatures se seruent d'vn mesme concert pour chanter les loüanges, et pour annoncer les grandeurs et les merueilles de leur Createur.

Secondement i'ay dit, par interualles artificiels, car encore que la nature semble nous donner les interualles de la Diatonique, à sçauoir le ton majeur et le mineur, et le semiton majeur, neanmoins on se pourroit seruir d'autres interualles, comme de la Sesquisixiesme, Sesquiseptiesme, et cetera dont ie parle ailleurs: ce qui reussiroit peut estre fort bien, particulierement quand on chante les airs d'vne seule ou tout au plus de deux voix: Mais les Musiciens ont tousiours vsé des interualles Diatoniques, et particulierement ceux qui font profession de cet Art parmy les Chrestiens, encore qu'ils eussent pû choisiir d'autres interualles, par exemple [-93-] ceux des differentes especes de Tetrachorde, que i'explique ailleurs. Et puis la suite des interualles de l'Air et de toute la Musique est artificielle; car l'on ne peut s'en seruir si on ne l'a apprise par science, ou par exercice, et par la pratique: i'ay encore aioûté l'explication des mouuemens du suiet, d'autant qu'il n'est pas necessaire que nous exprimions nos propres mouuemens, ou passions, il suffit que nous imitions les passions des autres, ou du sujet proposé, comme il arriue presque tousiours à ceux qui chantent pour donner du plaisir aux auditeurs, car encore qu'ils soient tristes, ils peuuent chanter des Airs fort gays, ou des Airs tristes, encore qu'ils soient pleins d'alegresse.

C'est pourquoy la Musique est vne imitation, ou representation, aussi bien que la Poësie, la Tragedie, ou la Peinture, comme i'ay dit ailleurs, car elle fait auec les sons, ou la voix articulee ce que le Poëte fait auec les vers, le Comedien auec les gestes, et le Peintre auec la lumiere, l'ombre, et les couleurs: voyons maintenant la diuersité des Airs, et des Chants, et particulierement ceux dont on vse en France, afin que le Musicien n'ignore rien de tout ce qui appartient à l'Harmonie. Et apres nous verrons ce qui est necessaire pour faire de beaux Airs, et s'il est possible d'en faire vn qui soit le plus beau de tous ceux qui peuuent estre faits sur quelque sujet, ou sans sujet. Neanmoins auant que de nombrer les diuerses especes de Chansons dont on vse maintenant il faut proposer vne difficulté qui nous donnera peut-estre vne nouuelle definition du Chant, à sçauoir quand, et à quel moment le son, ou la voix commence à estre chant, ce qui semble fort difficile à determiner, car le commencement des choses naturelles est ordinairement imperceptible, neanmoins le chant ayant quelque chose d'artificiel aura peut-estre son commencement plus facile à reconnoistre, que s'il estoit simplement naturel.

PROPOSITION III.

Determiner à quel moment le son commence d'estre Chant, et quand il peut estre appellé Air, ou Chant.

S'il est tres-difficile de remarquer le commencement du mouuement, et du temps, et par consequent celuy du son, qui n'est autre chose qu'vn mouuement, il n'est ce semble pas moins difficile de determiner quand le son commence d'estre Chant: car si toutes les parties d'vn Chant sont homogenes, c'est à dire de mesme nature, comme celle du son, et de l'air, il faut conclure que chaque partie du son, qui est perceptible, contient la nature du Chant, et qu'elle peut estre appellé Air.

Plusieurs tiennent que chaque partie de Musique est vn Chant, et neanmoins il y a des parties qui tiennent tousiours ferme sur vn mesme ton, sans hausser ou baisser, comme il arriue quelque fois à la Taille: et entre les Chants dont on vse pour chanter les Psalmes dans les Eglises Catholiques l'vne des intonations ne se sert point d'interualles: quoy que personne ne die que l'on ne chante pas quand on vse de ce ton.

Et quand on se sert de cette intonation, on dit aussi bien qu'on commence à chanter que quand on se sert des Tons qui varient leurs interualles. La difficulté consiste donc en deux points, à sçauoir si le son qui ne hausse ny ne baisse point, peut estre appellé, et est en effet vn chant: et si chaque partie de ce son est Chant, [-94-] ou quel espace de temps le son doit durer pour estre chant.

Si nous voulons apporter quelques distinctions ou diuisions entre les chants, il semble que l'on peut accorder toutes les pensees des Musiciens sur cette difficulté: Car si nous disons que le son, contre lequel se peuuent chanter vne ou plusieurs parties qui facent des consonances et de l'harmonie, est vn chant, l'on peut tenir que le simple son qui tient ferme, et consequemment que les discours des Orateurs, et de ceux qui font des interualles sensibles, comme les Italiens, et quelques Predicateurs qui chantent en parlant, peuuent estre nommez chants, lors qu'on peut faire quelque partie de Musique contre lesdits sons, ou discours. Mais si nous parlons d'vn chant parfait, il desire des changements de son, et de differens interualles, comme sont les Diatoniques, et de certaines parties qui ne sont pas Homogenes, et de mesme nature, comme sont les differentes parties de l'eau, et de l'air: parce que le commencement doit estre different du milieu, et la fin doit estre differente de l'vn et de l'autre.

Quant à la duree du chant, les Musiciens n'ont encore rien estably sur ceste difficulté: il y en a de longs, de courts, et de mediocres: et l'on peut quasi dire la mesme chose des chants que des vers, car il n'y a point de vers qui ne puisse auoir vn chant; et si le vers est inutile et imparfait, comme sont ceux ausquels il manque vn, ou plusieurs pieds, on peut appeller leur chant imparfait.

Toutesfois l'on peut dire que le chant doit pour le moins durer deux ou trois mesures pour estre accomply et parfait, afin qu'il ait son commencement, son milieu, et sa fin, car ses trois parties se rencontrent presque tousiours en toutes ces choses, particulierement en celles qui sont liees et obligees au mouuement, comme sont les chants dont nous parlons.

Mais ie traiteray apres plus amplement des parties du chant, et diray s'il est possible de trouuer des regles qui seruent à faire de beaux chants, de sorte qu'en les suiuant on ne puisse faillir au iugement, ou à la composition. Voyons maintenant combien il y a d'especes de chants dont on vse en France, car quant à ceux des anciens tant Grecs, que Latins, ils nous en ont laissé si peu de connoissance que nous ne pouuons en parler auec certitude: et les nations estrangeres n'en ont point que nous n'imitions assez heureusement, et s'il m'est permis de parler à notre auantage, que nous ne surpassions en quelque chose, particulierement en la politesse, en la delicatesse, et en la douceur dont on les recite; car quant à la netteté, à la bonté, ou à la force de la voix, les Italiens les peuuent disputer auec toutes les autres nations: ioint qu'ils ont plusieurs beaux traits, et quantité d'inuentions dont nos chants sont destituez.

PROPOSITION IV.

Expliquer toutes les diuisions et les especes des Chants et des Airs dont vsent les Musiciens, et donner des exemples des chants Ecclesiastiques.

L'on peut premierement diuiser les chansons en Diatoniques, Chromatiques, et Enharmoniques, et en mettre autant d'especes comme ces trois genres en ont; mais pour parler des chants qui sont en pratique, on les diuise en autant d'especes qu'il y a de modes differens, à sçauoir en 12, dont chaque espece peut quasi auoir vne infinité d'indiuidus, puis que l'on en fait 40320 des 8 notes de chaque Octaue, encore que l'on ne repete nulle note deux fois, comme ie [-95-] monstreray dans la 8 proposition. En troisiesme lieu, les chants se diuisent en autant d'especes que les passions; car il y en a de tristes ou languissans, et de ioyeux; il y en a de propres à la guerre, et d'autres à la paix. Ils se peuuent encore diuiser en Dactyliques, Anapestiques, Iambiques, et cetera suiuant les differentes especes des vers et des mouuemens dont les anciens Poëtes et Musiciens ont vsé, et dont on se sert aux Balets. A quoy l'on peut rapporter la diuision que l'on en fait maintenant en trois genres, dont l'vn est le Vaudeuille ou la Chanson, l'autre est le Motet ou la Fantaisie, et le troisiesme genre contient toutes les especes de Danseries. Et finalement si l'on veut vne diuision plus particuliere, l'on peut mettre douze sortes de compositions de Musique qui se pratiquent en France, à sçauoir les Motets, les Chansons, ou les Airs, les Passemezzes, les Pauannes, les Allemandes, les Gaillardes, les Voltes, les Courantes, les Sarabandes, les Canaries, les Branles, et les Balets, dont l'on void des exemples à la fin de ce liure, où i'en mets les definitions, ou les descriptions. Ie donneray encore d'autres exemples des Airs, et des beaux Chants dans le traité qui apprend à bien chanter: car ie veux seulement icy donner quelques chants Ecclesiastiques qui excitent la deuotion lors qu'ils sont bien chantez; et pour ce sujet ie choisis certains versets de quelques Psalmes qui sont propres pour éleuer l'esprit à la contemplation des choses diuines, afin que le chant et la lettre se respondent mutuellement.

[Mersenne, Livre II des chants, 95; text: BEnedicam Dominum in omni tempore: Semper laus ejus in ore meo. QVam bonus Israël Deus: his qui recto sunt corde. LAudate Dominum omnes gentes: laudate eum omnes populi. COr meum et caro mea: Exultauerunt in Deum viuum. VIrginum Virgo genitrixque Christi, Pro tuis ora famulis Maria. Qui tuum toto genitum colentes Corde precamur.] [MERHU2_2 01GF]

Ie reserue plusieurs autres exemples pour le liure des chants de l'Eglise, que l'on pourra enrichir de mille belles inuentions, si l'on comprend ce que ie diray dans ce liure, et dans le troisiesme, où i'explique la maniere de faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, et la methode de bien chanter.

[-96-] Or les quatre chants qui seruent aux quatre versets des Psalmes sont en vsage parmy les Prestres de l'Oratoire, qui les chantent auec vne grande deuotion; et le dernier est vsité dans les prisons de Paris. Et l'on pourroit diuiser tous les chants Ecclesiastiques en Leçons, Versets, Respons, Antiennes, Psalmes, Cantiques, Hymnes, Sequences, et Messes, dont Cerone en rapporte vne grande partie dans son 3, 4, et 5 liure: l'on en trouue aussi plusieurs dans Glarean, et Franchin, sans qu'il soit besoin d'en charger ce traité.

C'est pourquoy ie ne mets pas icy les tons ordinaires du chant Gregorien; et puis ie les ay déja donnez dans la 29 proposition du second liure de la Musique imprimé l'an 1627, à la fin duquel i'ay encore mis 12 chants à deux parties sur les 12 modes: et à la fin du second liure i'ay mis vn chant figuré à deux parties du premier mode, et vn autre du second, et finalement vn autre air spirituel à 4 parties. L'on trouuera aussi les exemples des 12 tons des chants de l'Eglise à la fin du sixiesme liure Latin, qui traite des genres et des modes. I'ajoûte seulement que le 5, le 6, et le 12 me semblent les plus beaux: mais chacun peut choisir celuy qui luy agreera dauantage pour sa consolation particuliere, et mesme il en peut faire tant de nouueaux qu'il voudra.

Or il est certain que lors que l'on chantera plusieurs chants de l'Eglise auec l'attention et la deuotion requise, l'on en receura vn grand contentement, car il y en a de fort beaux, par exemple les Hymnes, Veni creator spiritus, Sacris solemnijs, Pange lingua gloriosi corporis mysterium, Conditor alme syderum, Sanctorum meritis, Aue maris stella, et plusieurs autres. La mesme chose arriuera en chantant les Proses Victimae Paschali laudes, Lauda Sion Saluatorem, et les Antiennes Inuiolata, Salue regina, Regina caeli, et cetera dont on vse dans les Eglises Catholiques: mais puis qu'on les trouue dans les Rituels, il n'est pas à propos de les mettre icy. Ie conseille neanmoins à ceux qui aiment les chants de l'Eglise de se seruir des Heures de la Vierge qui ont esté imprimees chez Cauellat l'an 1598, car elles contiennent les chants de tout ce qui se chante le long de l'annee dans l'Eglise de Paris, à sçauoir toutes les Antiennes, ou Antiphones, toutes les Hymnes, les Psalmes, les 8 tons, plusieurs Proses, des Messes toutes entieres auec les Gloria in excelsis, le Credo, et plusieurs autres chants qui sont fort beaux; de sorte que ie m'estonne que ces Heures qui deuroient se trouuer entre les mains de tant de personnes, soient si rares, et que l'on ne les r'imprime point.

Ie donneray encore plusieurs autres sortes de chants lors que ie parleray des Danses, et des Balets, et de toutes les especes de chants dont on vse en France. Et l'on peut encore voir tous ceux que i'ay donné dans le 13 article de la 57 question sur la Genese. L'on peut aussi rapporter tous les chants que Goudimel, Claudin le Ieune, du Caurroy, Caignet, et les autres ont donné aux Psalmes mis en vers François, et toutes les Chansons spirituelles aux chants Ecclesiastiques, puis qu'ils seruent à eleuer l'esprit à la contemplation des choses diuines, et consequemment qu'ils suiuent le but et le dessein de l'Eglise. Et finalement on peut voir le chant de tous les Motets qui ont esté imprimez depuis que l'on a commencé à chanter à plusieurs parties.

[-97-] PROPOSITION V.

A sçauoir si l'on peut trouuer et prescrire des regles et des maximes infallibles selon lesquelles on fasse de bons Chants sur toutes sortes de lettres et de suiets, et si les Musiciens en ont quand ils font des Airs et des Chants.

Cette difficulté est l'vne des plus grandes de toutes celles de la Musique, car puis que personne n'a encor estably de certaines regles propres pour faire de beaux chants sur toutes sortes de sujets, c'est signe que l'on n'en peut establir, car il n'est pas ce semble probable que les Musiciens qui ont vescu depuis vne si longue suite d'annees et de siecles n'en eussent estably, tant pour s'en seruir aux rencontres, que pour en faire part à leurs successeurs, comme ils ont fait des autres preceptes de cét Art.

En effet les plus excellens Maistres preuueut tous les iours par experience qu'ils n'ont point de regles asseurees pour faire de bons chants, puis qu'ils ne les rencontrent le plus souuent que par boutades, et par hazard, comme ils confessent eux-mesmes; de là vient qu'ils sont quelquefois des iours entiers sans pouuoir faire vn air, ou vn chant qui leur plaise, et qui leur satisfasse; et d'autrefois ils en font plusieurs en peu de temps, qui leur naissent dans l'esprit suiuant les differentes dispositions de leur imagination, et de leur santé.

Or s'ils auoient des regles certaines, ils pourroient faire tels chants qu'ils voudroient à toute sorte d'heures et de rencontres, comme les Architectes peuuent faire le dessein d'vn bastiment, et les Mathematiciens des demonstrations, et tirer des lignes droites et courbees de toutes façons en tout temps, parce qu'ils ont des regles certaines et infallibles. La maniere dont se seruent les Compositeurs confirme cette verité, car ils tastent sur le Luth, sur l'Epinette, sur la Viole, ou sur d'autres Instrumens plusieurs sortes de tons et d'accords pour r'encontrer vn chant qui leur plaise, ou bien ils fueillettent Claudin, Guedron, et les autres Maistres pour prendre quelques parties de chant d'vn costé, et les autres parties en dautres lieux, afin de ramasser ces fragmens, et d'en faire vn chant entier. Or s'ils auoient des regles certaines, ils s'en seruiroient sans prendre deçà et delà des vns et des autres, ce qu'ils font quelquefois sans beaucoup de raison et de iugement.

Mais ie veux apporter de plus puissantes raisons, dont l'vne se prend du peu de connoissance que nous auons de la nature des interualles Harmoniques, desquels il faut vser pour faire les chants. Et l'autre se prend de l'ignorance des mouuemens dont l'on ne sçait pas la theorie, ny la pratique, car nous n'auons point de Musiciens qui puissent establir la suite des mouuemens necessaires pour exciter les auditeurs à telle passion que l'on voudra.

A quoy l'on peut ajoûter la connoissance des choses qui sont necessaires au parfait Musicien, dont i'ay parlé dans vn autre lieu, comme celle du temperament des auditeurs, et celle des esprits, et de la maniere dont il faut vser pour eschaufer et refroidir l'imagination et l'appetit, afin d'appaiser ou d'exciter les passions. Et puis la multitude des Airs va iusques à l'infiny, et la bonté des chants depend le plus souuent de la fantaisie du Compositeur, et de ceux qui les mettent en credit; ce qui empesche que l'on puisse prescrire des regles infallibles si [-98-] l'on ne veut comprendre et renfermer l'infinité de l'imagination et de la caprice des hommes dans les bornes de quelques maximes qui fassent vne chose finie de l'infiny.

Il faut neantmoins auoüer que l'on peut trouuer des regles si certaines, que l'on ne manquera iamais à faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, pourueu que l'on entende la lettre; car si le Musicien François qui n'entend que sa langue vouloit mettre de l'Espagnol ou de l'Italien en Musique, il ne pourroit pas accommoder la note à la lettre. I'auoüe qu'il est difficile de trouuer et de pratiquer les regles dont nous parlons, dautant qu'elles requierent vne parfaite connoissance de la nature des sons, et de leurs interualles, et des passions et affections que l'on desire exciter ou appaiser. Mais peut-estre que cette connoissance n'est pas impossible, soit que les anciens l'ayent euë, comme tiennent ceux qui croyent qu'Aristote, Plutarque, et les autres Autheurs ne proposent rien des especes et des effets de la Musique que ce qui est veritable, et qui disent que les Grecs auoient la connoissance du temperament des auditeurs, de la nature des passions, et des interualles; ou que lesdits anciens n'ayent point eu d'autre connoissance que nous, ou plustost qu'ils ayent moins connu dans la Musique que les Maistres qui composent maintenant, et qui enseignent la pratique et la theorie de l'Harmonie, comme croyent plusieurs, qui ne deferent pas tant aux anciens que les autres. Car puis que l'inuention des regles pour faire de bons chants dépend de la raison, du iugement, et de l'experience, il faudroit que nous fussions dépourueus de ces facultez, et instrumens, si nous ne pouuions rien establir que par emprunt des anciens, dont ie ne veux pas icy parler dauantage, dautant que i'ay fait vn discours particulier pour examiner s'ils estoient plus sçauans que nous dans la Musique, et s'ils faisoient de meilleurs Chants, et de meilleurs Concerts.

Or ce qui me fait croire que l'on peut establir des regles pour les chants, est que les Maistres en ont déja estably quelques-vnes, dont ils se seruent assez heureusement, et qu'il n'est pas plus difficile d'inuenter ces regles que celles de la Medecine, et de l'Architecture, qui sont assez certaines pour l'vsage de la vie. Et quand on aura trauaillé aussi serieusement à la perfection de la Musique qu'à celle des autres Arts, et qu'vne aussi grande multitude d'hommes sçauans et iudicieux auront employé leur trauail à la recherche de tout ce qui appartient à la Musique, comme ont fait ceux qui nous ont enseigné la Geometrie, et les autres sciences, ie croy que l'on pourra esperer des regles certaines pour faire de bons chants.

Quant aux raisons contraires, il est aisé d'y respondre si l'on suppose ce que i'ay dit, d'autant qu'elles sont fondees sur ce que nous n'auons pas assez de connoissance, ou sur ce que ceux qui en ont assez ne la veulent pas employer à la Musique; mais elles ne preuuent pas que nous ne puissions auoir vne assez grande connoissance pour faire des regles certaines et infallibles des bons chants.

PROPOSITION VI.

Determiner de quelles regles et maximes l'on doit vser pour faire de bons chants, et en quoy les sons et les chants sont semblables aux couleurs.

Si nous pouuons trouuer et establir des regles infallibles pour faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, nous ferons ce qui est de plus difficile et de plus [-99-] excellent dans la Musique: car quant à la composition de deux, ou plusieurs parties, l'on en trouue assez qui y reüssissent, mais l'on n'en trouue point, ou du moins l'on en rencontre fort peu qui fassent de bons chants sur tous les sujets qu'on leur propose. Et si l'on demande pourquoy il est plus difficile de faire vn bon chant que d'ajoûter des parties au chant qui est déja fait, et de composer à deux, ou plusieurs parties, ie responds qu'il faut estre plus sçauant pour faire de bons chants, que pour composer à plusieurs parties, comme l'on pourra facilement conclure du discours qui suit.

Ie dis donc premierement que c'est vne regle infallible pour les chants, qu'il faut suiure et imiter le mouuement de la passion à laquelle on veut exciter les auditeurs; par exemple, si l'on veut exciter à la guerre, ou à la cholere, il faut vser du mouuement Iambique, ou de l'Anapestique. Où il faut remarquer que ie commence les regles par le mouuement que l'on doit donner aux chants, dont on peut dire ce que l'Orateur disoit de la prononciation, ou du recit des harangues, et vn autre de l'humilité pour les vertus Chrestiennes, et sainct Paul de la Charité comparee aux vertus Theologales, à sçauoir que comme ces vertus sont les principales et les plus difficiles à aquerir, de mesme le mouuement des chansons est la principale partie du chant, et celle qui a plus d'energie, et de force sur l'Auditeur, que toutes les autres choses qui font et qui accompagnent le chant; de sorte que qui sçait donner les vrais mouuemens, sçait la meilleure partie de la Musique, et la regle la plus necessaire de toutes celles qui seruent à faire des chants. Mais ce n'est pas icy le lieu de parler de ces mouuemens, dautaut qu'ils appartiennent au liure de la Rythmique.

La seconde regle appartient aux interualles, et degrez dont il faut vser dans les chansons, laquelle est semblablement necessaire, car elle consiste à vser des mesmes interualles ou degrez dont vse la passion à laquelle on veut exciter: par exemple, si la cholere monte par tons, ou demitons, il faut que le chant monte par mesmes degrez, encore que cecy ne soit pas si necessaire que l'on ne puisse se seruir d'autres degrez en chantant que de ceux de la passion, particulierement lors que l'on ne cognoist pas par quels degrez elle va: or il est certain que les chants ont esté inuentez pour exciter les passions; par exemple, pour resiouyr l'Auditeur, car la resiouyssance appartient aux passions, dont elle est le fondement, le commencement, et la fin, car le plaisir n'est autre chose qu'vn amour parfait et accomply, comme l'amour et le desir, est vn plaisir commencé, et imparfait.

Ie ne crois pas qu'il faille d'autres regles pour faire de bons chants sur toutes sortes de sujets, car la suite des degrez et des interualles des sons qui composent le chant, et la cognoissance du mode dont il faut vser, sont comprises dans la seconde regle; et toutes sortes de vers, et de mouuements sont contenus dans la premiere: quant à la bonté de la voix, et à la prononciation, elles n'appartiennent pas aux regles des chants, mais à la methode, et à la maniere de chanter, et au Chantre, dont nous parlerons ailleurs.

Quant à la relation des sons qui composent le chant, comme celle du Triton, et de la fausse Quinte, qui sont quasi les seules relations mauuaises tant au plain chant, que dans la Musique (encore que ces interualles, et tous les autres puissent entrer dans les recits, lors que le sujet le requiert) il en faudra parler dans le liure de la Composition.

[-100-] Il faut seulement icy remarquer que les chants sont semblables aux nuances des couleurs, qui se suiuent tellement que l'on ne passe pas d'vne extremité à l'autre sans passer par celle du milieu. C'est pourquoy l'on peut s'instruire pour faire de bons chants par la consideration desdites nuances; car comme l'on a sept interualles, ou huit sons dans l'estenduë de l'Octaue, dont on a coustume d'vser; de mesme l'on prend pour l'ordinaire sept ou huit couleurs pour chaque nuance, comme l'on experimente à la nuance du pourpre, du bleu, et du vert de tulipe, ou de citron; de sorte que l'on peut comparer chaque chant à chaque nuance, si n'est que l'on veüille rapporter tous les chants de l'vn des genres de Musique à vne espece de nuance: par exemple, les chants dont on vse dans nostre Diatonique, à la nuance de verd, et ceux des autres especes du genre Diatonique aux autres sortes de nuances.

Or l'on pourroit choisir les huit principales especes de nuances, à sçauoir les trois des trois sortes de verds, et les nuances du bleu, du iaune, du rouge, du colombin, et du pourpre, pour les comparer aux huit especes de la Diatonique: si ce n'est que l'on aime mieux diuiser toutes les nuances, comme toutes les especes de Musique, en trois genres, à sçauoir en la nuance du verd, du iaune, et du rouge, dont chacune en contiendra plusieurs autres, comme chaque genre de Musique contient plusieurs especes.

A quoy l'on peut ajoûter que si l'on fait des chants de douze degrez dans l'Octaue en la diuisant par demitons, que l'on a semblablement des nuances de douze couleurs, comme celle du rouge; et qu'vne nuance peut auoir autant de couleurs que l'Octaue de sons, ou d'interualles, car l'vne et l'autre peuuent estre diuisees en vne infinité de degrez.

En effet s'il est permis de s'instruire par l'analogie des autres choses, l'on peut comparer les simples sons aux simples couleurs, les interualles des sons aux meslanges desdites couleurs, et les chants aux tableaux; car comme les Peintres, les Teinturiers et les Floristes remarquent qu'il y a des couleurs simples et premieres, dont les autres sont composees; de mesme les Musiciens considerent qu'il y a des sons plus simples les vns que les autres; ce que l'on peut dire du proslambanomenos, parce que les battemens ou mouuemens d'air dont il est compose sont plus proches de l'vnité et du repos, dont la nete est la plus éloignee; de sorte que les sons du milieu sont composez de ces deux extremes, à raison qu'ils participent de la tardiueté et de la pesanteur de l'vn, et de la vitesse de l'autre, comme les couleurs du milieu participent des deux extremes, à sçauoir du blanc et du noir, dont on peut s'imaginer que les deux premieres couleurs des Peintres, c'est à dire le bleu et le iaune, sont composees, desquelles on fait apres toute sorte de verd.

L'on peut donc dire que le proslambanomene respond au iaune, que quelques-vns croyent estre la propre couleur de la terre, parce qu'ils disent qu'elle est toujours de cette couleur lors qu'elle est en sa pureté: ce qu'ils confirment par celle dont Adam fut creé, laquelle estoit vne argille iaune, suiuant l'etimologie du mot Hebreu; par la moüelle de tous les arbres qui prend aisément cette couleur, par les feüilles des arbres et des herbes, et par les fleurs des tulipes qui deuiennent iaunes apres auoir perdu le verd; et par les autres couleurs lesquelles sont faites du iaune (qui demeure tousiours, à raison de son sel et de sa terrestreité) et du bleu qui s'éuapore et s'enuolle, comme s'il retournoit vers le ciel qui semble estre son [-101-] origine, parce qu'il depend de sa lumiere, c'est pourquoy ils disent que cette couleur est semblable à la Nete, dont le mouuement viste et leger imite la rapidité des cieux, car plus on oste de mouuemens des sons du milieu, et plus on approche du silence du proslambanomene, auquel on compare la terre.

D'où l'on peut conclure que la Mese est le son le plus agreable de tous, puis qu,il participe également du ciel et de la terre, comme fait le verd naissant, lequel est composé d'égales parties du bleu et du iaune. Mais si l'on compare les interualles de Musique à deux couleurs, l'on peut considerer si le bleu ou le iaune estant comparé auec le verd font aussi bon effet que le proslambanomene, ou la Nete comparees à la Mese, auec laquelle elles font l'Octaue; et si l'on compare les chants aux nuances des couleurs, l'on peut supputer de combien de sortes de couleurs il faut vser depuis le bleu, ou le iaune iusques audit verd pour y passer insensiblement, ou le plus agreablement qui se puisse faire; et qu'elle proportion il y a entre ces couleurs d'approche, afin de remarquer si les passages que l'on fait du proslambanomene ou de la Nete à la Mese, doiuent estre remplis dautaut d'interualles, et qui ayent des raisons égales ausdites couleurs, afin de faire le plus beau chant de tous les possibles, et de le chanter parfaitement.

Car il y a de l'apparence que la nature suit tousiours le mesme train en ses ouurages, et que le chant qui l'imitera doit estre estimé le plus parfait, soit que l'oreille y consente ou non, puis que la raison est la maistresse, et consequemment qu'elle est plus croyable.

L'on peut donc examiner de combien de couleurs il faut nuer le iaune, ou le bleu, duquel on veut passer au verd gay, ou dudit verd au iaune, et au bleu, ou de l'vn de ceux-cy à l'autre, et faire autant d'interualles depuis le son graue iusques à celuy du milieu, et du milieu iusques à l'aigu, afin de voir si le chant qui sera conduit par ces nuances sera le meilleur de tous.

Et parce que l'on aime la diuersité des chants, comme celle des tableaux (à raison de l'estat de changement dans lequel nous viuons assujetis à sa vanité malgré que nous en ayons) lors que l'on diuersifiera les chants, et que l'on quittera la precedente nuance pour passer à des couleurs éloignees, ou à des sons separez, et dis-joints, il faut que le son ou la couleur ayent de l'analogie, et de la conuenance auec les autres ausquels nous passons. Et parce que l'on fait les sauts de l'Octaue, de la Quinte, de la Quarte, des Tierces, et des Sextes, il faut voir les transitions des couleurs qui respondent à ces passages, afin de sçauoir si leur agreement est semblable, et si ce qui se trouue beau dans la suite des sons a vne égale beauté dans la suite, et la liaison des couleurs.

L'on peut encore passer outre, et voir s'il y a quelque chose dans la Musique qui responde à la lumiere laquelle contient toutes les couleurs en eminence et en perfection, quoy qu'elle tienne ce semble dauantage du iaune; de là vient que l'on l'appelle doree, et que la chose la plus precieuse nous est expliquee sous le nom d'vn or qui sera transparent comme le verre, dans le 21 chapitre de l'Apocalypse, c'est à dire qu'il sera semblable en couleur à l'ambre, et au chrystal en transparence, afin d'auoir les plus excellentes qualitez de tous les corps.

Or il n'y a rien dans la Musique plus semblable à la lumiere que le son aigu, parce qu'il comprend tous les autres qui viennent de sa diuision, ou de sa diminution iusques à ce qu'il retourne dans le silence; car s'il perd vne 24 partie de son mouuement il fait le demiton mineur; s'il en perd vne 15 il fait le majeur; si vne 9, [-102-] ou 10, il fait le ton mineur, ou majeur, et s'il en perd la moitié, il fait l'Octaue, et ainsi des autres, iusques à ce que les rayons, ou les influences de ses mouuements, qu'il depart aux autres sons, soient tellement diminuez qu'il paruiennent au proslambanomene, qui tient le plus du silence, comme le noir tient plus des tenebres que nulle autre couleur, à raison de l'affoiblissement des rayons lumineux qui le produisent, ou qui le font paroistre. Car les couleurs tirent dautant plus sur le noir, qu'elles reflechissent vne moindre quantité de rayons à l'oeil, et approchent dautant plus de l'esclat et de la lumiere qu'elles reflechissent vne plus grande multitude de rayons; de là vient que quand tous les rayons d'vne glace de miroir droit ou concaue affectent l'oeil, que l'on ne void rien que le corps lumineux, à sçauoir le soleil, ou la chandelle, car la lumiere veut tout conuertir en soy, et n'a ce semble point d'autre fin à nostre égard que de remplir tout le monde, et de se representer dans tous les corps qui ne representeroient autre chose que le soleil, s'ils estoient parfaitement polis; et parce qu'elle agit naturellement, lors qu'elle ne peut parfaitement representer l'image du soleil, à raison des inégallitez des corps qui la reçoiuent, elles represente des couleurs, lesquelles on peut appeller des soleils defigurez et confus, qui abbrutissent sa beauté, et sa viuacité en rompant et en diminuant la force de ses rayons.

Ce que l'on peut aisément transferer aux hommes, sur qui Dieu, qui est le Soleil eternel de iustice, darde tellement les rayons de sa bonté, et de sa prouidence, que s'ils regardoient toutes choses comme il faut, et s'ils receuoient dans leur esprit tous les rayons, ou du moins vne bonne partie de ceux dont Dieu les enuisage, ils ne verroient autre chose que Dieu dans eux mesmes, et dans toutes les creatures; et l'on pourroit dire que la Beatitude eternelle commenceroit dans ce monde, puis que la foy nous enseigne que dans elle Dieu sera tout en tout choses, dans la 1. aux Corinthiens chapitre l5. Vt sit Deus omnia in omnibus. Ce qui arriuera lors que toutes choses luy seront parfaitement assujeties, comme il dit au mesme lieu. C'est ce que pratiquent desia les Iustes, qui n'aiment nulle creature que parce qu'ils y trouuent la diuinité, et qui aiment dautant plus chaque estre que la diuinité y reluit dauantage.

Il faut encore remarquer qu'il y a plusieurs couleurs qui se nuent, comme il y a plusieurs genres et especes de Musique; et que l'on peut comparer les degrez de chaque espece de Musique auec la nuance de chaque couleur; par exemple, la nuance du verd, du iaune, et du rouge auec les degrez du genre Diatonic, Chromatic, et Enharmonic, car les chants peuuent finir par la voix la plus graue, ou la plus aigue, comme la nuance de chaque couleur finit d'vn costé par le noir, qui represente l'ombre, les tenebres, et le silence; et de l'autre costé par le blanc, qui represente l'esclat de la couleur, la lumiere, et la vistesse des sons aigus.

D'ailleurs, le son du milieu que les Grecs appellent la Mese, represente la couleur qui est nüee; et comme l'on vse ordinairement de sept couleurs dans chaque nuance, de mesme l'on vse de 7 interualles ou degrez dans chaque Octaue, dont il y en a 2, 3 ou 4 dessus, et trois ou quatre dessous ladite Mese: i'ay dit 3 ou 4 dessus, ou dessous, parce qu'il y en a 4 dessous, lors que la Quinte est dessous, et 3 lors qu'elle est dessus; ce que les Musiciens appellent diuision Harmonique. C'est pourquoy il faudroit voir si la nuance d'vne couleur est plus agreable lors qu'il y a plus de degrez de nuance en bas iusques au noir, qu'en haut iusques au [-103-] blanc, comme l'Octaue est plus agreable lors qu'elle a plus de degrez en bas, c'est à dire lors qu'elle a la Quinte dessous.

Il faut encore considerer si toutes les principales couleurs qui se nuent peuuent estre reduites à 7, comme les Octaues, afin que chaque espece d'Octaue qui a 8 sons et 7 interualles, soit comparee à chaque couleur principale, et aux 7 ou 8 couleurs qui luy seruent de nuance; et finalement si les nuances sont dautant plus ou moins agreables, qu'elles ont vn plus grand nombre de couleurs, et qu'elles paroissent moins distinctes, comme les chants ont coustume d'estre plus ou moins agreables, selon que leurs degrez sont moindres ou plus grands: comme il arriue lors qu'au lieu des 8 sons Diatoniques de l'Octaue, on la diuise en 12 demitons sur l'Orgue et sur le Luth, par le moyen des degrez Chromatiques, ou qu'on la diuise en 24 interualles par le moyen des degrez Enharmoniques, car les nuances des couleurs peuuent estre de 12, et de 24 differentes couleurs, que l'on peut mettre entre le vray verd, et le verd le plus brun d'vn costé, et le verd le plus foible de l'autre.

COROLLAIRE I.

Les bons Compositeurs disent que les chants doiuent estre semblables aux corps composez des quatre Elemens, afin qu'ils ayent la fermeté de la terre dans leur mesure constante et reglee; la netteté de l'eau, parce qu'il faut éuiter toute sorte d'embarras et de confusion dont l'oreille peut estre blessee; la vistesse et la mobilité du feu par ses diminutions, ses passages, ses tremblemens, et ses fredons; et puis le bel air, qui est l'ame du chant. L'on peut aussi comparer les interualles dont on vse dans les chants, aux couleurs que produisent les metaux: ce qui se fait en differentes manieres; par exemple le plomb calciné auec l'estain fait l'émail blanc; le fer calciné fait le iaune des verres; ce que fait aussi l'antimoine: le cuiure rend le verre turquin, ou bleu selon les differentes preparations que l'on luy donne; et l'argent estant meslé auec d'autres choses fait vne varieté de couleurs. Ie laisse tout ce que les potiers de terre, et les Chymiques font par le moyen des metaux, parce qu'il suffit d'en auertir les Musiciens afin que s'ils veulent rapporter chaque metail, et toutes leurs couleurs à ce qui arriue aux interualles, ou mouuemens des chants, ils sçachent les experiences des artisans.

PROPOSITION VII.

Determiner s'il est possible de composer le meilleur chant de tous ceux qui se peuuent imaginer, et si estant composé il se peut chanter auec toute la perfection possible.

Il semble que la nature nous ait fait naistre auec le desir de la perfection, car tout le monde la recherche; ce que tous les hommes tesmoignent dans leurs ouurages; comme quand Ciceron a d'escrit vn parfait Orateur, et que Platon et Xenophon ont dépeint vne Republique et vn Roy auec toute la perfection qu'ils ont peu; ce qu'ont semblablement fait les autres qui ont representé vn Poëte, ou vn Poëme accomply de tout point. Les Cabalistes et les Chymistes ont eu la mesme idee quand ils se sont imaginez la Medecine qu'ils ont appellé Panacee, et vn agent, ou vn dissoluent vniuersel, et vne poudre de proiection, [-104-] ou vne pierre philosophale, qu'ils ont comparee à l'anneau de Gyges, et à tout ce qu'ils ont remarqué de plus excellent dans l'étenduë de la nature et de la grace.

Mais il est impossible, ou tres-difficile de rencontrer cette perfection. Apelles et Protagoras croyoient auoir tiré des lignes si subtiles qu'on auoit de la peine a les voir, mais s'ils se fussent seruis de nos lunettes qui grossissent l'objet iusques à le faire voir mille fois plus gros qu'il ne paroist sans Lunettes, ils eussent veu leurs lignes plus grosses que les doigts, particulierement s'ils eussent eu des verres diaclastiques, qui font voir l'objet aussi gros qu'il est possible de le representer. Or nul ne se peut vanter d'auoir veu, ou fait les meilleures Lunettes, les meilleurs Miroirs, Tableaux, et bastimens du monde, car encore que Iustinian Empereur creust auoir surmonté le Temple de Salomon en la structure de l'Eglise de Saincte Sophie (où l'on dit qu'il y a vn vase propre pour mettre de l'eau benîte, sur lequel ces paroles Greques sont grauees, [nipson anomenata me monan opsin], lesquelles estant leuës à droit, ou à rebours font tousiours vne mesme chose, et signifient, Laue tes iniquitez, et non seulement ton visage,) neanmoins on peut bâtir vne plus belle Eglise.

Il n'y a ce semble pas moyen de faire la meilleure action morale, la boule la plus ronde, le plan le plus parfait, le bouquet le plus beau, ny le chef-d'oeuure le plus excellent de tous ceux qui sont possibles en quelque matiere que ce soit. La nature mesme qui est guidee et gouuernee par le souuerain Autheur, n'a peut estre pas encore fait voir le plus beau visage, ou le plus beau corps de tous les possibles, (si ce n'est celuy d'Adam, de nostre Seigneur, ou de la Vierge) non plus que le petit, ou le plus grand homme.

Les Medecins n'ont pas encore rencontré le parfait temperament ad pondus, ny la parfaite santé; et nul ne peut se vanter d'auoir fait le plus excellent traité, ou le plus excellent liure de tous ceux qui peuuent estre faits sur le mesme sujet. Et si nous regardons toute la nature, et tous les artisans, nous trouuerons qu'il n'y a point de perfection accomplie en tout ce qu'ils font, y ayant toujours quelque chose à desirer: ce qui nous montre clairement qu'il n'y a que Dieu seul qui soit parfait, et qui puisse agir, et produire tout ce qui luy plaist auec toutes sortes de perfections: ce qui n'empesche pas neanmoins que nous ne recherchions s'il est possible de composer ou de chanter le plus beau Chant, ou le plus bel Air de tous ceux qui se peuuent desirer, afin que nous n'obmettions rien de tout ce qui peut seruir à ce traité de Musique.

Or l'on peut considerer le Chant ou l'Air en deux manieres; premierement en sa composition, et puis apres sa composition; qui peut estre faite en tant de façons (comme il appert par le grand nombre de chants qui se rencontrent dans l'estenduë d'vne double, triple, et quadruple Octaue, encore que l'on ne parle point des diuers mouuemens, ou des differentes mesures) qu'il est presque incroyable, et qu'il semble estre impossible qu'vn homme puisse composer tous les Airs qui se rencontrent dans le nombre des sons dont on vse ordinairement dans les chansons, encore qu'il composast l'espace de cent ans sans cesser. Ce seroit donc par hazard s'il rencontroit le plus beau chant de tous ceux qui se peuuent faire, et ne pourroit connoistre s'il seroit le plus excellent, puis que la connoissance d'vne chose qui vient en comparaison auec d'autres, ne peut s'acquerir qu'en la comparant auec celles qui luy sont rapportees.

[-105-] Pour iuger du vers le plus parfait et le plus accomply des liures d'Homere, de Pindare, d'Anacreon, ou de Virgile, il faut lire toutes leurs oeuures, et conferer tous les vers les vns auec les autres; car encore que l'on puisse rencontrer le plus beau vers à la premiere ouuerture du liure, neanmoins il ne pourra estre connu, dautant qu'il n'aura pas esté comparé à tous les autres. L'on peut dire la mesme chose du plus excellent de tous les airs: quoy qu'à l'égard des preceptes de la Musique donnez par les meilleurs Maistres l'on puisse composer vn chant, et trouuer vn air qui garde exactement toutes les regles de l'Art, et qui soit iugé le plus parfait de tous dans sa composition, bien qu'en effet il ne soit pas tel apres la composition. Ce que l'on peut expliquer par vn exemple tiré de l'eloquence. Ie suppose donc que l'on demande si vn homme peut faite vn discours ou vne oraison qui ait toutes les parties de l'eloquence au souuerain degré de perfection: à quoy ie responds qu'il est du tout impossible, dautant qu'on ne peut arriuer à toutes les diuersitez d'oraisons qui se peuuent faire: c'est pourquoy on ne peut faire choix de celle qui en toutes ces differences doit estre tenuë pour la plus parfaite et la plus accomplie. Neantmoins ayant égard aux preceptes de Rhetorique qui ont esté donnez par les plus grands Orateurs, vn homme peut obseruer toutes les regles de Rhetorique, et composer vn discours, lequel eu égard aux preceptes de l'Art doit estre tenu pour le plus parfait, encore qu'il ne semble pas le plus agreable à l'oreille, ny le plus persuasif.

De mesme, quoy qu'vn air soit le plus accomply de tous ceux qui se peuuent faire selon les regles de l'Art, neanmoins si on le considere hors de la composition, et comme chanté ou écouté, et receu par le sens de l'oreille, il ne semblera pas si excellent comme il est, si la voix de celuy qui chante, et l'oreille de celuy qui l'écoute, ne sont parfaitement disposees, et les plus excellentes de toutes celles qui se peuuent imaginer. Car on experimente que les bons airs chantez par de mauuaises voix ne sont pas si agreables que ceux qui sont beaucoup moins excellens, quand ils sont chantez par de bonnes voix.

L'on doit encore considerer le suiet de la chanson; car si l'air est lié à quelque matiere, soit prose, ou vers, il sera plus agreable que s'il estoit separé de toute sorte de sujet, dautant que le iugement de l'oüie se faisant dans le sens commun, et non seulement dans les replis et les cauernes des oreilles, si l'air ne porte rien auec soy que le son, il ne peut estre si bien goûté de l'esprit, que lors que le son est joint à quelque parole qui a conformité et analogie auec le chant. C'est pourquoy il arriue souuent que les airs ne peuuent estre si bien retenus quand ils sont chantez sans sujet, que quand ils ont vne lettre, ou vn sujet, parce que les syllabes des dictions nous font ressouuenir des sons qu'il faut éleuer, ou baisser, et des temps qu'il faut faire longs ou briefs. A quoy l'on peut ajoûter que les refreins et les reperises des airs se font plus sensiblement et plus agreablement reconnoistre sur vne lettre, laquelle sert beaucoup pour les faire estimer et agreer.

Or comme vn Air sans sujet est moins parfait qu'vn Air attaché à quelque sujet, de mesme vn Air conjoint à vn sujet, dont le sens n'a qu'vn leger rapport auec l'Air chanté, est moins agreable qu'vn autre Air qui aura le sens de son sujet conforme et proportionné; par exemple, si l'on vouloit chanter vn Air de guerre sur des paroles trainantes, molles, et transies d'amour, cet Air ne seroit pas si agreable que s'il estoit chanté sur des paroles mâles, hardies, et guerrieres: [-106-] car comme il faut vn autre air pour animer, et pour échaufer que pour retenir, et pour refroidir, aussi faut-il d'autres paroles.

De plus, vn sujet en vers rend le chant plus agreable qu'vne prose, dautant que le vers frape plus subitement le sens commun, et enuelope en peu de paroles vn sens plus aigu, et plus subtil, qui donne vn particulier contentement au sens commun, ou à l'esprit: car la volupté se faict au sens commun, comme le chatoüillement au corps, par vn mouuement subit et non preueu. Certes i'estime qu'il faut conclure qu'il n'est pas au pouuoir d'vn homme de trouuer l'air le plus parfait de tous, encore qu'il fust chanté par les plus belles voix du monde: car cet air se deuant parfaitement raporter au sens d'vn vers parfait, et n'estant pas possible de trouuer le vers le plus parfait de tous, l'on ne sçauroit arriuer à la perfection de l'air dont nous parlons.

Quant au chant que l'on considere comme oüy, et receu par les oreilles d'autruy, il n'est pas plus aysé de le rendre parfait que quand il est consideré en l'autre façon; car les temperaments particuliers, et les humeurs et inclinations des hommes estant aussi differentes qu il y a de personnes au monde, il est impossible de trouuer vn Air qui plaise également à tous, et d'apporter ce souuerain degré de plaisir que l'on attend d'vn chant de Musique parfaitement agreable. Tel se plaist à vne seule voix qui ne peut goûter la perfection d'vn Concert, et vn autre au contraire: l'vn n'estime pas les voix si elles ne sont iointes aux Instruments, et vn autre n'approuue ny les Instruments à vent, ny ceux qui se seruent de chordes.

Quelques-vns se plaisent à vne Musique douce, les autres à vne plaine, forte, et massiue: il en est comme des viandes, chacun a son goust, ou pour mieux dire, comme de l'Eloquence, l'vn l'aime plaine, et diffuse, l'autre concise et nerueuse: Tel se plaist aux vers lyriques, qui ne sçauroit goûter les heroïques: A peine se trouue-t'il deux hommes qui aiment et qui suiuent vn mesme stile. Il en est ainsi de la Musique, car le melancholique aime vn autre air que le bilieux; et entre les diuersitez des melancholiques il se rencontre diuerses inclinations aux airs et aux chants de Musique.

Or ie croy que toutes les considerations que i'ay rapportees dans ce discours font voir assez clairement que le meilleur chant de tous les possibles ne peut estre fait par nos Musiciens, et qu'ils ne pourroient mesme iuger s'il est le meilleur de tous, encore qu'ils l'eussent rencontré par hazard: C'est pourquoy il n'est pas besoin de nous estendre dauantage sur ce sujet, dont nous parlerons encore ailleurs; comme lors que nous examinerons si l'on peut iuger quel est le meilleur de deux, ou de plusieurs chants proposez: car bien que l'on ne puisse pas faire le meilleur chant de tous les possibles, parce que si les hommes auoient fait vn chant où ils ne peussent plus rien desirer, nous pourrions encore dire que Dieu ou les Anges le peuuent rendre meilleur. Ce qui n'empesche pas neantmoins que l'on ne puisse establir des regles propres pour faire de bons chants, autrement il faudroit confesser que les Maistres de Musique ne peuuent faire vn bon chant que par rencontre et par hazard, et que les ignorans en peuuent faire d'aussi bons qu'eux, ce qui est difficile à croire: Et l'experience ne nous fait point voir de chants composez par les païsans qui soient aussi bons que ceux de Guedron, et des autres Maistres, dont le principal exercice consiste à composer des chansons et des airs.

[-107-] COROLLAIRE.

Puis que la beauté des airs consiste particulierement dans leur varieté, et qu'il y en a qui croyent que l'on ne peut plus faire de chants qui n'ayent déja esté faits, il faut considerer cette diuersité, et monstrer que tous les hommes du monde n'ont pû faire tous les airs contenus dans la main Harmonique, ou dans le systeme et l'échele ordinaire de Musique, encore qu'ils eussent fait tous les iours mille chants differens depuis la creation du monde iusques à present, comme il sera aisé de conclure par les propositions qui suiuent, dans lesquelles l'on apprendra toutes les especes de combination, conternation, et cetera et plusieurs autres choses qui sont tres-remarquables.

PROPOSITION VIII.

La regle ordinaire des combinations enseigne combien l'on peut faire de chants de tel nombre de notes que l'on voudra, pourueu que l'on retienne tousiours le mesme nombre de notes, et que l'on ne repete iamais vne mesme note deux, ou plusieurs fois.

Il n'est pas besoin d'expliquer icy la regle des combinations ordinaires, puis que ie l'ay donnee dans le troisiesme liure de la verité des Sciences chapitre 10, dans lequel i'ay expliqué cinq Theoresmes qui seruent à faire de bons chants, et ay demonstré combien l'on peut faire de chants differents, soit que l'on vse d'vne, de 2, de 3, de 4 notes, ou de tel autre nombre que l'on choisira iusques à 50 notes, ou iusques à tel autre nombre que l'on voudra: i'ay semblablement escrit dans le mesme chapitre les 120 chants qui sont dans 5 notes differentes, à sçauoir dans vt, re, mi, fa, sol; mais par ce que la pluspart des Musiciens ne peuuent comprendre le nombre de ces chants, s'ils ne les voyent escrits auec les notes ordinaires de leur pratique, ie donne tous les chants differens qui peuuent estre faits auec les six notes de l'hexachorde majeur, ou mineur, c'est à dire auec les six notes, vt, re, mi, fa, sol, la, ou re, mi, fa, sol, la, fa, qui font toute la Musique Pratique. Or il est si aisé de trouuer le nombre de ces chants, qu'il n'est pas quasi besoin d'en expliquer la maniere, car il faut seulement escrire autant de nombres selon leur ordre naturel, comme il y a de notes dont on veut vser; par exemple, si l'on veut sçauoir combien l'on peut faire de chants differents auec les huict sons, ou les 8 notes de l'Octaue, vt, re, mi, fa, sol, re, mi, fa, il faut escrire 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, et multiplier tellement ces 8 nombres, que le produit des deux soit toujours multiplié par le nombre naturel en cette maniere; vne fois deux font deux; car il faut laisser l'vnité, parce qu'elle ne multiplie nullement, et dire deux fois trois font six, quatre fois six font vingt-quatre, cinq fois 24 font 120, six fois 120 font 720, à sçauoir le nombre de tous les chants des six notes, dont ie parleray dans la neufiesme proposition: sept fois 720 font 5040, et huit fois 5040 font 40320, qui monstre le nombre des chants qui sont contenus dans 8 sons differens, par exemple dans les 8 notes de la premiere espece d'Octaue. Et si l'on veut sçauoir les chants contenus dans vn plus grand nombre de sons, par exemple dans les 22 notes de la Vingt-deuxiesme, ou dans quelqu'autre nombre que l'on voudra, il faut suiure la mesme methode. Ie les mettray pourtant icy, afin qu'on les trouue sans nulle peine.

[-108-] Table de tous les chants qui peuuent se rencontrer dans 22 sons, c'est à dire dans trois Octaues.

1 1

2 2

3 6

4 24

5 120

6 720

7 5040

8 40320

9 362880

10 3628800

11 39916800

12 479001600

13 6227020800

14 8778291200

15 1307674368000

16 20922789888000

17 355687428096000

18 6402373705728000

19 121645100408832000

20 2432902008176640000

21 51090942171709440000

22 1124000727777607680000

Il n'est pas necessaire d'expliquer tous lcs vsages de cette table, dautant que ie les ay apportez dans le liure de la verité des Sciences. I'ajoûteray seulement que quand les Praticiens ne veulent pas croire qu'il y ait vne si grande diuersité de chants dans 8, 10, ou douze notes, et qu'ils desirent que l'on les escriue tous afin de les conuaincre par l'experience, qu'ils suiuent plustost que la raison, et la demonstration, qu'il faut les leur offrir, pourueu qu'ils fournissent le papier necessaire pour les noter; ce que l'on peut leur promettre asseurément, car s'ils promettent de donner le papier, et que l'on gage le contraire contre eux, il est tres-certain qu'ils perdront, car il faudroit beaucoup plus de rames de papier pour noter tous les chants qui se trouuent dans 22 notes, encore que l'on n'en repete iamais aucune deux fois, qu'il n'en faudroit les vnes sur les autres depuis la terre iusques au firmament, encore que chaque fueille de papier contint 720 chants differens chacun de 22 notes, et que chaque rame de papier fust tellement pressee et battuë qu'elle ne fust pas plus épaisse qu'vn pouce, c'est à dire que la 12 partie d'vn pied de Roy: car il n'y a que 28862640000000 pouces du centre de la terre aux estoilles: or le nombre des rames de papier qu'il faudroit pour noter lesdits chants est mille fois plus grand que ce nombre de poûces, comme l'on demonstre en diuisant le nombre des chants de 22 notes, à sçuoir 1124000727777607680000, qui a 22 chifres, par le nombre des chants qui seroient dans l'vne de ces rames, à sçauoir par 362880.

[-109-] COROLLAIRE I.

Il n'appartient donc pas aux Praticiens de demander l'experience et la pratique de ce que les Theoriciens et la raison leur enseignent, puis qu'ils n'ont seulement pas le moyen de fournir aux frais du papier; car quand le reuenu et le bien de tous les Maistres de Musique qui sont dans tout le monde, et mesme de tous les Princes et de tous les Roys, seroient employez pour cét effet, l'on n'en retireroit pas tant de deniers comme il faudroit de rames de papier pour noter ces chants, quoy que le plus pauure eust vingt mille escus de rente, comme il est aisé de monstrer par le nombre desdites rames, et des deniers, qui vallent plus de millions d'or qu'il n'y en eut iamais au monde. Ce qui fait voir euidemment que l'esprit est bien plus excellent, et qu'il a vne capacité beaucoup plus grande que les sens, et qu'il est fait à l'image de Dieu, puis qu'il va si auant qu'il n'y a que le seul infiny qui le puisse borner, et consequemment que les Musiciens doiuent éleuer leur pensee plus haut qu'à leur Art, s'ils veulent faire paroistre qu'ils sont faits à l'image de Dieu, et qu'ils portent le caractere de la diuinité dans leur ame et dans leur esprit.

COROLLAIRE II.

Puis que nous aurons besoin dans les autres discours de la combination d'vn plus grand nombre de choses que de 22, et qu'elle a déja esté necessaire pour les difficultez du liure de la Voix, ie la mets icy depuis 23 iusques à 64, afin que ce liure ne suppose rien d'ailleurs, et qu'elle serue à mille vsages que l'on en peut tirer.

Table de la Combination depuis 23 iusques à 64.

23 25852016738884976640000

24 620448401733239439360000

25 15511210043330985984000000

26 403291461126605635584000000

27 10888869450418352160768000000

28 304888344611713860501504000000

29 8841761993739701954543616000000

30 265252859812191058636308480000000

31 8222838654177922817725562880000000

32 263130836933693530167218012160000000

33 8683317618811886495518194401280000000

34 295232799039604140847618609643520000000

35 10333147966386144929666651337523200000000

36 371993326789901217467999448150835200000000

37 13763753091226345046315979581580902400000000

38 523022617466601111760007224100074291200000000

39 20397882081l97443358740281739902897346800000000

40 815915283247897734349611269596115893872000000000

41 33452526613163807108334022053440751647352000000000

42 1405006117752879898550028926244511569188784000000000

43 60415263063373835637651243828513997475117712000000000

44 2658271574788448768056654728454615888905179328000000000

45 1076599987789321741062945165124119435006597627840000000000

46 49523599438308800088895477595709494010303490880640000000000

47 2327609173600513604178087446998346218484264071390080000000000

48 1117252403328246530005481974559206184872446754267238400000000 00

49 5474536776308407997026861675340110305874989095909468160000000 000

50 1273726838815420399851343083767005515293749454795473408000000 000000

51 1396006857958644039241849727211728127998122219456914380800000 0000000

[-110-]

52 7259235661389949004055618581500986365590235541175954780160000 00000000

53 3847394900536672972149477848195522773762784836823256033484800 0000000000

54 2077593246289803404960718038025582297831903811884558258091792 000000000000

55 1142676285459391872728394920914070263807547096536507041950485 60000000000000

56 1246943914005331060001234413005477290188301806190157746145519 360000000000000

57 7107580309830387042007036154131220554073320395283899253029460 3520000000000000

58 4122396579711624484364080969396107921362525729364661676757087 004160000000000000

59 2432213982029868445774807771943803673603890180325150289286681 33245440000000000000

60 1459328389217921067464884663166282204162334108195090173572008 7994726400000000000000

61 8851903174229318511535796445314321445390238059990050058789253 67678310400000000000000

62 5488179968022177477152193796094879296141947597193831036449337 2796055244800000000000000

63 3457563379853871810605882091539773956569426986232113552963082 486151480422400000000000000

64 2212840593106477958787864538585455332204433271188554673876372 7911359474703360000000000000<0>

PROPOSITION IX.

Determiner combien l'on peut faire de Chants ou d'Airs differens auec six sons, ou six notes, en prenant tousiours les mesmes notes, et en gardant la mesme mesure; par exemple auec ces six notes. Vt, re, mi, fa, sol, la, ou auec Re, mi, fa, sol, la, fa, ou auec Mi, fa, sol, re, mi, fa, ou auec Fa, sol, re, mi, fa, sol.

Cette proposition est l'vne des plus vtiles et des plus admirables de la Musique, dautant qu'elle enseigne à faire autant que les Anges, et à connoistre tout ce qui peut entrer dans l'esprit; car il n'est pas possible de faire vn plus grand nombre de chants dans toute la Musique, (soit que l'on vse de voix ou d'Instrumens,) que celuy que ie donneray dans cette proposition, et dans celles qui suiuront apres. Ie prends donc icy vn exemple pour demonstrer ce que ie viens de dire, dans lequel on void tous les chants qui se peuuent faire de six notes, dont chacune est de mesme valeur, et tiendra tousiours le mesme lieu de la main de Musique, et consequemment representera vne mesme chorde.

Celuy qui demonstrera quel est le plus excellent et le plus agreable de ces 720 chants, et l'ordre que chacun doit tenir suiuant leur douceur et leur bonté, enseignera ce que l'on ignore, et apportera de nouuelles lumieres à l'Harmonie. Et si l'on donne des regles pour discerner le temperament, l'inclination naturelle, ou les passions de chacun par le chant qui luy plaira dauantage, l'on passera encore plus outre; mais l'vn et l'autre est plustost à desirer qu'à esperer: quoy que ie rapporte beaucoup de choses dans la 21 proposition de ce liure qui seruiront peut estre aux bons esprits pour nous donner quelque lumiere dans ce sujet.

Or ces varietez peuuent seruir pour faire 720 Anagrammes de chaque diction de 6 lettres differentes, et pour changer l'ordre de 6 soldats ou de 6 autres choses 720 fois: par exemple, l'on trouuera toutes les varietez ou Anagrammes de ces 3 noms de 6 lettres differentes, Iaques, Matieu, Iulian, en mettant leurs 6 lettres sur les 6 notes ou syllabes de l'Hexachorde; ce qui arriuera semblablement à 6 nombres, comme l'on void icy: ce que l'on fera sans beaucoup de peine, et sans confusion.

Vt, re, mi, fa, sol, la,

I a q u e s,

M a t i e u,

I u l i a n,

1 2 3 4 5 6,

Quant à la methode de combiner, et de trouuer toutes les varietez de chaque nombre de choses proposees, i'en ay traité dans le liure des varietez de l'Octaue, qui fait 40320 chants tous differens, et dans la 5 proposition du 7 liure Latin des Chants, c'est pourquoy ie ne la repete point icy. Ie laisse encore la maniere de trouuer combien il y a de chants dans cét Hexachorde qui ayent vne Sexte, vne ou deux Quintes, vne, deux, ou trois Quartes, et cetera parce qu'on la trouuera [-111-] dans le volume des 8 Notes, dans lequel on verra semblablement les vtilitez de la combination. Et parce que plusieurs ne connoissent pas le nom et la valeur des notes, ie mets premierement les 720 varietez de l'Hexachorde majeur Vt, re, mi, fa, sol, la, pour ceux qui sçauent lire, ou qui peuuent chanter en voyant ces 6 syllabes, afin que l'on ne puisse rien desirer sur ce sujet: et puis ie donneray les mesmes varietez auec les notes ordinaires de la Pratique, et les autres especes de varietez, auec plusieurs difficultez qui en dépendent.

La 7 proposition du mesme liure Latin contient tous les chants differens des trois especes de Quarte, à sçauoir 72: et le 10 chapitre du 3 liure de la verité des Sciences donne les 120 chants de la premiere espece du Diapente Vt, re, mi, fa, sol. Mais la varieté de l'Hexachorde comprend ces deux sortes de varietez, comme le plus grand nombre contient tousiours le moindre, et comme l'Hexachorde contient le Tetrachorde, et le Pentachorde; de sorte qu'il n'est nullement necessaire de mettre icy les chants de 4 ou 5 notes, puis que l'on a ceux des six notes de la premiere espece de Sexte majeure, au lieu desquels il est aisé d'escrire ceux de la Sexte qui commence par RE, par MI, ou par FA.

Table des 720 Chants d'Vt, re, mi, fa, sol, la.

VT, re, mi, fa, sol, la. Vt, re, mi, fa, la, sol.

Vt, re, mi, sol, fa, la. Vt, re, mi, sol, la, fa.

Vt, re, mi, la, fa, sol. Vt, re, mi, la, sol, fa.

Vt, re, fa, mi, sol, la. Vt, re, fa, mi, la, sol.

Vt, re, fa, sol, mi, la. Vt, re, fa, sol, la, mi.

Vt, re, fa, la, mi, sol. Vt, re, fa, la, sol, mi,

Vt, re, sol, mi, fa, la. Vt, re, sol, mi, la, fa.

Vt, re, sol, fa, mi, la. Vt, re, sol, fa, la, mi.

Vt, re, sol, la, mi, fa. Vt, re, sol, la, fa, mi.

Vt, re, la, mi, fa, sol. Vt, re, la, mi, sol, fa.

Vt, re, la, fa, mi, sol. Vt, re, la, fa, sol, mi.

Vt, re, la, sol, mi, fa. Vt, re, la, sol, fa, mi.

Vt, mi, re, fa, sol, la. Vt, mi, re, fa, la, sol.

Vt, mi, re, sol, fa, la. Vt, mi, re, sol, la, fa,.

Vt, mi, re, la, fa, sol. Vt, mi, re, la, sol, fa,

Vt, mi, fa, re, sol, la. Vt, mi, fa, re, la, sol.

Vt, mi, fa, sol, re, la. Vt, mi, fa, sol, la, re.

Vt, mi, fa, la, re, sol. Vt, mi, fa, la, sol, re.

Vt, mi, sol, re, fa, la. Vt, mi, sol, re, la, fa.

Vt, mi, sol, fa, re, la. Vt, mi, sol, fa, la, re.

Vt, mi, sol, la, re, fa. Vt, mi, sol, la, fa, re.

Vt, mi, la, re, fa, sol. Vt, mi, la, re, sol, fa.

Vt, mi, la, fa, re, sol. Vt, mi, la, fa, sol, re.

Vt, mi, la, sol, re, fa. Vt, mi, la, sol, fa, re.

Vt, fa, re, mi, sol, la. Vt, fa, re, mi, la, sol.

Vt, fa, re, sol, mi, la. Vt, fa, re, sol, la, mi.

Vt, fa, re, la, mi, sol. Vt, fa, re, la, sol, mi.

Vt, fa, mi, re, sol, la. Vt, fa, mi, re, la, sol.

Vt, fa, mi, sol, re, la. Vt, fa, mi, sol, la, re.

Vt, fa, mi, la, re, sol. Vt, fa, mi, la, sol, re.

Vt, fa, sol, re, mi, la. Vt, fa, sol, re, la, mi.

Vt, fa, sol, mi, re, la. Vt, fa, sol, mi, la, re.

Vt, fa, sol, la, re, mi. Vt, fa, sol, la, mi, re.

Vt, fa, la, re, mi, sol. Vt, fa, la, re, sol, mi.

Vt, fa, la, mi, re, sol. Vt, fa, la, mi, sol, re.

Vt, fa, la, sol, re, mi. Vt, fa, la, sol, mi, re.

Vt, sol, re, mi, fa, la. Vt, sol, re, mi, la, fa.

Vt, sol, re, fa, mi, la. Vt, sol, re, fa, la, mi.

Vt, sol, re, la, mi, fa. Vt, sol, re, la, fa, mi.

Vt, sol, mi, re, fa, la. Vt, sol, mi, re, la, fa.

Vt, sol, mi, fa, re, la. Vt, sol, mi, fa, la, re.

Vt, sol, mi, la, re, fa. Vt, sol, mi, la, fa, re.

Vt, sol, fa, re, mi, la. Vt, sol, fa, re, la, mi.

Vt, sol, fa, mi, re, la. Vt, sol, fa, mi, la, re.

Vt, sol, fa, la, re, mi. Vt, sol, fa, la, mi, re.

Vt, sol, la, re, mi, fa. Vt, sol, la, re, fa, mi.

Vt, sol, la, mi, re, fa. Vt, sol, la, mi, fa, re.

Vt, sol, la, fa, re, mi. Vt, sol, la, fa, mi, re.

Vt, la, re, mi, fa, sol. Vt, la, re, mi, sol, fa.

Vt, la, re, fa, mi, sol. Vt, la, re, fa, sol, mi.

Vt, la, re, sol, mi, fa. Vt, la, re, sol, fa, mi.

Vt, la, mi, re, fa, sol. Vt, la, mi, re, sol, fa.

Vt, la, mi, fa, re, sol. Vt, la, mi, fa, sol, re.

Vt, la, mi, sol, re, fa. Vt, la, mi, sol, fa, re.

Vt, la, fa, re, mi, sol. Vt, la, fa, re, sol, mi.

Vt, la, fa, mi, re, sol. Vt, la, fa, mi, sol, re.

Vt, la, fa, sol, re, mi. Vt, la, fa, sol, mi re.

Vt, la, sol, re, mi, fa. Vt, la, sol, re, fa, mi.

Vt, la, sol, mi, re, fa. Vt, la, sol, mi, fa, re.

Vt, la sol, fa, re, mi. Vt, la, sol, fa, mi, re.

[-112-] RE, vt, mi, fa, sol, la. Re, vt, mi, fa, la, sol.

Re, vt, mi, sol, fa, la. Re, vt, mi, sol, la, fa.

Re, vt, mi, la, fa, sol. Re, vt mi, la, sol, fa.

Re, vt, fa, mi, sol, la. Re, vt, fa, mi, la, sol.

Re, vt, fa, sol, mi, la. Re, vt, fa, sol, la, mi.

Re, vt, fa, la, mi, sol. Re, vt, fa, la, sol, mi.

Re, vt, sol, mi, fa, la. Re, vt, sol, mi, la, fa.

Re, vt, sol, fa, mi, la. Re, vt, sol, fa, la, mi.

Re, vt, sol, la, mi, fa. Re, vt, sol, la, fa, mi.

Re, vt, la, mi, fa, sol. Re, vt, la, mi, sol, fa.

Re, vt, la, fa, mi, sol. Re, vt, la, fa, sol, mi.

Re, vt, la, sol, mi, fa. Re, vt, la, sol, fa, mi.

Re, mi, vt, fa, sol, la. Re, mi, vt, fa, la, sol.

Re, mi, vt, sol, fa, la. Re, mi, vt, sol, la, fa.

Re, mi, vt, la, fa, sol. Re, mi, vt, la, sol, fa,

Re, mi, fa, vt, sol, la. Re, mi, fa, vt, la, sol.

Re, mi, fa, sol, vt, la. Re, mi, fa, sol, la, vt.

Re, mi, fa, la, vt, sol. Re, mi, fa, la, sol, vt.

Re, mi, sol, vt, fa, la. Re, mi, sol, vt, la, fa.

Re, mi, sol, fa, vt, la. Re, mi, sol, fa, la, vt.

Re, mi, sol, la, vt, fa. Re, mi, sol, la, fa, vt.

Re, mi, la, vt, fa, sol. Re, mi, la, vt, sol, fa.

Re, mi, la, fa, vt, sol. Re, mi, la, fa, sol, vt.

Re, mi, la, sol, vt, fa. Re, mi, la, sol, fa, vt.

Re, fa, vt, mi, sol, la. Re, fa, vt, mi, la, sol.

Re, fa, vt, sol, mi, la. Re, fa, vt, sol, la, mi.

Re, fa, vt, la, mi, sol. Re, fa, vt, la, sol, mi.

Re, fa, mi, vt, sol, la. Re, fa, mi, vt, la, sol.

Re, fa, mi, sol, vt, la. Re, fa, mi, sol, la, vt.

Re, fa, mi, la, vt, sol. Re, fa, mi, la, sol, vt.

Re, fa, sol, vt, mi, la. Re, fa, sol, vt, la, mi.

Re, fa, sol, mi, vt, la. Re, fa, sol, mi, la, vt.

Re, fa, sol, la, vt, mi. Re, fa, sol, la, mi, vt.

Re, fa, la, vt, mi, sol. Re, fa, la, vt, sol, mi.

Re, fa, la, mi, vt, sol. Re, fa, la, mi, sol, vt.

Re, fa, la, sol, vt, mi. Re, fa, la, sol, mi, vt.

Re, sol, vt, mi, fa, la. Re, sol, vt, mi, la, fa.

Re, sol, vt, fa, mi, la. Re, sol, vt, fa, la, mi.

Re, sol, vt, la, mi, fa. Re, sol, vt, la, fa, mi.

Re, sol, mi, vt, fa, la. Re, sol, mi, vt, la, fa.

Re, sol, mi, fa, vt, la. Re, sol, mi, fa, la, vt.

Re, sol, mi, la, vt, fa. Re, sol, mi, la, fa, vt.

Re, sol, fa, vt, mi, la. Re, sol, fa, vt, la, mi.

Re, sol, fa, mi, tv, la. Re, sol, fa, mi, la, vt.

Re, sol, fa, la, vt, mi. Re, sol, fa, la, mi, vt.

Re, sol, la, vt, mi, fa. Re, sol, la, vt, fa, mi.

Re, sol, la, mi, vt, fa. Re, sol, la, mi, fa, vt.

Re, sol, la, fa, vt, mi. Re, sol, la, fa, mi, vt.

Re, la, vt, mi, fa, sol. Re, la, vt, mi, sol, fa.

Re, la, vt, fa, mi, sol. Re, la, vt, fa, sol, mi.

Re, la, vt, sol, mi, fa. Re, la, vt, sol, fa, mi.

Re, la, mi, vt, fa, sol. Re, la, mi, vt, sol, fa.

Re, la, mi, fa, vt, sol. Re, la, mi, fa, sol, vt.

Re, la, mi, sol, vt, fa. Re, la, mi, sol, fa, vt.

Re, la, fa, vt, mi, sol. Re, la, fa, vt, sol, mi.

Re, la, fa, mi, vt, sol. Re, la, fa, mi, sol, vt.

Re, la, fa, sol, vt, mi. Re, la, fa, sol, mi, vt.

Re, la, sol, vt, mi, fa. Re, la, sol, vt, fa, mi.

Re, la, sol, mi, vt, fa. Re, la, sol, mi, fa, vt.

Re, la, sol, fa, vt, mi. Re, la, sol, fa, mi, vt.

MI, vt, re, fa, sol, la. Mi, vt, re, fa, la, sol.

Mi, vt, re, sol, fa, la. Mi, vt, re, sol, la, fa.

Mi, vt, re, la, fa, sol. Mi, vt, re, la, sol, fa.

Mi, vt, fa, re, sol, la. Mi, vt, fa, re, la, sol.

Mi, vt, fa, sol, re, la. Mi, vt, fa, sol, la, re.

Mi, vt, fa, la, re, sol. Mi, vt, fa, la, sol, re.

Mi, vt, sol, re, fa, la. Mi, vt, sol, re, la, fa.

Mi, vt, sol, fa, re, la. Mi, vt, sol, fa, la, re.

Mi, vt, sol, la, re, fa. Mi, vt, sol, la, fa, re.

Mi, vt, la, re, fa, la. Mi, vt, la, re, sol, fa.

Mi, vt, la, fa, re, sol. Mi, vt, la, fa, sol, re.

Mi, vt, la, sol, re, fa. Mi, vt, la, sol, fa, re.

Mi, re, vt, fa, sol, la. Mi, re, vt, fa, la, sol.

Mi, re, vt, sol, fa, la. Mi, re, vt, sol, la, fa.

Mi, re, vt, la, fa, sol. Mi, re, vt, la, sol, fa.

Mi, re, fa, vt, sol, la. Mi, re, fa, vt, la, sol.

Mi, re, fa, sol, vt, la. Mi, re, fa, sol, la, vt.

Mi, re, fa, la, vt, sol. Mi, re, fa, la, sol, vt.

Mi, re, sol, vt, fa, la. Mi, re, sol, vt, la, fa.

Mi, re, sol, fa, vt, la. Mi, re, sol, fa, la, vt.

Mi, re, sol, la, vt, fa. Mi, re, sol, la, fa, vt.

Mi, re, la, vt, fa, sol. Mi, re, la, vt, sol, fa.

Mi, re, la, fa, vt, sol. Mi, re, la, fa, sol, vt.

Mi, re, la, sol, vt, fa. Mi, re, la, sol, fa, vt.

Mi, fa, vt, re, sol, la. Mi, fa, vt, re, la, sol.

Mi, fa, vt, sol, re, la. Mi, fa, vt, sol, la, re.

Mi, fa, vt, la, re, sol. Mi, fa, vt, la, sol, re.

Mi, fa, re, vt, sol, la. Mi, fa, re, vt, la, sol.

Mi, fa, re, sol, vt, la. Mi, fa, re, sol, la, vt.

Mi, fa, re, la, vt, sol. Mi, fa, re, la, sol, vt.

Mi, fa, sol, vt, re, la. Mi, fa, sol, vt, la, re.

Mi, fa, sol, re, vt, la. Mi, fa, sol, re, la, vt.

Mi, fa, sol, la, vt, re. Mi, fa, sol, la, re, vt.

Mi, fa, la, vt, re, sol. Mi, fa, la, vt, sol, re.

Mi, fa, la, re, vt, sol. Mi, fa, la, re, sol, vt.

Mi, fa, la, sol, vt, re. Mi, fa, la, sol, re, vt.

[-113-] Mi, sol, vt, re, fa, la. Mi, sol, vt, re, la, fa.

Mi, sol, vt, fa, re, la. Mi, sol, vt, fa, la, re.

Mi, sol, vt, la, re, fa. Mi, sol, vt, la, fa, re.

Mi, sol, re, vt, fa, la. Mi, sol, re, vt, la, fa.

Mi, sol, re, fa, vt, la. Mi, sol, re, fa, la, vt.

Mi, sol, re, la, vt, fa. Mi, sol, re, la, fa, vt.

Mi, sol, fa, vt, re, la. Mi, sol, fa, vt, la, re.

Mi, sol, fa, re, vt, la. Mi, sol, fa, re, la, vt.

Mi, sol, fa, la, vt, re. Mi, sol, fa, la, re, vt.

Mi, sol, la, vt, re, fa. Mi, sol, la, vt, fa, re.

Mi, sol, la, re, vt, fa. Mi, sol, la, re, fa, vt.

Mi, sol, la, fa, vt, re. Mi, sol, la, fa, re, vt.

Mi, la, vt, re, fa, sol. Mi, la, vt, re, sol, fa.

Mi, la, vt, fa, re, sol. Mi, la, vt, fa, sol, re.

Mi, la, vt, sol, re, fa. Mi, la, vt, sol, fa, re.

Mi, la, re, vt, fa, sol. Mi, la, re, vt, sol, fa.

Mi, la, re, fa, vt, sol. Mi, la, re, fa, sol, vt.

Mi, la, re, sol, vt, fa. Mi, la, re, sol, fa, vt.

Mi, la, fa, vt, re, sol. Mi, la, fa, vt, sol, re.

Mi, la, fa, re, vt, sol. Mi, la, fa, re, sol, vt.

Mi, la, fa, sol, vt, re. Mi, la, fa, sol, re, vt.

Mi, la, sol, vt, re, fa. Mi, la, sol, vt, fa, re.

Mi, la, sol, re, vt, fa. Mi, la, sol, re, fa, vt.

Mi, la, sol, fa, vt, re. Mi, la, sol, fa, re, vt.

FA, vt, re, mi, sol, la. Fa, vt, re, mi, la, sol.

Fa, vt, re, sol, mi, la. Fa, vt, re, sol, la, mi.

Fa, vt, re, la, mi, sol. Fa, vt, re, la, sol, mi.

Fa, vt, mi, re, sol, la. Fa, vt, mi, re, la, sol.

Fa, vt, mi, sol, re, la. Fa, vt, mi, sol, la, re.

Fa, vt, mi, la, re, sol. Fa, vt, mi, la, sol, re.

Fa, vt, sol, re, mi, la. Fa, vt, sol, re, la, mi.

Fa, vt, sol, mi, re, la. Fa, vt, sol, mi, la, re.

Fa, vt, sol, la, re, mi. Fa, vt, sol, la, mi, re.

Fa, vt, la, re, mi, sol. Fa, vt, la, re, sol, mi.

Fa, vt, la, mi, re, sol. Fa, vt, la, mi, sol, re.

Fa, vt, la, sol, re, mi. Fa, vt, la, sol, mi, re.

Fa, re, vt, mi, sol, la. Fa, re, vt, mi, la, sol.

Fa, re, vt, sol, mi, la. Fa, re, vt, sol, la, mi.

Fa, re, vt, la, mi, sol. Fa, re, vt, la, sol, mi.

Fa, re, mi, vt, sol, la. Fa, re, mi, vt, la, sol.

Fa, re, mi, sol, vt, la. Fa, re, mi, sol, la, vt.

Fa, re, mi, la, vt, sol. Fa, re, mi, la, sol, vt.

Fa, re, sol, vt, mi, la. Fa, re, sol, vt, la, mi.

Fa, re, sol, mi, vt, la. Fa, re, sol, mi, la, vt.

Fa, re, sol, la, vt, mi. Fa, re, sol, la, mi, vt.

Fa, re, la, vt, mi, sol. Fa, re, la, vt, sol, mi.

Fa, re, la, mi, vt, sol. Fa, re, la, mi, sol, vt.

Fa, re, la, sol, vt, mi. Fa, re, la, sol, mi, vt.

Fa, mi, vt, re, sol, la. Fa, mi, vt, re, la, sol.

Fa, mi, vt, sol, re, la. Fa, mi, vt, sol, la, re.

Fa, mi, vt, la, re, sol. Fa, mi, vt, la, sol, re.

Fa, mi, re, vt, sol, la. Fa, mi, re, vt, la, sol.

Fa, mi, re, sol, vt, la. Fa, mi, re, sol, la, vt.

Fa, mi, re, la, vt, sol. Fa, mi, re, la, sol, vt.

Fa, mi, sol, vt, re, la. Fa, mi, sol, vt, la, re.

Fa, mi, sol, re, vt, la. Fa, mi, sol, re, la, vt.

Fa, mi, sol, la, vt, re. Fa, mi, sol, la, re, vt.

Fa, mi, la, vt, re, sol. Fa, mi, la, vt, sol, re.

Fa, mi, la, re, vt, sol. Fa, mi, la, re, sol, vt.

Fa, mi, la, sol, vt, re. Fa, mi, la, sol, re, vt.

Fa, sol, vt, re, mi, la. Fa, sol, vt, re, la, mi.

Fa, sol, vt, mi, re, la. Fa, sol, vt, mi, la, re.

Fa, sol, vt, la, re, mi. Fa, sol, vt, la, mi, re.

Fa, sol, re, vt, mi, la. Fa, sol, re, vt, la, mi.

Fa, sol, re, mi, vt, la. Fa, sol, re, mi, la, vt.

Fa, sol, re, la, vt, mi. Fa, sol, re, la, mi, vt.

Fa, sol, mi, vt, re, la, Fa, sol, mi, vt, la, re.

Fa, sol, mi, re, vt, la. Fa, sol, mi, re, la, vt.

Fa, sol, mi, la, vt, re. Fa, sol, mi, la, re, vt.

Fa, sol, la, vt, re, mi. Fa, sol, la, vt, mi, re.

Fa, sol, la, re, vt, mi. Fa, sol, la, re, mi, vt.

Fa, sol, la, mi, vt, re. Fa, sol, la, mi, re, vt.

Fa, la, vt, re, mi, sol. Fa, la, vt, re, sol, mi.

Fa, la, vt, mi, re, sol. Fa, la, vt, mi, sol, re.

Fa, la, vt, sol, re, mi. Fa, la, vt, sol, mi, re.

Fa, la, re, vt, mi, sol. Fa, la, re, vt, sol, mi.

Fa, la, re, mi, vt, sol. Fa, la, re, mi, sol, vt.

Fa, la, re, sol, vt, mi. Fa, la, re, sol, mi, vt.

Fa, la, mi, vt, re, sol. Fa, la, mi, vt, sol, re.

Fa, la, mi, re, vt, sol. Fa, la, mi, re, sol, vt.

Fa, la, mi, sol, vt, re. Fa, la, mi, sol, re, vt.

Fa, la sol,, vt, re, mi. Fa, la, sol, vt, mi, re.

Fa, la, sol, re, vt, mi. Fa, la, sol, re, mi, vt.

Fa, la, sol, mi, vt, re. Fa, la, sol, mi, re, vt.

SOl, vt, re, mi, fa, la. Sol, vt, re, mi, la, fa.

Sol, vt, re, fa, mi, la. Sol, vt, re, fa, la, mi.

Sol, vt, re, la, mi, fa. Sol, vt, re, la, fa, mi.

Sol, vt, mi, re, fa, la. Sol, vt, mi, re, la, fa.

Sol, vt, mi, fa, re, la. Sol, vt, mi, fa, la, re.

Sol, vt, mi, la, re, fa. Sol, vt, mi, la, fa, re.

Sol, vt, fa, re, mi, la. Sol, vt, fa, re, la, mi.

Sol, vt, fa, mi, re, la. Sol, vt, fa, mi, la, re.

Sol, vt, fa, la, re, mi. Sol, vt, fa, la, mi, re.

Sol, vt, la, re, mi, fa. Sol, vt, la, re, fa, mi.

Sol, vt, la, mi, re, fa. Sol, vt, la, mi, fa, re.

Sol, vt, la, fa, re, mi. Sol, vt, la, fa, mi, re.

[-114-] Sol, re, vt, mi, fa, la. Sol, re, vt, mi, la, fa.

Sol, re, vt, fa, mi, la. Sol, re, vt, fa, la, mi.

Sol, re, vt, la, mi, fa. Sol, re, vt, la, fa, mi.

Sol, re, mi, vt, fa, la. Sol, re, mi, vt, la, fa.

Sol, re, mi, fa, vt, la. Sol, re, mi, fa, la, vt.

Sol, re, mi, la, vt, fa. Sol, re, mi, la, fa, vt.

Sol, re, fa, vt, mi, la. Sol, re, fa, vt, la, mi.

Sol, re, fa, mi, vt, la. Sol, re, fa, mi, la, vt.

Sol, re, fa, la, vt, mi. Sol, re, fa, la, mi, vt.

Sol, re, la, vt, mi, fa. Sol, re, la, vt, fa, mi.

Sol, re, la, mi, vt, fa. Sol, re, la, mi, fa, vt.

Sol, re, la, fa, vt, mi. Sol, re, la, fa, mi, vt.

Sol, mi, vt, re, fa, la. Sol, mi, vt, re, la, fa.

Sol, mi, vt, fa, re, la. Sol, mi, vt, fa, la, re.

Sol, mi, vt, la, re, fa. Sol, mi, vt la, fa, re.

Sol, mi, re, vt, fa, la. Sol, mi, re vt, la, fa.

Sol, mi, re, fa, vt, la. Sol, mi, re, fa, la, vt.

Sol, mi, re, la, vt, fa. Sol, mi, re, la, fa, vt.

Sol, mi, fa, vt, re, la. Sol, mi, fa, vt, la, re.

Sol, mi, fa, re, vt, la. Sol, mi, fa, re, la, vt.

Sol, mi, fa, la, vt, re. Sol, mi, fa, la, re, vt.

Sol, mi, la, vt, re, fa. Sol, mi, la, vt, fa, re.

Sol, mi, la, re, vt, fa. Sol, mi, la, re, fa, vt.

Sol, mi, la, fa, vt, re. Sol, mi, la, fa, re, vt.

Sol, fa, vt, re, mi, la. Sol, fa, vt, re, la, mi.

Sol, fa, vt, mi, re, la. Sol, fa, vt, mi, la, re.

Sol, fa, vt, la, re, mi. Sol, fa, vt, la, mi, re.

Sol, fa, re, vt, mi, la. Sol, fa, re, vt, la, mi.

Sol, fa, re, mi, vt, la. Sol, fa, re, mi, la, vt.

Sol, fa, re, la, vt, mi. Sol, fa, re, la, mi, vt.

Sol, fa, mi, vt, re, la. Sol, fa, mi, vt, la, re.

Sol, fa, mi, re, vt, la. Sol, fa, mi, re, la, vt.

Sol, fa, mi, la, vt, re. Sol, fa, mi, la, re, vt.

Sol, fa, la, vt, re, mi. Sol, fa, la, vt, mi, re.

Sol, fa, la, re, vt, mi. Sol, fa, la, re, mi, vt.

Sol, fa, la, mi, vt, re. Sol, fa, la, mi, re, vt.

Sol, la, vt, re, mi, fa. Sol, la, vt, re, fa, mi.

Sol, la, vt, mi, re, fa. Sol, la, vt, mi, fa, re.

Sol, la, vt, fa, re, mi. Sol, la, vt, fa, mi, re.

Sol, la, re, vt, mi, fa. Sol, la, re, vt, fa, mi.

Sol, la, re, mi, vt, fa. Sol, la, re, mi, fa, vt.

Sol, la, re, fa, vt, mi. Sol, la, re, fa, mi, vt.

Sol, la, mi, vt, re, fa. Sol, la, mi, vt, fa, re.

Sol, la, mi, re, vt, fa. Sol, la, mi, re, fa, vt.

Sol, la, mi, fa, vt, re. Sol, la, mi, fa, re, vt.

Sol, la, fa, vt, re, mi. Sol, la, fa, vt, mi, re.

Sol, la, fa, re, vt, mi. Sol, la, fa, re, mi, vt.

Sol, la, fa, mi, vt, re. Sol, la, fa, mi, re, vt.

LA, vt, re, mi, fa, sol. La, vt, re, mi, sol, fa.

La, vt, re, fa, mi, sol. La, vt, re, fa, sol, mi.

La, vt, re, sol, mi, fa. La, vt, re, sol, fa, mi.

La, vt, mi, re, fa, sol. La, vt, mi, re, sol, fa.

La, vt, mi, fa, re, sol. La, vt, mi, fa, sol, re.

La, vt, mi, sol, re, fa. La, vt, mi, sol, fa, re.

La, vt, fa, re, mi, sol. La, vt, fa, re, sol, mi.

La, vt, fa, mi, re, sol. La, vt, fa, mi, sol, re.

Le, vt, fa, sol, re, mi. La, vt, fa, sol, mi, re.

La, vt, sol, re, mi, fa. La, vt, sol, re, fa, mi.

La, vt, sol, mi, re, fa. La, vt, sol, mi, fa, re.

La, vt, sol, fa, re, mi. La, vt, sol, fa, mi, re.

La, re, vt, mi, fa, sol. Le, re, vt, mi sol, fa.

La, re, vt, fa, mi, sol. La, re, vt, fa, sol, mi.

La, re, vt, sol, mi, fa. La, re, vt, sol, fa, mi.

La, re, mi, vt, fa, sol. La, re, mi, vt, sol, fa.

La, re, mi, fa, vt, sol. La, re, mi, fa, sol, vt.

La, re, mi sol, vt, fa. La, re, mi, sol, fa, vt.

La, re, fa, vt, mi, sol. La, re, fa, vt, sol, mi.

La, re, fa, mi, vt, sol. La, re, fa, mi, sol, vt.

La, re, fa, sol, vt, mi. La, re, fa, sol, mi, vt.

La, re, sol, vt, mi, fa. La, re, sol, vt, fa mi.

La, re, sol, mi, vt, fa. La, re, sol, mi, fa, vt.

La, re, sol, fa, vt, mi. La, re, sol, fa, mi, vt.

La, mi, vt, re, fa, sol. La, mi, vt, re, sol, fa.

La, mi, vt, fa, re, sol. La, mi, vt, fa, sol, re.

La, mi, vt, sol, re, fa. La, mi, vt, sol, fa, re.

La, mi, re, vt, fa, sol. La, mi, re, vt, sol, fa.

La, mi, re, fa, vt, sol. La, mi, re, fa, sol, vt.

La, mi, re, sol, vt, fa. La, mi, re, sol, fa, vt.

La, mi, fa, vt, re, sol. La, mi, fa, vt, sol, re.

La, mi, fa, re, vt, sol. La, mi, fa, re, sol, vt.

La, mi, fa, sol, vt, re. La, mi, fa, sol, re, vt.

La, mi, sol, vt, re, fa. La, mi, sol, vt, fa, re.

La, mi, sol, re, vt, fa. La, mi, sol, re, fa, vt.

La, mi, sol, fa, vt, re. La, mi, sol, fa, re, vt.

La, fa, vt, re, mi, sol. La, fa, vt, re, sol, mi.

La, fa, vt, mi, re, sol. La, fa, vt, mi, sol, re.

La, fa, vt, sol, re, mi. La, fa, vt, sol, mi, re.

La, fa, re, vt, mi, sol. La, fa, re, vt, sol, mi.

La, fa, re, mi, vt, sol. La, fa, re, mi, sol, vt.

La, fa, re, sol, vt, mi. La, fa, re, so, mi, vt.

La, fa, mi, vt, re, sol. La, fa, mi, vt, sol, re.

La, fa, mi, re, vt, sol. La, fa, mi, re, sol, vt,

La, fa, mi, sol, vt, re. La, fa, mi, sol, re, vt.

La, fa, sol, vt, re, mi. La, fa, sol, vt, mi, re.

La, fa, sol, re, vt, mi. La, fa, sol, re, mi, vt,

La, fa, sol, mi, vt, re. La, fa, sol, mi, re, vt.

[-115-] La, sol, vt, re, mi, fa. La, sol, vt, re, fa, mi.

La, sol, vt, mi, re, fa. La, sol, vt, mi, fa, re.

La, sol, vt, fa, re, mi. La, sol, vt, fa, mi, re.

La, sol, re, vt, mi, fa. La, sol, re, vt, fa, mi,

La, sol, re, mi, vt, fa. La, sol, re, mi, fa, vt.

La, sol, re, fa, vt, mi. La, sol, re, fa, mi, vt.

La, sol, mi, vt, re, fa. La, sol, mi, vt, fa, re.

La, sol, mi, re, vt, fa, La, sol, mi, re, fa, vt.

La, sol, mi, fa, vt, re. La, sol, mi, fa, re, vt.

La, sol, fa, vt, re, mi. La, sol, fa, vt, mi, re.

La, sol, fa, re, vt, mi. La, sol, fa, re, mi, vt.

La, sol, fa, mi, vt, re. La, sol, fa, mi, re, vt.

Or il est certain que les chants de cét Hexachorde qui ont l'interualle de la Sexte majeure soit en montant, ou en descendant, c'est à dire Ut la, ou La vt, ne sont pas bons, et que les Practiciens la rejettent, tant parce qu'elle est trop difficile à entonner, que parce qu'elle est des-agreable, et qu'elle blesse l'oreille, dont il est difficile de trouuer la vraye raison, attendu que l'interualle de l'Octaue est permis, et est agreable, encore qu'il soit plus grand, et que la raison de ces deux sons Vt la est plus aisee à comprendre que celle de la Sexte mineure qui est fort agreable, particulierement en montant, car sa raison est de 8 à 5, et celle de la majeure est de 5 à 3, laquelle est la premiere des raisons surpartissantes, comme la Sesquialtere de 3 à 2 est la premiere des surparticulieres: Or il est plus aisé de comprendre la raison surbipartissante de 5 à 3, que la surtripartissante de 8 à 5. D'où il est facile de conclure que la douceur, la bonté, et l'agreement des consonences ne dépend pas seulement de la comprehension et de la primauté de leurs raisons, et qu'il faut en rechercher la cause dans la relation et le rapport que tous les interualles ont à l'Octaue, où à ses repliques; de sorte qu'elle est semblable à la cause finale de la Morale, dont la bonté des actions dépend tellement, qu'elles sont dautaut meilleures qu'elles s'en approchent dauantage, ou qu'elles la representent mieux, ou qu'elles contiennent de plus nobles relatious et habitudes. Mais il n'est pas aisé de monstrer que la Sexte mineure represente mieux l'Octaue, ou qu'elle ait vn plus grand commerce auec elle que la majeure, si l'on ne suppose ce que ie remarque dans le 4 liure des Instrumens à chordes, à sçauoir que l'on entend plusieurs sons en chaque son, quoy que beaucoup d'oreilles ne les apperçoiuent pas, particulierement que l'on enrend l'Octaue en haut; de sorte que les deux sons de la Sexte majeure estant oüis, le plus graue represente l'Octaue en haut, c'est à dire 6, car ie suppose que le moindre nombre, ou le moindre terme de la raison represente le son le plus graue de la consonance, comme i'ay demonstré dans le liure des Consonances et des Instrumens, et consequemment que 3 est le son le plus graue de la Sexte majeure. D'où il s'ensuit que ce son en produit vn autre à l'Octaue en haut, à sçauoir 6; de sorte que l'on oit ces trois sons 3, 5, 6, quoy que l'on ne le sçache pas; et que l'interualle de cette Sexte represente la Tierce mineure de 5 à 6 à l'esprit, au lieu que celuy de la mineure luy represente la Tierce majeure, car 5 engendre 10, en suite dequoy l'interualle de la Sexte mineure fait ces trois termes 5, 8, 10, dont 8 est à 10 comme 4 à 5, qui est la raison du Diton; de maniere que l'on peut dire que i'interualle de la Sexte mineure est dautant meilleur que celuy de la majeure, que le Diton est plus doux que le Sesquiditon.

Il est certain que l'on peut s'imaginer beaucoup de choses contre ce discours, et qu'il ne satisfera pas à plusieurs, mais chacun a la liberté d'inuenter de meilleures raisons, et de consulter les plus excellens esprits tant sur ce sujet que sur tous ceux de cét ouurage. Quant aux autres interualles des 720 chants, ils sont tous [-116-] bons, c'est pourquoy ie ne m'y arreste pas; i'ajoûte seulement qu'il y a 240 chants qui ont l'interualle de la Sexte majeure, dont 120 se font en montant d'Vt à La, et 120 en descendant de La à Vt; d'où il arriue qu'il n'y a que 480 chants qui soient bons dans la combination precedente. Mais ils seroient tous bons dans les 720 chants faits des 6 notes de l'Hexachorde mineur, parce que l'interualle de la Sexte mineure est permis; c'est pourquoy i'explique la diuersité de cette Sexte par les notes qui suiuent, et qui se chantent ainsi, Re, mi, fa, sol, la, fa.

L'on peut aussi commencer cette Sexte par Mi, et si l'on veut que le Triton s'y rencontre il faut commencer par Fa sur la clef de F vt, de sorte que les clefs qui sont au commencement font 2160 chants auec 6 notes; quoy qu'elles ne soient plus les mesmes à proprement parler, d'autant que les clefs les changent, et les font monter ou descendre; de sorte qu'il vaut mieux dire que ces notes contiennent trois exemples differens, dont le premier commence à l'Ut de C sol, le second au D de D la re, et le troisiesme au Mi d'E mi la: et si l'on commence au fa de F vt fa, l'on aura le 4 exemple, et consequemment l'exemple qui suit contient 2880 chants tous differens. Et si l'on fait seruir ces six notes pour d'autres interualles que pour les ordinaires de la Diatonique, par exemple pour les demitons du Luth ou de la Viole, ou pour les consonances, par exemple pour les deux Tierces, les deux Sextes, la Quarte et la Quinte, l'on aura tout autant de nouuelles varietez de 720 chants; ausquels si l'on aioûtoit les diuersitez des temps, c'est à dire des differentes mesures de la Musique, l'on auroit vn nombre de diuersitez si grand que nul ne les pourroit chanter ou lire en mille ans, comme ie monstreray en parlant de cette varieté qui vient des 7 ou 8 sortes de notes dont vsent les Praticiens.

Or entre plusieurs vtilitez qui peuuent estre tirees de cette varieté l'on y peut mettre celle qui sert pour diuersifier le mesme nombre de notes sans crainte de se confondre et de se troubler, et l'auantage que cét art donne par dessus la seule imagination, car le Musicien qui sçaura cette methode pourra gager tout ce qu'il voudra contre vn autre qui ne la sçaura pas, qu'il fera plus de varietez que luy du nombre de notes qui sera proposé; par exemple, il fera 720 varietez de 6 notes en commençant à la fin, au milieu, ou à tel autre chant qu'il voudra sans faillir en nulle façon, au lieu que l'autre Musicien destitué de cét art, quoy que plus habile à toucher et en toute autre chose, n'en pourra faire vne centaine sans se troubler, et sans en repeter quelques-vnes. L'autre vtilité consiste au choix des meilleurs chants, car puis qu'on les a tous deuant les yeux, l'on ne peut manquer à en choisir de bons si l'on a assez de iugement pour ce suiet; et bien que l'on puisse douter si l'on a pris les meilleurs, l'on est du moins certain que l'on a pris ceux qui ont agreé dauantage, et qui ont semblé les meilleurs à l'oreille.

Or comme ces 6 notes differentes font 720 chants differens, s'il y en auoit deux semblables elles ne feroient que 360 chants; s'il y en auoit 3 semblabl<es>, l'on auroit seulement 840 chants; si 4 estoient semblables, l'on auroit 30 chants; s'il y en auoit 5 semblables l'on n'en auroit que 6: finalement si elles estoient toutes semblables elles ne feroient qu'vn seul chant. Mais 2 et 2 semblables donnent 180 chants, 2, 2 et 2 en font 90; 2 et 3 en font 20, et 2 et 4 en font 15. Ce qui peut seruir pour faire des Anagrammes, dont ie parleray apres plus amplement.

Quant à la varieté triple ou quadruple des 6 notes qui suiuent, l'on vsera de tel Senaire ou de tel Hexachorde que l'on voudra des 4 qui sont signifiez par les clefs que ie mets deuant la premiere varieté.

[-117-] Varietez des six notes de la Sexte mineure, ou maieure.

[Mersenne, Livre II des chants, 117; text: Sept cens vingt Chants de l'Hexachorde mineur. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60] [MERHU2_2 02GF]

[-118-] [Mersenne, Livre II des chants, 118; text: 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120] [MERHU2_2 03GF]

[-127 <recte 119>-] [Mersenne, Livre II des chants, 119; text: 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180] [MERHU2_2 04GF]

[-128 <recte 120>-] [Mersenne, Livre II des chants, 120; text: 181, 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207, 208, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 238, 239, 240] [MERHU2_2 05GF]

[-121-] [Mersenne, Livre II des chants, 121; text: 241, 242, 243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265, 266, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 273, 274, 275, 276, 277, 278, 279, 280, 281, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 299, 300] [MERHU2_2 06GF]

[-122-] [Mersenne, Livre II des chants, 122; text: 301, 302, 303, 304, 305, 306, 307, 308, 309, 310, 311, 312, 313, 314, 315, 316, 317, 318, 319, 320, 321, 322, 323, 324, 325, 326, 327, 328, 329, 330, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351, 352, 353, 354, 355, 356, 357, 358, 359, 360] [MERHU2_2 07GF]

[-123-] [Mersenne, Livre II des chants, 123; text: 361, 362, 363, 634, 365, 366, 367, 368, 369, 370, 371, 372, 373, 374, 375, 376, 377, 378, 379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390, 391, 392, 393, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 402, 403, 404, 405, 406, 407, 408, 409, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 419, 420] [MERHU2_2 08GF]

[-124-] [Mersenne, Livre II des chants, 124; text: 421, 422, 423, 424, 425, 426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435, 436, 437, 438, 439, 440, 441, 442, 443, 444, 445, 446, 447, 448, 449, 450, 451, 452, 453, 454, 455, 456, 457, 458, 459, 460, 461, 462, 463, 464, 465, 466, 467, 468, 469, 470, 471, 472, 473, 474, 475, 476, 477, 478, 479, 480] [MERHU2_2 09GF]

[-133 <recte 125>-] [Mersenne, Livre II des chants, 125; text: 481, 482, 483, 484, 485, 486, 487, 488, 489, 490, 491, 492, 493, 494, 495, 496, 497, 498, 499, 500, 501, 502, 503, 504, 505, 506, 507, 508, 509, 510, 511, 512, 513, 514, 515, 516, 517, 518, 519, 520, 521, 522, 523, 524, 525, 526, 527, 528, 529, 530, 531, 532, 533, 534, 535, 536, 537, 538, 539, 540] [MERHU2_2 10GF]

[-134 <recte 126>-] [Mersenne, Livre II des chants, 126; text: 541, 542, 543, 544, 545, 546, 547, 548, 549, 550, 551, 552, 553, 554, 555, 556, 557, 558, 559, 560, 561, 562, 563, 564, 565, 566, 567, 568, 569, 570, 571, 572, 573, 574, 575, 576, 577, 578, 579, 580, 581, 582, 583, 584, 585, 586, 587, 588, 589, 590, 591, 592, 593, 594, 595, 596, 597, 598, 599, 600] [MERHU2_2 11GF]

[-127-] [Mersenne, Livre II des chants, 127; text: 601, 602, 603, 604, 605, 606, 607, 608, 609, 610, 611, 612, 613, 614, 615, 616, 617, 618, 619, 620, 621, 622, 623, 624, 625, 626, 627, 628, 629, 630, 631, 632, 633, 634, 635, 636, 637, 638, 639, 640, 641, 642, 643, 644, 645, 646, 647, 648, 649, 650, 651, 652, 653, 654, 655, 656, 657, 658, 659, 660] [MERHU2_2 12GF]

[-128-] [Mersenne, Livre II des chants, 128; text: 661, 662, 663, 664, 665, 666, 667, 668, 669, 670, 671, 672, 673, 674, 675, 676, 677, 678, 679, 680, 681, 682, 683, 684, 685, 686, 687, 688, 689, 690, 691, 692, 693, 694, 695, 696, 697, 698, 699, 700, 701, 702, 703, 704, 705, 706, 707, 708, 709, 710, 711, 712, 713, 714, 715, 716, 717, 718, 719, 720] [MERHU2_2 13GF]

ADVERTISSEMENT.

Il faut tirer des lignes perpendiculaires de haut en bas pour diuiser ces notes de six en six, parce qu'elles ne doiuent pas estre prises de suite.

[-129-] PROPOSITION X.

Combien l'on peut faire de chants de tel nombre de notes que l'on voudra, lors qu'il est permis d'vser de deux, 3, 4, notes semblables et cetera et que l'on retient tousiours le mesme nombre total des notes dont on fait les chants.

Nous auons demonstré dans les 2 propositions precedentes combien l'on peut faire de chants differents en prenant des notes toutes differentes, et qui demeurent tousiours les mesmes sans qu'il soit permis de changer autre chose que l'ordre, il faut monstrer dans celle-cy le nombre des chants qui se peuuent faire d'vn mesme nobre de notes, lors qu'il est permis de repeter vne, ou plusieurs notes 2, 3, 4 fois, et cetera et parce que le nombre des chants qui repetent les mesmes notes 2 ou plusieurs fois ne sont pas en si grand nombre que ceux où l'on ne repete nulle note, l'on peut dire que cette proposition est vn détachement des deux autres.

Or il est tres-aisé de trouuer ce nombre en diuisant la combination precedente qui donne le nombre des chants, dont i'ay parlé dans les deux autres propositions, par celle des lettres semblables, ou repetees. Par exemple, le chant Ut, re, mi, vt, fa, a cinq notes, dont la combination precedente est 120;

[Mersenne, Livre II des chants, 129,1] [MERHU2_2 01GF]

mais parce qn'il y a deux notes semblables, à sçauoir deux vt, il faut diuiser 120 par 2, c'est à dire par la combination de deux notes, le quotient donnera 60 pour le nombre des chants qui se peuuent faire des cinq notes precedentes.

De mesme si l'on fait vn chant de ces 7 notes Vt, re, mi, vt, sol, vt, fa, il faut diuiser la combination de 7, à sçauoir 5040, par celle de 3, à sçauoir par 6, dautant que la note vt se repete 3 fois.

[Mersenne, Livre II des chants, 129,2] [MERHU2_2 01GF]

Et s'il arriue que le chant ait deux notes semblables de deux sortes, comme en ce chant Vt, re, mi, re, vt, où il y a deux vt, et deux re, il faut quarrer la combination de 2 qui font 4, par lequel 120 qui est le nombre de la combination de 5 notes, estant diuisé monstre qu'il n'y a que 30 chants dans ces 5 notes.

[Mersenne, Livre II des chants, 129,3] [MERHU2_2 01GF]

S'il y auoit 3 binaires de notes semblables, il faudroit cuber 2, et cetera suiuant les dignitez de l'Algebre. Il faut dire la mesme chose de 2, de 3, et de 4 ternaires, quaternaires, et cetera iusques à l'infiny:

[Mersenne, Livre II des chants, 129,4] [MERHU2_2 01GF]

par exemple Vt, re; mi, mi, re, mi, fa, re, sol, contient 9 notes, dont il y en a deux qui se repetent 3 fois, c'est pourquoy il faut quarrer la combination de 3, à sçauoir 6, qui fait 36, par lequel la combination de 9 estant diuisee, à sçauoir 362880, le quotient donne 10080 chants differents.

S'il y auoit 2 binaires, et vn ternaire, il faudroit multiplier la combination du ternaire par le quarré de la combination de deux. Et si l'vne des notes se repetoit quatre fois, et l'autre 5 fois, il faudroit multiplier la combination de 5 par celle de 4 pour auoir le diuiseur.

Finalement si l'on veut sçauoir combien l'on peut faire de chants differens de 22 notes, dont il y en ait deux qui se repetent chacune deux fois, vne qui se repete 3, et deux autres qui se repetent quatre fois, il faut quarrer la combination de 2 pour auoir quatre, par lequel il faut multiplier la combination de 3 pour auoir 24, qu'il faut multiplier par le quarré de la combination de 4, qui est 576, et le produit, à sçauoir 13824 sera le diuiseur qui diuisera la combination de 22, dont le quotient donnera 81307923016320000 pour le nombre des chants qui se peuuent faire auec les 22 notes susdites.

[-130-] Or ce nombre est si grand que si l'on vouloit escrire tous ces chants, l'on seroit 22260896103 ans et 12 iours à trauailler, encore que l'on en escriuist 1000 chaque iour: et si on les vouloit tous escrire en vn an, il en faudroit escrire chaque iour 222761432921424 2/3, ou enuiron.

Ie veux encore donner vn exemple de la premiere partie de l'Air d'Antoine Boësset, qui commence Diuine Amaryllis, lequel i'ay mis tout au long dans le second liure des Instrumens à chordes, et dont ie mets icy les quinze premieres notes, desquelles il y en a deux sur vne ligne, trois sur vn autre, trois sur vne autre, et quatre sur vn autre:

[Mersenne, Livre II des chants, 130] [MERHU2_2 01GF]

c'est pourquoy il faut multiplier le quarré de la combination de trois, qui est 36, par deux, pour auoir 72, qu'il faut encore multiplier par la combination de quatre, dont le produit est 1728, par lequel il faut diuiser la combination de 15, à sçauoir 1307674368000, pour auoir le quotient 756756000, qui monstre le nombre des chants qui se peuuent faire auec les 15 notes precedentes.

Mais afin que l'on sçache combien l'on peut faire de chants d'vn certain nombre de notes en quelque sorte que l'on les puisse repeter ie prends neuf notes, dont on void plusieurs chants dans cette table, qui monstre au premier rang combien il y en a de semblables, et au second le nombre des chants.

Table des Chants qui se peuuent faire de 9 notes.

Toutes differentes 362880

2 semblables 181440

3 60480

4 et 2, 2 et 3 15120

5 3024

6 et 3, et 5 504

7 72

2 et 2 90720

2, 2 et 2 45360

2, 2, 2 et 2 22680

2 et 3 10080

2, 2, 2 et 3 7560

2 et 4 7560

2, 3 et 3 5040

2, 2 et 4 3780

3 et 4 2520

3, 3 et 3 1680

2 et 5 1512

2, 3 et 4 1260

2, 2 et 5 756

4 et 4 630

2 et 6 252

4 et 5 126

3 et 6 84

2 et 7 36

Toutes semblables. 1

COROLLAIRE.

Il est aisé de faire la mesme chose dans tel autre nombre de notes que l'on voudra. Or la mesme industrie sert pour faire les Anagrammes des noms qui ont deux ou plusieurs lettres semblables, comme les deux autres propositions precedentes seruent pour sçauoir le nombre des Anagrammes de tous les noms, dont les lettres sont toutes differentes. Mais ie ne donne pas tous les exemples de cette combination des neuf notes, tant de peur d'estre trop long, que parce qu'on la peut voir dans la 13 proposition du liure Latin des Chants.

Quant aux dictions, ie mets seulement icy l'exemple du Nom de nostre Sauueur Iesvs, que l'on pourroit varier en 120 manieres pour faire 120 Anagrammes si toutes les lettres estoient differentes; mais parce que la lettre S y est deux fois, l'on ne peut faire que les 60 Anagrammes qui suiuent, dont la plus grande partie ne signifient rien, et dont les deux plus beaux sont ivses, et vises.

[-131-] Soixante Anagrammes du Nom IESVS.

Iesvs, iessv, ievss, isevs, isesv, isves, isvse, issev, issve, ivess, ivses, ivsse. Eisvs, eissv, eivss, esivs, esisv, esvis, esvsi, essiv, essvi, eviss, evsis, evssi. Sievs, siesv, sives, sivse, sisev, sisve, seivs, seisv, sevis, sevsi, sesiv, sesvi, svies, svise, sveis, svesi, svsie, svsei. Ssiev, ssive, sseiv, ssevi, ssvie, ssvei. Viess, vises, visse, veiss, vesis, vessi, vsies, vsise, vseis, vsesi, vssie, vssei.

PROPOSITION XI.

Combien l'on peut faire de Chants differens d'vn certain nombre de notes prises dans vn autre plus grand nombre, lors que lesdites notes sont toutes differentes, soit que l'on garde l'ordre des lieux differens, ou que l'on n'en vse pas, et lors qu'il est permis de les prendre deux à deux, ou trois à trois, ou quatre à quatre, et cetera.

Nous auons seulement consideré la varieté des lieux, et de l'ordre des notes dans les 3 propositions precedentes, sans qu'il soit permis d'aioûter de nouuelles notes, mais nous monstrons dans celle-cy comme il faut trouuer le nombre des chants qui se peuuent faire des notes ausquelles l'on en aioûte d'autres nouuelles, de sorte que cette combination est plus grande et plus generale que la precedente, qu'elle contient, et à qui elle aioute vne nouuelle consideration.

L'exemple qui suit est si clair que l'on n'a point de besoin d'autres preceptes. Ie suppose donc que l'on vüeille sçauoir tous les chants qui se peuuent faire de 8 notes prises dans 22 notes, de sorte que le chant n'ait tousiours que 8 notes. Or il faut multiplier 22 par le nombre qui est moindre de l'vnité, à sçauoir par celuy qui suit immediatement vers l'vnité, c'est à dire par 21, dont le produit est 462, qui est le nombre des variations de deux notes prises dans 22: puis il faut multiplier 462 par le nombre qui suit, à sçauoir par 20, dont le produit 9240 monstre le nombre de 3 notes prises dans 22. Il faut suiure ce mesme ordre iusques à 22 notes, et cetera qui donneront autant de chants que la combination ordinaire de 22, et l'on trouuera que le huictiesme nombre monstre que 8 notes prises en 22 font 12893126400 chants tous differens, comme l'on void dans cette table, dont la colomne des nombres Romains contient le nombre des notes que l'on prend, et l'autre colomne où il y a par, monstre les nombres par lesquels il faut multiplier chaque nombre qui represente le nombre des chants vis à vis de chaque nombre de notes. Et si l'on veut seulement sçauoir le nombre des chants qui se font de 8 notes, il n'est pas necessaire de passer le nombre qui respond à VIII.

Quant à l'vtilité que l'on peut tirer de cette proposition, et de celles qui suiuent, l'on ne peut pas l'expliquer entierement sans faire de nouueaux liures sur ce sujet, comme il est aisé de monstrer par les differentes considerations qui s'en peuuent faire en mille sujets et mille rencontres, dont ie donneray quelques exemples assez signalez pour persuader cette verité à ceux qui ne la verront pas dans les tables, et dans la methode de les construire comme dans des principes tres-feconds, d'où l'on en pourra encore tirer quelques autres.

[-132-] Chants d'vne note multipliee.

par 21  I       22

par 20 II 462

par 19 III 9240

par 18 IV 175560

par 17 V 3160080

par 16 VI 53721360

par 15 VII 85941760

par 14 VIII 12893126400

par 13 IX 180503769000

par 12 X 2346549004800

par 11 XI 28158588057600

par 10 XII 309744468633600

par 9 XIII 3007444686336000

par 8 XIV 27877002177024000

par 7 XV 223016017416192000

par 6 XVI 1561112121913344000

par 5 XVII 9366672731480064000

par 4 XVIII 4683336365740320000

par 3 XIX 187333454629601280000

par 2 XX 56200036363888803840000

par 1 XXI et 1124000727777607680000

XXII

Somme totale 3055350753492612960484

I'ay dit dans la proposition 26, soit que l'on garde l'ordre des lieux differens, c'est à dire la variation des lieux, comme nous auons fait dans toutes les precedentes combinations, ou que l'on n'en vse pas, c'est à dire que l'on ne fasse point les varietez qui procedent des differents lieux.

Or pour trouuer cette particuliere combination, qui est vn detachement de la Table precedente, il faut diuiser le nombre donné de cette Table par la combination ordinaire du nombre des choses, dont on cherche la combination. Par exemple, pour sçauoir combien l'on peut faire de chants de trois notes differentes prises dans la Vingt-deuxiesme, c'est à dire dans 3 Octaues, il faut diuiser le nombre 9240, qui est vis à vis de 3, par 6, qui est la combination ordinaire de 3, le quotient donnera 1540 pour le nombre des chants, dont chacun aura toujours quelque note nouuelle.

Delà vient que cette Table sert pour deux sortes de combinations, dautant que la combination ordinaire en oste la diuersité des lieux, et consequemment laisse la Table des chants, qui ont tous quelque note differente.

COROLLAIRE I.

Il faut donc remarquer que cette table en contient deux, à sçauoir l'ordinaire, dont i'ay parlé dans la premiere proposition, et celle qui a tousiours quelque note differente, laquelle peut seruir pour trouuer combien trois, quatre, six, ou tant de choses que l'on voudra, peuuent estre prises differemment, de sorte qu'il y en ait tousiours quelque nouuelle à chaque fois dans tel autre nombre que l'on [-133-] voudra choisir. Par exemple, combien 3, 4, 8, ou 12 chartes prises en 22, en 30, en 56, ou en tel autre nombre que l'on voudra, peuuent venir differemment à ceux qui ioüent; car si l'on prend les 3 chartes en 22, le ieu peut venir differemment à chacun 1540 fois auant que le mesme ieu leur reuienne. Et s'il y a vn plus grand nombre de chartes, comme au ieu picquet, de l'homme et cetera où il y en a 36, l'on trouuera aisément combien le ieu des 12 chartes que l'on prend peut venir differemment auant que le mesme ieu reuienne: car il faut multiplier 36 par 35 pour auoir 1260, qui donne le nombre des ieux de 2 chartes prises en 36; puis il faut multiplier 1260 par 34 pour auoir le nombre des ieux des 3 chartes, à sçauoir 42840, qu'il faut encore multiplier par 33 pour les ieux de 4 chartes; ce qu'il faut faire iusques au ieu de 12 chartes, lors que l'on veut connoistre la varieté de ce ieu, et des autres qui peuuent estre depuis le ieu d'vne charte, qui ne peut donner que 36 ieux differens iusques au ieu de 12 chartes. Et si l'on veut auoir les ieux qui peuuent estre depuis 12 iusques à 36, il faut multiplier comme deuant iusques au ieu de 36: mais si le ieu est de 56 chartes, dont on en vüeille prendre 12, il faut multiplier 56 par 55, et le produit par 54, et cetera iusques à ce que l'on soit descendu à 44, qui multipliera le dernier produit, et donnera le nombre des ieux de 12 chartes, pourueu que l'on diuise ce dernier produit, ou celuy qui respond au nombre des chartes que l'on prend pour ioüer, par la combination ordinaire du mesme nombre de chartes, comme i'ay déja dit.

COROLLAIRE II.

L'on peut appliquer le corollaire precedent aux nombre des notes prises dans l'estenduë de 36 ou 56 notes, et aux nombres des dictions prises dans les mesmes nombres, ou dans tel autre que l'on voudra: et si l'on veut on n'en ostera point le nombre qui vient de la varieté des lieux. Mais pour sçauoir le nombre de toutes les dictions, chartes, ieux, ou autres choses, comme de 2, 3, 4, 5, et cetera iusques à 12, ou à tel autre nombre que l'on voudra, il faut assembler tous les nombres precedens, comme l'on void à la fin de la table precedente.

COROLLAIRE III.

Lors que l'on ne se soucie pas de trouuer combien l'on peut faire de chants ou de dictions de 22 notes ou lettres en les prenant vne à vne, deux à deux, ou trois à trois, et cetera iusques à 22, ou iusques à tel autre nombre que l'on veut, et que l'on se contente de sçauoir toutes les varietez qui se peuuent faire les prenant en toutes ces manieres, sans specifier combien il y a de chants ou de dictions de deux, ou de trois lettres, et cetera il faut seulement disposer autant de nombres en progression Geometrique double, en commençant par l'vnité, comme il y a d'vnitez dans le nombre total que l'on prend. Par exemple, si l'on prend 22 choses, il faut escrire autant de nombres, dont chacun contienne deux fois celuy qui precede immediatement en cette maniere:

Progression double.

1

2

4

8

16

Car la somme de ces 22 nombres donne toutes les varietez des chants qui se peuuent rencontrer dans 22 notes, soit que chaque chant n'ait qu'vne note, ou qu'il en ait 2, 3, 4, et cetera iusques à 22, de sorte qu'il y a tousiours quelque note differente, car la varieté des lieux n'est pas gardee dans cette combination.

[-134-] 32

64

128

256

512

1024

2648

5296

10592

21184

42368

84736

169472

338944

677888

1355776

2711552

Somme totale

5423104

Or il n'est pas necessaire d'ajoûter tous ces nombres pour sçauoir leur somme totale, car le double du dernier la donne en ostant l'vnité; et consequemment le double de 2711552, c'est à dire le 23 nombre de la progression doublee, à sçauoir 5423104, donne le nombre des chants, des dictions, des chartes, ou des autres choses qui se peuuent faire dans le nombre de 22, en les prenant vne à vne, deux à deux, iusques à ce que l'on prenne les 22 pour vn seul chant, ou pour vne diction.

Il est si aisé de continuer cette progression Geometrique, qu'il n'est pas besoin d'en parler icy dauantage, quoy que ie l'aye continuee iusques à 64 dans la 10 proposition du 7 liure Latin, où l'on trouuera l'exemple de la varieté des 8 notes de l'Octaue, lors qu'on les prend vne à vne, deux à deux, trois à trois, et cetera. I'ay encore donné deux tables tres-vtiles dans la 12 proposition, qui sont pour les conternations, conquaternations, et cetera de 12 notes, ou 12 lettres prises dans le nombre de 36, dont on peut se seruir icy; c'est pourquoy ie viens aux autres especes de combinations qui sont plus difficiles que celle-cy, et particulierement à celle qui comprend toutes les autres, et qui est tres-generale, et la plus vtile de toutes. Ce qui arriue ordinairement à tout ce qui est general; car chaque maxime est dautan<t> plus vtile qu'elle est plus vniuerselle, parce que l'on en tire vn plus grand nombre de conclusions et de veritez. Et si l'on rencontroit vne verité d'où l'on peust tirer toutes les autres comme de leur source et de leur origine, l'esprit seroit parfaitement content