Fn and Ft: MERHU3_1 TEXT
Author: Mersenne, Marin
Title: Traité des Instrumens a chordes
Source: Harmonie Universelle, contenant la theorie et la
pratique de la musique, 3 vols. (Paris: Sebastien Cramoisy,
1636; reprint ed. Paris: Centre national de la recherche
scientifique, 1965), 3:ff.aijr-aiiijv,1-46v.
Graphics: MERHU3_1 01GF-MERHU3_1 07GF
[-f.aijr-] A MONSIEVR
MONSIEVR DE REFVGE CONSEILLER AV PARLEMENT
MONSIEVR,
Ie sçay que vous ne suiuez pas l'auis de quelques Anciens qui disoient que l'on profane les sciences lors qu'on les reduit à la Pratique et à l'vsage: et que le plaisir que vous prenez à voir la Theorie des Mechaniques reduite en Pratique vous fera receuoir ces liures des Instrumens d'aussi bon oeil que les autres que i'ay eu l'honneur de vous presenter autrefois, pour vous delasser l'esprit des affaires publiques, ausquelles vous donnez la meilleure partie de vostre temps dans le Senat le plus Auguste de l'Vniuers. Vous y verrez des experiences tres-rares et tres-particulieres, qui peuuent seruir à comprendre la nature, et les proprietez de l'air et du mouuement, qui doiuent tousiours estre considerez dans les Mechaniques tant de l'art que de la nature, lors que l'on veut trouuer les veritables raisons des difficultez [-f.aijv-] qui s'y rencontrent. Mais ie vous prie de me faire la faueur de m'auertir de ce que vous y remarquerez d'imparfait, afin que vous puissiez reuoir le tout dans vn meilleur ordre, et auec plus de perfection. Il est vray que ie n'eusse peut-estre pas osé vous offrir ces liures des Instrumens, que quelquesvns croyent appartenir à vne mechanique trop abiecte, si ie n'eusse sçeu l'estat que vous faites des Exhortations du Prophete Royal, ou plustost du Sainct Esprit qui luy inspiroit ces paroles, LAVDATE EVM IN SONO TVBAE, LAVDATE EVM IN PSALTERIO ET CITHARA, et ce qui s' ensuit, pour aduertir tous les hommes de publier les loüanges de Dieu auec toutes sortes d'instrumens. Et ie craindrois les reproches de plusieurs qui ne font nulle estime que de ce qu'ils ayment, et qui ne manqueroient pas de dire qu'il n'appartient nullement à vn Theologien de traiter de cette matiere, si ie n'auois quarante et quatre mille Saints pour mes garans, qui chantent tous les iours de nouueaux Cantiques, et des Airs rauissans à l'honneur de l'Agneau immaculé auec leurs Cistres, et leurs Harpes, et mesmes auec celle de Dieu, comme nous apprend le plus sçauant Theologien des Apostres dans son Apocalypse. La lettre de leurs Concerts nous est aussi propre comme à eux, puis qu'elle consiste à dire, O Seigneur que vos oeuures sont admirables; vous estes Tout-puissant, et vos voyes sont veritables ô Roy des Saincts!
O Sagesse Eternelle, à qui cet Vniuers,
[-f.aiijr-] Doit vn nombre infini de miracles diuers,
Qu'on voit esgalement sur la Terre, et sur l'Onde;
Mon Dieu mon Createur,
Que tes magnificences estonnent tout le monde,
Et que le Ciel est bas au prix de ta hauteur.
C'est MONSIEVR, ce qui m'asseure que ce trauail ne vous sera pas desagreable, particulierement s'il est cause que tous ceux qui sçauent toucher les instrumens Harmoniques ne les employent desormais qu'à chanter des Psalmes, et des Hymnes à la loüange de celuy qui les a rachetez par son propre sang, et qui leur prepare le sejour eternel. Et si ie n'ay pas assez d'industrie pour leur persuader cet heureux exercice, i'espere que le Ciel acceptera mes desirs, et que vous les approuuerez, puis qu'ils ne tendent qu'à ioindre l'Harmonie des bien-heureux auec la nostre, afin que l'Eglise Militante face vn mesme Concert auec la Triomphante, et que nous en commencions les recits par ces paroles, COR MEVM ET CARO MEA EXVLTAVERVNT IN DEVM VIVVM,
Mon coeur bondit, ma chair rauie
Saute apres toy Dieu de la Vie.
lesquelles nous rauiront à nous mesmes pour viure en Dieu seul, C'est MONSIEVR ce que souhaitte pour vous et pour luy, et pour tous ceux qui se seruiront seulement de l'Harmonie pour loüer le souuerain Maistre du grand Concert de l'Vniuers
Vostre tres-humble et tres-affectionné seruiteur Frère Marin Mersenne de l'Ordre de sainct François de Paule.
[-f.aiijv-] Preface au Lecteur.
L'On peut dire que ces liures des Instrumens sont le fruit des autres parties de l'Harmonie, puis qu'ils la mettent en pratique, et qu'ils font paroistre en mille manieres ce qu'elle a de plus agreable, particulierement si l'on met la Voix entre les Instrumens. Mais il faut remarquer que i'ay creu qu'il suffisoit de donner ce qui est d'essentiel, ou de propre à chaque instrument, sans m'estendre en plusieurs considerations que l'on y peut adiouster, comme l'on void dans les liures entiers que l'on a fait de la Tablature du Luth, des Fleutes et des autres instrumens: quoy que i'aye donné assez de lumiere dans chacun de leurs Traitez pour faire tant de tablatures que l'on voudra. Or ie me suis plus estendu dans les Traitez du Luth, de l'Epinette, de la Trompette, de l'Orgue, et des Cloches, qu'en ceux des autres instrumens, parce qu'ils sont en plus grand vsage, où que l'on en fait plus d'estime que des autres, ausquels on peut accommoder tout ce que i'en ay dit.
Quant aux exemples de Musique qui suiuent la description des figures, ils sont propres pour monstrer leurs proprietez, et peuuent seruir pour le liure de la Composition. Il faut seulement remarquer que n'ayant peu auoir les caracteres necessaires pour mettre vne piece de tablature dans le traité de l'Epinette pour le Clauecin, ie l'ay reseruée pour celle des Orgues, d'où on la peut transporter à la vingt-quatriesme Proposition du troisiesme liure, dans laquelle ie l'auois promise. Ceux qui desireroient que i'eusse enseigné à mettre toutes sortes de pieces de Musique en tablature de Luth, et à partir la Tablature, et la reduire en notes de Musique, ne se doiuent pas plaindre, puis que la Tablature Vniuerselle de la douziesme Proposition du second liure, et la reduction de l'air à quatre parties mis en tablature, leur donne assez de clarté pour noter toutes les sortes de tablature dont on peut s'auiser: joint que l'instruction de la neuf et dixiesme Proposition accomplit tout ce qu'on peut desirer en ce sujet, et donne assez de lumiere pour transporter les beautez et les richesses du Luth sur les autres instrumens.
Quelques-vns iugeront peut-estre qu'il n'estoit pas necessaire d'adiouster la figure de chaque instrument, d'autant qu'il y a peu de personnes qui n'ayt veu des Luths, des Violes, des Epinettes, et cetera mais il y en a plus qui n'en sçauent pas la distinction, ny mesme la forme exterieure, que l'on ne s'imagine, et ceux qui les ont souuent veus et maniez n'auront pas desagreable ce qui leur est familier. Et certes il seroit à desirer que ceux qui parlent des outils de chaque art, par exemple de ceux des Menuisiers, des Serruriers, des Maçons, et cetera en representassent les figures, qui ne se peuuent quasi conceuoir par aucun discours: ce que l'on experimente dans les termes de l'Architecture, car ceux qui ne l'ont pas apprise, n'entendent pasce que c'est que frize, corniche, architraue, cimaise, mouleure, et cetera s'ils n'en voient la figure.
Et ce seroit en vain si ie voulois faire comprendre à vn homme toutes les sortes de caracteres dont on vse dans les Imprimeries, à sçauoir les lettres courantes pour le texte, que l'on appelle le gros Canon, le petit Canon, le Parangon, [-f.aiiijr-] le gros Romain, sainct Augustin, Cicero, petit Romain auec leurs Italiques; le petit Texte et la Nompareille, si ie n'en monstrois des figures, comme ie fais icy, afin que ceux qui voudront faire imprimer quelques traitez, puissent eux-mesmes choisir les caracteres dont ils voudront vser: et pour ce sujet ie mets autant de versets pris dans les Psalmes, comme il y a de sortes de caracteres dans les Imprimeries ordinaires de Paris.
[Mersenne, Instrumens à chordes, f.aiiijr; text: GROS CANON. Omnis spiritus laudet Dominum. ITALIQVE. Benedictus Dominus in aeternum, fiat fiat. PETIT CANON. Misericordias Domini in aeternum cantabo. Ascendit Deus in iubilo, et Dominus in voce tubae. GROS PARANGON. Quàm bonus Israël Deus his qui recto sunt corde. Ad te Domine clamabo, et ad Deum meum deprecabor. fiat, fiat. GROS ROMAIN. Psallite Deo nostro, psallite: psallite Regi nostro, psallite: psallite sapienter. Cor meum et caro mea exultauerunt in Deum viuum: qui bona tribuit mihi. SAINCT AVGVSTIN. Cantate Domino canticum nouum, cantate Domino omnis terra: psallite semper. Iubilate Deo omnis terra, cantate, et exultate, et psallite in cithara, et in voce tubae. CICERO. Misericordiam et iudicium cantabo tibi Domine. Psallam et intelligam in via immaculata. Cantabo Domino in vita mea, psallam Deo meo quandiu sum. Iucundum sit ei eloquium meum. PETIT ROMAIN. Confiteantur tibi populi Deus, confiteantur tibi populi omnes. Benedicat nos Deus Deus noster, benedicat nos Deus. Benedictus Dominus Deus Israel, qui facit mirabilia solus Et benedictum nomen maiestatis in saeculum, et in saeculum saeculi. PETIT TEXTE. In generationem et generationem annuntiabimus laudem tuam. Per singulos dies benedicam tibi, et laudabo nomen tuum in saeculum. NOMPAREILLE. Benedic anima mea Domino, et omnia quae intra me sunt nomini sancto eius. Benedic anima mea Domino: et noli obliuisci omnes retributiones eius.] [MERHU3_1 01GF]
A quoy l'on peut adiouster les differens caracteres des langues Orientales, dont i'ay vsé dans la dix-neufiesme Proposition du liure de la Composition, et ceux de la Musique, de sorte que ce volume contient quasi toutes les sortes de caracteres qui ont esté inuentez iusques à present, dont on a choisi le gros Romain pour son impression, et le petit Canon pour les Epistres liminaires. Or comme chacun comprend beaucoup mieux la grandeur et la proprieté de ces caracteres en les voyant, qu'en en lisant toutes sortes de discours, il est certain que la figure des instrumens de Musique soulagera grandement l'imagination des Lecteurs, et qu'ils en comprendront plus dans vn quart d'heure, qu'ils ne feroient dans vn iour sans l'ayde desdites figures, qui sont partie en bois et partie en cuiure, afin que la veuë se recrée dauantage [-f.aiiijv-] par la diuersité. I'ay aussi mis des exemples de Musique pour chaque instrument, afin qu'ils aydent à comprendre leur tablature, leur proprieté, leur estenduë, et leur nature: car bien que chaque instrument puisse seruir pour ioüer telle piece qu'on voudra, neantmoins l'experience enseigne que les vnes reüssissent mieux que les autres, quand elles sont ioüées sur de certains instrumens, et que ce qui est bon sur l'vn n'est pas si agreable, ou si propre sur l'autre. Ce qui a esté dit des differentes especes des Genres, et de la Musique des Grecs dans le liure du Luth, pouuoir estre mis dans le liure des Genres et des Modes, mais ie l'ay voulu inserer dans ce traité en faueur de ceux qui touchent le Luth, et qui ont assez bon esprit pour le comprendre et pour s'en seruir, s'il leur plaist, dans leur Pratique, ou du moins pour faire paroistre dans les honnestes compagnies, qu'ils sçauent aussi bien, ou mieux la Theorie et la Pratique, que les Anciens.
Il y a semblablement plusieurs remarques pour le mouuement, le tremblement, la force, la matiere, et les autres proprietez des chordes tant de boyau que de laton, et des autres metaux, dans le 1, 2, 3, et 4 liure, qui pouuoient estre mises dans le troisiesme liure du mouuement des chordes, mais i'ay voulu estendre la cognoissance que les ioüeurs d'instrumens peuuent tirer de leur Pratique, afin de les conuier à y ioindre la Theorie; ce qui leur donnera encore plus d'accez dans les honorables compagnies, et beaucoup plus de reputation. Mais ie desirerois sur toutes choses qu'ils s'accoustumassent à chanter les loüanges de Dieu, tant de leurs voix que de leurs instrumens, en recitant des Hymnes de loüanges à sa grandeur et à sa bonté, au lieu de toutes les chansons et de tous les Airs profanes dont ils vsent; ou du moins qu'ils employassent leurs plus beaux traits, et la meilleure partie de leur temps à ce sainct exercice, qui n'empescheroit nullement leur gain et leur plaisir, car ils apprendroient aussi aysément et aussi doctement à chanter à leurs escoliers, et à leurs escolieres, en leur faisant reciter des Psalmes et des Cantiques de loüange faits à l'honneur de celuy auquel ils doiuent perpetuellement tout ce qu'ils sont, et tout ce qu'ils peuuent, qu'en leur faisant chanter les amours de Syluie et d'Amaryllis. Ie supplie la bonté diuine qu'il leur inspire cette pensée si puissamment, qu'ils l'executent aussi tost que ie le desire; et pour lors ie croiray auoir employé le temps aussi vtilement à ces Traitez, comme si i'en eusse fait autant de la Theologie.
Fautes suruenuës en l'impression.
IL est certain que l'on ne trouuera pas icy toutes les fautes de l'impression, mais seulement celles que i'ay apperceu en fueilletant ces Traitez, c'est pourquoy ie supplie le Lecteur de corriger luy mesme les autres qu'il y pourra rencontrer.
Page 4 ligne 10 lisez merite.
ligne 15. à 82.
Page 6. ligne 8. quarrées.
ligne 20. donnera 25600.
ligne 24. grosse,
ligne 25. bout.
ligne 33. pour vn lisez 3.
Page 69. ligne 3. A H et H O pour A I et L O.
Page 82. il faut tirer la ligne entiere sur les caracteres de la Tablature.
Page 92. il faut abaisser le second a de la 3 ligne du
premier reglet qui sert à la tablature du Luth, sur la 4.
ligne.
Page 156. ligne 15 leur pour là.
Page 158. ligne 19. tringles pour triangles.
Page 216. ligne 21. par b pour [sqb].
Ie laisse la correction de plusieurs virgules ou
commas, qu'il faut mettre, ou oster (par exemple, il faut
oster le comma de la 21 ligne) parce qu'il n'y a personne qui
ne soit capable de la faire.
[-1-] PREMIERE PROPOSITION.
Determiner de combien il y a d'especes, ou de sortes de
sons, et d'Instruments de Musique.
IL est impossible d'expliquer la diuersité de tous les
sons, si quant et quant l'on ne parle de la diuersité des
Instruments, qui les produisent, c'est pourquoy ie ioints les
deux ensemble: et parce que toutes sortes de sons peuuent
estre faits par les animaux, ou par les corps inanimez, i'en
traite en general, et en particulier.
Or l'on peut diuiser tous les instruments en immobiles, et
mobiles, dont les premiers appartiennent aux corps, qui sont
tellement frappez des vents, ou des flots, qu'ils n'ont aucun
mouuement sensible, comme sont les rochers, et les montagnes:
car encore que plusieurs maintiennent qu'ils tremblent, et
que le son ne se peut faire sans le tremblement des corps,
par le moyen desquels il se fait, neantmoins on n'apperçoit
pas ce tremblement, et il semble que les tremblements, et les
battemens de l'air qui frappe les rochers, et les autres
corps semblables, suffisent pour engendrer les sons, que nous
entendons, et que l'on peut appeller sifflemens, parce qu'ils
semblent imiter les sifflements que l'on fait de la bouche,
lors que l'air coule sur la langue, qui prononce les syllabes
ce, ou ze, ou les lettres s, et z: d'où l'on peut conclure
que l'homme peut imiter toutes sortes de bruits, comme ie
monstreray dans le liure de la voix.
Tous les corps contre lesquels on pousse l'haleine, ou le
vent pour faire toutes les sortes de sons, que l'on peut
s'imaginer, comme le tranchant des cousteaux, les peignes, et
tous les autres corps, qui semblent demeurer immobiles, se
doiuent rapporter à ce premier genre d'instruments.
Mais les mobiles comprennent tous ceux qui vsent de
chordes, et les tuyaux, les cloches, et generalement tout ce
qui se meut sensiblement, soit par les seuls battemens de
l'air, ou par l'archet, par les doigs, et par les plumes, ou
en telle autre maniere que l'on voudra: de sorte que cette
matiere peut estre estenduë iusques à l'infini, quoy que mon
dessein n'aille pas si auant, car ie traite seulement icy des
instrumens qui seruent à la Musique, et qui sont tellement
dans la disposition de l'homme, qu'il en peut vser quand il
luy plaist: ce qui n'arriue pas aux bruits des vents, et des
tonnerres, qui ne dependent pas de nostre volonté, qui n'a
que les seules choses qui peuuent comber [-2-] souz l'art
dans sa disposition; quoy que l'entendement qui est plus
vniuersel qu'elle, puisse contempler les bruits de la nature,
et examiner si les differents tonnerres, et les grondemens,
et mugissemens de la mer font des consonances, et des
dissonances, dont ie parle plus amplement en d'autres lieux.
Or l'on peut diuiser tous les instruments de Musique en 3.
genres, à sçauoir en instruments à chordes, en ceux qui vsent
de vents, et en ceux qui supposent la percussion, ou le
battement; le premier genre comprend le Monochorde, la
Trompette marine, le Colachon, le Rebec, les Violons, les
Violes, la Lyre, la Mandore, le Luth la Harpe, le Cistre, la
Pandore, le Psalterion, l'Epinette, le Manichordion, la
Vielle, et tous les autres, qui sont montez de chordes, dont
nous traicterons dans ce liure.
Le 2. genre contient l'instrument de Pan, les flustes à
vn, ou à 2. trous, les Trompes, et les Cors, la Trompette, la
Sacquebutte, le Serpent, les Cornets à Bouquin, la fluste à
3. trous, le Flageollet, la Fluste trauersine, le Fiffre, la
Fluste d'Allemand, la Cornemuse, la Musette, les Haultsbois,
les Fagots, les Bombardes, les Bassons, les Courtaux, les
Ceruelats, les Tornebouts, et les Orgues, dont ie traicte
dans les liures suiuans.
Et le 3. genre comprend la Rebube, ou la Trompe d'acier,
les Castagnettes, les Cymbales, les Osselets, les Claquebois,
et les Tambours, car ces 3. genres contiennent tous les corps
qui font des sons en frappant l'air, ou estant frappez de
l'air. Où il faut remarquer qu'il n'importe nullement que
l'air batte, ou qu'il soit battu, pout faire le mesme son, et
que l'on oyroit la mesme harmonie, si l'air battoit les
chordes de la mesme maniere qu'il est battu d'elles, comme
nous verrions tous les mesmes mouuemens et les phenomenes
dans les cieux, que nous apperceuons maintenant, encore que
la terre tournast, et que le soleil, et les estoiles fussent
immobiles: quoy que l'on puisse s'imaginer que la terre, et
les estoiles se meuuent ensemble de mouuemens differens,
comme les chordes, et l'air, et qu'il n'y a que Dieu seul qui
soit immobile: mais cette consideration desire vn autre lieu.
Or ie traicte premierement des instrumens à chordes,
d'autant qu'ils sont plus simples, et plus aisez à
comprendre, car leurs chordes representent les lignes, et
seruent pour expliquer, et pour demonstrer tout ce qui
appartient à la Musique. Mais il faut remarquer qu'ils se
peuuent encore subdiuiser en instruments à manches, comme
sont les Violes, et en ceux qui n'ont point de manches comme
les Clauecins: et que ceux qui ont des manches, se diuisent
en manches à touches, comme le Luth, en manches sans touches,
comme le Violon. Semblablement ceux qui n'ont point de
manches, vsent de clauiers à manche, comme l'Epinette, ou
n'ont point de manches, comme la Harpe: Finalement ils se
diuisent en instruments à chordes de boyau, et en ceux qui
vsent de chordes de metal. Ie laisse plusieurs autres
diuisions, que l'on peut s'imaginer, par ce que celles cy
suffisent pour les Musiciens, et que l'on establira encore
plusieurs autres diuisions, apres que l'on aura leu les
liures de tous les Instruments, qui donneront de nouuelles
lumieres.
[-3-] II. PROPOSITION.
Expliquer la matiere, et la maniere dont on fait les
chordes des instruments.
L'On peut faire les chordes des instruments de Musique de
tous les metaux, qui se tirent par la filiere, à sçauoir
d'or, d'argent, de cuiure, de leton, et d'acier; et des
boyaux, ou intestins des animaux, qui ont plusieurs fibres,
qui les rendent assez forts pour endurer la tension
necessaire à l'harmonie. Mais l'on vse ordinairement des
boyaux de mouton, soit que l on les ait reconnus plus propres
à cela que les autres, ou que l'on en trouue plus aisement, à
raison de la grande multitude de moutons, que l'on tuë tous
les iours. Or ces boyaux ont souuent 72. pieds, et
quelquesfois cent pieds de long, comme i'ay experimenté dans
vne chorde de cent pieds faite du boyau d'vn mouton de
Picardie: ce que ie remarque, par ce que les fileurs de
chordes de raquettes n'en auoient iamais fait de si longue
d'vn seul intestin. Car quand ils en veulent faire de cette
longueur, ou de telle autre, que l'on veut, ils ioignent
plusieurs boyaux ensemble, qu'ils tordent si bien qu'ils ne
paroissent que comme vn seul.
Mais ils les font tremper vn iour auant que de les tordre
sur leurs cheuilles, afin de les nettoyer, et d'en oster la
graisse, et tout ce qui est de superflu, et de laisser la
seule membrane tissue de 3. sortes de fibres, à sçauoir des
droites, des trauersantes, et des obliques, dont elle prend
sa force; et puis il faut les tendre toutes moites, et
moüillées sur lesdites cheuilles que l'on eloigne de la
longueur, dont on veut faire les chordes, ce qu'ils font en
la mesme maniere que les Tisserans qui deuident, et
entortillent le fil sur leurs cloux, ou leurs cheuilles en
allant et en reuenant d'vne cheuille à l'autre iusques à ce
qu'ils ayent fait passer autant de boyaux par dessus, comme
il en faut pour la grosseur de leurs chordes. Par exemple les
plus deliées des raquettes sont composées de sept boyaux, et
les plus grosses de 12. que l'on appelle les montans, et les
trauersans chez ceux qui montent les raquettes: d'où il est
aisé de conclure que les sixiesmes des Basses de Viole, et
les dixiesmes des grands Tuorbes sont faites de 48. ou de 50.
et 60. boyaux, car elles sont du moins 4 ou 5. fois aussi
grosses que la plus grosse des raquettes.
Si tost qu'elles ont esté tenduës, ont les tord à
plusieurs fois, et apres qu'elles ont esté assez tordues, on
les essuye, on les frotte, et on les polist, tant auec des
linges, ou des chordes de chanure que l'on presse dessus tout
au log, qu'auec vne herbe qui est vne espece de queuë de
cheual, qu'ils appellent Presle, et finalement ils les font
seicher, afin qu'elles soient propres pour les instruments de
Musique, ou pour les autres choses ausquelles on les veut
appliquer.
Or il n'y a nul doute, que les circonstances du temps, des
lieux, et des differentes eaux rendent les chordes de boyau
pires, ou meilleures, de là vient que les meilleures chordes
viennent de Rome, ou des autres lieux d'Italie, soit que les
moutons de ce païs ayent leurs boyaux plus vniformes, et
mieux disposez que ceux de France, à raison des differentes
herbes, dont ils se nourrissent, [-4-] ou que les eaux, dans
lesquelles ils trempent, y apportent quelque particuliere
disposition, ou que ceux qui les fillent y adioustent quelque
façon pour les rendre meilleurs, que nos ouuriers ne sçauent
pas. Ie laisse la maniere dont il faut les huiller pour les
conseruer, et plusieurs autres circonstances que l'on peut
sçauoir des Cordiers, et de ceux qui vendent ces chordes.
Quant à celles de leton et des autres metaux, on a des
filieres d'acier d'vn pied en quarré, ou enuiron, ou de telle
longueur, et largeur que l'on veut, lesquelles sont percées
d'vne grande multitude de trous de differentes grandeurs,
afin de tirer des chordes de toutes grosseurs.
Mais l'industrie dont vsent les tireurs
meritent d'estre
considerée, car ils tirent des chordes, qui sont aussi
delices que les cheueux, de toutes sortes de metaux, comme ie
diray dans les corollaires.
Or quelque industrie, ou diligence que l'on puisse
apporter à tirer, ou à filler les chordes, elles ont
tousiours quelque inegalité, encore qu'elle ne soit pas
sensible, tant à raison des differentes secousses, et des
diuers mouuemens que l'on leur donne en les tirant, que des
differentes parties dont elles sont composées, qui ont des
qualitez differentes selon les lieux differents qu'elles ont
eu dans leurs mines, et les differentes parties de la terre,
et de l'eau dont elles ont pris leur origine. A quoy l'on
peut adjouster les differents degrez de chaleur, et de
rarefaction, ou de condensation que chaque partie a acquise
dans la fusion, et dans le refroidissement, qui font de
grandes differences dans les pores des metaux: et puis la
differente diminution des differentes partis tiree en temps
differens par les trous de la filiere, car encore que la
chorde de 20. ou 30. pieds ne soit pas sensiblement plus
grosses
par vn lieu que par vn autre, neantmoins la raison
veut que le bout, qui passe le dernier soit plus gros que
celuy qul passe le premier, car puis que le trou s'augmente,
apres que l'on a passé plusieurs brasses de chordes, il n'y a
pas plus de raison de dire qu'il se soit augmenté par vne
partie de la chorde que par l'autre et consequemment il faut
aduoüer qu'il s'est fait vne augmentation sensible d'vne
infinité, ou de plusieurs insensibles, comme l'on dit que de
plusieurs atomes insensibles de Democrite il se fait vn corps
sensible.
L'on pourroit icy traicter de plusieurs autres difficultez
qui appartiennent aux chordes, mais i'en ay parlé ailleurs.
I'adjouste seulement que les chordes de boyau sont encore
plus sujettes à la difformité, et à l'inegalité que celles de
metal, d'autant que les boyaux, dont elles sont faictes, ont
leurs membranes, et leurs fibres, plus ou moins espoisses, et
fortes, ou foibles dans vn lieu que dans l'autre, ce que l'on
peut aysement prouuer par la difference que les Anatomistes
mettent entre les intestins, ausquels ils donnent des noms
differents tant à raison de leurs differentes longueurs, et
grosseurs, que pour d'autres raisons qu'ils apportent. Et
puis les Cordiers tordent quelquefois dauantage les chordes
dans vn lieu que dans vn autre, ou n'apportent pas vne egale
diligence à toutes les parties, soit pour les frotter, pour
les ratisser, pour les polir, et pour les conseruer, soit
pour les autres circonstances, ausquelles on peut rapporter
la fausseté des chordes, qui vient le plus souuent de leur
inegalité, ou de quelqu'autre semblable qualité.
[-5-] COROLLAIRE I.
PVIS que l'on vse de chordes d'or, d'argent, de leton, et
d'acier sur l'Epinette, et sur les autres instruments, il
faut remarquer les façons dont on vse pour les filer: or
apres que l'on a forgé des barres, ou des lingots desdits
metaux, qui ont 3 pieds, ou enuiron de long, et vn poulce en
diametre on les tire par plusieurs trous de la filiere
iusques à 28. ou 30 fois: ce qui se fait auec la force de 4
hommes, qui vsent pour cét effet d'vne machine à 4. branches,
ou d'vn tour, qui est parallele à l'orizon; et pour ce sujet,
ils attachent vn chable à l'arbre du tour, et à l'autre bout
du chable ils attachent des tenailles, qui empoignent le bout
du lingot, et qui le tirent par les trous de la filiere
iusques à ce qu'ils ayent reduit ledit lingot à la grosseur
d'vn fer d éguillette.
Et puis ils enuoyent la botte à d'autres tireurs d'or, qui
la font encore passer par 30. trous differens, afin de filer
l'argent ou les autres metaux, iusques à ce que leurs fils
soient aussi déliez que des cheueux. I'ay experimenté que le
fil d'vne demie once d'argent, que l'on appelle au petit
mestier, et qui a passé par 60. ou 64. trous differens, a
574.
pieds de long, c'est à dire 97 toises, mais puis que
c'est chose asseurée que l'on le peut encore allonger de 3.
toises, ou de 18. pieds, ie di que le fil d'argent du poids
d'vne demie once estant délié, comme vn cheueu a du moins
cent toises, ou 600. pieds de long.
COROLLAIRE II.
SI l'on veut sçauoir de combien l'or, et les autres metaux
de mesme volume que l'argent sont plus, ou moins longs, quand
on les tire par les mesmes trous, il faut seulement
connoistre la proportion de leurs pesanteurs: par exemple,
puis que l'or est quasi 2 fois aussi pesant que l'argent,
demie-once d'or ne se peut tirer que de 50. toises: et par ce
que le fer est quasi plus leger d'vn quart que l'argent, la
demie-once de fer tirée par le mesme trou aura 125 toises, ou
750. pieds de long. Il est aysé de trouuer la longueur du fil
des autres metaux, puis qu'elle a mesme raison à celle du fil
d'argent que leurs pesanteurs à celle dudit argent, dont le
fil, qui m'a serui d'experience, porte vne demie liure de
poids de marc auant que de rompre.
Et ayant vn pied et demy de long elle fait cent retours
dans l'espace d'vne seconde minute, lors qu'elle est tenduë
auec ladite demie liure sur vn monachorde dont les cheualets
sont éloignés d'vn pied et demy, et cette chorde pese les 3/4
d'vn grain on enuiron.
COROLLAIRE III.
PVis que i'ay expliqué la maniere de filer les metaux, ie
veux encore adiouster la maniere de les battre, et de les
reduire en petites feuilles, qui sont si minces, et si
delicates qu'elles nagent sur l'eau sans pouuoir enfoncer,
quoy que quelques vns maintiennent qu'elles vont à fond apres
auoir esté 5. ou 6. mois sur l'eau. I'ay aussi experimenté
qu'elles reuiennent sur l'eau, ou vers sa surface, quand on
les a enfoncées.
Or on les estend en tresgrand volume en les battant
premierement entre [-6-] des parchemins ordinaires, et puis
entre deux velins tres-delicats, qui sont faits d'intestins
de boeuf, et qui sont doubles, encore qu'ils soient ioints
ensemble si parfaictement que l'on ne puisse l'apperceuoir;
et qu'ils soient si minces, et si deliez que l'on les iuge
indiuisibles.
Apres que l'on les a battus pour la derniere fois, l'on
experimente que l'once d'or fait 1600. fueilles propres à
dorer tout ce que l'on veut, dont chacune a plus de 3.
poulces en quarré, car elle a 37. lignes, et consequemment
elle fait quasi 3. toises en
quarré.
Si l'argent, et le leton se peuuent battre aussi deliez
que l'or, ils occuperont dautant plus d'espace qu'ils sont
plus legers, parce qu'estant de mesme pesanteur que l'or ils
sont beaucoup plus grands, comme i'ay desja dit dans le 2.
Corollaire, et ailleurs.
COROLLAIRE IV.
PVis que le fil d'vne demie-once d'argent peut estre tiré
de 100. toises, le fil d'vne liure d'argent peut auoir 3200.
toises, c'est à dire vne grande lieuë; et consequemment vn
lingot de 8. liures, comme est celuy que l'on tire, peut
auoir la longueur de huict lieuës, d'où il est aisé de
conclure combien il faudroit d'argent pour faire le circuit
de la terre, ou du ciel.
Ce que l'on peut semblablement appliquer aux fueilles
d'or, car puis que l'once donne 1600. fueilles, la liure en
donnera 2560000.
or les 1600. fueilles reduites en pieds
quarrez, font vne surface quarrée de 105. pieds, 91. poulce,
et 16. lignes, dont le costé est de 10. pieds 3 poulces, et
4. lignes. Et la liure d'or fait vn quarré, dont le costé est
de 41. pied, . poulce, et 4. lignes.
COROLLAIRE V.
IL est aysé de sçauoir le diametre, et la grosseur de
toutes sortes de chordes de metal, si l'on entend ce que i'ay
dit dans les autres corollaires; car puis qu'elles suiuent la
loy des Cylindres, c'est chose asseurée que leurs bases et
leurs hauteurs sont reciproques, et consequemment que la
chorde de cent toises a sa base cent fois moindre que celle
qui n'a qu'vne toise, lors qu'elle est d'vne esgale
pesanteur. Or les bases sont en raison doublée de leurs
diametres, de sorte qu'il faut seulement sousdoubler la
raison des bases pour trouuer celle de leurs diametres, ce
qui se fait en tirant la racine quarrée desdites bases: et
consequemment si la base du Cylindre de 120000 pieds de
hauteur est vn
celle du Cylindre de 3. pieds de hauteur est
120000. leurs raisons sont comme de 40000 à vn, lesquelles
sousdoublées donnent la raison de 200. à 1. par où l on voit
que le diametre de la chorde d'argent d'vne demy once, qui a
100. toises, est 1/200 d'vn pouce, c'est à dire la 16. partie
et 2/3 d'vne ligne, si le Cylindre d'argent de 3. pieds de
haut qui a 120000. pour sa base pese 7. liures 12. onces et
1/2 Mais il est aysé de supputer iustement la grandeur du
Cylindre d'argent, soit qu'il pese autant que nous venons de
dire, ou qu'il pese seulement demie-once, ou 8 liures, ou
qu'il soit de tel autre poids que l'on voudra, soit par le
moyen de l'eau, ou en d'autres manieres que i'explique en
d'autres lieux.
[-7-] III. PROPOSITION.
Determiner si l'on a fait les Instrumens de Musique à
l'imitation des voix, ou si l'on a reglé les interualles des
voix par ceux des Instrumens; et consequemment si l'Art peut
perfectionner la Nature, ou si la Nature perfectionne l'Art:
et s'il faut iuger des choses artificielles par les
naturelles.
CEste proposition seruira pour sçauoir le iugement que
l'on peut faire du different que Vincent Galilée eut auec
Zarlin, l'année 1588. sur le suiet du 6. Chapitre du premier
liure du Supplement que cettuy cy fait pour respondre aux
Dialogues que celuy-là auoi escrit de l'ancienne, et de la
nouuelle Musique, dans lesquels il auoit repris les
Institutions de Zarlin en plusieurs endroits. Or le principal
suiet de cette dispute consiste à sçauoir si les voix vsent
du Synton de Ptolomée en chantant, et s'il faut adiouster, et
corriger la voix par les Instruments, ou au contraire. Quant
aux raisons de Galilée il les fonde sur la diuision de
<>. sortes d'Arts, dont les vns n'ont nul esgard à leurs
suiets, qu'entant qu'ils en vsent pour faire les ouurages
qu'ils se proposent, comme il arriue aux Cordonniers et aux
Menuisiers, dont ceux-là couppent le cuir, et ceux-cy le bois
de toutes sortes de biais, et consequemment destruisent leur
suiet, et la matiere de leur Art.
Mais les autres Arts perfectionnent leurs suiets, comme
l'on experimente dans l'Agriculture, dans la Pastorale, et
dans la Medecine, tant des hommes, que de celle des animaux,
que les Latins appellent Veterinaria, car l Agriculture
perfectionne les plantes, la Pastorale les Animaux, et la
Medecine le corps humain: d'où il conclud que Zarlin a mal
intitulé son chapitre, puis que les fruicts et les arbres
deuiennent domestiques, de sauuages qu ils estoient, par
l'Art de l'Agriculture qui les ente, et les cultiue en
differentes manieres, et que la Medecine corrige plusieurs de
fauts du corps que les enfans ont contracté dans le ventre de
la mere. Et si l'on met les differentes manieres de farder
entre les Arts, l on peut dire que l'Art rencontrant la
perfection d'vn beau visage, peut encore enrichir, et
rehausser cette beauté, et en augmenter la grace, si les
femmes qui sont naturellement belles, ont raison de se
farder.
Il reprend encore l'autre partie du mesme titre, dans
laquelle Zarlin dit que l'on ne peut conclure des choses de
la nature par celles de l'Art, d'autant que le Medecin se
forme vne idée d'vne santé, qu'il establit si parfaite, qu'il
n'en fut iamais vne semblable dans la Nature; dont il tire
apres des raisonnemens, et des conclusions pour la santé
naturelle qui se rencontre en effet dans les corps humains,
car la santé de cettuy-là est iugée d'autant plus parfaite
qu'elle approche de plus pres de l'idée vniuerselle du
Medecin; [-8-] d'où il sensuit que l'on peut conclur, et
iuger des choses de la Nature par celles de l'Art.
Zarlin adiouste que les Instrumens de Musique ont esté
faits à l imitation des naturels, par lesquels ils doiuent
estre corrigez. Mais Galilée nie cette proposition, parce que
chaque Instrument est fait pour la fin que se propose
l'Artisan en l'inuentant, et en le faisant. Par exemple, la
Sie est faite pour sier, et la Fluste pour sonner, et non
pour imiter la nature: car encore qu'elle puisse faire
plusieurs choses qui ne sont pas dans la puissance de l'Art,
il peut semblablement plusieurs choses qui ne sont pas dans
la puissance de la nature: laquelle cuit tes humeurs, et
forme les os dans le corps humain, dont elle ne peut remettre
les os disloquez, comme fait la Chirurgie, quoy qu'elle ait
appris ces defauts de la nature, qui luy enseigne à les
remettre, par ce qu'elle en monstre la situation naturelle,
et tous leurs vsages apres qu'ils sont remis: de sorte que la
Nature monstre la fin de la correction de l'Art, mais elle
n'enseigne pas la maniere de corriger, car elle n'apprend pas
qu'il faut tirer les membres pour remettre les os, ny toutes
les autres operations de la Chirurgie.
Zarlin obiecte encore, qu'vn peintre ne peut reformer, et
corriger vn corps humain defectueux, ny le reduire dans vne
parfaicte symmetrie, et proportion par le modelle qu'il voit
dans la peinture d'vn corps naturel, mais il deuoit
considerer que le Medecin peut corriger ledit corps par celuy
qu'il a cogneu parfait dans son esprit, pourueu que le vice
n'en soit pas incorrigible et incurable: et que le Peintre
n'imite seulement pas toutes les choses de la nature, et de
l'Art, mais aussi tout ce qui se peut imaginer par le moyen
des lignes, et des couleurs qui surpassent souuent celles de
la Nature. de là vient qu'il peut faire vn si beau corps, que
l'oeil n'en aura iamais veu vn semblable dans la Nature, tant
pour le regard des traits, et des proportions, que pour celuy
des ombres et des couleurs: ce qu'il fera semblablement des
plantes, et des animaux quand il voudra.
D'où Galilée conclud que les voix apprennent les vrayes
interualles de la Musique des Instrumens, et non au
contraire. En effect si l'on accorde les Instrumens selon la
perfection de la Theorie, il n'y a nul doute qu'ils n'ont pas
besoin de la voix, laquelle peut estre corrigée, et adiustée
par leur moyen, car l'on ne peut demonstrer si les voix
chantent iustement qu'en faisant voir qu'elles sont conformes
au parfait Instrument: ce que Zarlin eust auoüé s'il l'eust
consideré attentiuement.
Or il n'y a nul doute que les degrez, et les interualles
des voix tiennent de l'Art, quoy que les paroles en tiennent
dauantage, car s'ils ne dependoient de l'Art, ceux qui
enseignent à chanter aux enfans, n'auroient point de
difficulté à les faire entonner, et chanter iuste; et tous
les hommes feroient les iustes interualles sans les auoir
appris: ce qui est contre l'experience, qui monstre que les
apprentifs ont de la peine à faire les demi-tons, et les
autres interualles tant consonans que dissonans, iusques à ce
qu'ils les ayent accoustumez par l'Art. Et l'on croit souuent
que plusieuts chantent iustement, quoy qu'ils soient plus
esloignez de la iustesse que l'orgue, qui vse de temperament:
ce qui ne peut mieux se demonstrer que par le systeme
parfait, dont il semble que ces 2. personnages n'ont pas eu
assez de connoissance; autrement Galilée n'eut pas nié que
l'on puisse trouuer 3. ou 4. Quartes, [-9-] ou Quintes de
suite auec vne Tierce maieure, ou mineure dans aucun genre
que dans l'incité d'Aristoxene, dont ie parleray dans le
discours du luth: et Zarlin n'eust pas pris tant de peine à
expliquer le Synton de Ptolomée, dans lequel il manque
plusieurs degrez, s'il eust eu la connoissance des clauiers
que ie propose dans le traicté de l'epinette, et des orgues:
Certes il me semble que l'Art peut estre dit superieur à la
Nature ou surpasser la Nature, lors qu'il donne quelque degré
de perfection à vn sujet, auquel elle ne le peut donner, ce
qui n'empesche pas qu'elle ne surmonte l'Art en plusieurs
autres choses.
Quant à la voix qui a seruy de sujet à leur dispute,
Zarlin croit que les paysans font naturellement les vrays
interualles de la Musique en chantant, et Galilée maintient
qu'il y a autant de difference entre les vrays interualles,
et ceux de la voix des ignorans, qu'entre les animaux que la
Nature forme dans les marbres, dans les noeuds des Fresnes,
et des Oliuiers, et dans plusieurs autres choses, et entre
ceux que designe la sçauante main d'vn excellent peintre.
PROPOSITION IIII.
A sçauoir quel est le plus agreable son de tous les
Instrumens de Musique, et de quel Instrument il se faut
seruir pour regler les Interualles, et les differences
Harmoniques des tons.
CEste question est difficile à resoudre, car pour iuger
sainement des choses, il faut appeller ceux qui ont plus
d'expetience que les autres, autrement les arts seroient
miserables, aussi bien que ceux qui en font profession s'ils
dependoient du iugement du premier venu. Ceux qui font
profession de la Musique ne s'accordent pas bien en ceste
difficulté, et se rencontrent dans vne grande diuersité
d'opinons qui viennent des differentes affections que les
Musiciens portent aux instruments, ausquels ils se sont plus
addonnez, et dont ils sçauent mieux jouer; la mesme
difficulté vient aussi de ce que nous n'auons pas encore ouy
tous les instruments qui se peuuent faire, ou qui sont desja
en vsage dans les Prouinces estrangeres; et à peine se treuue
il personne qui ait ouy tous ceux que nous connoissons, en vn
mesme temps, et de suite pour en pouuoir donner iugement, car
de iuger d'vn instrument absent, qui a esté ouy il y a 3.
mois, auec vn qui est present, et qui a son effect present,
il n'y a point, ce semble, d'apparence, car les choses
presentes ayant accoustumé de toucher d'auantage, l'absent
pourroit perdre sa cause par faute de l'imagination qui ne
representeroit pas aussi bien ce qui seroit de la douceur du
son absent; ou peut estre, comme les premieres impressions
sont les plus fortes, et les plus violentes, l'absent
pourroit gaigner sa cause au rapport de l'imagination, qui
augmenteroit la chose par de là la verité; et ce qui
empescheroit mesme le iugement quand on les auroit tous
presents, [-10-] est qu'ils ont tous quelque grace, ou beauté
particuliere quand ils sont bien touchez.
La difference des temperaments qui se treuue aux hommes,
faict semblablement que le son des vns semble plus agreable
que celuy des autres, de sorte que ces raisons, et plusieurs
autres que l'on peut rapporter, peuuent empescher la
sincerité du iugement; Car la premiere faict que les
Organistes iugeront que les sons ou les voix de l'Orgue
surpassent le son des autres Instruments: et que les iouëurs
de Luth, de Viole, de Harpe, et cetera diront que le son de
ces Instrumens touche mieux les affections, et est plus
agreable. La seconde raison nous conduit à la surceance du
iugement, dont les Pyrrhoniens se seruoient pour tenir leur
esprit en indifference: d'autant que l'on ne peut iuger quel
est le plus agreable des sons de tous les Instrumens, si on
ne les a entendus, et comparez les vns aux autres, ce qui
n'est iamais arriué, et ce qui ne se peut faire, car nous
laissons tousiours plus d'inuentions à la posterité que nous
n'en auons trouué.
La troisiesme raison nous contraint souuent d'auoüer que
le son de toutes sortes d'Instruments est agreable, quand ils
sont bons, et qu'ils sont bien touchez, et qu'il est, ce
semble, impossible de iuger quel est le plus agreable, car si
le Luth a quelque grace particuliere qui manque à l'Orgue, ou
à la viole, ces deux Instrumens, et leurs semblables ont
vn autre priuilege, à sçauoir que leurs sons tiennent
ferme, et demeurent tant qu'on veut, encore que la longueur,
ou la brieueté des sons ne doiue pas estre comparée auec leur
douceur, d'autant qu'elle est d'vn autre genre.
La quatriesme raison est cause que les soldats, et ceux
qui ont le temperament, et le sang boüillant et guerrier,
trouuent le son de la trompette plus agreable que celuy du
Luth, ou des autres Instrumens: et que les chasseurs font
plus d'estat du son que faict le Cor, que des autres, par ce
qu'ils ont coustume de l'ouïr, car ce qui nous est familier
nous plaist souuent dauantage: si ce n'est lors que la
curiosité et le desir de sçauoir nous porte à voir et ouïr
choses nouuelles, et nous fait quelquefois moins estimer ce
qui nous est commun.
Or toutes ces difficultez se rencontrent quasi toutes
semblables en toutes les choses du monde, dont on voudroit
iuger, et neantmoins la raison de l'homme qui veut resoudre
toute sorte de difficultez, ne laisse pas de se deuelopper de
ces Labirinthes, et de trouuer, quoy qu'à tastons, quelques
iugemens generaux, et vniuersels, qui sont tenus veritables,
tant des hommes experimentés et sçauants que des ignorants,
mais ceux-là sçauent quelles exceptions il faut mettre aux
regles generales, et non ceux-cy, qui pensent que tout doit
estre enfermé dans lesdites regles.
Certainement les hommes ont quasi iugé, et sont comme
demeurez d'accord que le son du Luth est le plus charmant, et
les ignorans en sont demeurez-là: mais ceux qui sçauent iuger
de cela auec plus de retenue et de raison, y ont apporté vne
grande distinction.
Or nous pouuons icy considerer deux sortes de sons, à
sçauoir ceux [-11-] qui sont faits par les Instrumens à
chorde, comme par les Luths, les Mandores, les Guiterres, les
Violes, et l'Epinette, et ceux qui se font par les Instrumens
à vent, comme par la Trompette, les Flustes, et les Orgues,
si nous comparons ceux-cy ensemble, on dira que les Flustes
d'Allemand ont le son plus agreable que les autres Flustes,
et Tuyaux d'Orgue, et qu'elles ne cedent qu'à la voix
Humaine; mais si nous parlons des autres, il semble que le
son du Violon est le plus rauissant, car ceux qui en ioüent
parfaictement, comme les sieurs Bocan, et Lezarin, et
plusieurs autres, l'addoucissent tant qu'ils veulent, et le
rendent inimitable par de certains tremblemens qui rauissent
l'esprit.
Ceux qui ioüent parfaictement bien du luth, contrediront
peut estre ce que i'ay dit du Violon, parce qu'ils treuuent
des delicatesses, dont le Violon n'est pas capable: à quoy
ils peuuent adiouster qu'ils touchent 4. et 5. parties tout
ensemble, mais nous ne parlons pas icy de la multitude des
parties, ou de l'excellence des Instrumens, ny du meslange
des sons, et de la diuersité des consonances, ou des ieux
differents, qui se treuuent et se iouënt sur les Instrumens;
car la douceur et l'excellence du son consideré tout seul est
le suject vnique de ce discours: encore qu'il soit comme
impossible de bien iuger de ce son sans parler de la bonté
des Instruments, l'vn estant tellement ioint à l'autre qu'ils
n'en peuuent estre separez: C'est pourquoy nous serons
contraints de toucher icy quelque chose de ce qu'il faudra
dire au chapitre de la bonté des Instruments. Or generalement
parlant tous les sons des Instruments sont produits ou par le
vent, ou par le mouuement d'vne chorde, ou par la percussion.
Quant à ceux qui se font par le vent, on peut dire en
general que tous les sons qui se font du seul air couppé,
sont plus doux que le son des autres Instruments à vent, et
qu'aucun autre qui puisse estre produit par la chorde, mais
il ne sont pas si agreables que ceux qui sont faits par le
battement d'vne Anche; car bien qu'ils semblent rudes, ils
ont vne gayeté naturelle qui les fait preferer à cette
douceur morne, et sombre de la Fluste; encore que les sons
mornes fassent vn concert de plusieurs parties plus agreable
que celuy qui est faict des sons plus gays.
Cecy presupposé, il faut parler des sens, que font les
chordes, lesquels sont deux, à sçauoir le son qui se fait au
mesme instant qu'on frappe la chorde, et celuy qui reste
apres la percussion, lequel est produit par le seul mouuement
de la chorde. Le premier approche de la gayeté du son de
l'anche, car il a quelque chose de rude à proportion de ce
que la chorde est touchée.
Mais celuy qui reste, est semblable à celuy de la Fluste
d'Allemand, qu'il surmonte en douceur, Par consequent le plus
doux de tous les sons est celuy qui se faict par le mouuement
de la chorde apres qu'elle a esté touchée, ou frappée, comme
il se voit au Luth, à la Harpe, et à l'Epinette, et plus
qu'en toute autre au Violin, et à la Viole.
Or il y a seulement deux moyens ou deux causes qui peuuent
ayder à la douceur de ces deux especes de sons, l'vne
desquelles se prend de la chorde, et l'autre de la façon
qu'on la touche.
[-12-] La chorde de boyau rend vn son plus doux que celle
de cuiure, ou d'acier; et si les chordes de mesme matiere
sont differentes en longueur, celle qui sera plus longue, et
qu'on mettra à l'vnisson de la plus courte, rendra vn son
plus doux: et la plus grosse chorde rendra vn son plus plein,
et plus massif, que la plus deliée, qui le rend plus petit et
plus foible.
La façon de toucher la chorde apporte aussi vne grande
diuersité au son, car il est autre quand elle est touchée de
la main de l'homme, que quand elle est touchée d'vne plume,
d'vne touche d'iuoire, ou d'vn archet. Car le son est plus
doux, quand la main touche immediatement la chorde, comme on
voit au Luth, et à la Harpe, dont les sons sont beaucoup plus
doux que ceux de la Mandore, ou de l'Epinette, ou de quelque
autre instrument que ce soit, d'autant que le doigt de
l'homme tempere le son auec Art, et l'adoucit tant qu'on
veut.
Il faut aussi que la harpe cede au luth, parce qu'au luth
on touche vne mesme chorde des deux mains diuersement, et à
la harpe on ne la touche que d'vne: et que le luth fait de la
diuersité au son resonant par le moyen de 2. ou 3. sortes de
tremblements, dont les vns l'allongent, et le continuent, les
autres le changent: mais le son resonant de la harpe est
quelques fois nuisible aux autres sons.
Quant au son resonant de l'epinette il est le plus
excellent qui se puisse imaginer, mais le Musicien n'a aucune
puissance sur ce son, qui est tout vny et ne peut estre
varié, et enrichy d'inuentions comme celuy du luth, dont ie
rapporteray les pauuretez et les richesses dans vn autre
lieu, et diray pourquoy il est admis en quelques concerts, et
reietté des autres.
Or pour parler des sons plus generalement, nous pouuons
dire que les doux sont mornes, étoufez et emprisonnez, comme
ceux des flustes bouchées; et que les gays sont plus ouuerts,
comme ceux des Anches, et des flustes, que les facteurs
d'orgues appellent en resonance. Les sons sont quasi tous
indifferens, pourueu qu'ils ne soient pas si foibles que
l'ouye ne les puisse apperceuoir, ou si violents qu'elle en
soit offensée: ce qui les rend plus plaisans, est la varieté
dont on les embellit, ou de suite en suite, ou coniointement
auec d'autres sons.
Choisissez tel son que vous voudrez, et l'oyez
continuellement, il vous endormira, ou vous fera mal à la
teste. Le son d'vne fluste posée sur vn sommier, estant
continu, est merueillement importun, et déplaisant; et celuy
d'vn luth le seroit encore d'auantage, s'il se pouuoit
continuer aussi long temps que celuy de la fluste. C'est donc
la varieté qui rend le son agreable; et s'il n'est varié, il
merite plustost d'estre appellé bruit que son harmonique; et
parce que la varieté ne se peut faire qu'auec le temps, tous
les sons ont besoin de temps pour faite quelque varieté, et
quelque impression dans l'esprit qui nous les fait admirer et
souhaitter.
Le son qui se faict par la percussion de la chorde, ne
dure presque qu'vn instant, et n'a quasi point de
subsistence. Celuy qui se fait par le tremblement de la
chorde, lequel peut estre appellé second son, ou son de
resonance, ou resonnement, se va diminuant, et mourant, et
est bien peu en la disposition du Musicien: et qui pourroit
faire vn son de percussion qui fust vn son de resonance, et
qui participast en quelque sorte de la percussion, feroit le
son le plus doux, et le plus agreable de tous ceux qui se
peuuent rencontrer [-13-] dans la nature, car de s'imaginer
vn son de resonnance qui durast à la volonté du Musicien, ou
vn son de percussion qui fust doux comme celuy de la
resonance, cela n'est reserué qu'aux bien-heureux, encore que
le vent qui passe sur les chordes d'vn luth, et les fait
resonner, nous en fasse conceuoir quelque idée.
Ceux qui ont inuenté le son que fait l'archet bien conduit
sur la chorde, ont trouué le son de percussion le plus doux,
car il est moins dur que celuy du doigt, qui fait plus ployer
la chorde, et la laisse aller d'vne plus grande violence que
l'archet, qui auec la percussion n'étouffe pas le son du
resonnement qui se mesle auec l'autre, de sorte qu'vn trait
d'archet durant vne mesure entiere a depuis le premier
instant les deux sons entiers qui se meslent ensemble, dont
l'vn est gay et agreable, et l'autre doux et harmonieux.
Il faut donc conclure que le son du Violon, et de la Viole
est le plus doux et le plus agreable de tous les Instrumens,
puis qu'en mesme temps il a les deux sons, dont celuy du luth
est composé en deux temps differents: de là vient que les
luths paroissent si peu dans vn concert de Violes, car leur
percussion paroist seulement, qui est rude et importune, et
le son de resonance est étouffé à cause de sa foiblesse.
Le son des épinettes est aussi étouffé, bien que leurs
chordes ayent leur son de resonnement de plus longue durée à
cause de la proportion qu'elles gardent, et parce qu'elles
sonnent toutes à vuide, ce qui les lie mieux auec les sons de
resonnemens des violes, qui ont leur son de percussion
continu, aussi bien que celuy de resonnement. Or le son de
percussion que font les violes a encore quelque chose de
rude, qui participe vn peu de l'aigreur, et de la dureté, et
qui n'est pas encore assez épuré pour l'oreille delicate, si
ce n'est qu'il y ait quelque distance du lieu de la
percussion à l'oreille, qui rende le son plus doux, et le
dépoüille de ce qui est de plus dur, et de plus terrestre; et
si l'on pouuoit s'imaginer vne musique qui fust seulement de
la resonance des luths, ou des epinettes, et particulierement
de celle des luths, qui portent tant de gentillesse en la
main gauche, et que l'on en eust osté toute la percussion,
(ce qui seroit semblable aux violes resonantes sans archet,)
il ne se pourroit rien adiouster à cette musique, mais elle
est reseruée pour les bien-heureux au Ciel, où elle sera
déuestuë de toute l'imperfection qui s'y retreuue maintenant.
Quant à la comparaison qu'on fait du son des flustes, ou
de la trompette, auec ceux qui se font par les Instruments à
chorde, il est facile d'en iuger par ce qui a esté dit,
encore qu'ils soient dissemblables; et ceux qui mesurent la
douceur et l'excellence des sons par le plus grand rapport
qu'ils ont à la voix, et par cette raison iugent en faueur
des flustes et des flageollets qu'ils disent imiter la voix
humaine de plus prés que ne font les Instruments à chorde, se
trompent, et ne sçauent pas ce que c'est qu'imitation en ce
qui est des sons, et de l'Harmonie; Car encore que le son de
la voix soit fait par le vent comme celuy des flustes,
neantmoins il se rencontre plusieurs sons et bruits produits
par le vent, qui sont fort dissemblables à la voix; et bien
que le son des Anches semble imiter celuy de la voix,
neantmoins il faut auoir égard aux flustes en comprenant tous
leurs sons auec leurs tremblements, et leurs varietez
agreables, sans sortir du ton, où l'on est. Or il n'y a point
[-14-] de fluste qui puisse faire toutes les gentillesses qui
se font sur la Viole, et sur le Violon, qui surpassent
tellement la Nature, qu'il faut d'excellentes voix pour
former les feintes, et pour exprimer les passions qu'exprime
le Violon seul. Ie ne parle icy des fredons, parce qu'il n'y
a Instrument qui ne les fasse plus viste et mieux marquez que
la voix.
Que si le son des Flustes, entre lesquelles on peut mettre
la trompette, a plus de puissance sur l'esprit, c'est à cause
de la plus forte impression qu'il fait dans l'air, ou à cause
de sa qualité particuliere. Et en effect, outre la raison,
l'experience monstre que ceux qui ont l'oreille plus
delicate, et les esprits plus espurez, et plus subtils, se
plaisent dauantage aux sons des Instrumens à chorde; et que
ceux qui ont les esprits plus grossiers et plus espais,
prennent vn plus grand plaisir au son de la Trompette, et des
Flustes, encore que cecy ne soit peut estre pas si general
que le contraire ne puisse arriuer, à cause des raisons
particulieres. Mais les sons des Instrumens considerez tous
seuls sans auoir égard à ceux qui precedent; ou qui suiuent,
donnent si peu de plaisir, qu'il ne faut pas nous y arrester
plus long temps.
Quant aux sons qui font des chants et des accords, outre
ce que i'en ay dit, i'en parleray au iugement qui sera fait
de l'excellence des Instruments, ou ie diray, quel est, ou
doit estre celuy qui surpasse les autres, soit qu'on s'en
serue en concert, ou qu'on iouë d'vn tout seul: ou l'on peu
remarquer que le son de chaque Instrument pris en particulier
peut estre comparé à la simple couleur, comme au blanc et au
noir; et le concert de Musique à des tableaux, dont les vns
sont faits de tel artifice, qu'il les faut voir de loin, et
les autres de prez; car les tableaux, qui ont les couleurs
plus grossieres qui sont croquez, comme disent les Peintres,
qui ont beaucoup plus d'artifice, veulent estre veus de loin,
sont aymez, cheris, et estimez par les fils de l'Art: les
autres au contraire qui sont fort addoucis, et racheuez,
veulent estre veus de plus prez, et sont plus estimez par
ceux qui ont la veuë courte, et qui ne peuuent considerer en
quoy consiste l'artifice. De mesme la musique des Luths est
pour ceux qui ne veulent pas tant ouyr la Musique que la
voix, et celle des Violes est pour ceux qui s'en éloignant vn
peu ayment mieux l'ouyr que de la voir. Or cette similitude
nous fera remarquer en passant que le son graue qui approche
du silence, est semblable au noir, et le plus aigu au blanc;
car comme il y a vne infinité de sons moyens entre le graue
et l'aigu, il y a pareillement vne infinité de couleurs entre
le blanc et le noir.
Ie viens maintenant à l'autre partie de cette proposition,
à sçauoir quel est le son, ou l'Instrument le plus propre
pour regler les interualles et les differences des sons, et
pour seruir de canon ou regle harmonique. Si nous suiuons
l'auis de Ptolomée, qui maintient au 8. chapitre de son 1
liure que les Flustes, et les poids qui sont pendus au bout
des chordes, ne sont pas assez iustes pour establir la raison
des consonances, nous treuuerons que le seul Monochorde est
propre à cela. Or les raisons de Ptolomée sont, qu'il est
difficile de faire les Flustes assez iustes, et de moderer,
et gouuerner le vent comme il faut, lequel estant poussé plus
fort ou plus foiblement fait des sons differents, car le
mesme tuyau monte d'vn quart, ou d'vn demi-ton, quand on
pousse le vent vn peu plus fort, et si on l'augmente
dauantage, il monte d'vne octaue, ou d'vne douziéme, comme
i'ay dit ailleurs. Quant aux poids qu'on suspend aux chordes,
ils ne peuuent regler les sons à cause qu'on ne [-15-]
rencontre point de chordes qui soient parfaitement égales, et
que l'on ne peut sçauoir precisement quelle est leur
inegalité, par consequent on ne sçauroit treuuer la raison
des poids qui sont necessaires pour mettre les chordes à
toutes sortes de sons: et puis les mesmes chordes haussent
souuent ou baissent leurs sons, bien qu'elles soient tenduës
auec mesmes poids; et quand elles seroient parfaictement
égales, elles ne garderoient pas la raison des sons, à cause
des differens allongements qu'elles receuroient par la
difference des poids, comme ie prouueray ailleurs plus
amplement.
La mesme difficulté se rencontre aux sons qui se font en
frappant auec de differents marteaux sur l'enclume, ou sur
des vaisseaux pleins ou vuides, d'autant qu'il est
tres-difficile de garder mesme figure, et de rencontrer mesme
matiere en faisant lesdits Vases: ausquels on peut rapporter
les Cloches, les Tambours, et les Cymbales, tant anciennes
que nouuelles.
Il faut donc conclure auec Ptolomée que le Monochorde est
l'Instrument le plus propre et le plus exact pour regler les
sons et l'harmonie, dont il n'est pas inutile de sçauoir la
fabrique qui suit.
Premierement il faut preparer vne planche bien droicte et
vnie representée par la ligne A. D. sur laquelle il faut
poser deux cheualets, en forme de cercles, à sçauoir E. N. et
G. O. Secondement il faut tirer les perpendiculaires G. H. et
E. F. sur le plan A. D. qui diuisent les cheualets en deux
parties égales. Finalement il faut tendre la chorde A. E. G.
D. parallele au plan A. D. auec laquelle on treuuera toutes
les consonances iustes, et les autres interualles de la
Musique, car la partie K. L, c'est à dire I. G. fera
l'vnisson auec la partie I. E. on K. M. et la chorde entiere
E. G. fera l'octaue auec I. G
[Mersenne, Instrumens à chordes, 15; text: A, D, E, F, G,
H, I, K, L, M]
[MERHU3_1 01GF]
Que si l'on diuise la chorde E G, que ie transfere en L M,
en sorte que L K ait 3. parties telles que L M. en aura 4.
elle fera la Quarte: si L K a 2 parties de la chorde et L M.
trois, on aura la quinte: si l'on donne 8. parties à L M, et
3. à L K, l'on aura l'Onziesme: si L M a 3. parties et L K
vne, on aura la Douziesme; et si l'on diuise cette chorde en
telle façon que L M, ait 4. parties et L K vne seule partie,
on aura la Quinziesme, et n'y aura personne qui n'auoüe que
ces consonances sont tresjustes, et que la raison respond
parfaitement à l'experience.
Il n'est pas necessaire de marquer les autres consonances,
ny les dissonances, que l'on treuuera auec pareille iustesse
et facilité sur la mesme chorde, si on la diuise en mesmes
raisons, que celles desdits interualles, d'autant qu'il
faudra faire vn autre discours de la diuision du Monochorde,
qui seruira pour trouuer tous les interualles, et les sons
qui seruent aux trois genres de Musique. Or si la chorde du
Monochorde, ou celles des autres instruments pouuoient tenir
ferme sans varier leur son, on treuueroit plus facilement
toutes les consonances, car on toucheroit telles chordes que
l'on voudroit pendant que la principale tiendroit ferme pour
representer tousjours le mesme son, auquel on compareroit les
sons des autres: Mais on n'est pas certain si la chode [-16-]
que l'on pose pour fondement, ne baisse ou ne hausse point le
son que l'on a ouy deuant: c'est pourquoy il est beaucoup
plus certain de se seruir d'vne mesme chorde, dans laquelle
mesme il peut arriuer de l'inconuenient; car si elle n'est
égale et vniforme en toutes ses parties, il se pourra faire
qu'elle ne fera pas l'vnisson estant diuisée par la moitié,
et par consequent qu'elle ne monstrera pas les iustes raisons
et interualles des sons, comme ie prouueray au traicté du
Monochorde.
Neantmoins si l'on demande quel instrument est le plus
propre pour regler vn concert, et pour tenir les autres
instruments d'accord et les voix en leurs iustesses, afin
qu'elles ne haussent ny ne baissent de long temps, Ie crois
qu'on peut respondre que de tous ceux qui sont connus c'est
l'Epinette, ou la Harpe, mais plustost l'Epinette que la
Harpe; Or les raisons que l'experience en a apprises, me
semblent infaillibles, car bien que quelques vns puissent
dire que l'orgue y soit plus propre, comme estant moins
sujette au discord, que les chordes de l'Epinette, Ie
responds que si l'on prend vn des ieux d'anche de l'orgue,
qu'il n'est pas moins subjet à se relascher que les chordes:
et si l'on prend vn ieu de Flustes, qu'il est trop morne, et
qu'il est trop éloigné de la nature du son fait par les
chordes pour pouuoir regler les autres Instruments; et puis
les soufflets se varient en vn moment, et sont plus forts au
commencement, et au milieu qu'à la fin de leur mouuement, ce
qui donne peu d'asseurance.
Mais vne Epinette bien accordée, et dont les chordes sont
de longue main bien renduës, et les cheuilles bien fermes en
leur sommier, assise sur vn pied immobile, dont les plumes ne
soient pas trop fortes, et couuerte d'vn petit chassis
accommodé de fil d'arichal, durera en son accord huict ou 15.
iours entiers: et chaque Instrument iugera aysement de quel
ton il est discordant des autres, et se corrigera facilement
sans toucher au reste.
I'ay preferé l'Epinette à la Harpe, d'autant que la Harpe
estant touchée du doigt de l'homme peut estre tirée auec plus
ou moins de violence de fois à autre, et par ainsi les
chordes les plus violentees baisseront, et les moins forcées
demeureront en leur ton, d'où il s'ensuiura discord: mais
l'Epinette demeure plus égale, d'autant que le Musicien n'a
pas le pouuoir de la pousser plus fort en vn temps qu'en
l'autre.
PROPOSITION V.
Demonstrer toutes les diuisions du Monochorde, et
consequemment toute la science de la Musique.
NOus auons desja prouué que le Monochorde est l'instrument
le plus propre pour regler les sons d'autant qu'il est le
plus iuste de tous, et que la fabrique en est tres facile.
De-là vient que l'on la nomme reigle Harmonique, ou
Canonique, par ce qu'il sert à mesurer le graue et l'aigu des
sons, comme la reigle ordinaire des Geometres sert pour
mesurer les lignes droites, et le compas pour descrire les
Cercles.
Quant à sa construction, i'ay monstré comme il le faut
faire dans la proposition precedente: I'aiouste neantmoins
que l'on le peut faite de toutes [-17-] sortes de matiere,
quoy que le sapin, le cedre, et les autres bois resonans,
dont l'on fait les Luths, les Violes, et les autres
instruments, soient plus propres pour cét effect que les
metaux, ou les bois, qui sont plus durs, et plus sourds.
Et si l'on veut, il ne faut point d'autre Monochorde que
la table d'vn Luth, ou d'vn autre instrument à manche pour
regler tous les sons de la Musique, soit que l'on vse d'vne
seule chorde, ou de plusieurs: Mais il faut mettre toutes les
chordes à l'vnisson, afin qu'elles ne representent qu'vne
mesme chorde, ce qu'il faut remarquer, afin que l'on ne croye
pas que la multitude des chordes destruise la nature du
Monochorde.
Or encore qu'il ne soit pas necessaire que le corps du
Monochorde soit creux, comme le corps du Luth, ou de la
Viole, et qu'vn simple ais soit suffisant, il est neantmoins
plus commde quand il est creux, d'autant qu'il resonne plus
long-temps, et que le son de ses chordes a plus de corps.
L'on peut le faire de toutes sortes de longueurs, suiuant le
dessein que l'on a, et parce que s'il est trop long il ne
peut seruir pour les chordes qui sont courtes, et s'il est
tres-court, il ne peut seruir pour les chordes qui sont
tres-longues, il en faut auoir plusieurs pour essayer toutes
sortes de chordes, par exemple, 3. ou 4. l'vn de 3. pieds,
l'autre de 6. et l'autre de 12. ou de 24. pieds: mais il faut
que les cheuilles soient tellement disposées, que l'on puisse
bander toutes sortes de chordes iusques à leur meilleur son,
ou iusques à ce qu'elles rompent, afin de faire les
experiences, dont ie parle ailleurs.
Ce qui ne peut estre executé, si les cheuilles ne sont
assez longues et larges, et assez esloignez de leur centre,
pour faire rompre vne chorde faite de 144. boyaux de mouton;
c'est à dire si elles ne seruent tellement au Musicien qu'il
puisse leuer vn poids de six ou sept cens liures en tornant
lesdites cheuilles auec la main.
Or tous ces Monochordes sont seulement necessaires pour
faire toutes les experiences des chordes, dont on peut tirer
quelque consequence en faueur de la nature des sons, et des
chordes: car si l'on veut seulement remarquer le graue et
l'aigu des sons, et toutes leurs differences, il suffit
d'auoir vn Monochorde d'vn, de deux, ou de trois pieds: Mais
afin que l'esprit ne soit nullement astreint à des certaines
longueurs, ou largeurs, ie monstre icy comme toutes sortes de
sons peuuent estre trouuez et marquez sur le Monochorde pris
en general, apres auoir remarqué que toutes les parties de la
chorde qui est tenduë sur ledit Monochorde, sont esgalement
bandées; comme i'ay fait voir dans vn discours particulier.
L'on peut se seruir de toutes sortes de chordes, mais
celles de leton ou d'acier sont meilleures que celles de
boyau, d'aurant qu'elles ne sont pas suiettes à tant
d'alterations et de changemens, et qu'elles demeurent plus
long temps dans le ton où elles ont esté mises.
Quant à la diuision de la chorde par le moyen d'vn
cheualet de bois, ou d'autre matiere pour trouuer les
interualles, et les differences des sons, elle se fait
premierement de la chorde diuisée en deux parties, comme l'on
void à la chorde A B, qui se diuise au point C, car il y a
mesme distance d'A à C que de C à B, c'est pourquoy ces deux
chordes font l'vnisson, c'est à dire qu'elles ont vn mesme
son quant au graue et à l'aigu, dont nous parlons seulement
icy.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 17; text: A, B, C, D, E,
F, 1, 2, 3] [MERHU3_1 01GF]
[-18-] Et si l'on veut trouuer l'Octaue, il faut diuiser
la chorde D F en trois parties esgales, et mettre le cheualet
au point E, afin que la chorde E F fasse l'Octaue en bas
contre la chorde D E.
Cette mesme Octaue se rencontre dans la premiere ligne,
car A B fait l'Octaue contre A C, c'est à dire que si l'on
tend esgalement deux chordes de mesme grosseur, dont l'vne
soit esgale à A B, et l'autre à C B, qu'elles feront
l'Octaue, à raison que la chorde A B, ou E F ne battera
qu'vne fois l'air, et ne fera qu'vn tour, pendant que la
chorde A C, ou C B en fera deux. Les autres consonances se
trouueront de la mesme maniere sur telle chorde que l'on
voudra, ou sur deux chordes, car il faut seulement adiouster
les deux nombres, ou termes de la raison de chaque
consonance, et diuiser la chorde en autant de parties
esgales, afin que le cheualet estant mis dessous la chorde à
l'vn des nombres de la raison, il fasse ouyr la consonance
que l'on cherche, comme ie fais voir dans la Quinte, dans la
Quarte, et dans les deux Tierces, et les deux Sextes.
Les deux termes, qui font la raison de la Quinte, à
sçauoir 2 et 3 estant adioustez ensemble font cinq, c'est
pourquoy il faut diuiser la chorde en cinq parties esgales,
et mettre le cheualet sur le point qui termine la seconde
partie, afin qu'il demeure trois parties d'vn costé, et deux
de l'autre: ou si l'on veut vser de deux chordes, il faut que
l'vne ait trois parties de longueur, et l'autre deux. L'on
peut encore voir ce que i'ay dit de ces diuisions dans le
quatriesme liure Latin des Consonances, Proposition 17. dans
laquelle ie mets les lignes qui ne sont pas icy: de sorte que
ces deux Liures seruent l'vn à l'autre, d'autant que ce qui
manque dans l'vn se trouue dans l'autre, comme i'ay desia
remarqué ailleurs.
Semblablement si l'on diuise la chorde en sept parties, et
que le cheualet arreste la chorde à la fin de la 3. partie,
l'on oyra la Quarte: et la chorde diuisée en 9 parties, et
estant arrestée à la quatriesme fera la Tierce maieure. Mais
il la faut diuiser en 11 parties, pour faire la Tierce
mineure auec le cheualet, qui l'arrestera à la fin de la
cinquiesme partie: et en huict parties pour faire la Sexte
maieure, et en treze pour faire la mineure.
On trouue aussi la replique de chaque consonance en la
mesme façon, car si l'on diuise la chorde en 5 parties
esgales, l'vne des parties fait la Quinziesme en haut contre
le reste, c'est à dire contre les autres 4 parties. Et si on
la diuise en 4 parties esgales, l'vne des parties fait la
Douziesme contre les trois autres. Il faut encore vser de la
mesme industrie pour trouuer toutes les dissonances, car la
chorde estant diuisée en 17 parties, si le cheualet est à la
fin de la 8. partie, il fera le ton maieur; et si la chorde
est diuisée en 19 parties, elle fera le ton mineur auec le
cheualet qui sera à la fin de la 9. partie. Finalement si
l'on diuise la chorde en 31 parties, elle fera le demiton
maieur en mettant le cheualet à la fin de la 15. partie: si
l'on met le cheualet à la fin de la 24. partie de la chorde
diuisée en 49 parties, elle fera le demiton mineur; et si on
veut trouuer le comma, il la faut diuiser en 161 partie, et
mettre le cheualet à la fin de la 80 partie.
Et parce que c'est vne mesme chose de diuiser vne ligne en
161 partie, que d'en diuiser deux, dont l'vne ait 80 parties,
et l'autre 81, il est aussi aisé de trouuer les consonances
sur deux chordes separées, que sur vne seule.
Il faut neantmoins remarquer que deux chordes sont plus
commodes qu'vne, parce que l'on ne peut ouyr les 2 sons des
deux parties d'vne mesme chorde [-19-] en mesme temps, et
consequemment on ne peut oüir la consonance qui y est
marquée, dont les deux sons se doiuent oüir en mesme temps,
comme il arriue quand on vse de 2. chordes differentes: et si
l'on desire oüir plusieurs consonances en mesme temps, par
exemple l'octaue et la Quinte, il faut 3. chordes
differentes.
Il y en a qui mettent 15. chordes toutes à l'vnisson sur
le Monochorde, affin de treuuer tous les sons, et les degrez
de la Quinziesme, ou double octaue, et si l'on vouloit
treuuer tous les degrez du Systeme que nous appellons
parfait, il faudroit 19. ou 25. chordes, autant qu'il y a de
degrez dans ledit Systeme, c'est à dire dans l'octaue, qui
comprend les 3. genres de Musique.
Et si l'on vouloit marquer les 19. sons de ladite octaue
sur vne mesme chorde, il la faudroit diuiser en 3600 parties,
comme il a fallu le diuiser pour treuuer l'octaue qui
commence par C. et qui a 18. interualles, et lors le nombre
qui signifie chaque chorde de ladite octaue, monstre le point
du Monochorde, sur lequel il faut mettre le cheualet pour
oüir le son qui respond à chaque nombre.
PROPOSOTION VI.
Demonstrer que le Monochorde estant diuisé en 8. parties
égales contient toutes les Consonances.
Soit la chorde A I, diuisée en 8. parties egales, ie dis
premierement que A E, fait l'vnisson auec E I:
[Mersenne, Instrumens à chordes, 19,1; text: A, B, C, D,
E, F, G, H, I, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8]
[MERHU3_1 02GF]
secondement que l'octaue est de A I à E I troisiémement,
que la Quinziéme est d'A I à G I, et la Vingt-deuxiesme de A
I à H I.
La Douziesme est de A G à E G, la Dix-neufiesme de G A à F
G, et la Quinte d'A G à C G.
La Dix-septiesme majeure est d'A F à E F la Dixiesme
maieure d'A F à D F, et la Tierce maieure d'A F à B F.
La Quarte est d'A I, à A G, la Tierce mineure est d'A G à
B G ou A F, la Sexte majeure est d'A F à A D, la Sexte
mineure est d'A I à A F, et l'Onziesme est d'A I à A D. Et si
nous voulons vser des nombres, nous trouuerons premierement
dans les 6 premieres parties du Monochorde qui representent
la chorde d'vn monochorde diuisée en 6. parties que
[Mersenne, Instrumens à chordes, 19,2; text: 1, 2, 3, 4,
5, 6] [MERHU3_1 02GF]
L'Octaue est d'vn à 2. la Douziesme d'vn à 3. la
Quinziesme d'vn à 4. la Dixseptiéme majeure d'vn à 5. la
Dixneufiéme d'vn à 6. la Quinte de 2. à 3. la Quarte de 3. à
4. la Tierce majeure de 4. à 5. et la Tierce mineure de 5. à
6. Ausquelles si l'on adiouste le 7. et le 8 du Monochorde
precedent, l'on aura autant de dissonances que de
comparaisons, qui se peuuent faire de chaque nombre auec 7,
lequel est si malheureux dans l'harmonie, qu'il ne peut rien
faire que des dissonances auec les autres nombres, qui sont
depuis vn iusques à 13.
Mais 8 fait la Sexte mineure auec 5. et l'Onziesme auec 3.
de sorte que le nombre 8. produit deux nouuelles consonances,
qui ne se rencontrent point dans le nombre de 6. Quant aux
repetition de la Tierce mineure, et des deux Sextes, l'on ne
peut les treuuer si l'on n'augmente le nombre, comme nous
auons monstré dans le liure des consonances.
Il est aussi facile de treuuer les dissonances sur le
monochorde que les [-20-] consonances, soit que l'on vse de
deux chordes ou d'vne seule; car s'il y a 2 chordes sur le
monochorde, et que l'on suppose que chacune soit diuisée en
9. parties, on aura le ton majeur, si l'on met le cheualet à
la fin des 8. parties de l'autre; et si l'on veut trouuer le
ton mineur, qui est moindre d'vn comma que le majeur, il faut
supposer que l'vne des chordes demeurant entiere soit diuisée
en 10. parties, et mettre le cheualet à la fin des 9. parties
de l'autre. Il faut dire la mesme chose du semiton majeur, et
de tous les autres interualles, que l'on trouuera en
supposant que la chorde entiere soit diuisée en autant
d'égales parties qu'il y a d'vnitez dans le plus grand nombre
de la raison qui constituë l'interualle, en mettant le
cheualet à la fin d'autant de parties égales de l'autre
chorde, qu'il y a d'vnitez dans le moindre terme de ladite
raison. Par exemple, si l'on veut trouuer le comma, il faut
supposer que la chorde entiere est diuisée, ou diuisible en
81. parties, et mettre le cheualet au bout des 80. parties de
l'autre chorde.
Mais s'il n'y a qu'vne seule chorde sur le monochorde, et
que l'on vueille, par exemple, trouuer le ton majeur, il faut
assembler les 2. termes de sa raison, c'est à dire 8. et 9
qui font 17. et diuiser la chorde en 17. parties, car le
cheualet estant mis sur la 8. partie, la plus grande partie
de la chorde fera le ton majeur, contre la moindre partie,
c'est à dire 9. contre 8.
Il faut dire la mesme chose des autres interualles, car
ils gardent vne mesme regle, et vne mesme methode.
Or ie veux icy aiouster vne autre maniere de diuiser la
chorde du monochorde, qui est la plus aisée de toutes les
possibles, par le moyen de laquelle on treuue les
consonances, et plusieurs degrez.
PROPOSITION VII.
Expliquer la diuision la plus simple, et la plus aysee que
l'on puisse faire d'vne chorde qui produit les consonances,
et les degrez Diatoniques.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 20; text: B, C, D, E, F,
G, H] [MERHU3_1 02GF]
SOit donc la chorde A B qu'il faut tellement diuiser que
neantmoins l'on s'en imagine tousiours vne autre d'égale
longueur, qui soit la totale, auec laquelle les residus
seront comparez.
Or it faut premierement diuiser A B; par le milieu C, en
deux parties, egales, qui font l'vnisson; mais B C fait
l'octaue contre la totale A B, de sorte que la premiere
diuision donne les 2. premieres consonances.
Secondement il faut diuiser C B, par la moitié au point D,
affin d'auoir la Quarte, que fait A D contre la totale, et
l'octaue, qui est d'A C à C D, et la Quinte, qui est d'A D
contre A C, et la Douziesme, qui est d'A D à C D, de sorte
que cette diuision produit 4 consonances, ausquelles on peut
adiouster l'vnisson, que fait C D contre D B, et la
Quinziesme, que fait la totale contre D B, affin d'auoir les
six consonances qui viennent de cette diuision, dont il y en
a 3. nouuelles.
En troisiesme lieu, il faut diuiser C D par la moitié au
point E, ou D B au point F, affin d'auoir les autres
consonances, car A E fait la Tierce majeure contre A C, A E
contre A D la Tierce mineure, A E contre C E la Dixseptiesme
maieure, A C contre C E la Quinziesme A D contre E D la
Dixneufiesme et A E contre E D la Sexte majeure, de sorte que
cette troisiesme diuision produit 6. consonances, dont il y
en a 5. nouuelles.
[-21-] Et si nous prenons cette mesme diuision au point F,
nous aurons la Sexte mineure que fait A B contre A E, et la
Vingtdeuxiesme, que fait A B contre B F.
Finalement, si l'on diuise E C par le milieu au point G, A
G fera le ton majeur contre A C, et le ton mineur contre A E,
et parce que la chorde A B se treuue diuisée en 24. parties
par cette derniere diuision, tous les degrez qui se peuuent
trouuer dans le nombre de 24. sont produits par cette
derniere diuision.
Mais il faut encore monstrer ce que font toutes les
consonances marquées sur le Monochorde, quand on compare la
chorde entiere auec ce qui reste, afin qu'on se serue du
Monochorde, comme l'on voudra, apres auoir remarqué qu'il est
facile de juger de l'excellence et de l'ordre des consonances
par les trois diuisions, dont elles prennent leur origine,
car celles qui viennent de la premiere diuision, sont plus
douces que celles qui viennent de la seconde, et celles cy
sont plus excellentes que celles qui viennent de la
troisiesme, d'autant quelles s'esloignent d'auantage de la
simplicité, et de l'vnité.
PROPOSITION VIII.
Expliquer les interualles tant consonans que dissonans, et
les degrez qui se treuuent aux residus de la chorde du
Monochorde, apres que l'on y a marqué les interualles et les
degrez diatoniques.
IL sera tres-aysé d'entendre cette proposition, quand on
aura consideré les diuisions de ce Monochorde, qui represente
toutes les consonances, et les degrez qui seruent
ordinairement à la diatonique; Mais il faut s'imaginer vne
autre chorde d'vne mesme longueur qui soit sans diuision,
afin de comprendre mieux tous les interualles, et les degrez,
qui sont icy expliquez. Ie suppose donc premierement ce que
i'ay demonstré dans la proposition precedente, à sçauoir que
la chorde A B estant diuisée par le milieu pour faire
l'Octaue auec la totale, fait l'vnisson auec le reste.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 21; text: B, C, D, E, H,
I, K, L, M, O, P, S, 120, 115 1/5, 112 1/2, Semiton majeur,
108. ton mineur. 106 2/ , ton majeur, 100, ton mineur, 96,
Tierce majeur, 90, Quarte. 80, Quinte. 75, Sexte mineur, 72,
Sexte majeur, 60, octaue et vnisson.]
[MERHU3_1 02GF]
Et puis estant diuisée pour faire la Quinte auec la
totale, elle fait l'octaue auec le reste: et ce reste fait la
Douziesme auec la totale.
La Quarte fait aussi la Douziesme auec le reste, et la
Quinziesme auec la totale.
La tierce majeure fait la Quinziesme auec le reste, et la
Dixseptiesme majeure auec la totale.
La tierce mineure fait la Dixseptiesme mineure auec le
reste, et la Dixneufiesme auec la totale.
La Sexte majeure fait la quinte auec le reste, et la
Dixiesme majeure auec la totale.
La Sexte mineure fait la Treiziesme majeure auec le reste,
et l'onziesme auec la totale.
Quant aux dissonances le ton majeur fait la Vintdeuxiesme
auec le reste, et la Neufiesme majeure auec la totale. Le ton
mineur fait aussi la Neufiesme auec le reste, et la
Vingtquatriesme majeure auec la totale.
[-22-] Le semiton majeur fait la Vingt et huictiesme
majeure auec le reste, et la Vingt et neufiesme auec la
totale, comme l'on void dans la chorde A B, laquelle ie
suppose estre diuisée en 20. parties, car A B fait l'octaue,
contre B M, et B M fait l'vnisson contre le reste, à sçauoir
contre M A.
La Quinte A K 80. auec le reste K B 40. fait l octaue, et
auec A B 120. la Douziesme.
La Quarte A C 90. fait la douziéme auec le reste C B, 30.
fait la Douziesme et la Quinziesme contre A B.
La tierce majeure A D 96. fait la Quinziesme auec 24. et
la Dixseptiéme majeure auec A B.
La Tierce mineure A E fait la Dixseptiéme mineure auec E
B, et la dixneufiesme auec A B.
La Sexte majeure A F, fait la Quinte auec F B, et la
Dixiesme majeure auec A B; et la Sexte mineure A G fait la
Treiziesme majeure auec G B, et l'onziesme auec A B.
Il a fallu mettre les nombres rompus au ton majeur et au
semiton majeur, et mineur, afin de retenir la diuision de la
chorde en 120. parties, autrement il eust fallu vn nombre
beaucoup plus grand, dont on peut vser au lieu de celuy-cy.
Or par ce qu'il y a encore d'autres interualles, qui
naissent des differentes comparaisons qui se prennent de la
chorde entiere auec le reste consideré en plusieurs façons,
la proposition qui suit les expliquera tous generalement,
soint qu'ils puissent seruir à la Musique, ou qu'ils y soient
inutiles.
PROPOSITION IX.
Expliquer toutes les consonances est les dissonances qui
se rencontrent dans le Monochorde, est dans le Systeme
parfait, soit que l'on compare toute la chorde auec les
parties qui font les degrez ordinaires tant diatoniques, que
chromatiques et enharmoniques, ou que l'on compare chaque
degré ou son auec toute la chorde, ou auec son reste: Par
consequent le Monochorde et le Systeme harmonique sera icy
consideré en toutes les façons possibles.
LA Table qui suit explique assez clerement toute cette
proposition, car elle contient 6. colomnes, dont la 2. fait
voir les lettres de la main, ou de l'echele de Musique; la 3.
diuise le monochorde en tous les interualles de l'octaue, qui
peuuent seruir à l'harmonie; la 3. contient les nombres, qui
monstrent ce qui reste de la chorde, de sorte que les nombres
de la 3. et 5. colomne, qui sont vis à vis l'vn de l'autre,
estant aioutez font tousiours le plus grand nombre, à sçauoir
3600. qui represente la chorde entiere, ou le son le plus
graue.
La 4. explique les raisons, qui sont de chasque nombre de
la 3. colomne à chaque nombre opposé de la 5. Or i'ay mis le
nom des consonances dans cette 4 colomne, quand elles se
rencontrent iustes, et les autres interualles, ou raisons,
auec les seuls nombres, qui signifient les termes de chaque
raison: [-23-] Par exemple, le 2. nombre de la 3. colomne à
sçauoir 1920, est au 2 de la 5. colomne 1680. comme 13. à 12.
Mais il faut remarquer que le premier nombre, qui est
tousiours plus grand en cette 4. respond au nombre de la 3.
parce qu'il est le plusgrand: et le moindre represente
tousiours celuy de la 5. colomne, par ce qu'il est tousiours
le plus petit.
La 6 colomne represente la chorde entiere 3600. et
contient vne perpetuelle comparaison de cette chorde auec ce
qui reste de la colomne: par exemple, 3600. faict l'octaue
auec le premier nombre de la 5. colomne 1800. et 3600. est au
troisiesme nombre de la mesme colomne, à sçauoir à 1600.
comme 9. à 4 et ainsi des autres: or le plus grand nombre des
raisons de la 6 colomne represente la chorde entiere, et le
moindre nombre represente ce qui reste de la mesme chorde.
Enfin la 1. colomne contient les raisons que fait la chorde
entiere auec ce qui reste de la 3. colomne, et le plus grand
nombre represente tousjours la chorde entiere.
Or si l'on considere toutes ces raisons, l'on connoistra
quasi toutes les relations bonnes et mauuaises qui se peuuent
rencontrer dans les compositions et la Musique, et
consequemment on pourra trouuer la raison pourquoy de
plusieurs passages qui se font d'vne consonance à l'autre,
les vns sont bons, et les autres mauuais; et pourquoy de
plusieurs bons, ou mauuais, les vns sont pires ou meilleurs.
Mais pour trouuer les rapports de toute la chorde auec le
reste, et les autres comparaisons qui se rencontrent auec les
nombres de cette table, il faut mettre 2. chordes à l'vnisson
sur le monochorde, ou sur quelqu'autre instrument par exemple
sur le Luth, qui peut seruir de Monochorde, et mettre le
doigt ou le cheualet à tous les endroits de la chorde, où
sont les nombres de cette table, et l'on aura le contentement
de sçauoir tout ce qui se peut considerer dans les
consonances et les dissonances.
Car si on laisse tousjours l'vne des chordes à vuide, à
sçauoir la chorde entiere representée par le plus grand
nombre 3600. qui fait le C sol, ut, fa, et que l'on mette le
doigt sur l'autre au lieu où doiuent estre les nombres, on
trouuera que le doigt estant sur C, c'est à dire au milieu de
la chorde au nombre 1800. l'on fera l octaue contre la chorde
à vuide, et l'vnisson contre le reste.
Or ce qui se fait contre la chorde à vuide par les 2.
parties de la chorde diuisée, est tousjours escrit à la
premiere, et sixiesme colomne: De sorte que le plus grand
nombre de chasque raison de la premiere, et de la sixiesme
colomne represente tousjours la chorde à vuide, et les
moindres signifient les 2. parties de la chorde diuisée.
C'est pourquoy on lit octaue, au haut de toutes ces 2.
colomnes, parce que 1800. qui commencent la 3. et 5. colomne,
font l'octaue auec la chorde à vuide representée par 3600.
Quant à ce que font les 2. parties de la chorde, quand on
les touche en mesme temps, il est escrit dans la 4. colomne,
car mettant le doigt au milieu de la chorde, les 2. parties
font l'vnisson, parce qu'elles sont égalles.
[-24-] [Mersenne, Instrumens à chordes, 24; text: I, II,
III, IV, V, VI, Octaue, Septiéme majeure de 15 a 8, Septiéme
mineure de 9 à 5, 16 à 9, Sixiéme majeure de 5 à 3, 8 à 5, De
25 à 16, Quinte. 40 à 27, Triton de 45 à 32, 25 à 18, Quarte
de 4 à 3, Tierce majeure de 5 à 4, 6 à 5, 75 à 66, Ton majeur
de 9 à 8, Ton mineur, de 10 à 9, Semiton majeur de 16 à 15,
25 à 24, a, b, c, d, e, f, g, A, B, C, D, E, F, G, 1800,
1920, semiton mineur, 2000, comma, 2025, 2160, 2250, 2304,
2400, 2430, 2560, diese, 2592, 2700, 2880, 3000, 3072, 3200,
3240, 3375, 3456, 3600, Vnisson, 13 à 12, 9 à 7, 3 à 2, Sexte
majeure de 5 à 3, 1152 à 653, 243 à 127, 32 à 13, 18 à 7,
Douziéme de 3 à 1, Quinziéme de 4 à 1, Dixseptiéme majeure de
5 à 1, 66 à 11, Vintedeuxiéme de 8 à 1, Vintetroisiéme
majeure de 9 à 1, Vintneufiéme fausse de 15 à 1,
Trentetroisiéme de 24 à 1, de 15 à 14, 1680, 21-20, 1600,
46-45, 1575 35 à 33, 1440, 1350, 675 à 653, 1306, 653 à 600,
1200, 127-120, 1270, 127-104, 1040, 65 63, 1008, 28 à 25,
900, 720, 600, 25 à 22, 528, de 33 à 25, 400, 360 dixiéme
mineure, 225, de 15 à 25, 144, 15 à 7, Neufiéme majeure de 9
à 4, 144 à 71, Dixiéme majeure de 5 à 2, Vnziéme, de 8 à 3,
1800 à 653, 360 à 12<7>, 45 à 13, 25 à 7, Dexneufiéme de
6 à 1, 75 à 11, Vintquatriéme majeure de 10 à 1, Vintneufiéme
de 16 à 1, Trentequatriéme mineure fausse de 25 à 1]
[MERHU3_1 03GF]
Or ie monstre seulement icy ce que font ensemble les 2.
parties de la chorde, quand on les touche en mesme temps, et
ce qu'elles font auec la chorde, qui est à vuide. Quand on
met le doigt sur la chorde .[x] 2000, c'est à dire, quand on
la diuise en cét endroit, elle fait la Tierce majeure auec le
reste 1600, et la septiesme mineure auec la chorde à vuide,
qui fait la neufiesme majeure auec le reste Si on met le
doigt sur A 2160, elle fait la quinte auec le reste
1440, et la sixiesme majeure auec la chorde entiere, qui
fait la dixiesme majeure auec le reste. Quand on met le doigt
sur [x] a 2250, elle fait la sexte majeure auec le reste
1350, et la sixiesme mineure auec la chorde entiere, qui fait
l'onziesme auec le reste, elle faict l'octaue auec le reste
1200. en mettant le doigt sur G, 2400, et la Quinte auec la
chorde entiere, qui fait la Douziesme auec le reste. Et si
l'on met le doigt sur F 2700, elle fait la Douziesme auec le
reste 900, et la Quarte auec la chorde entiere, qui fait la
Quinziesme auec le reste.
Si l'on met le doigt sur E 2880, elle fait la quinziesme
auec le reste 720. Et [-25-] la tierce majeure auec la chorde
entiere, qui fait la Dixseptiesme majeure auec le reste.
Quand on met le doigt sur [sqb] e 3000. elle fait la
Dixseptiesme majeure auec le reste 600, et la Tierce mineure
auec la chorde entiere, qui fait la Dixneufiéme auec le
reste. Et si l'on met le doigt sur. D D 3200, elle fait la
Vingtdeuxiesme auec le reste 400, et le ton majeur auec la
chorde à vuide, qui fait la Vingttroisiesme majeure auec le
reste, de sorte que le ton majeur a le priuilege
d'accompagner la triple octaue, ce qui n'arriue pas au ton
mineur: lequel en a vn autre, car la chorde 360, qui reste
apres que le doigt est dessus D 3240, fait la Vingtquatriesme
majeure auec la chorde à vuide. Quant au semiton majeur qui
se fait de la chorde entiere contre la chorde [sqb] d 3375,
il accompagne la Vingtneufiesme, que fait le reste 225 auec
la chorde à vuide. Et finalement le semiton mineur engendre,
ou accompagne la Trente-troisiesme, que fait le dernier reste
144. auec la chorde entiere; or ce reste de chorde demeure
apres que l'on a mis le doigt sur [x] b 3456, mais la chorde
est si courte en ces derniers restes, qu'elle n'a quasi plus
de son.
Quant aux dissonances qui se font des 2. parties de la
chorde comparees ensemble, et auec la chorde à vuide, il est
aussi aisé de les trouuer comme les consonances, c'est
pourquoy il n'est pas necessaire d'en faire le discours, puis
qu'elles sont marquées dans la Table, dans laquelle i'ay
encore mis les consonances et les dissonances, qui se
rencontrent entre tous les restes de la 5. colomne, afin que
l'on puisse comparer les raisons de ces restes à celles qui
sont marquees entre les nombres de la troiziesme colomne, qui
ont vn perpetuel rapport auec ceux de la 5, d'autant que tous
les nombres de ces deux colomnes, qui sont vis à vis l'vn de
l autre, estant adjoustez sont égaux au nombre de la chorde à
vuide, c'est à dire a 3600, par ce que les 2. parties de la
chorde estant adioustees ne sont autre chose que la chorde
entiere, et consequemment toute la Musique ne consiste qu'aux
differentes diuisions d'vne seule chorde. Or il faut
remarquer que cette proposition n'est quasi autre chose
qu'vne plus ample explication de la precedente.
Mais afin que l'on diuise tel Monochorde, ou telle ligne
que l'on voudra, grande, ou petite, en autant de parties
qu'il sera necessaire pour trouuer tous les interualles que
l'on veut marquer, i'adiouste icy vne proposition pour ce
sujet.
PROPOSITION X.
Diuiser toutes sortes de chordes, ou de lignes droictes en
autant de parties égales que l'on voudra, sans changer
l'ouuerture du compas prise à hazard.
CEtte proposition est aussi vtile comme elle semble
difficile, car lors qu'il faut diuiser vne ligne droicte en
7. l7. 47. 107. 77777. ou tel autte nombre de parties que
l'on voudra, l'on est fort long-temps à treuuer toutes ces
diuisions, or cette proposition enseigne la maniere de
diuiser tout d'vn coup toutes sortes de lignes en tant de
parties que l'on veut, sans qu'il soit besoin de se seruir de
nulle autre ouuerture du compas que de celle [-26-] que l'on
prend par hazard, soit que l'on la prenne moindre ou plus
grande que la ligne qu'il faut diuiser. Soit donc la ligne,
ou la chorde A B, qu'il faut diuiser en 7. parties, et
l'ouuerture du compas prise à plaisir soit E F, ie dis que si
l'on prend vne ligne telle que l'on voudra, par exemple C D,
et que l'on marque 7. parties dessus egales à 7. ouuertures
dudit compas, que la ligne donnée A B, sera aussi diuisée en
7. parties en appliquant vne regle sur chaque 7. partie de la
precedente, et sur A B, ce qui se pratique par le moyen d'vn
triangle equilateral, dont tous les costez sont
proportionnels, comme ie monstre dans le triangle qui suit,
et qui contient toutes les lignes precedentes, car il faut
retrancher la partie G C de la ligne D C, puis que la
diuision en 7. parties va seulement depuis D iusques à G: il
faut donc faire le triangle si grand que sa base soit egale à
la ligne que l'on a premierement diuisée à plaisir, comme est
la base du triangle équilateral H G D, dont ie me sers à
raison qu'il est plus aysé d'y appliquer les lignes que dans
les autres triangles, parce que ces 3. costez estant egaux
l'on a ladite base en prolongeant tel costé que l'on veut,
car H D donne la base G D. Or il faut premierement icy
remarquer que l'on peut aisement diuiser vne ligne donnée en
tant de parties que l'on voudra, encore que l'ouuerture du
compas soit plus grande que ladite ligne, ou qu'elle luy soit
egale: car si l'on vouloit diuiser la ligne E F en 7. parties
auec vne ouuerture de compas egale à G D, c'est à dire qui
fust plus grande 7. fois qu'E F, il faudroit diuiser vne
ligne en 7. parties dont chacune seroit egale à G D, et
consequemment il faudroit faire la base du triangle H G D 7.
fois plus grande qu'elle n'est.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 26; text: A, B, C, D, E,
F, G, H] [MERHU3_1 03GF]
Et si l'ouuerture du compas est égale à la ligne qu'il
faut diuiser, comme il arriue lors qu'on veut diuiser E F en
7. parties en prenant le mesme E F, pour l'ouuerture du
compas, la ligne D G donnera cette diuision. Finalement si
l'ouuerture du compas est plus petite que chaque partie de
celles esquelles il faut diuiser la ligne proposée, il. faut
diuiser vne autre ligne en 7. parties, dont chacune soit
égale à ladite ouuerture: par exemple, si le compas est
seulement ouuert de la septiesme partie de la ligne E F,
cette ligne estant diuisée en 7. et appliquée dans le
triangle donnera la diuision de l'autre ligne G D. Il faut
conclure la mesme chose de toutes les autres diuisions en
tant de parties que l'on voudra, car chaque diuision est
aussi aysée l'vne que l'autre. En 2. lieu il n'est pas
necessaire de voir la ligne qu'il faut diuiser, car elle
demeure diuisée en tant de parties que l'on veut, apres que
celle que l'on a prise à plaisir est diuisée. Or il faut
tenir l'vne des extremitez de la regle sur le haut du
triangle au point H, quand on veut marquer les diuisions des
lignes precedentes.
[-27-] COROLLAIRE.
L'on peut conclure de cette Proposition que le triangle
equilateral est excellent et tres-vtile, car il a de grands
vsages dans la Perspectiue, et dans la Geometrie; et
plusieurs trouuent vn plus grand plaisir à voir cette figure
que nulle autre, à raison de la parfaite esgalité de ses
trois costez, et de ses trois angles, dont chacun est de
soixante degrez, c'est à dire d'vn tiers de deux angles
droits. A quoy l'on peut adiouster qu'il est difficile de
trouuer vne autre chose, par laquelle on puisse mieux
expliquer le mystere de la tres-saincte Trinité que par ce
triangle. Or ie monstre les principales applications qui se
peuuent faire des differents rencontres des Astres auec
toutes les Consonances et les Dissonances, et auec toutes les
diuisions du Monochorde dans la Proposition qui suit, afin
que le parfaict Musicien n'ignore rien de tout ce qui peut
embellir et ennoblir son Art.
PROPOSITION XI.
Determiner le nombre des aspects, dont les Astres
regardent la terre, et les Consonances ausquelles ils
respondent.
ENcore que l'on puisse mettre vne infinité d'aspects au
Ciel à raison que les Astres font vne infinité d'angles auec
la terre, neantmoins les Astrologues n'en remarquent pour
l'ordinaire que cinq, à sçauoir la Conionction, le Sextil, le
Quarré, le Trin, et l'Opposition, qu'ils ont appellez de ces
noms, parce que les angles de ces aspects sont mesurez par la
moitié, la troisiesme, la quatriesme, et la sixiesme partie
du Ciel: car quant à la conionction, elle se fait dans vn
mesme point du cercle, et consequemment elle ne fait point
d'angle, parce qu'il n'y a nulle distance entre deux
planettes qui sont conioints.
Mais Kepler adiouste huict autres aspects, à sçauoir le
demy-Sextil, le Decil, l'Octil, le Quintil, le Tredecil, le
Sesquaré, le Biquintil, et le Quincunx, dont on voit
l'explication dans la table qui suit, et qui sert pour
entendre aysément tout ce qui concerne les treze aspects, et
les consonances et les dissonances qu'ils font, ou qu'ils
representent.
Car la premiere colomne monstre le nombre, et l'ordre
naturel des aspects; la seconde contient les noms des 13
aspects, et les caracteres des ordinaires, car les autres
aspects n'en ont point encore, quoy que Iean Kepler en ait
inuenté trois ou quatre, mais ils ne sont pas en vsage; et il
est aysé de leur attribuer tels caracteres que l'on voudra:
la troisiesme colomne contient les angles, ou les degrez de
tous les aspects; et la quatriesme explique les consonances
que ces degrez font auec le cercle entier, lequel est
representé dans la cinquiesme colomne par 360, qui signifie
les degrez du cercle, ou du ciel, dans lequel se font les
aspects: mais la sixiesme colomne explique les consonances
que fait le mesme 360. c'est à dire le cercle entier, auec ce
qui reste du mesme cercle, apres que l'on a osté les degrez
de chaque aspect. Or ce reste est dans la septiesme colomne,
dont les nombres, ou les degrez qui restent font les
consonances, ou les dissonances auec le cercle entier dans la
cinquiesme [-28-] colomne, car les termes radicaux de la 4.
et 6. colomne font voir la proportion que les nombres de la
3. et 7. colomne ont auec le nombre de 360. de la 5. qui
represente tousiours le cercle entier; de sorte que les
moindres nombres radicaux de la 4. colomne contiennent, et
monstrent les raisons des nombres de la 3. et de la 5.
colomne, qui a tousiours 360. parce qu'elle represente la
chorde entiere. Les termes radicaux de la 6. colomne
contiennent aussi les raisons des nombres de la 5. et 7.
colomne, mais la huictiesme monstre les consonances, et les
dissonances que font les deux restes du cercle, c'est à dire
les nombres de la troisiesme colomne, qui contient les degrez
de chaque aspect, et ceux de la 7. qui restent apres que
l'angle, ou la circonference, qui mesure la grandeur des
aspects, est ostée du cercle. Par où l'on voit que nous auons
consideré en toutes façons les angles du cercle, et toutes
les consonances qu'ils font, ou qu'ils representent, comme
nous auons fait au discours du Monochorde, dans lequel la
chorde est expliquée en toutes les manieres possibles; mais
il faut considerer la 5. et la 7. colomne de cette table,
afin de sçauoir comment les aspects font les simples
consonances, car elles ne se treuuent pas toutes entre les
rapports des autres nombres,
Table du rapport des aspects et des Consonances.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 28; text: I, II, III, IV,
V, VI, VII, VIII, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13,
Conionction, Demi-sextil, Decil, Octil, Sextil, Quintil,
Quarré, Tredecil, Trin, Sesquaré, Biquintil, Quincunx,
Opposition, 0, 30, 36, 45, 60, 72, 90, 108, 120, 135, 144,
150, 180, Vnisson, 1 à 1, Vingt-sixiesme, 1 à 12,
Vingt-troisiesme majeure, 1 à 10, Vingt-deuxiesme, 1 à 8,
Dix-neufiesme, 1 à 6, Dix-septiesme maieure 1 à 5, Quinziesme, 1
à 4, Treziesme maieur, 3 à 10, Douziesme, 1 à 3, Onziesme, 3
à 8, Dixiesme maieure, 2 à 5, Dixiesme mineure, 5 à 12,
Octaue, 1 à 2, 360, Sesquiquinziesme, 12 à 11. Ton mineur, 10
à 9. Sesquiseptiesme, 8 à 7, Tierce mineure, 6 à 5. Tierce
maieure, 5 à 4. Quarte, 4 à 3. Surtripartissante septiesme,
10 à 7. Quinte, 3 à 2. Sexte mineure, 8 à 5. Sexte maieure, 5
à 3. Surquintupartissante septiesme, 12 à 7. 2 à 1. 330, 324,
315, 300, 288, 270, 252, 240, 225, 216, 210, Vndecuple, 11 à
1. Vingt-cinquiesme maieure, 10 à 1. Septuple, 7 à 1.
Dix-septiesme majeure, 5 à 1. 4 à 1. 3 à 1. Double sesquitierce,
7 à 3. Surbipartiente cinquiesme, 7 à 5.]
[MERHU3_1 04GF]
si quelqu'vn trouue que les noms que l'on donne à ces 13
aspects ne sont pas assez François, ou qu'ils soient trop
rudes, ou moins propres, il luy est permis d'en faire de
meilleurs: car il importe fort peu de quelles dictions on
vse, pourueu que l'on entende ce qu'elles signifient. Or
apres que l'on aura consideré les rapports des colomnes qui
se touchent, l'on pourra voir les simples consonances de la 5
et de la 7, puis qu'elles ne sont pas entre les nombres des
autres, [-29-] comme entre ceux-cy dans lesquels la
Conionction fait l'vnisson, le Sextil la Tierce mineure, le
Quintil la Tierce maieure; le Quarré le Diatessaron; le Trin
la Douziesme: le Sesquarré la Sexte mineure, le Biquintil la
Maieure, et l'opposition l'Octaue. Il ne faut pas neantmoins
negliger les Consonances de la 4. et 8. colomne, si l'on veut
sçauoir la raison des degrez de chaque espece auec le cercle
entier, et ce que font les mesmes degrez auec le reste du
cercle dont on les a ostez. Mais ie veux encore expliquer ces
aspects par la diuision du cercle qui represente le Ciel, ce
que ie fais par autant de souz-tenduës qu'il y a d'aspects,
afin qu'on les entende parfaitement.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 29; text: A, B, C, D, E,
F, G, H, I, K, L, M, N, O, P, Q]
[MERHU3_1 04GF]
Or la Conionction est representée par chaque point du
cercle, par exemple par le point A: et les 12 lignes
souz-tenduës, ou les 12 arcs descrits sur lesdites lignes, ou les
angles que ces lignes et ces arcs font auec la terre
representée par le centre du cercle signifient les 12 autres
aspects, car l'arc A B represente l'aspect demy-sextil,
lequel a 30. degrez qui font la douziesme partie du cercle:
le second arc A C en a 36, et fait l'aspect decil, dautant
qu'il comprend la 10. partie du cercle, à sçauoir 36 degrez:
le troisiesme est d'A à D, et contient la 8. partie du
cercle, c'est à dire 45. degrez; il s'appelle octil: le
quatriesme comprend 60. degrez, qui font la 6. partie du
cercle, qui est d'A à E, et s'appelle Sextil: le cinquiesme
est d'A à F, et s'appelle Quintil, à raison qu'il contient
72. degrez, qui font la cinquiesme partie du cercle: le
quarré est le sixiesme d'A à G, parce qu'il contient 90.
degrez qui font le quart du cercle; le Tredecil est le
septiesme, et est de A à H, et contient 108. degrez, qui font
les trois dixiesmes du cercle.
Le Trin est de A à I, et est le huictiesme, il comprend
120. degrez, c'est à dire 1/3 du cercle: le neufiesme que
l'on appelle le Sesquarré, contient 3/8 du cercle, c'est à
dire 135. degrez, et se treuue d'A à K; le dixiesme contient
144. degrez, qui font 2/5 du cercle, c'est pourquoy il se
nomme biquintil, il est de A à L: le douziesme est appellé
Quincunx, dautant qu'il contient cinq onces, c'est à dire,
5/12 du cercle, et est de A à M; et finalement l'opposition
contient 180 degrez, c'est à dire la moitié du cercle qui est
diuisé par le diametre A N, en deux parties esgales. Mais il
faut remarquer que i'ay tiré plus d'vn costé des figures qui
viennent des aspects, qui font les 7 simples consonances
comprises dans l'Octaue, qui sont dans la sixiesme colomne de
la table precedente, comme l'on void dans le Sextil, dont le
costé A E, ou E I, ou I N fait la Tierce mineure. Le quintil
A F, ou F L fait la Tierce maieure, le costé du quarré A G,
ou G N fait la Quarte; le costé A I, ou I O, ou O A fait la
Quinte, le costé du sesquarré A K, ou K D fait la Sexte
mineure: et le costé du biquintil A L, ou L Q fait la Sexte
maieure. Or encore que i'aye commencé chaque aspect au point
A, on le peut neantmoins commencer à tel point du cercle que
l'on voudra, puis que les aspects peuuent commencer à chaque
point du Ciel: il [-30-] faut semblablement remarquer que les
aspects qui font les susdits accords ne produisent nul
discord, soit que l'on compare le costé, ou les degrez de
l'aspect au cercle entier, ou qu'on les compare auec ce qui
reste: ce qui arriue semblablement, à la chorde droite du
Monochorde, quand on y rencontre les mesmes accords: de sorte
que ce qui arriue à l'vn, arriue semblablement à l'autre.
Mais il faut examiner si la force des aspects suit l'ordre
des consonances qu'ils representent: c'est à dire, si la
conionction est le plus puissant de tous les aspects, comme
l'vnisson est le plus puissant de toutes les consonances: et
si l'opposition qui fait l'Octaue, est plus puissante que le
trin qui fait la Quinte, et ainsi consequemment des autres
aspects comparez aux autres consonances.
COROLLAIRE I.
On peut changer le nom et les caracteres des aspects en
celuy des consonances, et appeller la conionction l'vnisson,
l'opposition l'Octaue, le trin, la Quinte: le quarré, la
Quarte: le quintil, la Tierce maieure: le sextil, la Tierce
mineure: le sesquarré, la Sexte mineure: et le biquintil, la
Sexte maieure; l'on peut semblablement donner le nom des
aspects aux consonances.
COROLLAIRE II.
Kepler tient que lesdits aspects ne respondent pas aux
simples consonances, mais à leurs repliques, parce que les
aspects sont definis par les mesmes segmens du cercle, qui
font les consonances repetées: par exemple, que le trin ne
respond pas à la Quinte, mais à la Douziesme; le quintil à la
Dix-septiesme maieure, le sextil à la Dix-neufiesme, le
biquintil à la Dixiesme maieure, et le sesquarré à
l'onziesme: ce que i'ay expliqué si clairement dans la 4.
colomne, qui compare les segmens ou les chordes et les angles
de chaque aspect auec le cercle entier, qu'il n'est nullement
besoin d'en parler dauantage. Neantmoins il nie que l'on
doiue establir le nombre des aspects par cette consideration,
afin qu'il ne soit pas contraint d'en mettre vne infinité, à
raison des differentes repliques de chaque consonance, qui
peuuent naistre de toutes les diuisions du Monochorde: car
l'on peut tellement diuiser le cercle par le moyen des
aspects, que l'on treuuera les cent consonances, dont i'ay
donné les termes dans vn autre lieu.
COROLLAIRE III.
Cette diuision du cercle respond parfaitement à la
diuision du Monochorde, comme l'on peut voir en comparant la
table
vniuerselle dudit Monochorde, dans laquelle i'ay expliqué
toutes les consonances et les dissonances du Systeme parfait:
par exemple, la conionction et l'opposition des Astres
respondent à la diuision qui se fait de la chorde du
Monochorde en deux parties esgales, au nombre 1800. qui fait
l'vnisson auec le reste de la chorde, et l'Octaue auec la
chorde entiere. Le sextil fait les trois consonances sur
ladite chorde au point 300; le quintil donne les trois
consonances qui sont vis à vis de 288; le quarré donne les
trois qui sont au point du nombre 270; et le trin donne les
trois autres, qui sont vis à vis du nombre de 240; de sorte
que le [-31-] cercle et la ligne droite estant diuisez en
semblables parties, representent tousiours les mesmes
consonances, soit que l'on compare les deux residus ensemble,
ou chacun d'eux auec la chorde entiere; et consequemment on
peut vser d'vn Monochorde Circulaire, pourueu que l'on puisse
tellement tendre vne chorde en rond, que toutes ses parties
tremblent et sonnent librement, comme font toutes les parties
de la ligne droite; ce qui arriuera si l'on peut tellement la
tendre dans l'air, qu'elle puisse trembler librement, comme
vne chorde droite d'vn Monochorde ou d'vn Luth; le bord d'vn
verre represente la chorde circulaire, mais si l'on met le
doigt sur vne partie du bord, il ne peut plus trembler ny
sonner: de là vient qu'il est necessaire d'vser de chordes
droites pour regler les sons, si ce n'est que l'on vueille se
seruir d'vn tambour semblable à celuy de la Vielle, dont ie
parleray dans vn autre lieu.
COROLLAIRE IIII.
L'on peut conclure de cette Proposition; que les aspects
ne sont pas cause des consonances, puis qu'elles se treuuent
plus aysément et plus naturellement par la diuision de la
chorde droite, que par celle de la circulaire; et qu'il ne
faut pas les considerer suiuant les plans, et les superficies
des figures effables ou ineffables, mais selon les simples
costez rationels desdites figures. A quoy i'adiouste que l'on
n'a nul besoin de considerer ces figures, puis que la nature
des consonances n'est autre chose que le rapport de plusieurs
mouuemens d'air, qui sont agreables à l'oreille ou à
l'esprit, comme i'ay demonstré dans le liure des Consonances;
et consequemment la consideration des figures de Kepler,
n'est nullement necessaire pour l'intelligence de la Musique.
COROLLAIRE V.
Il n'est pas besoin d'expliquer les Consonances qui se
rencontrent dans le mouuement, ou dans la distance des
Astres, tant par ce que i'en ay parlé assez amplement dans le
second liure du traité de l'harmonie Vniuerselle, depuis le
4. Theoreme iusques au 9, que d'autant que les mouuemens des
astres ne sont pas assez cogneus pour sçauoir s'ils font les
Consonances iustes. Quant à leurs distances d'auec la terre,
on les sçait encore moins que leurs mouuemens, de sorte que
l'on ne peut rien demonstrer en cette matiere; et
l'experience enseigne que le diametre des Planettes est
beaucoup moindre que l'on ne se l'imagine, à raison que leurs
rayons nous trompent, et que les lunettes d'approche
empeschent lesdits rayons, car le diametre de Iupiter a
seulement vne minute, quoy qu'il semble en auoir trois, lors
que l'on n'vse pas de ces lunettes, de sorte que Kepler a eu
suiet de reformer les mesures et les distances qu'il donne
aux Planettes, et consequemment leurs Consonances ou leurs
Dissonances: d'où l'on peut conclure que le cube qu'il met
entre [signum] et [signum], le tetraëdre entre [signum] et
[signum], le dodecaëdre entre [signum] et la terre,
l'icosaëdre entre la terre et Venus, et l'octaëdre entre
[signum] et [signum] ne sont pas assez bien establis pour
seruir à d'autres consonances, qu'aux imaginaires.
[-32-] PROPOSITION XII.
Expliquer la figure du Monochorde, et toutes ses
diuisions.
SI l'on entend les Propositions precedentes, il n'est pas
besoin d'expliquer icy le Monochorde, d'autant que i'en ay
discouru si amplement et si exactement, que l'on n'y peut (ce
me semble) rien desirer, si ce n'est que les Practiciens
croyent que les discours en soient trop speculatifs. L'on
void aussi la maniere de le construire sur la fin de la
quatriesme Proposition, ou i'ay expliqué la regle harmonique
de Ptolomée; neantmoins i'en mets encore icy vne figure
particuliere, afin de m'accommoder tellement à la Pratique et
à l'vsage, qu'il n'y ait nul Facteur d'instrumens ou
Musicien, qui ne le comprenne aussi bien que moy, et qui ne
puisse restablir la Musique par son moyen, encore qu'elle
fust toute perduë et effacée de la memoire des hommes.
Soit donc le Monochorde I G L, de telle longueur et
largeur que l'on voudra, sur lequel la chorde A B soit
attachée en haut à vne pointe de fer, et en bas à la chenille
G, afin qu'elle monstre tous les interualles de la Musique
par le moyen de 24. cheualets, au lieu desquels l'on peut
vser d'vn seul en le menant tout au long de la chorde depuis
ses deux cheualets immobiles A C et B D, qui determinent la
longueur de cette chorde, à laquelle i'ay seulement donné 7
pouces et 1/4 de longueur, que l'on peut redoubler et
multiplier tant de fois que l'on voudra: par exemple, si l'on
veut que la chorde soit 16. fois plus longue, il faut prendre
16 fois la longueur de celle-cy, et par consequent il faut
faire chaque diuision 16 fois plus grande que celles qui sont
sur ce Monochorde, dont l'vsage consiste à trouuer les lieux,
où il faut poser et arrester le cheualet souz la chorde A B
ou C D, pour ouyr telle consonance et dissonance, ou tel
interualle que l'on voudra, afin de les transporter apres sur
toutes sortes d'instrumens, tant à chordes qu'à vent, et de
considerer les nombres, les lignes et les raisons, qui
expliquent, ou constituent tous les degrez harmoniques, et
qui sont signes ou causes du plaisir que l'on en reçoit. Or
il faut premierement remarquer que les trois chordes, qui
sont tenduës dessus, sont de mesme longueur, et que les
mesmes degrez qui sont sur la chorde A B sont aussi sur la
chorde C D, mais auec cette difference, que les degrez qui
sont en bas sur C D se treuuent au haut de B A, sur laquelle
ils vont à rebours de ceux de C D. Ce qui n'a pas esté fait
sans suiet.
En second lieu, il faut remarquer que la seconde chorde F
qui est au milieu, n'a nulle diuision, afin qu'elle
represente tousiours le son entier, et qu'elle sonne à vuide
contre toutes les diuisions des deux autres chordes, et quant
et quant que l'on s'imagine plus aysément que les 48
cheualets immobiles de ces deux chordes peuuent estre
suppléez par vn seul cheualet mobile, que l'on pourmeine souz
la chorde F: par où l'on void que le mouuement est le grand
ressort de la nature, et qu'il peut autant qu'vne infinité de
corps.
En troisiesme lieu, les cheuilles G seruent à bander et à
desbander ces trois chordes, afin de les mettre à l'vnisson,
soit qu'on les fasse d'intestins des moutons ou de leton, car
il n'importe nullement, quoy qu'il soit assez à propos d'en
mettre vne de Luth, et l'autre d'Epinette, afin de remarquer
la diuersité [-33-] de leurs sons. En quatriesme lieu, C D et
B A ont chacune 24 cheualets ou diuisions, qui marquent 24
interualles, dont le premier est depuis A iusques au premier
cheualet I; car les degrez de cette chorde commencent en
haut, comme ceux de B D commencent en bas.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 33; text: A, B, C, D, E,
F, G, H, I, K, L, M, N, O, c, d, e, f, g, 1, 2, 3, 4, 5, 6,
7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22,
23, 24, 45, 90, 180, 192, 216, 240, 270, 288, 324, 360, 384,
432, 480, 540, 576, 648, 720, 768, 864, 960, 1080, 1152,
1180, 1296, 1440]
[MERHU3_1 05GF]
Or ce premier degré fait le ton mineur, c'est à dire que
la chorde entiere C D sonnant à vuide fait le ton mineur
contre la chorde qui touche au premier D d'en bas: comme l'on
void au nombre marqué vis à vis, lequel est au nombre qui
signifie toute la chorde, comme 9 à 10: ce qui arriue
semblablement à la chorde A B, qui fait le mesme degré contre
le premier cheualet d'enhaut, mais elle fait le ton maieur
contre le second cheualet, de sorte que le 1. et le 2.
cheualet font l'interualle du comma, qui est la difference du
ton maieur et du mineur.
Le troisiesme cheualet fait la Tierce maieure auec la
chorde entiere; le 4 fait la Quarte, le 5. la Quinte, le 6.
la Sexte maieure, le 7 la Septiesme maieure, et finalement le
8. cheualet fait l'Octaue. Il n'est pas necessaire
d'expliquer les cheualets qui suiuent, car ils font seulement
les repliques des precedens; par exemple le quinziesme
cheualet fait la 2. Octaue, que l'on appelle la Quinziesme;
le 22. fait la troisiesme Octaue, le 23. fait la quatriesme,
et le 24. ou dernier fait la cinquiesme Octaue: ce que l'on
trouue esgalement sur les chordes diuisées, pourueu que l'on
suppose que celle du milieu sonne tousiours à vuide contre
les cheualets precedens.
Ie laisse plusieurs rencontres qui se font des cheualets,
ou des sons de la chorde A B comparée auec C D, qui peuuent,
donner du plaisir à ceux qui les considereront: par exemple,
que le 3. cheualet qui fait le ton maieur sur la chorde D C,
fait la Vingt-deuxiesme, ou la troisiesme Octaue sur A B: que
le Dix-septiesme cheualet qui fait la dix-septiesme maieure
sur l'vne, fait la Tierce maieure sur l'autre: que le 4.
cheualet, qui fait la Quarte sur C B, fait la double Octaue
sur A B: que le 12. cheualet, qui fait la Douziesme sur A B,
fait la Quinte sur C D, et cetera. Par où l'on void ce que
fait la chorde entiere contre chaque cheualet, et chaque
cheualet contre ce qui reste de la chorde. Or encore [-34-]
que ce Monochorde marque seulement les degrez du genre
Diatonic, il est aysé d'y marquer ceux du Chromatic et de
l'Enharmonic, comme i'ay fait sur vn Monochorde de quatre
pieds, qui contient ces trois genres en perfection, desquels
i'ay seulement pris le Diatonic pour le transporter en petit
volume sur cette figure, dont l'espaisseur est marquée par A
H, B I. Mais il faut prendre la longueur de ses trois chordes
depuis le haut des deux sillets ou cheualets, qui bornent le
son desdites chordes, c'est à dire depuis A iusques à B. Et
si l'on veut renforcer le son des chordes, l'on peut faire
quelque ouuerture sur la table, ou aux costez du Monochorde,
semblable à la rose des Luths, ou à l'ouye des Harpes ou des
Violes, comme l'on peut vser de cheuilles de fer semblables à
celles des Epinettes, afin de les bander auec vn marteau.
Quoy qu'il en soit, il suffit que l'on trouue toutes
sortes d'interualles, et de degrez dans leur iustesse sur le
Monochorde, de quelque matiere qu'il soit, et quelque figure,
ou quelque nombre de chordes qu'il puisse auoir, car le
nombre des chordes n'empesche pas que l'on ne l'appelle
Monochorde, par ce qu'elles sont toutes à l'vnisson, quoy
qu'il importe fort peu quel nom l'on luy donne, pourueu que
l'on en entende l'vsage et la pratique.
Quelques-vns y mettent 8 chordes, et d'autres 15, ou
autant que sur l'Epinette, afin de pouuoir ouyr tous les
interualles de la Musique en mesme temps, mais le tout
reuient à vne mesme chose. Quant aux plus grands nombres, qui
sont vis à vis des cheualets de la chorde C D, ils continuent
les raisons de toutes ses diuisions: de sorte que les nombres
qui suiuent de bas en haut, c'est à dire d'A en B, signifient
la longueur des chordes appuyées sur chaque cheualet. Or ie
remarqueray plusieurs autres choses dans les Corollaires qui
suiuent, afin que l'on comprenne plus parfaitement toutes les
diuisions de ce Monochorde, apres auoir aduerty que cette
figure sert dautant de particuliers Monochordes, comme elle a
de cheualets, dont chacun suppose tousiours vne nouuelle
diuision de la chorde; mais toutes ces diuisions se
rapportent au plus grand nombre de chaque chorde, lequel
monstre en combien de parties elle doit estre diuisée pour
auoir, et pour faire entendre les 25. degrez, qui sont
marquez par les cheualets, ou par les diuisions de ce
Monochorde.
COROLLAIRE I.
Le comma qui est la difference du ton maieur et du mineur,
et dont la raison est de 81 à 80, est seulement marqué sur la
premiere Octaue des chordes A B et C D, comme l'on void entre
leurs 2 premiers cheualets, c'est pourquoy il n'y a que cette
premiere Octaue qui ait 9 sons ou 8 interualles, parce que
l'interualle du comma eust esté trop petit dans les autres
Octaues: quant aux deux autres Octaues qui suiuent, elles
n'ont que 8 sons et 7 interualles, à raison de l'absence du
comma: d'où il s'ensuit que le premier degré de chacune de
ces deux Octaues fait le ton mineur, comme le second fait le
maieur, afin que la Tierce maieure soit iuste depuis C sol vt
fa iusques à E mi la. Quant aux autres endroits où le comma
se doit rencontrer pour auoir les trois genres dans leur
perfection, i'en ay parlé dans les liures de la Theorie; et
puis i'en feray encore des discours dans le traité du Luth,
de l'Epinette et de l'Orgue. Or encore que ie n'aye point mis
de dieses, ny de demy-tons mineurs, [-35-] moyens, et maximes
sur ces deux chordes, il est neantmoins assez aysé de les y
marquer, si l'on entend ce que i'ay dit de ces demy-tons, et
des autres moindres interualles dans les autres Liures.
COROLLAIRE II.
Si l'on veut laisser les degrez des Octaues, et que l'on
vueille seulement marquer leurs sons extremes, les cinq
nombres 1, 2, 3, 4, et 5 monstrent les cinq Octaues, qui sont
marquées sur la 1. et la 3. chorde; et si l'on veut seulement
ouyr vne consonance, par exemple la Quinte, le cinquiesme
cheualet G la fera entendre contre toute la chorde, que l'on
trouuera diuisée en trois parties, qui font la Quinte contre
deux de ses parties: et si l'on veut trouuer le ton, le
premier cheualet le fera ouyr, et la chorde se trouuera
diuisée en 10. parties, qui font le ton mineur contre les 9
parties, et ainsi des autres. Mais il faut remarquer que les
deux cheualets qui portent la chorde, ne sont pas icy mis au
nombre des cheualets qui seruent à trouuer les degrez.
PROPOSITION XIII.
Expliquer la difference et la distance qu'il y a d'vne
consonance, ou d'vne dissonance à l'autre par le moyen du
Monochorde; et la maniere dont il faut diuiser vne mesme
chorde en deux parties pour faire toutes sortes de
consonances et de dissonances.
CEtte Proposition n'est pas difficile, encore qu'elle soit
digne de consideration, car lors que l'on veut trouuer
quelque consonance ou dissonance sur vne mesme chorde, il la
faut diuiser en autant de parties esgales qu'il y a d'vnitez
dans les deux termes qui constituent la dissonance ou la
consonance: par exemple, si l'on veut trouuer l'Octaue sur
vne chorde, il la faut diuiser en trois parties, afin que le
doigt estant mis sur la fin des deux parties fasse l'Octaue,
et que la plus grande partie qui est double de la moindre
fasse le son plus graue de ladite Octaue. Il la faut diuiser
en cinq parties pour faire la Quinte, puis que ses termes 2
et 3 font 5. Il faut dire la mesme chose de la Quarte que
l'on trouue sur la chorde diuisée en 7 parties; de la Tierce
maieure, qui se marque auec la chorde diuisée en 9, et de la
Tierce mineur, qui diuise la mesme chorde en vnze parties, et
cetera.
Mais quand on veut trouuer deux ou plusieurs consonances
sur vne mesme chorde, par exemple l'Octaue, et la Quinte. il
faut multiplier la somme des termes de l'vne par la somme des
termes de l'autre; et consequemment il faut multiplier 5 par
3 pour auoir 15, qui signifient qu'il faut diuiser la chorde
en 15 parties pour y trouuer l'Octaue et la Quinte; car si
l'on met le doigt dessus 10, l'on fera l'Octaue, d'autant que
2/3 de la chorde sonneront contre 1/3: et si l'on le met sur
9, l'on fera la Quinte; d'où l'on peut conclure que la Quinte
n'est differente de l'Octaue que de l'vnité: ce qui arriue
aussi toutes et quantes fois que l'on compare quelqu'autre
dissonance auec celle qui la suit, ou qui la precede
immediatement. Car si l'on en passe vne, deux, ou trois, la
difference des deux que l'on comparera, sera le binaire, et
celle des trois sera le ternaire, et cetera par exemple, pour
trouuer l'Octaue et la Quarte sur vne mesme chorde, il faut
multiplier 7 par 3 pour auoir 21, qui monstre que la [-36-]
chorde diuisée en 21 partie donne l'Octaue en mettant le
doigt sur 14, et la Quarte, en le mettant sur 12: qui est
moindre que 14 de deux vnitez. Si l'on veut rencontrer la
Quinte, et la Quarte sur la mesme chorde, il la faut diuiser
en 35 parties esgales, parce que 7 multiplié par 5 fait 35:
car le doigt mis sur 21 fait la Quinte, comme il fait la
Quarte quand on le met sur 20. Il faut neantmoins remarquer
que la partie dont la Quinte est plus grande que l'Octaue,
n'est pas la mesme que celle dont la quarte surpasse la
Tierce maieure; car la premiere est 1/15, et la seconde est
1/55. Il faut dire la mesme chose des autres dissonances ou
consonances, dont les differences sont expliquées par des
parties d'autant moindres, que leurs termes s'expriment par
de plus grands nombres.
Or il y a icy plusieurs choses à remarquer, dont i'en
expliqueray seulement quelques-vnes, qui seruiront pour
entendre et pour trouuer les autres. Ie dis donc premierement
que l'Octaue n'est differente de la Sexte maieure que de
l'vnité, non plus que la quinte, lors que l'on suit cette
methode, car 3 multipliant 8, qui est la somme des termes de
ladite Sexte, donne 24; or le doigt estant mis sur 16, il
fait l'Octaue, et si l'on le met sur 15 il donne la Sexte
maieure. Mais quand on compare l'Octaue auec la Sexte
mineure, il faut diuiser la chorde en 39 parties, afin que le
doigt estant mis sur 26 fasse l'Octaue, et estant mis sur 24
qu'il fasse la Sexte mineure, qui est esloignée de l'Octaue
de 2 parties, comme la Quarte. Par où l'on void que les
raisons surpartissantes suiuent icy les mesmes loix que les
surparticulieres, lors qu'on les compare, ou qu'on les ioint
auec les raisons multiples.
Ie dis en second lieu, que si l'on veut trouuer trois, ou
plusieurs consonances sur vne mesme chorde, il faut
multiplier les parties de la chorde diuisée en deux
consonances par la somme des termes de la troisiesme
consonance, et ainsi des autres: par exemple, si l'on veut
trouuer l'Octaue, la Quinte, la Quarte et la Tierce maieure,
il faut multiplier 5 par 3 pour auoir 15, et 15 par 7 pour
auoir 105, et finalement 105 par 9 pour auoir 945, qui
signifie que la chorde doit estre diuisée en 905 parties
esgales pour seruir de Monochorde aux quatre susdites
consonances, dont l'Octaue se trouuera sur 626, qui font les
2/3 de 945. Le doigt estant mis sur 567 donnera la Quinte, si
on le met sur 540, l'on aura la Quarte: et finalement si on
le met sur 525, l'on fera la Tierce maieure. D'où il est aysé
de conclure en combien de parties l'on doit diuiser vne
chorde pour la faire seruir à toutes les consonances, et à
toutes les dissonances: car si l'on multiplie le nombre qui
donne les 4 susdites consonances, par 11, c'est à dire par la
somme des termes de la Tierce maieure, et puis par 8 et par
13, qui font les sommes des termes de la Sexte maieure et de
la mineure, l'on aura 1081080 pour le nombre des parties
esgales d'vne chorde, qui donnera les 7 simples consonances
de la Musique.
Il n'est pas necessaire d'adiouster la maniere de trouuer
les dissonances sur vne mesme chorde, puis qu'elle n'est
nullement differente de la precedente, car puis que la somme
des termes du ton maieur est 17, et celle des termes du
mineure est 19, il est euident qu'il faut multiplier 19 par
17 pour auoir la chorde diuisée en 323 parties esgales,
laquelle estant touchée sur sa 171. partie fera le ton
maieur, et le mineur sur sa 170: par où l'on void que ces
deux tons ne different que de l'vnité, comme font deux
consonances qui se suiuent immediatement. Si l'on veut encore
trouuer le demy-ton maieur sur la mesme [-37-] chorde, il
faut multiplier le nombre precedent par 31 qui est la somme
des termes du demy-ton pour auoir 10013.
Troisiesmement il faut remarquer que la Trompette suit en
ses interualles la diuision de la chorde dont nous venons de
parler, afin d'aller selon l'ordre naturel des nombres, car
elle fait premierement l'Octaue, et puis la Quinte, la
Quarte, et cetera comme i'ay desia dit ailleurs, et comme ie
demonstreray dans le liure de la Musique militaire, où ie
feray voir quc le 6. interualle, ou le 7. son de la Trompette
fait le ton maieur, comme ledit son est esloigné de 7 vnitez
du premier son de la Trompette; car la chorde estant diuisée
en 51 parties esgales, et le doigt estant mis sur 34 il fait
l'Octaue: mais il faut le mettre sur 27 pour faire le ton
maieur, or 34 est esloigné de 27 de 7 vnitez. Si l'on met
l'Octaue auec le ton mineur sur la mesme chorde, l'on
trouuera que l'Octaue est esloignée de ce ton de 8 vnitez, et
du demy-ton maieur de 12 vnitez: ce qu'il suffit d'auoir
remarqué pour trouuer tout ce que l'on voudra sur le
Monochorde, par le moyen de toutes sortes de diuisions.
COROLLAIRE.
Si l'on entend cette Proposition, l'on pourra diuiser
toutes sortes de chordes ou de lignes en tant de parties
esgales que l'on voudra sans compas, car si l'on met le doigt
dessus, et que l'on fasse le ton maieur, l'on peut dire
qu'elle est diuisée en 17 parties esgales, dont la plus
grande partie en contient 9, et la moindre 8; il faut dire la
mesme chose de toutes les autres diuisions, comme lors qu'on
la veut diuiser en 31. partie par le moyen du demy-ton
maieur, que l'on marque sur vne mesme chorde, ou en 15
parties lors qu'on vse de deux chordes, et cetera. Or puis
que ie ne veux rien obmettre de tout ce qui concerne les
Monochordes, i'en veux encore adiouster vn en faueur des
Aristoxeniens qui diuisent l'Octaue en 12 demy-tons esgaux,
comme ie monstre dans la 5, 6, et 7. Proposition du traité
des Luths et des Tuorbes.
PROPOSITION XIV.
Expliquer vn autre Monochorde qui sert pour diuiser le
manche du Luth, de la Viole, du Cistre et de tous les autres
instrumens à manches touchez en 9, 10, ou 12. demy-tons
esgaux, et pour faire le Diapason des Orgues.
I'Ay expliqué tous les interualles suiuant leur perfection
et leur iustesse dans les Propositions precedentes, de sorte
qu'il reste seulement à les faire voir dans l'esgalité des
demy-tons, et des tons qui seruent pour euiter l'embarras
d'vne grande multitude d'interualles, qui naissent de la
difference des consonances, et des degrez harmoniques
considerez dans leurs termes et leurs raisons ordinaires. Or
ce Monochorde est dautant plus considerable qu'il est plus
vtile et plus aysé, c'est pourquoy ie le mets icy dans la
plus grande iustesse que l'on puisse se l'imaginer: ce que ie
fais par les nombres que Monsieur Beau-grand tres-excellent
Geometre a pris la peine de supputer, parce qu'ils sont plus
iustes que ne seroient les vnze moyennes proportionnelles, à
raison que le papier s'estend, et que l'oeil et le compas ne
peuuent donner vne si grande precision que les nombres. Ie
mets donc premierement [-38-] les vnze nombres qui
representent les 11. moyennes proportionnelles comprises
entre 200 000, et 100,000, c'est à dire entre les deux termes
de l'Octaue: et afin qu'on les entende mieux i'adiouste
deuant lesdits nombres les 13. lettres ou caracteres, qui
signifient les 13 sons qu'elle a dans la diuision des
instrumens, en commençant en bas par G re sol vt, quoy que
l'on puisse commencer par telle lettre que l'on voudra: par
exemple, l'on peut commencer par A mi la re, comme ie feray
aux autres nombres.
Monochorde Harmonique d'egalité composé d'onze nombres
moyens proportionnels irrationels.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 38; text: 1, 2, 3, 4, 5,
6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, A, B, C, D, E, F, G, c, d, f, g,
100,000. cccc. cc. 2, qq. 32, q. 128, 4, 8, 32, 2048,
200,000.] [MERHU3_1 06GF]
Or encore que les nombres qui suiuent ne soient pas si
exacts, ny si iustes que les precedens, ils en approchent
neantmoins si pres qu'ils ne manquent pas d'vne
cent-milliesme partie, laquelle est bien loin au delà des sens:
c'est pourquoy l'on peut les prendre pour les vrayes lignes
moyennes proportionnelles, et les accommoder aux touches du
Luth et des autres instrumens.
Monochorde ou Diapason des touches.
a 100,000. c. 100,000. n
[x]g 105946 [sqb] 105945 m
G 112246 b 112245 l
[x]f 118921 A 118920 k
F 125993 [x]g 125992 i
E 133481 G 133480 h
[x]d 141422 [x]f 141421 g
D 149830 F 149829 f
[x]c 158741 E 158740 e
C 168179 [x]d 168178 d
[sqb] 178172 D 178171 c
b 188771 [x]c 188770 b
A 200,000. C 200,000.
Les premiers nombres de la 2. colomne sont plus grands, et
les seconds de la 4. sont moindres que les irrationaux: quant
aux lettres ou notes de la Gamme, ou de la main Harmonique,
il n'importe par où l'on commence, puis que tous les tons et
les demy-tons sont esgaux, c'est pourquoy i'ay commencé
cy-dessus par G re sol, et icy par A mi la re qui est dans la 1
colomne, et par C sol vt dans la 3: et l'on sçait que chaque
son des instrumens est indifferent et commun à toutes sortes
de notes et de lettres: surquoy il faut remarquer pour
l'intelligence de la diuision des manches, que l'on doit
supposer que l'espace compris entre le cheualet et le sillet
soit diuisé en 200,000 parties égales pour [-39-] representer
la chorde à vuide, dont 11230. estant ostez l'on a 188770
pour la premiere touche, c'est à dire pour le b, et si l'on
oste 10599 de cette premiere touche 188770, il reste 178171
pour la touche de c, laquelle est plus aiguë d'vn demy-ton
que le b. En troisiesme lieu, si l'on oste 9993 du nombre de
c, l'on a 168178 pour la troisiesme touche d. Et puis on a la
4. touche e en ostant 9438 de d, et la 5. f en ostant 7911 de
la touche e. L'on marque la touche g par 141421, qui fait la
Quinte auec la chorde à l'ouuert, comme ie diray dans le
traité du Luth. Il faut dire la mesme chose des autres
touches, comme l'on void dans la 5. colomne de la table
precedente, qui contient 12 touches depuis b iusques à n,
laquelle est la douziesme, et qui fait l'Octaue auec les
chordes à vuide. Et si l'on vouloit adiouster vne 13, 14, et
15 touche, et cetera comme l'on fait au Cistre, dont nous
parlerons apres, il faudroit seulement prendre la moitié des
nombres de la touche b, c, d, et cetera.
Mais l'on entendra mieux tout ce discours par la figure
que ie donneray au traité de l'Orgue, qui contient autant de
differens Monochordes que de colomnes, dont la premiere se
void dans la premiere colomne, qui diuise l'Octaue en 12
demy-tons esgaux par le moyen d'onze moyennes
proportionnelles, qui sont entre la chorde ou la ligne
[signum], et la chorde 500 [signum], lesquelles sont marquées
par les 11 nombres 944, 891, 842, et cetera qui monstrent les
touches b, c, d, et cetera dont on peut vser pour mettre les
touches sur le manche des instrumens. Quant aux autres
colomnes, il est si aysé de les entendre par le moyen de
leurs nombres, et particulierement par la 10, dans laquelle
est le nom de chaque interualle, qu'il n'est pas besoin d'en
parler: ioint que l'on peut voir vne plus ample explication
de cette figure dans le liure de l'Orgue: or ie donneray
encore la ligne Harmonique dans vn autre lieu, laquelle
seruira pour diuiser tous les manches des instrumens
tres-iustement et tres-promptement. Mais puis que nous auons mis
la raison des consonances, et des dissonances dans les
nombres vulgaires, dont on vse ordinairement, par exemple la
Quinte de 3 à 2, la Quarte de 4 à 3, le ton maieur de 9 à 8,
et le mineur de 10 à 9, et cetera et qu'en effet elles se
trouuent tres-iustes dans ces nombres, il faut voir si celles
de ce Monochorde d'esgalité sont si esloignées des autres,
que l'ouye soit capable d'en iuger, et si cette difference
peut offencer les oreilles delicates des Facteurs, et de ceux
qui ioüent des instrumens.
PROPOSITION XV.
Determiner de combien les interualles du Monochorde
d'esgalité sont moindres, ou plus grands que ceux du
Monochorde Harmonique, et si l'oreille peut en apperceuoir
les differences.
IL est certain qu'il ne suffit pas d'auoir proposé vn
Monochorde tres-facile pour esgaler tous les interualles, si
quant et quant il n'est assez iuste pour contenter l'oreille,
et pour satisfaire aux Practiciens, et à ceux qui
maintiennent que le comma est tres-sensible dans les
parfaites consonances, c'est à dire lors qu'elles sont
moindres, ou plus grandes qu'il ne faut d'vn comma. C'est
pourquoy ie considere premierement les grands nombres 200000,
et 133480 qui doiuent faire la Quinte comme la chorde à vuide
auec la touche h; or il est euident que ce moindre nombre est
plus grand qu'il ne doit de 146 parties ou enuiron, car le
nombre 133333 1/3 fait la Quinte iuste de 2 à 3 auec [-40-]
200000, et puis il est certain que 146 n'est que
1/985 partie
de ce nombre, et consequemment que la Quinte n'est trop
foible que de 1/915 partie; de sorte que si cette partie
n'est pas sensible, il s'ensuit que cette Quinte est aussi
bonne que si elle estoit iuste. Il faut conclure la mesme
chose de la Quarte, et des autres interualles, dont les
termes ne different pas dauantage dans les vrays termes
Harmoniques, que ceux de la Quinte: mais afin que nous
prenions toutes choses à l'auantage de ceux qui ne croyent
pas que ce temperament d'esgalité soit assez iuste pour
l'harmonie, et pour diuiser les manches des instrumens, ou
pour couper et construire les tuyaux d'Orgue, Supposons que
les nombres de ce Monochorde qui doiuent faire la Quinte,
soient plus grands ou plus petits que les nombres iustes
d'vne 1/500 partie, au lieu qu'il est euident que le nombre
149830, qui fait la Quinte en bas auec 100000, n'est trop
grand que de 1/881, ce qui arriue semblablement aux autres
Quintes, qui sont si peu diminuées qu'elles n'offensent
nullement l'oreille, comme l'on experimentera
perpetuellement, car si l'on approche, ou si l'on esloigne la
touche de la quinte d'vne huict-centiesme, ou mesme de
11/500
partie de la chorde prise depuis le cheualet iusques à ladite
touche, la difference des deux sons qu'elle fera ne sera pas
sensible, ou du moins elle n'offencera nullement l'oreille.
Or ie demonstre que cette difference n'est pas sensible,
parce que cette difference est moindre que celle des nombres
qui font le quart d'vn comma, comme l'on void entre 360 et
361, qui monstrent 1/4 de comma assez precisément, car les
meilleures oreilles ne peuuent apperceuoir vn moindre
interualle, et neantmoins 361 excede 360 de
1/36, au lieu
que les termes de la quinte temperée par ces nombres
proportionnels ne s'excedent pas de 1/500 partie, et qu'à
peine on y trouuera la difference de la dixiesme partie d'vn
comma. Ie laisse les interualles des autres consonances,
comme du Diton, et ceux des dissonances, par exemple ceux des
tons et des demy-tons, parce qu'il est tres-aysé de trouuer
leurs differences d'auec les iustes interualles. I'adiouste
seulement que la Quarte qui est de 200000 à 149830, est aussi
augmentée comme la quinte de 149830 à 100000 est affoiblie.
semi-ton mineur semi-ton maieur
104166 2/3 105946 106666 2/3
100000 100000 100000
ton mineur ton maieur
111111 1/2 112246 112500
L'on peut voir le reste dans les tables qui suiuent, dont
les premiers et les derniers nombres contiennent les termes
iustes des consonances, et ceux du milieu monstrent les
termes proportionnels, qu'il est aysé de comparer auec les
autres, afin de voir si le demyton, et le ton proportionnel
surpassent dauantage le demy-ton et le ton mineur, qu'ils ne
sont surmontez du demy-ton, et du ton maieur. Ie mets encore
icy les nombres
de toutes les simples consonances pour le
mesme suiet.
Tierce mineure Tierce maieure Quarte
120,000 118921 125000 125993 15000 149830
200000 200000 200000 200000 200000 100000
Sexte mineure Sexte maieure Quinte
125000 125993 120000 118921 150000 149830
[-41-]
[x]c 944
D 891
[x]d 842
E 794
F 750
[x]f 708
G 668
[x]g 630
A 595
B 562
[sqb] 531
C 500
Mais ceux qui n'ayment pas les grands nombres, se peuuent
seruir des moindres
qui sont dans la premiere colomne de la
figure precedente, à sçauoir de ceux qui suiuent, et qui sont
assez precis pour marquer les touches sans offenser
l'oreille: dont il n'est pas besoin de parler plus au long,
d'autant que ie traitteray encore du temperament des
instrumens dans le liure du Luth, et dans celuy de l'Orgue;
c'est pourquoy ie reuiens au reste des considerations qui
appartiennent au Monochorde Harmonique, dont les termes sont
en leur grande iustesse, afin qu'il n'y ayt rien de
considerable dans les interualles tant consonans que
dissonans, qui ne soit parfaitement entendu par ceux qui
prendront la peine de lire les liures precedens, et ceux qui
suiuent.
COROLLAIRE I.
Cette diuision du manche des instrumens de Musique n'est
pas nouuelle, puis que tous les Facteurs, et ceux qui les
touchent en vsent ordinairement sans en sçauoir la raison; de
sorte que l'on peut dire que les nombres precedens, qui
respondent aux 11 moyennes proportionnelles, ne sont autre
chose que ce qui se pratique sur le manche du Luth et de la
Viole; neantmoins ils sont vtiles pour diuiser les manches
plus seurement, plus exactement, et plus viste que l'on ne
fait, sans qu'il soit besoin de taster peu à peu, car si l'on
marque ces nombres sur vn compas de proportion fait de leton
ou de bois, dont chaque branche ait vn pied de long, l'on
aura plustost mis les touches dans leur plus grande iustesse
sur vne centaine de manches, que les Facteurs ne les posent
sur vn seul instrument. Et si l'on prend la liberté de
composer en Musique selon cette diuision, l'on trouuera qu'il
n'y a nulle fausse Quarte, nulle Quinte, et nulle Octaue
superfluë ou diminuée, parce que la fausse Quarte des
instrumens fait la Tierce maieure, la fausse Quinte fait le
Triton, la superfluë fait la Sixiesme mineure, la fausse
Octaue n'est autre chose que la Septiesme maieure, et la
superfluë fait la Neufiesme mineure: et consequemment la
composition en sera beaucoup plus aysée, et plus agreable, et
mille choses seront permises que plusieurs croyent estre
deffenduës: ce qui n'empesche nullement la speculation
suiuant les raisons des consonances dont i'ay parlé
cy-deuant, puis que l'objet de l'entendement est bien different
de celuy des sens.
COROLLAIRE II.
Ie traiteray encore de l'esgalité des tons, et des
demy-tons dans la 5, 6, et 7. Proposition du 2. liure des
instrumens, où l'on verra qu'Aristoxene a suiuy cette
diuision, et où i'expliqueray plusieurs manieres de diuiser
l'Octaue, la Sexte mineure, ou les autres interualles
consonans ou dissonans en
douze
demy-tons esgaux: ce que l'on
peut aysément appliquer aux quarts de ton, car si l'on trouue
vn nombre moyen proportionnel entre les 13 nombres precedens
pour remplir leurs 12 interualles, il n'y a nul doute que
l'on aura 25 nombres proportionnels, qui diuiseront l'Octaue
en 24 quarts de ton, dont il sera aysé d'vser pour le genre
Enharmonique, soit sur le manche des instrumens touchez, ou
sur les autres. Ce qui n'empeschera pas que ie ne donne la
[-41v-] maniere de diuiser le manche des instrumens, selon les
vrayes raisons de l'harmonie dans le traité du Luth et du
Cistre, car puis que ie traite si generalement de la Musique,
il est raisonnable que ie n'obmette rien de tout ce qui peut
luy apporter quelque sorte de perfection. Mais auant que de
donner les autres instrumens, i'explique icy plusieurs choses
qui appartiennent à leurs chordes, afin que l'on sçache vne
partie de ce qui leur conuient à tous en general.
PROPOSITION XVI.
Determiner quelle est la force de toutes sortes de
chordes, quelque longueur ou grosseur qu'elles puissent
auoir; et trouuer quelle est l'estenduë de leurs sons depuis
le premier ou le plus graue iusques au plus aigu; par
consequent donner le poids necessaire pour rompre chaque
chorde donnée: de plus, trouuer le poids qui donne vne esgale
tension à toutes sortes de chordes, ou differentes tensions
selon la raison donnée.
CEtte Proposition peut estre diuisée en trois parties,
dont la premiere monstre la force des chordes considerées
selon leur seule longueur, et quelle est l'estenduë de leurs
sons depuis le plus graue iusques au plus aigu. La seconde
fait voir la force des chordes considerées selon leur
grosseur, et quel poids est necessaire pour rompre toutes
sortes de chordes données, quelque grosseur ou force qu'elles
puissent auoir. La troisiesme enseigne si l'on peut
cognoistre quand deux chordes differentes en longueur ou
grosseur sont esgalement tenduës, et quel poids ou quelle
force est necessaire pour les bander esgalement, ou pour leur
donner des tensions qui ayent telle raison que l'on voudra.
Il faut determiner la premiere partie par l'experience,
laquelle monstre le poids qui peut rompre chaque chorde
donnée, et la chorde qui peut porter le poids donné. Voicy
les experiences que i'en ay fait, en obseruant toutes les
circonstances necessaires pour ce subiet; d'où l'on conclura
quelle est la force de chaque chorde. Premierement la chorde
d'or pur, dont le diametre est 1/6 de ligne, comme est celuy
des autres chordes, a vne Onziesme d'est enduë, et porte 23
liures auant que de rompre: l'or meslé a la mesme estenduë de
son, et porte le mesme poids: car s'il y a de la difference,
elle est insensible. La chorde d'argent porte autant de poids
que celle d'or, et neantmoins elle n'a qu'vne Dixiesme
d'estenduë. La chorde de fer a vne Dix-neufiesme d'estenduë,
et porte seulement 19 liures auant qu'elle se rompe. En fin
les chordes de cuiure et d'airain portent 18 liures et demie.
Mais l'airain, c'est à dire le cuiure iaune ou le leton, a
l'estenduë d'vne Dix-huictiesme, et le rouge d'vne
Dix-septiesme seulement. D'où il est facile de conclure que les
chordes d'or, et d'argent sont plus molles que les autres, et
par consequent qu'elles s'alongent dauantage; de là vient
qu'elles ont vne moindre extension de son que les autres; ce
qui arriue semblablement à la chorde de cuiure rouge, mais
non si sensiblement qu'aux autres: c'est pourquoy les
experiences que l'on fait des sons, se trouuent plus iustes
sur les chordes de fer, que sur les autres, dautant que le
fer obeït moins et tient plus ferme, et apres luy le leton,
ou le cuiure iaune.
La seconde partie enseigne quelle est la force de chaque
chorde donnée; [-42-] par exemple, quelle force ont les
chordes doubles, triples, quadruples, et cetera et supposé ce
que i'ay dit et experimenté des chordes de toutes sortes de
metaux, à sçauoir si l'on peut dire combien porteront les
chordes doubles, ou quadruples des precedentes, car encore
qu'il semble que la chorde double en grosseur soit double en
force, et par consequent qu'elle puisse seulement porter deux
fois aussi pesant que la force double, neantmoins quand deux
simples forces sont iointes et vnies, il semble qu'elles
doiuent estre plus fortes, que lors qu'elles sont separées:
car plusieurs disent qu'ils ont remarqué que si l'on prend
deux hommes, dont chacun puisse seulement leuer vn poids de
cent liures, qu'ils pourront leuer vn poids de trois cens
liures, s'ils ioignent leurs forces.
D'où il s'ensuit, ce semble, que quand vne chorde est
double de l'autre, qu'elle doit soustenir vn poids triple de
celuy qui est soustenu par la souz-double; par exemple, si la
souz-double porte huict liures, la double en portera
vingt-quatre, ce qu'il faudroit aussi conclure des poûtres, et des
autres morceaux de bois, de pierre, et cetera. Or l'on peut
considerer cette force en deux manieres, premierement, quand
les chordes, ou les autres corps sont estendus
perpendiculairement de haut en bas, et que le poids est
suspendu à l'extremité d'en bas, l'autre extremité estant
attachée en haut, ou soustenuë de la main, ou auec
quelqu'autre instrument. Secondement, quand les chordes, ou
les autres corps sont estendus horizontalement, comme sont
les poûtres, et les soliueaux d'vn plancher, et les chordes
d'vn Monochorde couché parallelle à l'horizon.
Ie parleray seulement icy des chordes, et des autres corps
en la premiere façon, apres auoir supposé que le diametre de
mes chordes de metal, n'est que de la sixiesme partie d'vne
ligne: de maniere que la chorde de la grosseur d'vne ligne,
c'est à dire qui a vne ligne en son diametre, est trente six
fois aussi grosse que lesdites chordes, qui font de petits
cylindres; c'est pourquoy les chordes de mesme longueur ont
mesme raison que leurs bases, or la base de la chorde, qui à
son diametre d'vne ligne, contient 36 fois autant que la base
de la chorde, qui n'a que la sixiesme partie d'vne ligne pour
son diametre.
En suite de quoy il faut dire que si la chorde de fer,
dont ie me suis seruy, porte 19 liures auant qu'elle rompe,
que celle qui aura vne ligne en son diametre portera 19 fois
36 liures, c'est à dire 684 liures, supposé que les forces de
plusieurs chordes estant reünies et iointes ensemble, ne
soient pas plus grandes, que quand elles sont separées; ce
qui seroit veritable, si toutes les experiences se
rapportoient à celles que i'ay faites auec de la soye, car
deux fils de soye retords et ioints ensemble, ne portent pas
deux fois plus pesant que quand l'on prend l'vn de ces
filets: au contraire ie trouue qu'ils portent moins, et que
le mesme filet estant redoublé en 4, porte beaucoup moins que
quatre filets simples, soit que ce defaut vienne de ce que la
soye s'affoiblit en la tordant, ou que celle, dont ie me suis
seruy, ne soit pas vniforme, ou que les deux ou quatre filets
n'aydent pas esgalement, et en mesme temps à porter le poids,
et à resister à la force.
Il faudroit prendre des chordes de fer simples, doubles et
quadruples, pour faire les experiences plus iustes, car deux
filets retors sont seulement contigus: mais la chorde double
et quadruple de fer, ou de quelqu'autre metal a les forces de
deux, ou de quatre simples chordes si parfaitement coniointes
[-42v-] et vnies, qu'elles ne font qu'vne mesme force. Or
quand l'on aura verifié cette experience, il sera facile de
determiner quel poids rompra la chorde donnée, ou quelle
chorde il faudra pour porter le poids donné: ie dis seulement
que toutes les experiences que i'en ay fait, monstrent que
plusieurs chordes separées soustiennent vn plus grand poids,
que lors qu'elles sont vnies. La troisiesme partie considere
l'esgale tension des chordes, qui consiste à sçauoir de
combien la force, ou le poids doiuent estre plus grands pour
tendre vne chorde double, triple, ou quadruple en longueur ou
en grosseur d'vne esgale tension que la chorde souzdouble,
souztriple, souzquadruple, ou prise en telle raison que l'on
voudra, ce qui est difficile à determiner, car il semble d'vn
costé que le poids double doit tendre esgalement la chorde
double en longueur, ou en grosseur: et d'autre part que le
doigt ne treuue pas vne esgale tension aux chordes, car l'vne
paroist plus molle, et l'autre plus dure, ce qui monstre, ce
semble, que la tension est inesgale. A quoy ie responds que
plus la chorde est longue, et plus elle doit estre molle, et
s'approcher dauantage de la terre vers son milieu, quand elle
est tenduë horizontalement, encore qu'elle soit tenduë aussi
fort que la chorde plus courte, comme l'experience fait voir
aux chordes, qui sont attachées aux bateaux tirez par des
hommes, ou par des cheuaux, car quelque force que l'on
employe pour bander ces chordes, elles font tousiours vn
ventre, ou vn cercle au milieu, et ne peuuent se rendre
parallelles à l'orizon: car l'experience fait voir qu'elles
se rompent auant qu'elles soient paralleles; et supposé
qu'elles peussent endurer la violence necessaire à cette
tension parallelle, neantmoins elle n'est pas necessaire pour
les esgaler en tension auec celles qui sont si courtes,
qu'elles semblent estre parallelles à l'horizon, quand elles
sont tenduës auec vn poids esgal: de maniere que la
difficulté consiste seulement à sçauoir quel poids est
necessaire pour faire que la double chorde soit d'vne esgale
tension auec la souzdouble.
Car l'on sçaura quant et quant de combien il s'en faut que
la chorde double, quadruple, millecuple, et cetera ne soit
parallelle à l'horizon, quand elle est d'vne esgale tension
auec la chorde souz-double, souz-millecuple, et cetera et
selon quelles raisons ou proportions le milieu de ces chordes
tenduës s'approche de la terre, et quitte la ligne
parallelle. D'abondant l'on cognoistra combien il faut
multiplier la force, ou le poids qui tend les plus longues
chordes esgalement, afin qu'elles soient aussi parallelles à
l'horizon que les plus courtes. Si quelqu'vn desire sçauoir
si les chordes des bateaux sont bandées à proportion de
quelque petite partie des mesmes chordes que l'on rend
parallelles à l'horizon auec vn poids, supposé qu'il faille
doubler le poids pour tendre esgalement la chorde double en
longueur, il faut seulement mesurer la longueur de la plus
longue: car si elle est millecuple, il faudra vn poids ou vne
force millecuple pour la bander esgalement; mais s'il faut
que les poids suiuent la raison double, et que la chorde
longue d'vn pied ou d'vne toise soit tenduë auec vne liure,
il faudra 1000000 liures, c'est à dire vn million de liures,
pour tendre esgalement la chorde mille fois aussi longue.
Peut estre que la Musique nous donnera la resolution de ce
doute, supposé que l'vnisson ou les autres consonances nous
puissent seruir icy pour iuger de l'esgale tension, car nous
auons determiné ailleurs quel poids est necessaire pour
mettre deux chordes doubles, ou quadruples en longueur, et en
[-43-] grosseur à l'vnisson, à l'Octaue, ou à quelqu'autre
interualle que l'on voudra: ce qu'il faut icy supposer pour
l'intelligence de cette difficulté.
Premierement quand les chordes sont doubles en longueur,
il faut que la force ou le poids qui bande la chorde double
soit quadruple du poids qui bande la souz-double, lors qu'on
les veut mettre à l'vnisson; et si la chorde estoit quadruple
en longueur, il faudroit vn poids sexdecuple, c'est à dire
qui pesast seize fois autant que celuy qui bande la chorde
souz-quadruple: de maniere que la longueur des chordes suit
la raison simple des lignes, et des racines, et la grandeur
des poids suit la raison double des plans ou des quarrez.
Mais quand les chordes sont doubles, quadruples, ou
millecuples en grosseur, et esgales en longueur, les poids
suiuent les mesmes raisons des chordes, car le poids double
met la double chorde, et le quadruple la chorde quadruple a
l'vnisson: par consequent si l'vnisson tesmoigne vne esgale
tension, l'on aura satisfait aux plus grandes difficultez de
cette Proposition: car les chordes seront aussi esloignées
d'vne esgale tension qu'elles sont esloignées de l'vnisson,
de sorte qu'il faudra autant adiouster aux poids, ou autant
en diminuer pour tendre les chordes esgalement, comme il en
faut adiouster ou diminuer pour les mettre à l'vnisson.
Or il se rencontre vne grande difficulté dans cette
experience des chordes mises à l'vnisson: à sçauoir pourquoy
il faut vn poids quadruple pour mettre la chorde double en
longueur à l'vnisson, attendu qu'il ne faut qu'vn poids
double pour y mettre la chorde double en grosseur, puis que
si cette grosseur estoit estenduë en long, elle seroit double
en longueur de la chorde souz double tenduë par vn poids
donné. Mais ie donneray la raison de cecy dans vn autre lieu,
car il suffit de respondre à la difficulté de la troisiesme
partie de cette Proposition, en faueur de laquelle ie dis
premierement qu'vn poids esgal, ou vne force esgale donne vne
esgale tension à toutes sortes de chordes esgales en
grosseur, quoy qu'elles soient differentes en longueur,
particulierement quand elles sont bandées
perpendiculairement, c'est à dire quand la chorde est
attachée en haut, et qu'elle pend en bas; car le poids ou la
force agit plus vniformement sur toutes les parties de la
chorde, que quand elle est tenduë horizontalement, et qu'elle
porte sur vn ou deux cheualets, ou sur quelqu'autre appuy,
lequel empesche que la force ne se distribuë esgalement. A
quoy l'on peut adiouster la pesanteur de la chorde
horizontale, qui l'abaisse vers le milieu; ce qui n'arriue
pas quand la chorde est tenduë de haut en bas; et peut estre
que ces deux differentes dispositions de la chorde font que
les instrumens de Musique ont vn autre effet quand on les
tient perpendiculaires en ioüant, que quand ils sont
parallelles à l'horizon, encore que leurs chordes soient si
courtes et si tenduës, que le ventre ou le cercle qu'elles
font au milieu, quand elles sont horizontales, ne soit pas
sensible.
En second lieu, ie dis que les plus grosses chordes
d'esgale longueur desirent vn plus grand poids pour estre
esgalement tenduës, lequel doit, ce semble, estre augmenté à
mesme proportion qu'elles sont plus grosses. Et en troisiesme
lieu, que nulle longueur tant des chordes esgales, que des
inesgales en grosseur, n'empesche que lesdites chordes ne
soient esgalement tenduës par vne mesme force, puis que le
mesme poids ou la mesme force les rompt du moins aussi
aysément quand elles sont longues, que quand elles sont
courtes, dont ie donne la raison lors que i'examine toutes
les difficultez [-43v-] que l'on apporte contre l'esgale
tension de toutes les parties d'vne chorde bandé par vne
force donnée, car ie veux maintenant expliquer ce qui
concerne le mouuement des chordes, puis que c'est par son
moyen que se forme l'harmonie des instrumens dont nous
traitons, et qu'il n'est pas possible de les ouyr sans ce
mouuement, qui se fait par vn tremblement tres-viste, dont
i'expliqueray plusieurs particularitez tres-remarquables dans
le troisiesme Liure, depuis la 6. iusques à la 20.
Proposition, lesquelles on peut ioindre à celle qui suit.
PROPOSITION XVII.
Determiner en quelle proportion se diminuent les retours,
et les tremblemens des chordes.
CEtte difficulté est ce me semble l'vne des plus grandes
de la Musique, d'autant que l'experience n'en est pas moins
difficile que la raison, neantmoins ie ne la trouue pas
mal-aysée si ie suy mes experiences. Ie dis donc premierement
qu'il y a grande apparence que les diminutions des
tremblemens de la chorde attachée par les deux bouts se font
en proportion geometrique, c'est à dire que si le second
retour est moindre que le premier d'vne 20. partie, que le 3
est moindre que le 2 d'vne 20. partie, et ainsi des autres
iusques au dernier: ou, si l'on veut vn exemple plus familier
et plus aysé, si le diametre du premier retour est de 16
parties, et que le 2 soit de 8, le 3 sera de 4, le 4 de 2, le
5 d'vn, le 6 d'vn demy, le 7 d'vn quart, et ainsi des autres
iusques au dernier qui acheue la periode de tous les autres.
Quant à la verité de l'experience, ie trouue que la chorde
estant tirée de 12 pouces, ou de 12 autres parties hors de sa
ligne droite, qu'elle ne reuient qu'à l'onziesme partie au 2
retour: de sorte que nous pouuons dire que la proportion des
diminutions de ces retours est sesquionziesme, c'est à dire
de douze à onze, car il n'y a pas plus de raison que le
second retour soit moindre que le premier d'vne onziesme
partie, que le troisiesme en comparaison du 2, ou le 4 en
comparaison du 3, puis que la violence que la chorde endure
au premier retour, n'est pas plus grande au regard de la
violence qu'elle endure au second, que la violence du 2 en
comparaison du 3; ce que l'on peut aussi dire des
empeschemens de l'air, quoy qu'il y ait quelque difficulté
dans les differentes tensions de la chorde, qui resiste
peut-estre dauantage à la tension qu'elle reçoit depuis le second
retour iusques au premier, que la tension du 2 retour ne
resiste depuis celle du 3. retour: mais ie parleray ailleurs
de ces differentes resistences des chordes.
Or auant que d'acheuer cette Proposition, ie veux donner
vne table, par le moyen de laquelle l'on peut sçauoir le
diametre de chaque retour; par exemple, si les Musiciens
veulent sçauoir le diametre du 132 retour d'vne chorde de
Luth ou de Viole, ils trouueront dans la table que si le
diametre ou le chemin du premier retour est de 10000000000
parties, le diametre du 132 retour sera seulement d'vne
partie: où il faut remarquer que le diametre des retours est
la ligne que descrit le point de la chorde le plus esloigné
de son repos, comme l'on void dans cette figure, dans
laquelle la chorde A B attachée en A et en B, estant tirée au
point C, et retournant au point D fait le mouuement A C B D
A, dont C D est le diametre, sur lequel se font tous les
retours et [-44-] les tremblemens:
[Mersenne, Instrumens à chordes, 44; text: A, B, C, D, E,
F] [MERHU3_1 05GF]
de sorte neantmoins que le point C de la chorde demeure
tousiours sur la ligne C D, comme sur son Equateur, ou sur
son Epicycle, et que le mouuement de chaque point de la
chorde est parallele au diametre C D, comme il est aysé à
iuger. Il faut encore remarquer que chaque point de la chorde
se meut plus lentement à proportion qu'il est plus esloigné
du point C, et qu'il est plus proche du point A ou B, c'est à
dire que s'il est au milieu de C et D, que son mouuement est
deux fois plus lent, à raison que son diametre est
deux fois moindre, et s'il est cent fois plus petit, son
mouuement sera cent fois plus lent, car il y a mesme raison
du mouuement de chaque point de la chorde au mouuement d'vn
autre point, que de leurs diametres, et consequemment s'il y
a vne infinité de points dans la chorde, il y a vne infinité
de mouuemens, quoy qu'ils composent vn seul mouuement de
toute la chorde.
Cecy estant posé, ie dis que si l'on s'imagine que le
diametre C D, c'est à dire le premier retour, soit diuisé en
10000000000 parties, dont ie suppose que le diametre est
moindre d'vne onziesme partie que le diametre de la premiere
traction A C B, que le diametre du second retour, qui se fait
de D en F, est moindre d'vne onziesme partie que celuy du
premier retour, et consequemment que le premier retour, ou
son diametre C D estant de 10000000000 parties, que le
diametre du second retour fera de 9166700000 parties, le
troisiesme de 8402800000, et ainsi des autres iusques au 1584
retour, dont la grandeur se void dans la table qui suit, dans
laquelle le premier nombre a 56 characteres, à sçauoir
l'vnité suiuie de 55 zero; de sorte qu'il contient dix
dixseptilions, suiuant la methode tres-aysée de nombrer
iusques à l'infiny, laquelle est expliquée dans le 3. liure
de la Verité des Sciences, où l'on trouuera plusieurs choses
de la Musique que ie ne repete pas icy.
Les nombres qui sont à main droite, et qui vont de haut en
bas, à sçauoir 0, 1, 2, et cetera monstrent quel est le
retour que l'on cherche, c'est à dire s'il est le 3, le 4, le
100, et cetera de toute la periode des retours de la chorde:
et le nombre qui commence vis à vis de droit à gauche,
monstre la grandeur du diametre du retour. I'ay mis sur la
table, comme 12 est à 11, ainsi 100000 est à 91666 2/3, quoy
que l'on voye seulement 91667 dans la seconde ligne des
nombres, afin d'euiter cette petite fraction, qui n'est de
nulle consequence. Or l'vnité de chaque rang que l'on void
repetée dans les douze dernieres lignes, monstre que les
nombres des retours qui sont vis à vis desdites vnitez, n'ont
qu'vne partie de celles du retour qui est contenu par le
nombre de la premiere ligne qui finit vis à vis de ladite
vnité: par exemple, l'vnité de la 7. ligne monstre que la
grandeur du 1056 retour, vis à vis duquel est ladite vnité,
n'est que d'vne partie, quand le premier retour contient
toutes les parties signifiées par les nombres de la premiere
ligne qui descendent aussi bas que cette vnité, et qui a 40
zero apres l'vnité; ce qui est tout à fait admirable, car
l'experience enseigne qu'vne chorde de Luth tremble du moins
1056 fois auant que de se reposer, quoy qu'elle ne soit tirée
qu'vne ou deux lignes hors de sa droite ligne, de sorte que
le diametre de son premier retour estant tout au plus de 4
lignes, et estant diuisé en 100000 parties, le diametre du
132 retour qu'elle fait vers la fin de deux secondes minutes
qui durent deux battemens du poux,
[-44v-] Table de la grandeur des retours ou des
tremblemens des chordes; qui se diminuent selon la proportion
de 12 à 11, ou de 100000 à 91666 2/3, et cetera.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 44v; text: 0, 1, 2, 3, 4,
5, 6, 7, 8, 9, 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90, 100, 110,
120, 124, 132, 264, 396, 528, 660, 792, 924, 1056, 1188,
1320, 1452, 1584, 17, 95, 226, 540, 1290, 3079, 7351, 17548,
41890, 45699, 49852, 54385, 59329, 64723, 70606, 77025,
84028, 91667, 100000, 00000]
[MERHU3_1 07GF]
est cent mille fois moindre que quatre lignes, c'est à
dire 25 mille fois moindre qu'vne ligne. Or encore que cette
diminution soit estrange, elle est neantmoins veritable,
comme ie monstreray ailleurs plus au long.
Si l'on desire la grandeur d'vn plus grand nombre de
retours que le dernier de cette table, à sçauoir du 1452,
l'on peut continuer ces nombres iusques à l'infiny, en
adioustant tousiours tous les nombres 1, 2, 3, 4, et cetera
audit nombre, et en adioustant autant de nouueaux rangs de
zero à la table que l'on recommencera de fois à adiouster 1,
2, 3, 4, et cetera au nombre des retours que l'on veut
augmenter, lequel n'aura tousiours qu'vne partie des retours
qui seront exprimez par la premiere ligne; mais i'ay donné
vne autre table dans le 2. Corollaire de la 32. Proposition
du second liure des sons que i'ay fait en latin, dans
laquelle ie suppose suiuant d'autres experiences que les
retours de la chorde se diminuent en raison de 20 à 19; où
l'on verra la supputation de ces retours iusques au
deux-milliesme, et plusieurs difficultez fort subtiles qui y sont
proposées.
[-45-] PROPOSITION XVIII.
Determiner qu'elle est la durée des retours ou tremblemens
de chaque chorde, et en qu'elle raison la durée de l'vne est
à celle de l'autre.
CEtte Proposition est beaucoup plus difficile que la
precedente, d'autant que l'on ne peut remarquer le dernier
tremblement ou retour des chordes, soit qu'elles n'ayent que
l'vn de leurs bouts arresté, ou qu'elles soient attachées par
les deux bouts, car les derniers retours sont si petits
qu'ils ne peuuent estre apperceus; ce qui arriue presque
tousiours à la fin de toutes sortes de mouuemens naturels ou
artificiels, lors qu'ils finissent en diminuant peu à peu.
C'est pourquoy ie remarqueray seulement icy ce que l'on peut
experimenter, à sçauoir que les chordes de trois ou quatre
pieds de long de toutes sortes d'instrumens, tremblent
sensiblement l'espace de la sixiesme partie d'vne minute
d'heure, c'est à dire dix secondes, ou tandis que le poux
bien reglé bat 10 fois ou enuiron, car la chorde qui a esté
touchée paroist plus large et plus grosse qu'elle n'est
durant ce temps, dans lequel on oyt aussi le son qu'elle
fait, de sorte que l'on ne peut douter qu'elle ne tremble
encore bien fort; i'ay dit du moins, car ie ne doute
nullement qu'elle ne tremble l'espace d'vn tiers de minute
qui dure deux secondes, ou 20 battemens de poux. Mais quoy
qu'il en soit, il est aysé de sçauoir le nombre de ses
retours, pourueu que l'on suppose la durée de toute la
periode desdits retours, car si elle tremble cent fois à
chaque seconde, comme il arriue à plusieurs chordes, elle
tremblera deux mille fois auant que de finir ses retours.
Quant à la durée des retours de la chorde, qui est penduë
dans l'air, et qui se meut dans son demy cercle, elle est
beaucoup plus longue, car quand on l'esloigne de sa ligne
droite, elle se meut plus d'vne demy heure auant que de se
reposer, comme l'on experimente à vne chorde longue de trois
pieds et demy, à laquelle on pend vne bale de mousquet, car
si on l'esloigne d'vn pied hors de sa ligne droite, ses
allées et venuës durent du moins vne demie heure, et
consequemment elle fait du moins 1800 retours auant que de se
reposer: de là vient que le nombre des retours qu'elle feroit
estant attachée par les deux bouts est peut-estre esgal à
celuy qu'elle fait, lors qu'elle est libre par l'vn de ses
bouts, quoy que ceux-cy durent du moins nonante fois autant
que les autres, dont la durée n'est que d'vn tiers de minute,
comme ie suppose maintenant.
D'où l'on peut coniecturer qu'il y a mesme raison de la
vistesse des retours de la chorde arrestée par les deux bouts
à celle des retours de l'autre, qu'il y a de la durée des
retours de celle-cy à la durée des retours de celle-là, ce
qui arriuera, si estant arrestée par les deux bouts elle fait
90 retours dans l'espace d'vne seconde minute, et si n'estant
arrestée que par vn bout ses retours durent 90 fois autant
que ceux de l'autre: il faut dire la mesme chose de chaque
retour de l'vne comparé à chaque retour de l'autre, et
consequemment la table de la Proposition precedente peut
esgalement seruir à l'vne et à l'autre chorde. Or il n'est
pas necessaire d'expliquer les durées de ces retours, puis
que chacun les peut remarquer assez exactement, c'est à dire
iusques à ce qu'ils ne soient plus sensibles. Car nos
experiences ne peuuent passer outre, [-45v-] et ce qui reste
de la durée des retours n'est suiet qu'à la raison, dont on
ne peut pretendre la resolution de cette difficulté, puis
qu'elle n'a nulle experience precedente, d'où elle puisse
tirer cette verité.
Mais si l'on compare deux ou plusieurs chordes arrestées
par les deux bouts l'on peut dire que la plus longue tremble
plus long-temps que la plus courte, et que la longueur du
temps suit celle des chordes; et parce que les plus longues
font moins de retours que les plus courtes en mesme temps, il
y a de l'apparence que toutes les chordes qui sont seulement
differentes en longueur, font autant de retour les vnes que
les autres, et consequemment que la durée des retours de la
plus longue, recompense la vistesse de ceux de la plus
courte, qui ramasse en peu de temps ce que la plus longue
fait en beaucoup: de maniere que l'on peut comparer
l'estenduë du plus grand temps à la rarefaction, et l'abregé
du moindre à la condensation. L'on peut encore faire la mesme
comparaison entre la durée du retour de deux ou plusieurs
chordes qui sont seulement arrestées par vn bout, mais il
suffit d'auoir remarqué tout ce que i'ay dit icy pour donner
la curiosité aux sçauans de passer plus outre.
PROPOSITION XIX.
Quelles sont les vtilitez que l'on tire des mouuemens
precedens pour la Medecine, pour les Mathematiques, et pour
plusieurs autres choses.
IL est aysé de remarquer les vtilitez que l'on peut tirer
des mouuemens, et des retours des chordes, dont nous auons
parlé dans les Propositions precedentes, car si les Medecins
veulent remarquer si le poux de leurs malades va plus viste
ou plus lentement le second, ou 3, 4, et 5. iour, et cetera
que le premier, et de combien il va plus viste, la chorde
arrestée par vn bout le leur monstrera, car si le poux bat le
premier iour, ou la premiere heure plus lentement que le 2,
ou 3. iour, ou que la 2 ou 3. heure, et cetera il faudra
accourcir la chorde pour monstrer sa plus grande vistesse, et
suiuant le racourcissement que l'on en fera, l'on cognoistra
de combien le poux va plus viste: par exemple, si chaque
retour d'vne chorde de trois pieds est esgal à chaque
battement du poux, et qu'il faille le lendemain accourcir la
mesme chorde de 2 pieds 7 pouces 1/4, afin que chacun de ses
retours soit esgal à chaque poux du malade, c'est chose
asseurée que son poux ira deux fois plus viste, d'autant que
la longueur de deux chordes, dont l'vne est de trois pieds,
et l'autre de 3/4 de pied, est en raison doublée de 2 à 1, ou
en raison souz-doublée d'vn à 2.
Les Astronomes peuuent aussi vser de cette chorde pour
iustifier les operations qu'ils font aux Eclypses du Soleil
et de la Lune, car elle monstrera exactement combien il sera
passé de minutes, ou de secondes depuis l'vne des
obseruations iusques à l'autre; et les Musiciens pourront
faire sçauoir partout le monde, quel temps on doit employer à
chaque mesure en chantant toutes sortes de pieces de Musique,
comme ils peuuent signifier à quel ton il les faut chanter
par le moyen des retours de la chorde qui est attachée par
les deux bouts: mais ie traiteray plus amplement de cecy dans
la dix-huictiesme Proposition du troisiesme liure.
Finalement l'vne et l'autre chorde peuuent seruir pour
tous les vsages que l'on tire des horologes ordinaires, dont
elles surpassent la certitude. Ioint que [-46-] l'on peut
faire trois ou quatre horologes pour deux liards, qui
marqueront les secondes minutes, comme l'experience enseigne,
lors qu'on attache vne chorde de trois pieds et demy de long
à vn clou; car si l'on attache quelque poids, à l'autre bout,
qui pend librement vers le centre de la terre, chacun de ses
retours durera iustement vne seconde minute, c'est à dire
qu'elle fera 60 retours dans vne minute d'heure, et
consequemment 3600 retours dans vne heure.
Il faut pourtant remarquer que les premiers retours durent
vn peu plus de temps que les autres qui suiuent, quoy que la
difference en soit tres-petite, car si le premier retour
d'vne chorde est de deux pieds, et que l'on prenne vne autre
chorde esgale, dont le premier retour soit seulement d'vn
pouce, lors que la premiere aura fait 30 ou 40 retours, la 2
en aura fait 31 ou 41, c'est à dire qu'elle les surpassera
d'vn retour; ce qui est quasi insensible sur chaque retour de
l'vne comparé à chaque retour de l'autre: mais ce qui est
insensible en petit espace, est sensible dans vn grand, de là
vient que les atomes qui ne sont pas sensibles en
particulier, et en detail deuiennent palpables et visibles
lors qu'ils font les corps que l'on voit; et que les retours
des chordes de Luth, et des autres instrumens, qui ne peuuent
estre nombrez à raison de leur trop petite durée, sont
aysement nombrez par le moyen d'vne plus longue chorde, qui
donne le loisir de conter ses allées et ses venuës, qui sont
peut estre vn peu plus vistes sur la fin, qu'au commencement,
comme nous auons dit des retours de la chorde qui n'est
arrestée que par l'vne de ses extremitez, en faueur de
laquelle ie mets encore la Proposition qui suit.
PROPOSITION XX.
Determiner le nombre des tours et retours de chaque chorde
suspenduë par vn bout, et libre de l'autre, auquel vn poids
est attaché; et combien il faut qu'elle soit plus longue pour
faire ses retours plus tardifs selon la raison donnée.
LA chorde qui n'est attachée que par vn bout, a ses allées
et ses venuës beaucoup plus lentes, et plus tardiues que
celle qui est attachée par les deux bouts, car l'experience
fait voir qu'vne fisselle ou vn filet, et telle autre chorde
que l'on voudra, ne fait qu'vn retour dans vne seconde
minute, ou tandis que le poux bat vne fois, lors qu'elle a
trois pieds et demy de long; où il faut remarquer qu'il
n'importe nullement quel poids l'on attache à cette chorde,
car le poids de demy liure, et le poids de 8. liures
n'apportent quasi aucune varieté à ses retours, car si le
poids B de demie liure qui pend à la chorde A B, attachée à
vn clou au point A, est mené au point K, il ne reuient pas
plustost de K à B, lors qu'il pese huict liures, que quand il
ne pese qu'vne demie liure, dont la raison se peut prendre de
ce que l'vn et l'autre poids ne descend depuis K iusques à B
que de l'interualle B, lequel est parcouru aussi viste par vn
petit que par vn grand poids, ou s'il y a quelque difference
elle n'est pas sensible: car l'experience fait voir qu'vne
pierre, ou vne boule de plomb, ou de fer de huict liures ne
descend pas plus viste de cinquante pieds de haut, qu'vne
pierre, ou vne boule d'vne once. A quoy l'on ne peut pas
respondre que cela vient de ce que les corps plus pesans sont
plus empeschez par l'air que les plus legers, à raison qu'ils
ont vne plus grande surface, qui touche et [-46v-] qui fend
l'air, car encore que les superficies du plus pesant, et du
plus leger soient esgales, l'on void neantmoins qu'ils vont
aussi viste l'vn que l'autre, comme l'on experimente en deux
boules esgales en grosseur, dont l'vne est de fer, et l'autre
de buis, qui est six ou sept fois plus legere que celle de
fer, car la vistesse de leur mouuement est esgale.
D'ailleurs, encore que le plus pesant eust plus de surface
que le plus leger, il ne s'ensuit pas que la difference de
ces surfaces rende leur mouuement esgal, si ladite difference
n'estoit aussi grande que celle des pesanteurs; or
l'experience enseigne qu'vn cube de plomb, ou de pierre
octuple d'vn autre cube de mesme matiere, ne descend pas plus
viste, quoy qu'il pese huict fois dauantage, et que sa
surface soit seulement quadruple de la surface du plus petit,
de sorte que la raison de leurs pesanteurs est double de
celle de leurs surfaces: mais ie parleray plus amplement de
ces descentes dans vn autre lieu, où ie monstreray que les
corps plus pesants descendent plus viste, et donneray le
moyen de l'experimenter.
[Mersenne, Instrumens à chordes, 46v; text: A, B, C, D, E,
F, G, H, I, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, V, X]
[MERHU3_1 05GF]
Quant à la longueur que doit auoir la chorde A B pour
faire ses retours plus vistes ou tardifs selon telle raison
que l'on voudra, il faut qu'elle soit en raison doublée des
tardiuetez que l'on desire, par exemple si la chorde A B, qui
a vn pied de lon, fait chaque retour durant la moitié d'vn
battement de poux, il faut qu'elle ait quatre pieds de long
pour faire chaque retour durant vn battement du mesme poux:
et si elle fait chaque retour dans vne seconde minute lors
qu'elle a 4 pieds de long, il faudra qu'elle ait 16 pieds de
long pour faire chaque retour en 2 secondes, et ainsi
consequemment iusques à l'infiny.
Or l'on peut considerer le mouuement de ces chordes
attachées par l'vn des bouts, ou par tous les deux dans le
vuide, aussi bien que dans l'air, mais parce que l'on ne
sçait pas si le vuide est possible, ny s'il est quelque chose
de reel, et consequemment que nous n'en pouuons auoir nulle
experience, il est malaysé de sçauoir si ces chordes estant
tirées hors de leur ligne droite y retourneroient, et de
quelle vistesse elles se mouueroient; et puis i'ay traité de
toutes ces particularitez, et de plusieurs autres dans le
liure 2. latin des causes du son depuis la 27. Proposition
iusques à la 31; de sorte qu'il ne reste plus qu'à traiter
des instrumens en particulier, apres auoir consideré ce qui
leur conuient en general: ce que nous ferons en commençant
par le Luth, que plusieurs estiment le plus excellent de tous
les instrumens.
I II III IV V
100000 100000 100000
100000 100000 100000 100000 200000 200000
C 1000