Fn and Ft: ALEMEL TEXT
Author: Alembert, Jean-Le Rond d'
Title: Élémens de musique, theorique et pratique
Source: Élémens de musique, theorique et pratique,
suivant les principes de Monsieur Rameau (Paris: David, 1752;
reprint ed., New York: Broude Brothers, 1966)
Graphics: ALEMEL 01GF-ALEMEL 11GF
[-iii-] ELEMENS DE MUSIQUE, THEORIQUE ET PRATIQUE, suivant les principes de Monsieur Rameau.
A Paris, Chez David l'aîné, rue Saint Jacques, à la Plume d'Or.
Le Breton, Imprimeur ordinaire du Roi, au bas de la rue de la Harpe.
Durand, rue Saint Jacques, à Saint Landry, et au Griffon.
M. DCCLII.
Avec approbation et privilege du roi.
[-v-] AVERTISSEMENT.
EN lisant les excellens Traités que Monsieur Rameau a donnés sur son Art, j'ai composé ce petit Ouvrage, à la priere de quelques amis, qui desiroient, quoique peu versés dans la Musique, de s'instruire des découvertes et des principes de cet illustre Artiste. L'Ouvrage leur ayant paru clair et méthodique, ils m'ont engagé à le mettre au jour, persuadés, peut-être trop légerement, qu'il servira à faciliter aux Commençans l'étude de l'Harmonie. C'est le seul motif qui soit capable de me déterminer à publier un Livre, dont je n'hésiterois pas à me faire honneur si le fonds m'en appartenoit, mais dans lequel rien n'est à moi que l'ordre, et les fautes qui pourront s'y trouver.
Il ne s'agit point ici du principe physique [-vj-] de la resonnance des corps sonores, encore moins du principe métaphysique du sentiment de l'harmonie; l'un et l'autre sont à peu près aussi connus, et selon toutes les apparences le seront toûjours à peu près autant qu'ils l'étoient du tems de Pythagore. Il s'agit uniquement de faire voir comment on peut déduire d'un seul principe d'expérience les loix de l'harmonie, que les Artistes n'ont trouvées, pour ainsi dire, qu'à tâtons.
Dans le dessein de rendre cet Ouvrage d'une utilité presque générale, j'ai tâché de le mettre à la portée des personnes même qui n'ont aucune teinture de Musique: voici le plan que j'ai suivi pour cela.
Je commence par une courte introduction, où je définis les termes les plus usités dans cet Art, accord, harmonie, ton, tierce, quinte, octave, et cetera.
[-vij-] J'entre ensuite dans la théorie de l'harmonie, que j'expose d'après Monsieur Rameau, le plus clairement qu'il m'est possible. C'est la matiere du premier Livre, qui ne suppose, ainsi que l'Introduction, aucune autre connoissance de Musique, que celle des syllabes ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, que tout le monde sçait.
La théorie de l'harmonie demande quelques calculs arithmétiques, nécessaires pour qu'on puisse comparer les sons entr'eux. Ces calculs sont très-courts, très-simples, et j'ai fait ensorte de les rendre sensibles à tout le monde; ils n'éxigent aucune opération qui ne soit clairement expliquée, et qu'un enfant ne puisse faire avec la plus legere attention. Cependant pour épargner même cette peine à ceux qui voudroient s'en dispenser, je n'ai point inséré ces calculs dans le texte; je les ai rejettés dans des notes, qu'on pourra ne pas lire, si [-viij-] on le juge à propos, en se contentant de supposer comme vraies les propositions énoncées dans le texte, et dont la preuve se trouve dans les notes.
Le second Livre contient les principales regles de la composition, ou ce qui est la même chose, la pratique de l'harmonie. Ces regles sont fondées sur les principes exposés dans le premier Livre; cependant ceux qui voudront se renfermer dans la pratique, sans en approfondir les raisons, peuvent se borner à lire l'Introduction, et le second Livre. Ceux qui auront lû le premier Livre, trouveront à chaque regle que contient le second, un renvoi à l'endroit du premier Livre, où l'on donne la raison de cette regle.
Pour ne point présenter à la fois un trop grand nombre d'objets et de préceptes, j'ai rejetté dans les notes de cette seconde Partie plusieurs observations et regles d'un usage moins fréquent, [-ix-] qu'il sera peut-être bon de reserver pour une seconde lecture, quand on se sera bien instruit des regles essentielles et fondamentales expliquées dans le texte.
Ce second Livre ne suppose non plus à la rigueur, aucune habitude de chant, ni même aucune connoissance de Musique; il demande seulement qu'on sçache, non l'intonnation, mais simplement la position des notes dans la clef de fa sur la quatriéme ligne, et dans celle de sol sur la seconde; encore pourra-t-on acquérir cette connoissance dans mon Ouvrage même; car j'explique au commencement du second Livre, la position des clefs et des notes. Il n'est question que de se la rendre un peu familiere, et on n'aura plus de difficulté.
On ne doit pas s'attendre à trouver ici toutes les regles de la composition, sur-tout celles qui concernent la Musique [-x-] à plusieurs parties, et qui étant moins rigoureuses, s'apprennent principalement par l'usage, l'étude des des grands modeles, le secours d'un bon Maître, et sur-tout par l'oreille, et par le goût. Cet Ouvrage n'est proprement, si je puis m'exprimer ainsi, qu'un Rudiment de Musique destiné à développer aux Commençans les principes fondamentaux, et non les détails.
On doit encore moins se persuader qu'il suffise, pour faire de bonne Musique, de s'être bien familiarisé avec les principes exposés dans ce Livre. On pourra seulement y apprendre jusqu'à un certain point la méchanique de l'Art; c'est à la nature à faire le reste: sans elle on ne composera pas de meilleure Musique pour avoir lû cet Ouvrage, qu'on ne fera de bons Vers avec Richelet. Ce sont, en un mot, des Elémens de Musique, et non des Elémens [-xj-] de Génie que je prétends donner.
Tel est l'objet pour lequel j'ai composé, et tel est l'esprit dans lequel il faut lire ces Elémens, dont encore une fois, le fonds ne m'appartient en aucune maniere. Mon unique but a été de me rendre utile; je n'ai rien oublié pour y parvenir, et je souhaite y avoir réussi.
[-xij-] TABLE DES CHAPITRES.
Introduction, Qui contient les définitions de quelques termes, page 1.
Chapitre I. CE que c'est que mélodie, accord, harmonie, intervalle, 1
Chapitre II. Noms par lesquels on désigne les différens intervalles de la gamme, 5
Chapitre III. Des intervalles plus grands que l'octave, 7
[-xiij-] Chapitre IV. Ce que c'est que diéze et bémol, 9
Chapitre V. Ce que c'est que consonance et dissonance, 10
Livre premier.
Qui contient la théorie de l'harmonie, 12
Chapitre. I. EXpériences préliminaires et fondamentales, 12
Chapitre II. Origines des deux modes, au chant le plus naturel, et de plus parfaite harmonie, 18
Chapitre III. De la suite des quintes, et des loix qu'elle doit observer, 21
Chapitre IV. Du mode en général, 25
Chapitre V. Formation de l'échelle diatonique des Grecs, 27
Chapitre VI. Formation de l'échelle diatonique des Modernes, ou gamme ordinaire, 34
Chapitre VII. Du tempérament, 39
Chapitre VIII. Des repos ou cadences, 51
Chapitre IX. Du mode mineur, 54
[-xiv-] Chapitre X. De l'échelle diatonique du mode mineur, 59
Chapitre XI. De la dissonance, 63
Chapitre XII. Du double emploi de la dissonance, 66
Chapitre XIII. Usages et regles du double emploi, 69
Chapitre XIV. Des différentes sortes d'accords de septiéme, 72
Chapitre XV. De la préparation des dissonances, 75
Chapitre XVI. De la regle de sauver les dissonances, 78
Chapitre XVII. De la cadence rompue, ou interrompue, 81
Chapitre XVIII. Du genre chromatique, 84
Chapitre XIX. Du genre enharmonique, 87
Chapitre XX. Du genre diatonique enharmonique, 21
Chapitre XXI. Du genre chromatique enharmonique, 92
Chapitre XXII. Que la mélodie naît de l'harmonie, 94
[-xv-] Livre second.
Qui contient les principales regles de la composition. 97
Chapitre I. DEs différens noms que l'on donne à un même intervalle, 97
Chapitre II. Comparaison des différens intervalles, 99
Chapitre III. Des différentes clefs, de la valeur des notes, de la mesure, et de la syncope, 101
Chapitre IV. Définition des principaux accords, 106
Chapitre V. De la basse fondamentale, 110
Chapitre VI. Regles de la basse fondamentale, 112
Chapitre VII. Des regles que le dessus doit observer par rapport à la basse fondamentale, 118
Chapitre VIII. De la basse continue et de ses regles, 122
Chapitre IX. De quelques licences de la basse fondamentale, 127
[-xvj-] Article I. De quelques routes particulieres de la basse fondamentale, 127
Article II. De la cadence rompue et interrompue, 129
Article III. De la supposition, 130
Article IV. De l'accord de septiéme diminuée, 135
Chapitre X. De quelques licences du dessus, et de la basse continue, 138
Chapitre XI. Où l'on enseigne à trouver la basse fondamentale, quand la basse continue est chiffrée, 139
Chapitre XII. Ce que c'est qu'être dans un mode ou ton, 144
Chapitre XIII. Trouver la basse fondamentale d'un chant donné, 151
Chapitre XIV. Du chromatique et de l'enharmonique, 164
Chapitre XV. Du dessein, de l'imitation et de la fugue, 167
Chapitre XVI. Définition des différens airs, 168
Fin de la Table des Chapitres.
[-1-] ÉLÉMENS DE MUSIQUE, Theorique et pratique,
Suivant les principes de Monsieur Rameau.
Introduction,
Qui contient les définitions de quelques termes.
Chapitre premier.
Ce que c'est que mélodie, accord, harmonie, intervalle.
1. LE chant, ou la mélodie, n'est autre chose qu'une suite de sons qui se succedent les uns aux autres d'une maniere agréable à l'oreille.
2. On appelle accord le mélange de plusieurs [-2-] sons qui se font entendre à-la-fois; et l'harmonie est proprement une suite d'accords qui en se succédant flattent l'organe.
3. Dans la mélodie et dans l'harmonie, on nomme intervalle la différence qu'il y a d'un son à un autre plus ou moins aigu.
4. Pour apprendre à connoître les intervalles, et la maniere de les distinguer, prenons la gamme ordinaire ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT, que toute personne entonne naturellement, pourvû qu'elle n'ait ni l'oreille ni la voix excessivement fausse. Voici ce que nous remarquerons en chantant cette gamme.
Le son ré est plus haut ou plus aigu que le son ut, le son mi plus que le son ré, le son fa plus que le son mi, et cetera et ainsi de suite; de sorte que l'intervalle, ou la différence du son ut au son ré, est moindre que l'intervalle ou la différence du son ut au son mi, l'intervalle de ut à mi, moindre que celui de ut à fa, et cetera et qu'enfin l'intervalle du premier ut au second UT est le plus grand de tous. C'est pour distinguer ces deux ut, que j'ai désigné le second par des lettres majuscules.
5. En général l'intervalle de deux sons est d'autant plus grand, que l'un de ces sons est plus aigu ou plus grave par rapport à l'autre: mais il faut bien remarquer que deux [-3-] sons peuvent être également aigus ou également graves, quoique d'inégale force. Une corde de violon touchée avec un archet rend toûjours un son également aigu, soit qu'on la touche fortement ou foiblement; le son sera seulement plus ou moins fort. In en est de même de la voix: qu'on forme un son en enflant la voix peu à peu, on s'appercevra que le son augmentera de force, mais qu'il sera toûjours également grave, ou également aigu.
6. Nous remarquerons encore dans la gamme, que les intervalles de l'ut au ré, du ré au mi, du fa au sol, du sol au la, du la au si, sont égaux, ou à peu près égaux; et que les intervalles du mi au fa, et du si à l'ut, sont aussi égaux entr'eux, mais qu'ils ne sont qu'environ la moitié des premiers. Ce fait est connu et avoüé de tout le monde: nous en donnerons la raison dans la suite, et on peut facilement s'en assûrer par le secours de l'expérience. (a)
[-4-] 7. C'est pour cela qu'on a nommé demi-ton [-5-] l'intervalle du mi au fa, ou du si à l'ut; et ton l'intervalle d'ut à ré, celui de ré à mi, de fa à sol, de sol à la, de la à si. [Voyez la figure marquée A [ALEMEL 02GF]. in marg.]
Le ton s'appelle encore seconde majeure, et le demi-ton, seconde mineure.
8. Descendre ou monter diatoniquement, c'est descendre ou monter d'un son à un autre par l'intervalle d'un ton ou d'un demi-ton, ou en général de seconde, soit majeure soit mineure, comme de ré à ut, ou de ut à ré; de fa à mi, ou de mi à fa.
Chapitre II.
Noms par lesquels on désigne les différens intervalles de la gamme.
9. UN intervalle composé d'un ton et demi, comme mi sol, ou la ut, ou ré fa, s'appelle tierce mineure.
Un intervalle composé de deux tons, comme ut mi, ou fa la, ou sol si, s'appelle tierce majeure.
Un intervalle composé de deux tons et [-6-] demi, comme ut fa, ou sol ut, s'appelle quarte.
Un intervalle composé de trois tons, comme fa si, s'appelle triton ou quarte superflue.
Un intervalle composé de trois tons et demi, comme ut sol, ou fa ut, ou ré la, ou mi si, et cetera s'appelle quinte.
Un intervalle composé de trois tons et de deux demi-tons, comme mi UT, s'appelle sixte mineure.
Un intervalle composé de quatre tons et un demi-ton, comme ut la, s'appelle sixte majeure.
Un intervalle composé de quatre tons et deux demi-tons, comme ré UT, s'appelle septiéme mineure.
Un intervalle composé de cinq tons et demi, comme ut si, s'appelle septiéme majeure.
Enfin, un intervalle composé de cinq tons et deux demi-tons, comme ut UT, est appellé octave.
10. Deux sons également aigus, ou également graves, quelque inégalité qu'il y ait d'ailleurs dans leur force, sont dits à l'unisson l'un de l'autre.
11. Quand deux sons forment entr'eux un intervalle quelconque, on dit que le plus aigu [-7-] est à cet intervalle en montant par rapport au plus grave, et que le plus grave est à cet intervalle en descendant par rapport au plus aigu. Ainsi dans la tierce mineure mi sol, où mi est le son grave et sol le son aigu, sol est à la tierce mineure de mi en montant, et et mi à la tierce mineure de sol en descendant.
12. De même, si en parlant de deux corps sonores, on dit que l'un est à la quinte de l'autre au-dessus ou en montant, cela veut dire que le son rendu par l'un est à la quinte en montant du son rendu par l'autre, et cetera.
Chapitre III.
Des intervalles plus grands que l'octave.
13. [Voyez la figure B [ALEMEL 02GF]. in marg.] SI après avoir entonné la gamme ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT, on veut pousser cette gamme plus loin en montant, on s'appercevra sans peine qu'on formera une nouvelle gamme UT, RE, MI, FA, et cetera entierement semblable à la premiere, et dont les sons seront à l'octave, en montant, de ceux qui leur répondent dans la premiere gamme; ainsi RE, second son de la seconde gamme, sera à l'octave en montant du ré de la premiere gamme; de même MI sera l'octave [-8-] de mi, et cetera et ainsi des autres.
14. Comme il y a neuf sons depuis le premier ut jusqu'au second RE, l'intervalle de ces deux sons s'appelle neuviéme, et cette neuviéme est composée de six tons et deux demi-tons Par la même raison l'intervalle de ut à FA s'appelle onziéme, l'intervalle de ut à SOL, douziéme, et cetera.
Il est visible que la neuviéme est l'octave de la seconde; que la onziéme est l'octave de la quarte; que la douziéme est l'octave de la quinte, et cetera.
L'octave de l'octave d'un son s'appelle la double octave; l'octave de la double octave se nomme triple octave, et ainsi de suite.
La double octave se nomme aussi quinziéme, et par la même raison la double octave de la tierce est nommée dix-septiéme; la double octave de la quinte, dix-neuviéme, et cetera. (b)
[-9-] Chapitre IV.
Ce que c'est que dieze et bémol.
15. IL est visible qu'on peut imaginer les cinq tons qui entrent dans la gamme, comme partagés chacun en deux demi-tons; ainsi [-10-] on peut arriver d'ut à ré, en passant par un son intermédiaire qui sera plus haut d'un demi-ton que ut, et plus bas d'un demi-ton que ré. Un son de la gamme s'appelle dieze, quand il est élevé d'un demi-ton, et se désigne par cette marque [x]; ainsi ut [x] signifie ut dieze, c'est-à-dire, ut élevé d'un demi-ton au-dessus de l'ut de la gamme. Un son de la gamme baissé d'un demi-ton s'appelle bémol, et se désigne par un [rob]; ainsi la [rob] signifie la bémol, ou la baissé d'un demi-ton.
Chapitre V.
Ce que c'est que consonance et dissonance.
16. UN accord composé de sons dont l'union plaît à l'oreille, s'appelle accord consonant; et les sons qui forment cet accord s'appellent consonances les uns par rapport aux autres. La raison de cette dénomination est qu'un accord est d'autant plus parfait, que les sons qui le forment se confondent davantage ensemble.
17. L'octave d'un son est la plus parfaite des consonances que ce son puisse avoir; ensuite [-11-] la quinte, puis la tierce, et cetera. C'est un fait d'expérience.
18. Un accord composé de sons dont l'union déplaît à l'oreille s'appelle accord dissonant, et les sons qui le forment sont appellés dissonances les uns par rapport aux autres. La seconde, le triton, et la septiéme d'un son, sont des dissonances par rapport à lui. Ainsi un accord composé des sons ut ré, ou ut si, ou fa si, et cetera est un accord dissonant.
19. Le terme de dissonance vient de deux mots, l'un grec, l'autre latin, qui signifient sonner deux fois; en effet, la raison qui rend la dissonance desagréable, c'est que les sons qui la forment ne se confondent nullement à l'oreille, et sont entendus par elle comme deux sons distincts, quoique frappés à-la-fois.
[-12-] Livre premier,
Qui contient la théorie de l'Harmonie.
Chapitre premier.
Expériences préliminaires et fondamentales.
Premiere Experience.
20. SI on fait resonner un corps sonore, on entend, outre le son principal et son octave, deux autres sons très-aigus, dont l'un est la douziéme au-dessus du son principal, c'est-à-dire, l'octave de la quinte de ce son; et l'autre est la dix-septiéme majeure au-dessus de ce même son, c'est-à-dire, la double octave de sa tierce majeure.
21. Cette expérience est principalement sensible sur les grosses cordes d'un violoncelle, dont le son étant fort grave, laisse distinguer assez facilement à une oreille tant soit peu exercée, la douziéme et la dix-septiéme dont il s'agit. (c)
[-13-] 22. Le son principal est appellé générateur, et les deux autres sons qu'il engendre et qui l'accompagnent, sont appellés ses harmoniques, en y comprenant l'octave.
Seconde Expérience.
23. Si on accorde avec le corps sonore deux autres corps dont l'un soit à la douziéme au-dessus [-14-] du corps sonore, l'autre à la dix-septiéme majeure au-dessus, ces deux derniers corps frémiront dans leur totalité dès qu'on fera resonner le premier, et de plus ils resonneront; ce qui prouve de nouveau combien la douziéme et la dix-septiéme majeure au-dessus d'un son principal ont d'analogie avec ce son. Mais si on accorde avec le même corps sonore deux autres corps dont l'un soit à la douziéme au-dessous du corps sonore, et l'autre à sa dix-septiéme majeure au-dessous, ces deux derniers corps frémiront dès qu'on fera resonner le premier, mais ils ne frémiront point dans leur totalité; en frémissant ils se diviseront par une espece d'ondulation, l'un en trois, l'autre en cinq parties égales; ensorte qu'il y aura pendant le frémissement des points qui resteront en repos. [Voyez C [ALEMEL 02GF]. in marg.] Ainsi supposons que AB soit une corde sonore fixe par ses deux extrémités A, B; CF (Voyez Ibidem) une autre corde sonore aussi fixe par ses extrémités C, F, et dont le son soit à la douziéme au-dessous du son que rend la corde AB; dès qu'on fera resonner la corde AB toute seule, on verra la corde CF frémir sans resonner, et prendre en frémissant la figure C K D H E G F, dans laquelle on distinguera facilement les points immobiles D, E, et les trois ventres K, H, G; ensorte [-15-] que les trois parties CD, DE, EF, et cetera seront égales, et les points D, E en repos. De même si la corde LM (Figure C [ALEMEL 02GF].) fixe par ses extrémités L, M, rend un son qui soit à la dix-septiéme au-dessous du son que rend la corde AB, cette corde LM frémira dès qu'on fera resonner la corde AB, et on remarquera dans la corde LM, pendant son frémissement, cinq ventres X, V, T, S, R, et quatre points fixes et immobiles N, O, P, Q, outre les deux extrémités L, M; de plus ces points seront à égales distances les uns des autres. (d)
[-16-] Troisiéme Expérience.
24. Il n'y a personne qui ne s'apperçoive de la ressemblance qu'il y a entre un son et [-17-] son octave en montant ou en descendant. Ces deux sons se confondent presque entierement à l'oreille lorsqu'ils sont entendus ensemble. On peut d'ailleurs se convaincre par deux faits très-simples de la facilité qu'on a à prendre l'un pour l'autre.
Je suppose que l'on veuille chanter un air, et qu'ayant pris d'abord cet air sur un ton trop haut ou trop bas pour sa voix, on soit obligé, pour ne point trop s'efforcer, de chanter l'air dont il s'agit sur un ton plus bas ou plus haut que le premier; je dis que sans être Musicien en aucune maniere, on prendra naturellement le nouveau ton à l'octave en bas, ou à l'octave en haut du premier; et que pour prendre ce nouveau ton à un autre intervalle que l'octave, il faut y faire attention. C'est un fait dont il est facile de s'assurer par l'expérience.
Autre fait. Qu'une personne chante un air en notre presence, et le chante sur un ton trop haut ou trop bas pour notre voix; si nous voulons chanter cet air avec elle, nous [-18-] prenons naturellement l'octave en bas ou en haut, et souvent en prenant cette octave, nous croyons prendre l'unisson (e).
Chapitre II.
Origine des deux modes; du chant le plus naturel, et de la plus parfaite harmonie.
25. POur fixer davantage les idées, nous appellerons ut le son rendu par le corps sonore: il est évident, par la premiere expérience, que ce son est toûjours accompagné de sa douziéme et de sa dix-septiéme majeures, c'est-à-dire de l'octave de sol et de la double octave de mi.
26. Donc cette octave de sol et cette double octave de mi fournissent l'accord le plus parfait qu'on puisse joindre à ut, puisque cet accord est l'ouvrage de la nature (f).
[-19-] 27. Par la même raison le chant formé d'ut, de l'octave de sol et de la double octave de mi, entonnées l'une après l'autre, seroit aussi le chant le plus simple et le plus naturel de tous, si notre voix avoit assez d'étenduë pour former sans peine d'aussi grands intervalles: mais la liberté et la facilité que nous avons de substituer à un son son octave, lorsque cela est plus commode à notre voix, nous fournit un moyen de représenter ce chant.
C'est pour cela qu'après avoir entonné le son ut, nous entonnons naturellement la tierce mi et la quinte sol, au lieu de la double octave de mi, et de l'octave de sol; d'où nous formons, en y joignant l'octave du son ut, ce chant ut, mi, sol, ut, qui est en effet le plus simple et le plus facile de tous; aussi a-t-il son origine dans la resonnance même du corps sonore.
28. Ce chant ut, mi, sol, ut, dans lequel la tierce ut mi est majeure, constitue ce qu'on [-20-] appelle le genre ou mode majeur; d'où il s'ensuit que le mode majeur est l'ouvrage immédiat de la nature.
29. Le frémissement de la douziéme et de la dix-septiéme majeure au-dessous du son principal, frémissement qu'on a établi dans la seconde expérience, nous conduit à une autre découverte. La tierce mineure au-dessous d'ut étant la, il s'ensuit que la tierce majeure au-dessous d'ut sera la [rob]; car la tierce majeure, par les définitions données dans l'Introduction, est un intervalle plus grand d'un demi-ton que la tierce mineure: or l'intervalle de ut à la est une tierce mineure, donc l'intervalle de ut à la [rob], sera une tierce majeure. D'où il s'ensuit que la dix-septiéme majeure au-dessous d'ut, sera la double octave de la [rob] en descendant. De même la quinte au-dessous d'ut étant fa, la douziéme au-dessous d'ut sera l'octave de fa en descendant.
30. De-là, et de cette facilité naturelle que nous avons de confondre les sons avec leurs octaves, nous pouvons former ce chant indiqué par la nature fa, la [rob], ut, dans lequel la tierce fa la [rob] en partant du premier son fa, est mineure; et voilà l'origine du genre ou mode appellé mineur.
31. Mais comme les sons fa, la [rob], ou [-21-] plûtôt leurs octaves, ne font que frémir quand ut resonne, et ne resonnent pas avec lui comme les octaves de mi et de sol; il s'ensuit de là que le mode ou genre mineur est donné par la nature moins immédiatement et moins directement que le mode majeur.
32. Donc les accords les plus parfaits sont: premier. tout accord, comme ut mi sol ut, formé d'un son, de sa tierce majeure, de sa quinte et de son octave: second. tout accord, comme fa la [rob] ut fa, formé d'un son, de sa tierce mineure, de sa quinte et de son octave. En effet, ces deux accords sont donnés par la nature, mais le premier plus immédiatement que le second. Le premier est appellé accord parfait majeur, et le second, accord parfait mineur.
Chapitre III.
De la suite des quintes, et des loix qu'elle doit observer.
33. PUisque le son ut fait entendre le son sol et fait frémir le son fa, qui sont ses deux douziémes, nous pouvons imaginer un chant composé de ce son ut et de ses deux douziémes, ou ce qui revient au même [-22-] (Article 24), de ses deux quintes fa et sol, l'une au-dessous, l'autre au-dessus; ce qui donne le chant ou la suite de quintes fa, ut, sol, que j'appelle Basse fondamentale d'ut par quintes.
Nous verrons dans la suite qu'il y a des basses fondamentales par tierces, tirées des deux dix-septiémes, dont l'une resonne et l'autre frémit avec le son principal. Mais il faut aller pied à pied, et nous nous contentons pour le présent d'envisager d'abord les basses fondamentales par quintes.
34. Ainsi du son ut, on peut aller indifféremment au son
sol ou au son fa.
35. On peut, par la même raison, continuer cette suite de
quintes en montant et en descendant depuis ut, en cette
sorte,
mi [rob], si [rob], fa, ut, sol, ré, la, et cetera
et dans cette progression on peut passer d'un son
quelconque à celui qui le précede ou qui le suit
immédiatement.
36. Mais il n'est pas permis de même de passer d'un son à
un autre qui n'en soit pas immédiatement voisin, par exemple
de ut à ré, ou de ré à ut. Pour le faire voir, nous
observerons d'abord que le son ré emporte nécessairement avec
lui le son la; car la est quinte de ré, et l'octave de cette
quinte resonne [-23-] avec ré, par la premiere expérience,
(Article 20): par conséquent en passant d'ut à ré, ou de ré
à
ut, on passe nécessairement de ut à la, ou de la à ut. Or ce
dernier passage est contre les regles indiquées par la
nature; car la étant considéré dans la suite des quintes
comme quinte de ré, et par conséquent comme quinte de la
quinte de sol, ne sçauroit faire avec ut une tierce mineure
juste et harmonique: c'est dequoi tous les Musiciens
conviennent, et on peut le démontrer aisément
(g). Ainsi
les sons ut et la [-24-] pris dans la progression des
quintes, ne sont en aucune maniere harmoniques l'un de
l'autre, et par conséquent ils ne sçauroient se succéder
immédiatement
(h). Donc les sons ut
et ré ne sçauroient non plus se succéder immédiatement dans
la basse fondamentale.
37. Et comme ces sons ut et ré, par la premiere
expérience, portent naturellement avec eux les accords
parfaits majeurs ut mi sol ut, ré fa [x] la ré; il en résulte
cette regle, que deux accords parfaits, sur-tout lorsqu'ils
sont majeurs (i),
ne peuvent se succéder
diatoniquement dans une basse fondamentale; [-25-]
c'est-à-dire que dans une basse fondamentale on ne sçauroit faire
succéder diatoniquement deux sons portant chacun l'accord
parfait, sur-tout si l'accord parfait est majeur dans tous
les deux.
Chapitre IV.
Du mode en général.
38. LE mode en musique n'est autre chose que l'ordre
prescrit entre les sons, tant en harmonie qu'en mélodie, par
la progression des quintes. Ainsi les trois sons fa, ut, sol,
et les harmoniques de chacun de ces trois sons, c'est-à-dire
leurs tierces majeures et leurs quintes, composent tout le
mode majeur d'ut.
39. Donc la progression ou basse fondamentale fa, ut, sol,
dans laquelle ut tient le milieu, peut être regardée comme
représentant le mode d'ut. On pourra de même prendre la
progression ou basse fondamentale ut, sol, ré, comme
représentant le mode de sol; de même si [rob], fa, ut,
représentera le mode de fa.
On voit par-là que le mode de sol, ou plûtôt la basse
fondamentale de ce mode, a [-26-] deux sons communs avec la
basse fondamentale du mode d'ut. Il en est de même de la
basse fondamentale du mode de fa.
40. Le mode d'ut (fa, ut, sol) est appellé mode principal
par rapport aux modes de ses deux quintes, qui sont appellées
ses deux adjoints.
41. Il est donc en quelque maniere indifférent à l'oreille
de passer du mode principal à l'un ou à l'autre de ses
adjoints, puisque chacun de ces adjoints a également deux
sons communs avec le mode principal. Cependant on doit avoir
un peu plus de prédilection pour le mode de sol; car sol
resonne dans ut, et fa ne fait que frémir, comme on le voit
par la premiere et la seconde expérience. C'est pourquoi
l'oreille affectée du mode d'ut, est un peu plus préoccupée
pour le mode de sol, que pour celui de fa. Aussi rien
n'est-il plus ordinaire et plus naturel que de passer du mode d'ut
au mode de sol.
42. C'est pour cette raison, et pour distinguer les deux
quintes l'une de l'autre, qu'on appelle dominante la quinte
sol au-dessus du générateur, et sous-dominante la quinte fa
au-dessous de ce même générateur.
43. Au reste, comme on a vû dans le Chapitre précédent
qu'on peut dans la progression [-27-] des quintes passer
indifféremment d'un son à celui qui en est voisin: on peut de
même, et par la même raison, après avoir passé du mode d'ut
au mode de sol, passer du mode de sol au mode de ré, comme du
mode de fa au mode de si [rob]: mais il faut cependant
observer que l'oreille qui a été affectée d'abord du mode
principal, s'empresse toûjours d'y revenir. Ainsi plus les
modes dans lesquels on passe s'éloignent du mode principal,
moins on doit y rester long-tems, ou pour parler en termes de
l'art, moins les phrases de ces modes doivent être longues.
Chapitre V.
Formation de l'échelle diatonique des Grecs.
44. DE ce qu'on peut faire succéder immédiatement deux
sons voisins dans la suite des quintes fa, ut, sol, il
s'ensuit qu'on peut former ce chant ou cette basse
fondamentale par quintes
sol, ut, sol, ut, fa, ut, fa. [Voyez D
[ALEMEL 02GF]. in marg.]
45. Chacun des sons qui forment ce chant, porte
nécessairement avec lui sa tierce majeure, [-28-] sa quinte
et son octave; ensorte qu'en chantant, par exemple sol, on
est censé chanter en même tems les sons sol, si, ré, sol; de
même le son ut de la basse fondamentale emporte avec lui ce
chant ut, mi, sol, ut, et enfin le son fa emporte avec lui
fa, la, ut, fa: donc ce chant ou cette basse fondamentale
sol, ut, sol, ut, fa, ut, fa,
donne le chant diatonique suivant,
si, ut, ré, mi, fa, sol, la, [Voyez D
[ALEMEL 02GF]. in marg.]
qui est précisément l'échelle diatonique des Grecs. Nous
ignorons par quels principes ils l'avoient formée; mais il
est visible que cette échelle naît de la basse sol, ut, sol,
ut, fa, ut, fa, et que par conséquent cette basse est nommée
avec raison fondamentale, comme étant le véritable chant
primitif, celui qui guide l'oreille et qu'elle sous-entend
dans le chant diatonique si, ut, ré, mi, fa, sol, la
(l).
[-29-] 46. On se convaincra de nouveau de cette vérité par
les remarques suivantes.
Dans le chant si, ut, ré, mi, fa, sol, la, [-30-] les sons
ré et fa forment entr'eux une tierce mineure qui n'est pas
parfaitement juste comme l'est celle de mi à sol
(m). Cependant cette
altération dans la tierce mineure de ré à fa ne fait aucune
peine à l'oreille, parce que ce ré et ce fa, qui ne forment
pas entr'eux une tierce mineure juste, forment chacun en
particulier des consonances parfaitement justes avec les sons
de la basse fondamentale qui leur répondent; car ré de
l'échelle est la quinte juste du sol qui lui répond dans la
basse fondamentale, et fa de l'échelle est l'octave juste du
fa qui lui répond dans cette même basse.
47. Donc, pourvû que les sons de l'échelle fassent des
consonances parfaitement justes avec les sons qui leur
répondent dans la basse fondamentale, l'oreille se met peu en
peine de l'altération qu'il peut y avoir dans les intervalles
que ces sons de l'échelle forment entr'eux. Nouvelle preuve
que la basse fondamentale est le vrai guide de l'oreille et
la véritable origine du chant diatonique.
[-31-] 48. De plus, cette échelle diatonique ne renferme
que sept sons, et ne va pas jusqu'au si en haut, qui seroit
l'octave du premier: nouvelle singularité dont on peut rendre
raison par les principes établis ci-dessus. En effet, pour
que le son si succédât immédiatement dans l'échelle au son
la, il faudroit que le son sol, qui est le seul d'où si
puisse être tiré, succédât immédiatement dans la basse
fondamentale au son fa, qui est le seul d'où la puisse être
tiré. Or la succession diatonique de fa à sol ne peut avoir
lieu dans la basse fondamentale, suivant ce qu'on a démontré
dans le Chapitre III. Article 36. Donc les sons la et si ne
sçauroient se succéder immédiatement dans l'échelle: nous
verrons dans la suite pourquoi cela n'est pas ainsi dans la
gamme ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT, qui commence par ut;
au lieu que l'échelle dont il s'agit ici commence par si.
49. Aussi les Grecs, pour former l'octave entiere,
ajoûtoient au-dessous du premier si, le son la, qu'ils
distinguoient et séparoient du reste de l'échelle, et qu'ils
appelloient par cette raison proslambanomene, c'est-à-dire
corde ou son sur-ajoûté au-devant de l'échelle.
50. L'échelle diatonique si, ut, ré, mi, fa, sol, la, est
composée de deux tétracordes, [-32-] c'est-à-dire de deux
échelles diatoniques de quatre sons chacune, si, ut, ré, mi;
et mi, fa, sol, la: ces deux tétracordes sont parfaitement
semblables; car du mi au fa, il y a même intervalle que du si
à l'ut; du fa au sol, le même que de l'ut au ré; du sol au
la, le même que du ré au mi
(n);
voilà pourquoi les Grecs distinguoient ces
deux tétracordes, et les joignoient cependant par le son mi,
qui leur est commun, ce qui leur a fait donner le nom de
tétracordes conjoints.
51. De plus, les intervalles de deux sons quelconques,
pris dans chaque tétracorde en particulier, sont parfaitement
justes: ainsi dans le premier tétracorde les intervalles ut
mi et si ré, sont des tierces, l'une majeure, l'autre
mineure, parfaitement justes, aussi-bien que la quarte si mi
(o); il en
est de même dans le tétracorde mi, fa, sol, la, [-33-]
puisque ce tétracorde est parfaitement semblable au premier.
52. Mais il n'en est pas de même quand on compare deux
sons pris dans les deux tétracordes; car nous avons déjà vû
que le son ré du premier tétracorde fait avec le son fa du
second une tierce mineure qui n'est pas juste. On trouvera de
même que la quinte de ré à la n'est pas parfaitement juste,
ce qui est évident: car la tierce majeure de fa à la est
juste, et la tierce mineure de ré à fa ne l'est pas; or pour
former une quinte juste, il faut une tierce majeure et une
tierce mineure qui soient parfaitement justes l'une et
l'autre.
53. De-là il s'ensuit que tout est absolument parfait dans
chaque tétracorde pris en particulier; mais qu'il y a
altération d'un tétracorde à l'autre. Nouvelle raison pour
distinguer l'échelle en ces deux tetracordes.
54. On peut s'assurer par le calcul, que dans le
tétracorde si, ut, ré, mi, l'intervalle ou le ton du ré au mi
est un peu moindre que l'intervalle ou le ton de l'ut au ré
(p); de même
[-34-] dans le second
tétracorde mi, fa, sol, la, qui est, comme nous l'avons
prouvé, parfaitement semblable au premier, le ton du sol au
la est un peu moindre que le ton du fa au sol; c'est pour
cette raison qu'on distingue deux sortes de tons, le ton
majeur comme d'ut à ré, de fa à sol, et cetera et le ton
mineur comme de ré à mi, de sol à la, et cetera.
Chapitre VI.
Formation de l'échelle diatonique des Modernes, ou gamme
ordinaire.
55. NOus venons de montrer dans le Chapitre précédent,
comment se forme l'échelle des Grecs, si, ut, ré, mi, fa,
[-35-] sol, la, par le moyen d'une basse fondamentale composée
seulement des trois sons fa, ut, sol: mais pour former
l'échelle ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT, qui est en usage
aujourd'hui, il faut nécessairement ajoûter à la basse
fondamentale le son ré, et former avec les quatre sons fa,
ut, sol, ré, la basse fondamentale suivante,
ut, sol, ut, fa, ut, sol, ré, sol, ut, [Voyez E
[ALEMEL 02GF]. in marg.]
d'où l'on tire le chant ou la gamme
ut, ré, mi, fa, sol, sol, la, si, UT.
(q) En effet,
ut de la gamme appartient à l'harmonie d'ut qui lui répond
dans la basse; ré, qui est le second son de la gamme,
appartient à l'harmonie de sol, second son de la basse; mi,
troisiéme son de la gamme, appartient à l'harmonie d'ut,
troisiéme son de la basse, et cetera.
[-36-] 56. De-là il s'ensuit que l'échelle diatonique des
Grecs est plus simple que la nôtre, du moins à quelques
égards, puisque l'échelle des Grecs est formée du seul mode
d'ut, (Chapitre V.) au lieu que la nôtre est primitivement et
originairement formée du mode d'ut (fa, ut, sol,) et du mode
de sol, (ut, sol, ré.)
Aussi voit-on que cette derniere échelle est composée de
deux parties, dont l'une, ut, ré, mi, fa, sol, est dans le
mode d'ut, et l'autre, sol, la, si, ut, est dans le mode de
sol.
57. C'est pour cette raison que le son sol se trouve
répété deux fois de suite dans cette gamme; la premiere comme
quinte d'ut qui lui répond dans la basse fondamentale; la
seconde, comme octave de sol, qui suit immédiatement ut dans
cette basse. Du reste ces deux sol consécutifs sont
d'ailleurs parfaitement à l'unisson: c'est pour cela qu'on se
contente d'en dire un seul quand on chante la gamme ut, ré,
mi, fa, sol, la, si, UT: mais cela n'empêche pas qu'on ne
pratique un repos exprimé ou sous-entendu, après le son fa.
Il n'y a personne qui ne s'en apperçoive en entonnant
soi-même la gamme.
58. Donc l'échelle des Modernes peut être regardée comme
composée de deux [-37-] tétracordes disjoints et parfaitement
semblables, ut, ré, mi, fa, et sol, la, si, ut, l'un dans le
mode d'ut, l'autre dans celui de sol. Au reste, nous verrons
dans la suite par quel artifice on peut faire que l'échelle
ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT, soit regardée comme
appartenante au seul mode d'ut. Il faut pour cela faire
quelques changemens à la basse fondamentale que nous venons
de donner: c'est ce qui sera expliqué plus au long.
59. L'introduction du mode de sol dans la basse
fondamentale fait que les trois tons fa, sol, la, si, peuvent
se succéder immédiatement dans l'échelle, ce qui ne sçauroit
avoir lieu (Article 48.) dans l'échelle des Grecs, parce
qu'elle est formée du seul mode d'ut. D'où il s'ensuit:
Premier. Qu'on change de mode toutes les fois qu'on
entonne trois tons de suite.
Second. Que si on entonne ces trois tons de suite dans la
gamme ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT, ce ne peut être qu'à
la faveur d'un repos exprimé ou sous-entendu après le son fa;
ensorte que les trois tons fa, sol, la, si, sont censés
appartenir à deux tétracordes différens.
60. On ne doit donc plus être étonné de l'espece de
difficulté qu'on éprouve à entonner [-38-] naturellement
trois tons de suite, puisque l'on ne sçauroit le faire sans
changer de mode, et que si on reste dans le même mode, le
quatriéme son au-dessus du premier son ne sera jamais
supérieur que d'un demi-ton au son qui le précede, comme on
le voit dans ut, ré, mi, fa, et dans sol, la, si, ut, où il
n'y a qu'un demi-ton de mi à fa, et de si à ut.
61. On peut encore observer dans l'échelle ut, ré, mi, fa,
que la tierce mineure du ré au fa n'est pas juste, par les
raisons qui ont déjà été exposées (Article 46.) Il en
est de
même de la tierce mineure la ut, et de la tierce majeure fa
la: mais chacun de ces sons fait d'ailleurs des consonances
parfaitement justes avec les sons correspondans de la basse
fondamentale.
62. Les tierces la ut, fa la, qui étoient justes dans la
premiere échelle, sont fausses dans celle-ci, parce que dans
la premiere échelle la étoit tierce de fa, et qu'ici il est
quinte de ré qui lui répond dans la basse fondamentale.
63. Ainsi on voit que l'échelle des Grecs renferme moins
de consonances alterées que la nôtre
(r), et
cela vient encore de l'introduction [-39-] du mode de sol
dans la basse fondamentale.
On voit aussi que la valeur de la dans l'échelle
diatonique, valeur sur laquelle les Auteurs ont été partagés,
dépend uniquement de la basse fondamentale, et qu'elle sera
différente selon que ce la aura fa ou ré pour basse. Voyez la
note (q).
Chapitre VII.
Du tempérament.
64. L'Altération que nous venons d'observer entre certains
sons de l'échelle diatonique, nous conduit naturellement à
parler du tempérament. Pour en donner une idée nette, et en
faire sentir la nécessité, supposons que l'on ait un
instrument à touche, un clavecin, par exemple, composé de
plusieurs octaves ou gammes, dont chacune renferme ses douze
demi-tons.
Prenons dans ce clavecin une des cordes qui rend le son UT
(Voyez F [ALEMEL 02GF]) et
accordons [-40-] la corde SOL à la quinte parfaitement juste
d'UT en montant; accordons ensuite à la quinte juste de ce
dernier SOL le RE qui est au-dessus, il est évident que ce RE
sera dans la gamme au-dessus de celle d'où l'on est parti:
mais il est évident aussi que ce RE aura dans la gamme d'où
l'on est parti, un ré qui lui répond et qu'il faudra accorder
à l'octave juste au-dessous du RE qui fait la quinte de SOL;
de sorte que le ré de la premiere gamme sera la quarte juste
au-dessous du SOL de cette même gamme. On accordera ensuite
le son LA de la premiere gamme à la quinte juste de ce
dernier ré, puis le son MI de la gamme au-dessus à la quinte
juste de ce nouveau LA, et par conséquent le mi de la
premiere gamme à la quarte juste au-dessous de ce même LA:
cela fait, on trouvera que le dernier mi, ainsi accordé, ne
fera pas la tierce majeure du son UT
(s);
c'est-à-dire, qu'il est impossible
que mi puisse faire en même tems la tierce [-41-] majeure
juste d'UT et la quinte juste de LA ou, ce qui revient au
même, la quarte juste de LA en descendant.
65. Il y a plus: si après avoir accordé successivement et
alternativement à la quinte et à la quarte juste l'une de
l'autre, les cordes UT, SOL, ré, LA, mi, on continue à
accorder successivement par quintes et par quartes justes les
cordes mi, si, fa [x], ut [x], sol [x], ré [x], la [x], mi
[x], si [x], on trouvera qu'il s'en faut beaucoup que ce si
[x] ne fasse l'octave juste du premier UT, et qu'il est plus
haut que cette octave
(t);
cependant [-42-] ce si [x] sur le clavecin ne doit point être
différent de l'octave au-dessus de UT; car tous les si [x] et
les UT sont la même [-43-] chose, puisque l'octave ou la
gamme n'y est formée que de douze demi-tons.
66. De-là il s'ensuit nécessairement: premier. qu'il est
impossible que toutes les octaves et toutes les quintes
soient justes à-la-fois, principalement dans les instrumens à
touche, où l'on ne connoît point d'intervalles plus petits
que le demi-ton: second. qu'il faut par conséquent, si on
accorde les quintes justes, altérer les octaves; or la
ressemblance qu'il y a entre un son et son octave, ne nous
permet pas une telle altération: cette ressemblance fait que
l'octave sert de bornes aux intervalles, et que tout ce qui
est contenu par de-là la gamme ordinaire, n'est que la
réplique, c'est-à-dire la répétition de tout ce qui a
précedé. C'est pourquoi, si on se permettoit une fois
d'altérer l'octave, il n'y auroit plus de point fixe dans
l'harmonie ni dans la mélodie. Il faut donc de nécessité
absolue accorder le dernier ut ou si [x] à l'octave juste du
premier; d'où il s'ensuit que dans la progression des
quintes, ou, ce qui est la même chose, dans la suite
alternative des quintes et des quartes UT, SOL, ré, LA, mi,
si, fa [x], ut [x], sol [x], ré [x], la [x], mi [x], si [x],
il est nécessaire que toutes les quintes soient altérées, ou
du moins quelques-unes. Or n'y ayant point de [-44-] raison
pour altérer l'une préférablement à l'autre, il s'ensuit que
nous devons les altérer toutes également. Par ce moyen
l'altération se trouvant également répanduë sur toutes les
quintes, sera presque imperceptible pour chacune, et ainsi la
quinte qui est après l'octave, la plus parfaite de toutes les
consonances, et que nous sommes forcés d'altérer, ne le sera
que le moins qu'il est possible.
67. Il est vrai que les tierces seront un peu dures, mais
la tierce étant un intervalle moins consonant que la quinte,
il est nécessaire, dit Monsieur Rameau, d'en sacrifier la
justesse à celle de la quinte; car plus un intervalle est
consonant, plus l'altération en déplaît à l'oreille: la
moindre altération dans l'octave est insupportable.
68. Cette altération des intervalles dans les instrumens à
touche, et même dans les instrumens sans touche, est ce qu'on
appelle tempérament.
69. Il résulte donc de tout ce que nous venons de dire,
que la théorie du tempérament se réduit à cette question.
Etant donnée la suite alternative des quintes et des
quartes UT, SOL, ré, LA, mi, si, fa [x], ut [x], sol [x], ré
[x], la [x], mi [x], si [x], dans laquelle si [x] ou ut,
n'est [-45-] pas l'octave juste du premier UT, on propose
d'altérer également toutes les quintes de maniere que les
deux ut soient parfaitement à l'octave l'un de l'autre.
70. Pour résoudre cette question, on commencera par mettre
les deux ut parfaitement à l'octave l'un de l'autre, ensuite
de quoi on rendra le plus égaux qu'il sera possible tous les
demi-tons dont l'octave est composée. Par-là
(u) toutes les quintes seront chacune
très-peu [-46-] altérées, et le seront toutes également.
71. Voilà en quoi consiste la théorie du tempérament: mais
comme il seroit difficile dans la pratique d'accorder un
clavecin ou une orgue, en rendant ainsi tous les demi-tons
égaux, Monsieur Rameau, dans sa Génération harmonique, nous a
donné le moyen suivant pour altérer toutes les quintes le
plus également qu'il est possible.
72. Prenez telle touche du clavecin qu'il [-47-] vous
plaira vers le milieu du clavier, par exemple UT; accordez-en
la quinte SOL d'abord fort juste, puis diminuez-la
imperceptiblement; accordez ensuite la quinte juste de cette
quinte ainsi diminuée, puis diminuez imperceptiblement cette
seconde quinte, et procedez ainsi d'une quinte à l'autre en
montant; et comme l'oreille n'apprétie pas si exactement les
sons trop aigus, il faut, quand vos quintes commenceront à
devenir trop aigues, accorder juste l'octave au-dessous de la
derniere quinte que vous venez d'accorder, puis vous
continuerez toûjours de même; et vous arriverez enfin à une
derniere quinte mi [x], si [x], qui doit se trouver d'accord
d'elle-même, c'est-à-dire, qui doit être telle que si [x] le
plus aigu des deux sons qui la forment, soit le son même UT,
par lequel vous avez commencé, ou du moins l'octave
parfaitement juste de ce son; il faudra donc essayer si cet
UT ou son octave fait une quinte juste avec le dernier son mi
[x] ou fa que l'on a accordé. Si cela est, on peut être
assuré que le clavecin est bien d'accord: mais si cette
derniere quinte n'est pas juste, en ce cas, ou elle sera trop
forte, et c'est une marque que l'on a trop diminué les autres
quintes, ou du moins quelques-unes; ou la quinte sera trop
[-48-] foible, et c'est une marque qu'on ne les a pas assez
diminuées. Il faudra donc revenir sur ses pas jusqu'à ce que
la derniere quinte soit d'accord d'elle-même
(x).
[-49-] Par cette pratique tous les douze sons qui
composent une des gammes seront accordés; il n'y aura plus
qu'à accorder parfaitement justes leurs octaves dans les
autres gammes, et le clavecin sera bien d'accord.
Nous avons donné cette regle pour le tempérament, d'après
Monsieur Rameau, et c'est aux Artistes desintéressés à en
juger. Quoi qu'il en soit, et quelque espece de tempérament
qu'on adopte, les altérations qu'il causera dans l'harmonie
ne seront que peu ou point sensibles à l'oreille, qui
uniquement [-50-] occupée de la basse fondamentale et de
s'accorder avec elle, tolere sans peine ces altérations, ou
plûtôt n'y fait aucune attention, parce qu'elle supplée
d'elle-même à ce qui manque aux intervalles pour être justes.
Deux expériences simples et journalieres fortifient ce que
nous avançons. Ecoutez une voix qui chante accompagnée de
différens instrumens; quoique le tempérament de la voix, et
celui de chacun de ces instrumens different tous entr'eux,
cependant vous ne serez nullement affecté de l'espece de
cacophonie qui devroit en résulter, parce que l'oreille
suppose justes des intervalles dont elle n'apprétie point la
différence.
Autre expérience. Enfoncez les trois touches de l'orgue,
mi, sol, si, vous n'entendrez que l'accord parfait mineur,
quoique mi, par la construction de cet instrument, fasse
toûjours resonner sol [x]; que sol fasse resonner ré; et si,
fa [x]; de sorte que l'oreille est affectée à-la-fois de tous
ces sons, ré, mi, fa [x], sol, sol [x], si: que de
dissonnances à-la-fois, et quel desagrément en résulteroit-il
pour l'oreille, si l'accord parfait dont elle est préoccupée,
ne servoit pas à l'en distraire?
[-51-] Chapitre VIII.
Des repos ou cadences.
73. DAns une basse fondamentale qui marche par quintes, il
y a toûjours, ou il peut y avoir toûjours repos d'un son à
l'autre: mais le repos est plus ou moins marqué, et par
conséquent plus ou moins parfait. Si on monte de quinte, si
on va, par exemple d'ut à sol, c'est le générateur qui passe
à l'une de ses quintes, et cette quinte préexistoit déjà dans
le générateur: mais le générateur n'existe plus dans cette
quinte; et l'oreille, pour qui ce générateur est le principe
de toute l'harmonie et de toute la mélodie, desire d'y
revenir. Ainsi le passage d'un son à sa quinte en montant,
est appellé repos imparfait ou cadence imparfaite: mais le
passage d'un son à sa quinte en descendant, comme de sol à
ut, est appellé cadence parfaite ou repos absolu; c'est le
produit qui retourne au générateur, et qui se retrouve dans
ce générateur même avec lequel il resonne (Chapitre I).
74. Parmi les repos absolus, il y en a, pour ainsi dire,
de plus absolus, c'est-à-dire [-52-] de plus parfaits les uns
que les autres. Ainsi dans la basse fondamentale
ut, sol, ut, fa, ut, sol, ré, sol, ut,
qui donne, comme nous avons vû, l'échelle diatonique des
Modernes, il y a repos absolu de ré à sol, comme de sol à ut;
cependant ce dernier repos absolu est plus parfait que le
précédent, parce que l'oreille préoccupée du mode d'ut par
l'impression multipliée du son ut qu'elle a déjà entendu
trois fois auparavant, desire de revenir à ce générateur ut;
et c'est ce qu'elle fait par le repos absolu sol ut.
75. Au reste, il ne faut pas confondre ce qu'on appelle
vulgairement cadence dans la mélodie avec ce que nous venons
de nommer cadence dans l'harmonie.
Dans le premier cas, ce mot ne signifie qu'un tremblement
de la voix; dans le second, il signifie un repos. Il est vrai
cependant que les tremblemens dans la voix indiquent ou du
moins annoncent assez souvent un repos ou actuel ou prochain
dans la basse fondamentale.
76. Puisqu'il y a repos d'un son à l'autre dans la basse
fondamentale, il y aussi repos d'un son à l'autre dans
l'échelle diatonique qui en est tirée, et qui représente
cette basse, [-53-] et comme le repos absolu sol ut, terminé
par le générateur ut, est le plus parfait de tous dans la
basse fondamentale, le repos de si à ut, qui lui répond dans
la gamme, et qui est aussi terminé par le générateur, est par
cette raison le plus parfait de tous dans l'ordre diatonique
en montant.
77. C'est donc une loi dictée par la nature même, que
quand on veut monter diatoniquement au générateur d'un mode,
on ne le peut que par le moyen de la tierce majeure de la
quinte de ce générateur. Cette tierce majeure qui forme avec
le générateur un demi-ton, a été par cette raison
appellée
note sensible, comme annonçant le générateur, et préparant le
plus parfait de tous les repos.
Nous avons déjà prouvé que la basse fondamentale est le
principe de la mélodie. Nous ferons encore voir dans la
suite, que l'effet du repos dans la mélodie vient uniquement
de la basse fondamentale.
[-54-] Chapitre IX.
Du mode mineur.
78. IL a été prouvé (Chapitre II.) que la nature donne
immédiatement le mode majeur par la resonnance du corps
sonore, et qu'elle indique le mode mineur par le frémissement
de la douziéme et de la dix-septiéme majeure au dessous du
son principal. Nous avons vû de plus que cette douziéme et
cette dix-septiéme, en fremissant, se divisent, l'une en
trois, l'autre en cinq parties égales; de sorte que si la
corde CF (Voyez C
[ALEMEL 02GF]
et l'article 23 ci-dessus) venoit à resonner dans son état de
frémissement, les trois parties CKD, DHE, EGF, donneroient
chacune le même son, comme si ces trois parties étoient trois
cordes différentes fixes en C, D, E, F. Or l'on sçait par
l'expérience, que le son rendu par une corde CD, fixe en C et
en D, et qui seroit le tiers de la corde CF, seroit la
douziéme au-dessus du son rendu par la corde totale CF. Donc,
puisque le son rendu par la corde totale CF, est, par
l'hypothese, la douziéme au-dessous du son principal, il
s'ensuit que le son rendu par chacune [-55-] des trois
parties de cette corde CD, seroit le son principal lui-même.
Donc, puisque la corde CF se divise en frémissant dans les
trois parties CD, DE, EF, il s'ensuit que si cette corde
venoit à resonner, elle ne rendroit que l'unisson du son
principal. Il en est de même de la dix-septiéme LM (voyez C
[ALEMEL 02GF].)
79. Donc la nature, en nous indiquant le mode mineur par
le frémissement de cette douziéme et de cette dix-septiéme,
nous ramene en même tems, autant qu'il est possible, au son
principal ut, pour former le genre ou mode mineur; puisque si
cette douziéme et cette dix-septiéme resonnoient en
frémissant, elles ne rendroient que le son principal ut.
80. A la vérité le son principal ne pourra l'être dans le
nouveau mode, puisque ut ne fait resonner que la tierce
majeure mi, et non la mineure mi [rob]: mais au défaut de
cette place, il occupera celle qui est ici en quelque maniere
la principale, en ce quelle constitue le nouveau genre, et en
fait la différence d'avec le majeur. Le son ut deviendra donc
la tierce mineure du son fondamental, lequel sera par
conséquent la. De plus la tierce majeure mi du son ut
deviendra la quinte du son fondamental; et c'est la quinte,
comme nous l'avons vû, qui donne la loi dans [-56-]
l'harmonie, et dans la mélodie; ainsi le principe ut a toute
la part qu'il peut avoir à la formation du nouveau genre.
81. On voit de plus combien il y a de liaison entre le
genre mineur la ut mi, et le genre majeur ut mi sol, puisque
ces genres ont deux sons communs ut, mi.
La même chose s'observe dans les adjoints de ces deux
modes, c'est-à-dire (Article 40) dans les modes de leurs
quintes en montant, et en descendant; car les adjoints d'ut,
sçavoir fa et sol, donnent les deux genres ou modes majeurs
fa la ut, et sol si ré, et les adjoints de la, sçavoir ré et
mi, donnent les deux modes mineurs ré fa la, et mi sol si,
qui ont chacun deux sons communs avec les deux précédens.
82. Ainsi le seul mode majeur d'ut en produit cinq autres
qui lui sont plus ou moins relatifs.
On voit de plus, que quand on passe d'un mode à un autre
par l'intervalle de tierce, soit en montant, soit en
descendant, comme d'ut à mi, ou d'ut à la; de mi à ut, ou de
la à ut, le mode, de majeur devient mineur, ou mineur devient
majeur.
83. On pourroit nous faire ici deux objections auxquelles
il est bon de répondre, quoique la solution s'en déduise
assez facilement de nos principes.
[-57-] Premiere Objection. Nous venons de faire voir que
par la génération du mode mineur, les sons ut et la pouvoient
se succéder dans une basse fondamentale; cependant nous avons
dit plus haut que les deux accords parfaits ut mi sol ut, ré
fa [x] la ré, ne peuvent se succéder, parce que la du second
accord ne peut succéder à ut: comment accorder tout cela? En
voici le dénouement.
Dans la succession des deux accords parfaits ut mi sol ut,
ré fa [x] la ré, la étant nécessairement quinte de ré,
forme
avec ut, comme nous l'avons vû, une tierce mineure fort
altérée, qui fait que l'oreille se prête avec peine à cette
succession, sur laquelle rien ne peut la distraire. Au
contraire dans la succession des accords ut mi sol ut, la ut
mi la, les sons ut et mi joints avec le son la font prendre
ce la pour la tierce mineure juste d'ut; de sorte que
l'oreille satisfaite et trompée tout-à-la-fois par les sons
ut et mi communs aux deux accords, supplée, pour ainsi dire,
d'elle-même à ce qui manque au son la pour qu'il soit la
tierce mineure d'ut parfaitement juste.
Seconde Objection. Nous avons observé, Chapitre premier,
que ut mi sol donnant le mode majeur, fa la [rob] ut donnoit
le mode mineur; cependant le mode mineur fa la [rob] [-58-]
ut, n'est nullement analogue au mode majeur d'ut; et
d'ailleurs, il paroît que nous abandonnons ensuite nous-mêmes
ce mode fa la [rob] ut, pour y substituer celui de la, la ut
mi, que la nature ne donne pas.
Voici la réponse à ces deux observations. Premier. Le mode
mineur de fa n'est pas si étranger qu'il le paroît au mode
majeur d'ut. Il est très-possible de faire suivre
immédiatement, et agréablement pour l'oreille, deux airs dont
l'un appartienne au mode majeur d'ut, l'autre au mode mineur
de fa. Monsieur Rameau l'a exécuté dans la belle Sarabande de
Pigmalion, et le Rigaudon précédent. Second. La nature ne
fait que nous indiquer le mode mineur par le frémissement des
cordes fa et la [rob], ou plûtôt de leurs octaves: mais par
la maniere dont ces cordes frémissent, elle nous ramene,
autant qu'il est possible, au son ut, comme nous l'avons déjà
observé; de sorte qu'elle nous force, pour ainsi dire, à
donner à ut dans le nouveau mode, la place de tierce mineure,
qui est la principal de toutes celles qu'il y peut occuper.
84. Dans tout mode majeur ou mineur, le son principal
portant l'accord parfait majeur ou mineur, est appellé
tonique; ainsi ut est tonique dans le mode d'ut, la dans
celui de la, et cetera.
[-59-] Chapitre X.
De l'échelle diatonique du mode mineur.
85. NOus avons fait voir comment les trois sons fa, ut,
sol, donnent l'échelle si, ut, ré, mi, fa, sol, la, du mode
majeur, [Voyez D [ALEMEL 02GF]
in marg.] par le moyen de la basse fondamentale sol, ut, sol,
ut, fa, ut, fa: prenons de même les trois sons ré, la, mi,
qui constituent le mode de la, et formons-en cette basse
fondamentale toute semblable à la précédente; [Voyez G
[ALEMEL 02GF] in marg.] mi, la,
mi, la, ré, la, ré: mettons ensuite au-dessus de chacun de
ces sons un de leurs sons harmoniques, comme nous avons fait
(Chapitre V.) pour la premiere échelle du mode majeur, avec
cette différence que nous ferons porter la tierce mineure aux
sons ré et la de la basse fondamentale pour caractériser le
mode mineur; et nous aurons l'échelle diatonique du mode
mineur,
sol [x], la, si, ut, ré, mi, fa.
Le sol [x] qui répond au mi de la basse fondamentale fait
avec ce mi une tierce majeure, quoique le mode soit mineur,
par la raison que la tierce de la quinte du son fondamentale
[-60-] doit être majeure (Article 77.) dès que cette tierce
monte au son fondamental la.
86. On remarque cette premiere différence entre l'échelle
sol [x], la, si, ut, ré, mi, fa,
et l'échelle qui lui répond dans le mode majeur,
si, ut, ré, mi, fa, sol, la,
que du mi au fa, qui sont les deux derniers sons de la
premiere échelle, il n'y a qu'un demi-ton; au lieu que du sol
au la, qui sont les deux derniers sons de la seconde, il y a
un ton entier: mais ce n'est pas la seule différence qui se
trouve entre les échelles des deux modes.
87. Pour développer ces différences, et en faire sentir la
raison, nous commencerons par former une nouvelle échelle
diatonique du mode mineur, semblable à la seconde échelle du
mode majeur,
ut, ré, mi, fa, sol, sol, la, si, ut. [Voyez E
[ALEMEL 02GF]. in marg.]
Cette derniere échelle, comme nous l'avons vû, a été
formée par le moyen de la basse fondamentale fa ut sol ré,
disposée en cette sorte,
ut, sol, ut, fa, ut, sol, ré, sol, ut.
[-61-] Prenons de même la basse fondamentale ré la mi si,
et disposons-la de la maniere suivante,
la, mi, la, ré, la, mi, si, mi, la, [Voyez H
[ALEMEL 02GF]. in marg.]
elle nous donnera l'échelle que voici:
la, si, ut, ré, mi, mi, fa [x], sol [x], la,
dans laquelle ut fait une tierce mineure avec la, qui lui
répond dans la basse fondamentale; ce qui désigne le mode
mineur: et au-contraire sol [x] fait une tierce majeure avec
mi de la basse fondamentale, parce que sol [x] monte au la
(Article 77.).
88. On voit de plus dans cette échelle un fa [x], qui ne
se trouve point dans la premiere,
sol [x], la, si, ut, ré, mi, fa,
où le fa est naturel. C'est que dans la premiere échelle
fa est tierce mineure du ré de la basse, et que dans la
seconde, fa [x] est quinte du si de la basse.
89. Ainsi les deux échelles du mode mineur sont encore à
cet égard bien plus différentes entr'elles que les deux
échelles du mode majeur; car on ne remarque point cette
différence d'un demi-ton entre les deux échelles du mode
majeur. Nous avons seulement [-62-] observé (Article 63.)
quelque différence entre la valeur du la dans les deux
échelles, mais elle est bien au-dessous d'un demi-ton.
90. De-là on voit pourquoi le fa et le sol sont diézes en
montant dans le mode mineur; aussi le fa n'est-il naturel
dans la premiere échelle sol [x], la, si, ut, ré, mi, fa, que
parce que ce fa ne sçauroit monter au sol [x] (Article 48).
91. Il n'en n'est pas de même en descendant; car la quinte
mi du générateur ne doit porter la tierce majeure sol [x],
que dans le cas où cette quinte mi descend au générateur la
pour former un repos parfait (Article 77), et en ce cas la
tierce majeure sol [x] monte au générateur la. Mais la basse
fondamentale la mi, peut donner en descendant, l'échelle la
sol naturel, pourvû que sol ne remonte point au la. De même
la basse ré la, donne fa mi en descendant.
92. On voit par-là pourquoi le sol et le fa peuvent être
naturels et non diézes en descendant dans le mode mineur.
93. Au reste, dans l'échelle diatonique du mode mineur en
descendant la, sol, fa, mi, ré, ut, si, la, on peut regarder
sol comme une note de passage ajoûtée simplement pour le goût
du chant, et pour descendre diatoniquement au fa naturel: on
le voit aisément [-63-] par cette basse fondamentale,
la, ré, la, ré, la, mi, la,
qui donne
la, fa, mi, ré, ut, si, la,
qu'on peut regarder comme la véritable échelle du mode
mineur en descendant, dans laquelle on ajoûte sol naturel
entre la et fa, pour conserver l'ordre diatonique.
Chapitre XI.
De la dissonance.
94. ON a déjà observé que le mode d'ut (fa, ut, sol) a
deux sons communs avec le mode de sol (ut, sol, ré), et deux
sons communs avec le mode de fa (si [rob], fa, ut); par
conséquent cette marche de basse ut sol, peut appartenir au
mode d'ut, ou au mode de sol, comme la marche de basse fa ut
ou ut fa peut appartenir au mode d'ut, ou au mode de fa.
Donc, quand on passe d'ut à fa ou à sol dans une basse
fondamentale, on ignore encore jusque-là dans quel mode on
est. Il seroit pourtant avantageux de le scavoir, et de
pouvoir par quelque [-64-] moyen distinguer le générateur de
ses quintes.
95. On parviendra à cet avantage en joignant ensemble les
sons sol et fa dans une même harmonie, c'est-à-dire en
joignant à l'harmonie sol, si, ré de la quinte sol, l'autre
quinte fa en cette maniere, sol, si, ré, fa; ce fa ajoûté
étant la septiéme de sol, fait dissonance avec sol (Article
18.): c'est pour cette raison que l'accord sol, si, ré, fa,
est appellé accord dissonant, ou accord de septiéme. Il sert
à distinguer la quinte sol du générateur ut, qui porte
toûjours sans mélange, et sans altération, l'accord parfait
ut, mi, sol, ut donné par la nature même (Article 32.).
Par-là on voit que quand on passe d'ut à sol, on passe en même
tems d'ut à fa, parce que fa se trouve compris dans l'accord
de sol, et le mode d'ut se trouve par ce moyen entierement
déterminé, parce qu'il n'y a que ce mode auquel les sons fa
et sol appartiennent à-la-fois.
96. Voyons maintenant ce que nous ajoûterons à l'harmonie
fa, la, ut de la quinte fa au-dessous du générateur, pour
distinguer cette harmonie de celle du générateur. Il semble
d'abord que l'on doive y ajoûter l'autre quinte sol, afin que
le générateur ut, en passant à fa, passe en même-tems
à sol,
et [-65-] que le mode soit déterminé par-là: mais cette
introduction de sol, dans l'accord fa la ut, donneroit deux
secondes de suite, fa sol, sol la, c'est-à-dire deux
dissonances dont l'un on seroit trop desagréable à l'oreille;
inconvénient qu'il faut éviter. Car si pour distinguer le
mode, nous altérons l'harmonie de cette quinte fa dans la
basse fondamentale, il faut ne l'altérer que le moins qu'il
est possible.
97. C'est pourquoi au lieu de sol, nous prendrons sa
quinte ré, qui est le son qui en approche le plus, et nous
aurons pour la quinte fa, l'accord fa la ut ré, qu'on appelle
accord de grande sixte.
On peut remarquer ici l'analogie qui s'observe entre
l'harmonie de la quinte sol, et celle de la quinte fa.
98. La quinte sol en montant au-dessus du générateur a un
accord tout composé de tierces en montant depuis sol, sol,
si, ré, fa; or la quinte fa étant au-dessous du générateur ut
en descendant, on trouvera en descendant d'ut vers fa par
tierces, ut, la, fa, ré, qui contient les mêmes sons que
l'accord fa, la, ut, ré, donné à la quinte fa.
99. On voit de plus, que l'altération de l'harmonie des
deux quintes ne consiste que dans la tierce mineure ré fa,
ajoûtée de part et d'autre à l'harmonie de ces deux quintes.
[-66-] Chapitre XII.
Du double emploi de la dissonance.
100. IL est évident par la ressemblance des sons avec
leurs octaves, que l'accord fa, la, ut, ré est au fond le
même que l'accord ré, fa, la, ut, et que cet accord ré, fa,
la, ut, n'est lui-même, pris à rebours, que l'accord renversé
ut, la, fa, ré, qui a été trouvé (Article 98.) en descendant
par tierces depuis le générateur ut.
101. L'accord ré, fa, la, ut est un accord de septiéme
semblable à l'accord sol, si, ré, fa; avec cette seule
différence que dans celui-ci la tierce sol si est majeure, au
lieu que dans le second la tierce ré fa est mineure. Si le fa
étoit diéze, l'accord ré, fa [x], la, ut, seroit un vrai
accord de dominante semblable à l'accord sol, si, ré, fa; et
comme la dominante sol peut descendre à ut dans la basse
fondamentale, la dominante ré portant la tierce majeure fa
[x], pourroit de même descendre à sol.
102. Or je dis que si on change le fa [x] en fa naturel,
la note fondamentale ré de cet accord ré, fa, la, ut pourra
toûjours descendre [-67-] à sol; car le changement du fa [x]
en fa naturel, ne fera que conserver l'impression du mode
d'ut au lieu de celle du mode de sol, que le fa [x] y auroit
introduite; du reste, le son ré conservera toûjours son
caractere de dominante au moyen de la dissonance ut, qui en
fait la septiéme. Ainsi dans cet accord, ré, fa, la, ut, ré
peut être regardé comme une dominante imparfaite; je dis
imparfaite, parce qu'elle porte la tierce mineure fa, au lieu
de la majeure fa [x]; c'est pour cela que dans la suite je
l'appellerai simplement dominante pour la distinguer de la
dominante sol, qui sera nommée dominante tonique.
103. Ainsi les sons fa et sol, qui ne peuvent se succéder
dans une basse diatonique, lorsqu'ils ne portent que les
accords parfaits fa la ut, sol si ré, peuvent se succéder, si
on joint ré à l'harmonie du premier, et fa à l'harmonie du
second, et qu'on renverse le premier accord, c'est-à-dire, si
on donne aux deux accords cette forme, ré fa la ut, sol si ré
fa.
104. De plus, l'accord fa, la, ut, ré pouvant succéder à
l'accord parfait ut, mi, sol, ut, il s'ensuit par les mêmes
raisons que l'accord ut, mi, sol, ut pourra être suivi de ré,
fa, la, ut; ce qui n'est point contraire à ce que nous avons
dit ci-dessus (Article 37.), [-68-] que les sons ut et ré ne
peuvent se succéder diatoniquement dans la basse
fondamentale; car dans l'endroit cité, nous supposions que ut
et ré portassent l'un et l'autre l'accord parfait majeur, au
lieu que dans le cas présent, ré porte la tierce mineure fa,
et de plus le son ut, par lequel l'accord ré, fa, la, ut est
lié avec celui qui le précede, ut, mi, sol, ut, et dans
lequel ut se trouve. D'ailleurs cet accord ré, fa, la, ut,
n'est proprement que l'accord fa, la, ut, ré renversé, et,
pour ainsi dire, déguisé.
105. Cette maniere de présenter l'accord de la
sous-dominante sous deux formes différentes, et de l'employer sous
ces deux différentes formes, a été nommée par Monsieur
Rameau, double emploi; c'est la source d'une des plus belles
variétés de l'harmonie; et nous verrons dans le Chapitre
suivant, les avantages qui en résultent.
Au reste, le double emploi étant une espece de licence, ne
doit être employé qu'avec une sorte de précaution: nous
venons de voir que l'accord ré, fa, la, ut, considéré comme
renversé de fa, la, ut, ré, peut succéder à ut, mi, sol, ut,
mais cela n'est pas réciproque; et quoique l'accord fa, la,
ut, ré puisse être suivi de ut, mi, sol, ut, on n'est pas en
droit d'en conclure que l'accord [-69-] ré, fa, la, ut,
considéré comme renversé de fa, la, ut, ré, puisse être
suivi
de l'accord ut, mi, sol, ut. On en dira la raison au Chapitre
XVI.
Chapitre XIII.
Usages et regles du double emploi.
106. NOus avons fait voir (Chapitre VI.) comment l'échelle
diatonique, ou gamme ordinaire, se forme de la basse
fondamentale fa, ut, sol, ré, en répétant deux fois le son
sol dans cette gamme; de sorte que cette gamme est
primitivement et originairement composée de deux tétracordes
semblables, l'un dans le mode d'ut, l'autre dans celui de
sol. Or on peut, au moyen du double emploi, conserver
l'impression du mode d'ut dans toute l'étendue de la gamme,
et se dispenser de répéter deux fois le son sol, ou même de
sous-entendre cette répétition. Il ne faut pour cela que
former la basse fondamentale suivante (Voyez I
[ALEMEL 02GF].)
ut, sol, ut, fa, ut, ré, sol, ut,
dans laquelle ut est censé porter l'accord parfait ut mi
sol ut; sol, l'accord sol si ré fa; fa, [-70-] l'accord fa la
ut ré; et ré, l'accord ré fa la ut. Il est clair par ce qui a
été dit dans le Chapitre précédent, que ut peut dans ce cas
monter à ré dans la basse fondamentale, et ré descendre à
sol, et que l'impression du mode d'ut est conservée par le fa
naturel qui forme la tierce mineure ré fa, au lieu de la
majeure, que ré devroit naturellement porter.
107. Cette basse fondamentale donnera, comme il est
évident, l'échelle diatonique ordinaire,
ut, ré, mi, fa, sol, la, si, UT,
qui sera par conséquent dans le seul mode d'ut, et si on
vouloit que le second tétracorde fût dans le mode de sol, il
faudroit substituer le fa [x] au fa naturel, dans l'harmonie
de ré.
108. Ainsi le générateur ut peut être suivi à
volonté en
montant diatoniquement d'une dominante tonique (ré, fa [x],
la, ut), ou d'une simple dominante (ré, fa, la, ut).
109. Dans le mode mineur de la, la dominante tonique mi
doit toûjours porter la tierce majeure mi sol [x], lorsque
cette dominante mi descend au générateur la (Article 77); et
l'accord de cette dominante sera mi sol [x] si ré, en tout
semblable à sol si ré fa: à l'égard de la sous-dominante
ré,
elle portera [-71-] d'abord la tierce mineure fa, pour
désigner le mode mineur, et on ajoûtera si au-dessus de son
accord ré fa la, en cette sorte ré fa la si: accord semblable
à l'accord fa la ut ré; et comme on a tiré de l'accord fa la
ut ré, l'accord ré fa la ut, on tirera de même de l'accord ré
fa la si, un nouvel accord de septiéme, si ré fa la, qui sera
le double emploi dans le mode mineur.
110. On peut employer cet accord si ré fa la, pour
conserver l'impression du mode de la dans l'échelle
diatonique du mode mineur, et pour se dispenser de répeter
deux fois le son mi: mais, en ce cas, il faudra rendre le fa
diéze, et changer cet accord en si ré fa [x] la, parce que la
quinte de si est fa [x], comme on a vû plus haut; cet accord
est alors renversé de ré fa [x] la si, où la sous-dominante
ré porte la tierce majeure, ce qui ne doit point surprendre.
Car dans le mode mineur de la, le second tétracorde mi fa [x]
sol [x] la [x], est précisément le même qu'il seroit dans le
mode majeur de la; or, dans le mode majeur de la, la
sous-dominante ré doit porter le tierce majeure fa [x].
111. De-là on voit que le mode mineur est susceptible d'un
plus grand nombre de variétés que le mode majeur; aussi ce
dernier mode est-il l'ouvrage de la nature seule, au lieu
[-72-] que le mineur est en partie l'ouvrage de l'art. Mais en
récompense le mode majeur a reçu de la nature, dont il est
immédiatement formé, une force et une vigueur que le mineur
n'a pas.
Chapitre XIV.
Des différentes sortes d'accords de septiéme.
112. LA dissonance ajoûtée à l'accord de la dominante et
de la sous-dominante, quoiqu'indiquée en quelque maniere par
la nature (Chapitre II.), est cependant un ouvrage de l'art:
mais comme elle produit de grandes beautés dans l'harmonie
par la variété qu'elle y introduit, voyons si en conséquence
de ce premier pas, l'art ne pourroit pas encore aller plus
loin.
113. Nous avons déjà trois différentes especes d'accords
de septiéme, sçavoir:
Premier. L'accord sol si ré fa, composé d'une tierce
majeure suivie de deux tierces mineures.
Second. L'accord ré fa la ut, ou si ré fa [x] la, composé
d'une tierce majeure entre deux mineures.
Troisiéme. L'accord si ré fa la, composé de deux [-73-]
tierces mineures suivies d'une majeure.
114. Il y a encore deux especes d'accords de septiéme
qu'on employe dans l'harmonie; l'un est composé d'une tierce
mineure entre deux majeures, ut mi sol si, ou fa la ut mi;
l'autre est tout composé de tierces mineures sol [x] si ré
fa. Ces deux accords, qui d'abord ne paroissent point devoir
entrer dans l'harmonie, si on s'en tient aux regles
précédentes, sont néanmoins souvent pratiqués avec
succès
dans la basse fondamentale. En voici la raison.
115. Suivant ce qui a été dit ci-dessus, si on veut
ajoûter une septiéme à l'accord ut mi sol, pour faire de ut
une dominante, on ne peut y ajoûter que si [rob], et en ce
cas ut mi sol si [rob], seroit l'accord de dominante tonique
dans le mode da fa, comme sol si ré fa est accord de
dominante tonique dans le mode d'ut: mais si on veut
conserver l'impression du mode d'ut dans l'harmonie, alors on
change ce si [rob] en si naturel, et l'accord ut mi sol si
[rob] devient ut mi sol si. Il en est de même de l'accord fa
la ut mi, qui n'est autre chose que l'accord fa la ut mi
[rob], dans lequel on substitue au mi [rob], le mi naturel
pour conserver l'impression du mode d'ut, ou du mode de fa.
116. A l'égard de l'accord de septiéme sol [-74-] [x] si
ré fa, tout composé de tierces mineures, on peut le regarder
comme formé de la réunion des deux accords de la dominante et
de la sous-dominante dans le mode mineur. En effet, dans le
mode mineur de la, par exemple, ces deux accords sont mi sol
[x] si ré, et ré fa la si, dont la réunion donne mi, sol [x],
si, ré, fa, la: or, si on laissoit subsister ainsi cet
accord, il seroit desagréable à l'oreille, à cause des
dissonances multipliés ré mi, mi fa, la sol [x], la si, ré
sol [x] (Article 18.); de sorte que pour éviter cet
inconvénient, on retranche d'abord le générateur la, qui
(Chapitre I.) est comme sous-entendu dans ré, et la quinte ou
dominante mi, dont la note sensible sol [x], est censée tenir
la place; ainsi il ne reste plus que l'accord sol [x] si ré
fa tout composé de tierces mineures, et dans lequel la
dominante mi est regardée comme sous-entendue: de maniere que
cet accord sol [x] si ré fa, représente l'accord de dominante
tonique mi sol [x] si ré, auquel on a joint l'accord de
sous-dominante ré fa la si, mais dans lequel la dominante mi est
toûjours censée la note principale.
117. Donc, puisque de l'accord mi sol [x] si ré, on passe
à accord parfait la ut mi la, et réciproquement; on peut de
même passer [-75-] de l'accord sol [x] si ré fa, à l'accord
la ut mi la, et passer de ce dernier accord à l'accord sol
[x] si ré fa: cette remarque nous sera fort utile dans la
suite.
Chapitre XV.
De la préparation des dissonances.
118. DAns tout accord de septiéme, la note supérieure,
c'est-à-dire la septiéme au-dessus de la fondamentale,
s'appelle dissonance; ainsi fa est la dissonance dans
l'accord sol si ré fa, ut dans l'accord ré fa la ut, et
cetera.
119. Quand l'accord sol si ré fa suit l'accord ut mi sol
ut, comme cela peut arriver, et arrive souvent en effet, il
est clair que la dissonance fa ne se trouve point dans
l'accord précédent ut mi sol ut; et en effet, elle ne doit
point s'y trouver; car cette dissonance n'est autre chose que
la sous-dominante ajoûtée à l'harmonie de la dominante pour
déterminer le mode: or, la sous-dominante ne se trouve point
dans l'harmonie du générateur.
120. Par la même raison, quand l'accord de sous-dominante
fa la ut ré suit l'accord ut mi sol ut, la note ré, qui forme
dissonance [-76-] avec ut, ne se trouve point dans l'accord
précédent.
Il n'en est pas de même quand l'accord ré fa la ut suit
l'accord ut mi sol ut; car ut, qui fait dissonance dans le
second accord, se trouve comme consonance dans le précédent.
121. En général la dissonance étant un
ouvrage de l'art
(Chapitre XI.), sur-tout dans les accords qui ne sont point
de dominante tonique, ou de sous-dominante, le seul moyen
d'empêcher qu'elle ne déplaise en paroissant trop etrangere à
l'accord, c'est qu'elle soit, pour ainsi dire, annoncée à
l'oreille en se trouvant dans l'accord précédent, et qu'elle
serve par-là à lier les deux accords: d'où suit la regle que
voici:
122. Dans tout accord de septiéme, qui n'est point accord
de dominante tonique, c'est-à-dire (Article 102.) qui n'est
point composé d'une tierce majeure suivie de deux tierces
mineures, la dissonance qui forme cet accord doit se trouver
comme consonance dans l'accord qui précede.
C'est ce que l'on appelle dissonance préparée.
123. De-là il s'ensuit que pour préparer la
dissonance, il
faut nécessairement que la basse fondamentale monte de
seconde comme
[-77-] ut mi sol ut, ré fa la ut,
ou descende de tierce comme
ut mi sol ut, la ut mi sol,
ou descende de quinte comme
ut mi sol ut, fa la ut mi:
dans tout autre cas la dissonance ne sera point préparée.
C'est dequoi on peut s'assurer facilement. Si, par exemple,
la basse fondamentale monte de tierce, comme ut mi sol ut, mi
sol si ré, la dissonance ré ne se trouve point dans l'accord
ut mi sol ut. Il en est de même de ut mi sol ut, sol si ré
fa, et de ut mi sol ut, si ré fa la, dans lesquels la basse
fondamentale monte de quinte, ou descend de seconde.
124. Au reste, lorsqu'une tonique, c'est-à-dire une note
qui porte l'accord parfait, est suivie d'une dominante par
l'intervalle de quinte ou de tierce, on peut regarder cette
marche comme une marche de cette même tonique à une autre
tonique, que l'on a rendu dominante en y ajoûtant la
dissonance.
De plus, nous avons vû (Articles 119 et 120.) que la
dissonance n'a pas besoin d'être préparée dans les accords de
dominante tonique, et de sous-dominante; d'où il s'ensuit
[-78-] que toute tonique portant l'accord parfait majeur, peut
être changée en dominante tonique, ou en sous-dominante, en y
ajoûtant tout d'un coup la dissonance.
Chapitre XVI.
De la regle de sauver les dissonances.
125. NOus avons vû (Chapitres V. et VI.) comment l'échelle
diatonique, si naturelle à la voix, se forme par les
harmoniques des sons fondamentaux; d'où il s'ensuit que la
succession la plus naturelle des sons harmoniques est d'être
diatonique: donc pour faire en quelque sorte de la dissonance
un son harmonique le plus qu'il est possible, il faut que
cette dissonance, dans la partie de chant où elle se trouve,
descende ou monte diatoniquement sur une autre note, qui soit
l'une des consonances de l'accord suivant.
126. Or elle doit plûtôt descendre que monter: en voici la
raison. Prenons, par exemple, l'accord sol si ré fa suivi de
l'accord ut mi sol ut; la partie qui a fait la dissonance fa
doit descendre au mi plûtôt que monter au sol, quoique l'un
et l'autre de ces sons mi et sol se trouvent dans l'accord
suivant [-79-] ut mi sol ut; parce qu'il est plus naturel que
le sol se trouve dans la même partie qui a déjà dit sol,
pendant que l'autre disoit fa, comme onle voit ici (premiere
et quatriéme parties).
Deuxieme, si ut,
Troisiéme, ré ut,
Quatriéme, sol sol, Basse fondamentale, sol ut.
127. Par la même raison, dans l'accord ré fa la ut, suivi
de sol si ré fa, la dissonance ut doit descendre à si plûtôt
que de monter à ré.
128. Enfin, on prouvera par les mêmes raisons, que dans
l'accord de sous-dominante fa la ut ré, la dissonance ré doit
monter au mi de l'accord suivant ut mi sol ut, plûtôt que de
descendre à ut; d'où suivent ces regles.
129. Premier. Dans tout accord de dominante, soit tonique,
soit simple, la note qui fait la septiéme, c'est-à-dire la
dissonance, doit descendre diatoniquement sur une des notes
qui font consonance dans l'accord suivant.
Second. Dans tout accord de sous-dominante, [-80-] la
dissonance doit monter diatoniquement sur la tierce de
l'accord suivant.
130. Une dissonance qui descend ou qui monte
diatoniquement suivant ces deux regles, s'appelle dissonance
sauvée.
Il résulte de cette regle, que l'accord de septiéme ré fa
la ut, quand même on le regarderoit comme renversé de fa la
ut ré, ne peut être suivi de l'accord ut mi sol ut, puisqu'il
n'y a point dans ce dernier accord de si sur lequel puisse
descendre la dissonance ut de l'accord ré fa la ut.
On peut d'ailleurs trouver une autre raison de cette regle
en examinant la nature du double emploi. En effet, pour
passer de ré fa la ut à ut mi sol ut, il faudroit que ré fa
la ut pût en ce cas être censé renversé de fa la ut ré. Or
l'accord ré fa la ut, ne peut être censé renversé de fa la ut
ré, que lorsque cet accord ré fa la ut précede ou suit
immédiatement l'accord ut mi sol ut; dans tout autre cas
l'accord ré fa la ut est un accord primitif formé de l'accord
parfait mineur ré fa la, auquel on a ajoûté la dissonance ut,
pour ôter à ré le caractere de tonique; ainsi l'accord ré fa
la ut ne pourroit être suivi de l'accord ut mi sol ut,
qu'après avoir été précédé de ce même
accord. Or, en ce cas,
le double emploi seroit une chose tout-à-fait futile, et
[-81-] qui ne produiroit rien, puisqu'au lieu de cette suite
d'accords, ut mi sol ut, ré fa la ut, ut mi sol ut, il seroit
beaucoup plus simple de substituer celle-ci que fournit la
progression naturelle; ut mi sol ut, fa la ut ré, ut mi sol
ut. L'usage du double emploi est de pouvoir, au moyen du
renversement de l'accord de sous-dominante, passer de cet
accord ainsi renversé, à un autre accord que l'accord de
tonique, auquel il conduit naturellement.
Chapitre XVII.
De la cadence rompuë ou interrompuë.
131. DAns une basse fondamentale par quintes, il y a
toûjours, comme on l'a déjà observé (Chapitre VIII.), un
repos plus ou moins parfait d'un son à l'autre; et par
conséquent il y a aussi repos plus ou moins parfait d'un son
à l'autre dans l'échelle diatonique qui résulte de cette
basse. On peut démontrer par une expérience fort simple, que
la cause du repos dans la mélodie est uniquement dans la
basse fondamentale exprimée ou sous-entendue. Qu'une personne
chante ces trois notes ut ré ut, en faisant sur le ré un
tremblement appellé communément [-82-] cadence, le chant lui
paroîtra fini après le second ut, de maniere que l'oreille
n'y desirera point de suite. Il en sera de même si on
accompagne ce chant de sa basse fondamentale naturelle ut sol
ut; mais si au lieu de cette basse on lui donne celle-ci, ut
sol la, alors le chant ut ré ut ne paroîtra plus fini, et
l'oreille lui desirera une suite. C'est une expérience aisée
à faire.
132. Ce passage sol la, où la dominante sol monte
diatoniquement sur le la, au lieu de descendre de quinte sur
le générateur ut, comme elle le devroit naturellement,
s'appelle cadence rompuë, parce que la cadence parfaite sol
ut, à laquelle l'oreille s'attend après la dominante sol, est
pour ainsi dire, rompuë et arrêtée par le passage de sol à
la.
133. De-là il s'ensuit que si le chant ut ré ut paroît
fini quand on ne lui suppose aucune basse, c'est qu'on
sous-entend sa basse fondamentale naturelle ut sol ut, puisque
l'oreille desire une suite à ce chant, dès qu'elle est forcée
d'entendre une autre basse.
134. La cadence rompuë peut, ce me semble, être regardée
comme ayant son origine dans le double emploi, puisqu'elle ne
consiste, comme le double emploi, que dans une marche
diatonique de la basse en montant (Chapitre XII.). En effet,
rien n'empêche de [-83-] descendre de l'accord sol si ré fa à
l'accord ut mi sol la, en rendant la tonique ut
sous-dominante, c'est-à-dire, en passant tout d'un coup du mode
d'ut dans le mode de sol; or descendre de sol si ré fa à ut
mi sol la, c'est la même chose que de monter de l'accord sol
si ré fa à l'accord la ut mi sol, en changeant l'accord de
sous-dominante ut mi sol la, en accord de dominante
imparfaite, suivant les loix du double emploi.
135. Dans cette sorte de cadence, la dissonance du premier
accord se sauve en descendant diatoniquement sur la quinte de
l'accord suivant. Par exemple, dans la cadence rompuë sol si
ré fa, la ut mi sol, la dissonance fa se sauve en descendant
diatoniquement sur la quinte mi.
136. Il est encore une autre espece de cadence appellée
cadence interrompuë, ou la dominante descend de tierce sur
une autre dominante, au lieu de descendre de quinte sur la
tonique, comme dans cette marche de basse sol si ré fa, mi
sol si ré; dans le cas de la cadence interrompuë, la
dissonance du premier accord se sauve en descendant
diatoniquement sur l'octave de la note fondamentale de
l'accord suivant, comme on voit ici, où fa se sauve sur
l'octave de mi.
137. La cadence interrompuë a aussi, ce [-84-] me semble,
en quelque maniere son origine dans le double emploi; car
supposons ces deux accords consécutifs sol si ré fa, sol si
ré mi, où sol est successivement dominante tonique, et sous
dominante, c'est-à-dire où l'on passe du mode d'ut au mode de
ré; si on change le second de ces accords en accord de
dominante suivant les loix du double emploi, on aura la
cadence interrompue sol si ré fa, mi sol si ré.
Chapitre XVIII.
Du genre chromatique.
138. LA succession ou basse fondamentale par quintes donne
le genre diatonique ordinaire (Chapitre VI.): or la tierce
majeure étant une des harmoniques du son fondamental
aussi-bien que la quinte, il s'ensuit que nous pouvons former des
basses fondamentales par tierces majeures, comme nous avons
formé des basses fondamentales par quintes.
[Voyez K [ALEMEL 02GF]. in
marg.] 139. Si donc nous formons cette basse ut, mi, sol [x],
les deux premiers sons portant chacun leurs tierces majeures
et leurs quintes, il est évident que ut donnera sol, et que
[-85-] mi donnera sol [x]: or le demi-ton qui se trouve entre
ce sol et ce sol [x] est beaucoup plus petit que le demi-ton
qui se trouve dans l'échelle diatonique entre mi et fa, ou
entre si et ut: on peut s'en assurer par le calcul
(y);
c'est pour cela que le demi-ton du mi au
fa est appellé majeur, et l'autre mineur
(z).
140. Si la basse fondamentale procédoit par tierces
mineures, en cette sorte, ut mi [rob], [-86-] succession qui
est permise dès qu'on a reconnu l'origine du mode mineur
(Chapitre IX.), on trouveroit ce chant sol, sol [rob], qui
donneroit encore un demi-ton mineur
(aa).
141. Le demi-ton mineur s'entonne avec beaucoup moins de
facilité que le demi-ton majeur: nos principes en donnent la
raison. Le demi-ton majeur, qui se trouve dans l'échelle
diatonique, comme mi fa, vient d'une basse fondamentale par
quintes ut fa, c'est-à-dire de la succession la plus
naturelle, et par cette raison la plus agréable à l'oreille.
Au contraire, le demi-ton mineur vient de la succession
fondamentale par tierces, moins naturelle que la premiere;
aussi pour entonner juste le demi-ton mineur, on employe
presque toujours l'artifice suivant. Supposons, par exemple,
qu'on veuille monter du sol au sol [x], on monte d'abord du
sol au la, puis on descend du la au sol [x] par l'intervalle
d'un demi-ton majeur; car ce sol dieze, qui est un demi-ton
majeur au-dessous de la, se trouve un demi-ton mineur
au-dessus de sol (Voyez les notes
(y) et
(z)).
142. Toute progression de la basse fondamentale [-87-] par
tierces, soit majeures, soit mineures, en montant ou en
descendant, donne le demi-ton mineur: nous l'avons déjà vû de
la progression des tierces en montant. La progression de
tierces mineures en descendant, ut, la, donne ut, ut [x]
(bb), et la progression de
tierces majeures en descendant, ut, la [rob], donne ut, ut
[rob] (cc).
143. Le demi-ton mineur constitue le genre appellé
chromatique; et avec le genre diatonique, donné par la
succession des quintes (Chapitres V et VI.), il renferme
toute la mélodie.
Chapitre XIX.
Du genre enharmonique.
144. LEs deux extrêmes ut sol [x] [Voyez L
[ALEMEL 02GF]. in marg.] de la
basse fondamentale par tierces majeures, ut mi sol [x],
donnent ce chant ut si [x], et ces deux sons ut si [x]
different entr'eux d'un petit intervalle appellé quart de
[-88-] ton enharmonique
(dd),
qui est la différence du demi-ton majeur au
demi-ton mineur
(ee);
[-89-] ce quart de ton est inapprétiable à
l'oreille, et n'a point lieu dans nos instrumens. On trouve
cependant moyen de le pratiquer de la maniere suivante, ou
plûtôt d'en suppléer l'effet à l'oreille.
145. Nous avons expliqué (Article 116.) de quelle maniere
on introduit dans le mode mineur l'accord sol [x] si ré fa,
tout composé de tierces mineures parfaitement justes, ou du
moins supposées telles. Cet accord tenant lieu de l'accord de
la dominante (Article 116.) on peut passer de cet accord à
celui de la tonique ou génératrice la (Article 117.): mais il
faut remarquer,
Premier. Que cet accord sol [x] si ré fa, tout composé de
tierces mineures, peut se renverser des trois manieres
suivantes, si ré fa sol [x], ré fa sol [x] si, fa sol [x] si
ré, et que dans ces trois différens états, il demeurera
toujours composé de tierces mineures, ou du moins, il ne s'en
faudra que d'un quart de ton enharmonique que la tierce
mineure entre fa et sol [x] ne soit juste; car la tierce
mineure juste, comme celle de mi à sol dans l'échelle
diatonique, est composée d'un demi-ton majeur et d'un ton
majeur: or, de fa à sol il y a un ton majeur, et de sol à sol
[x], il n'y a qu'un demi-ton [-90-] mineur. Donc (Article
144.) il s'en faut un quart de ton enharmonique, que la
tierce mineure fa sol [x] ne soit juste.
Second. Mais comme ce quart de ton est inconnu sur nos
instrumens, et inapprétiable à l'oreille, l'oreille prend les
trois différens accords,
ré fa sol [x] si,
fa sol [x] si ré, qui ne sont que le même, pour des accords composés chacun
de tierces mineures justes.
Or l'accord sol [x] si ré fa, appartenant au mode mineur
de la, où sol [x] est la note sensible; l'accord si ré fa sol
[x], ou si ré fa la [rob], appartiendra par la même raison au
mode mineur d'ut, où si est la note sensible. De même
l'accord ré fa sol [x] si, appartiendra au mode mineur de mi
[rob], et l'accord fa sol [x] si ré, au mode mineur de sol
[rob].
Donc après avoir passé par le mode de la à l'accord sol
[x] si ré fa (Article 117.), on peut, au moyen de ce dernier
accord, et en se contentant simplement de le renverser,
passer ensuite tout d'un coup aux modes d'ut mineur, ou de mi
[rob] mineur, ou de sol [rob] mineur, c'est-à-dire dans des
modes qui n'ont rien ou presque rien de commun [-91-] avec le
mode mineur de la, et qui lui sont totalement étrangers.
146. Il faut avoüer pourtant qu'un passage si brusque, et
si peu attendu, ne donne pas le change à l'oreille; elle en
est frappée sans pouvoir s'en rendre raison; et cette raison
a son principe dans le quart de ton, que l'on néglige comme
nul parce qu'il est inapprétiable à l'oreille et dont
néanmoins elle ne laisse pas de sentir toute la dureté: mais
le moment de la surprise passe bien-tôt, et cette surprise se
tourne en admiration de se voir comme transporté tout d'un
coup, et presque sans s'en être apperçu, d'un mode dans un
autre qui ne lui est nullement relatif, et dans lequel on
n'auroit jamais pû passer immédiatement par les successions
fondamentales ordinaires.
Chapitre XX.
Du genre diatonique enharmonique.
147. SI on forme une basse fondamentale qui monte
alternativement de quinte et de tierce, comme fa ut mi si,
cette basse donnera le chant fa mi mi ré [x], dans lequel les
demi-tons de fa à mi, [Voyez M
[ALEMEL 02GF]. in marg.] et de mi
à [-92-] ré [x], sont égaux
(ff) et majeurs.
Ce genre de chant, dans lequel tous les demi-tons sont
majeurs, s'appelle diatonique enharmonique, parce que deux
demi-tons majeurs de suite forment un ton trop grand d'un
quart de ton enharmonique.
Chapitre XXI.
Du genre chromatique enharmonique.
148. SI on passe alternativement d'une tierce mineure en
descendant à une majeure en montant, [Voyez N
[ALEMEL 02GF]. in marg.] comme ut,
ut, la, ut [x], ut [x], on formera ce chant mi [rob], mi, mi,
mi, mi [x], dans lequel tous les demi-tons sont mineurs
(gg).
[-93-] Ce genre est appellé chromatique enharmonique,
parce que deux demi-tons mineurs de suite forment un ton trop
foible d'un quart de ton enharmonique.
149. Ces nouveaux genres confirment ce que nous avons dit
jusqu'ici, que tout l'effet de l'harmonie, et de la mélodie,
réside dans la basse fondamentale.
150. Le genre diatonique est le plus agréable, parce que
la basse fondamentale qui le produit est formée de la seule
progression des quintes, qui est la plus naturelle de toutes.
151. Le chromatique formé par la progression des tierces
est le plus naturel après le précédent.
152. Enfin, l'enharmonique est le moins agréable de tous,
parce que la basse fondamentale qui le donne, n'est point
immédiatement indiquée par la nature. Le quart de ton qui
constitue ce genre, et qui est par lui-même inapprétiable à
l'oreille, ne produit et ne peut produire d'effet qu'autant
qu'on y sous-entend la basse fondamentale qui la donne, basse
dont la progression n'est nullement naturelle, puisqu'elle
est formée [-94-] de deux sons qui ne sont pas voisins l'un
de l'autre dans la progression des tierces (Article 144.).
Chapitre XXII.
Que la mélodie naît de l'harmonie.
153. TOut ce que nous avons dit jusqu'ici est, ce me
semble, plus que suffisant pour nous convaincre que la
mélodie a son principe dans l'harmonie, et que c'est dans
l'harmonie exprimée ou sous-entendue, qu'on doit chercher les
effets de la mélodie.
154. Si on en doutoit encore, il ne faudroit que faire
attention à l'expérience premiere (Article 20.), où l'on voit
que le son principal est toujours le plus grave, et que les
sons aigus qu'il engendre sont par rapport à lui ce que le
dessus d'un chant est par rapport à sa basse.
155. De plus, nous avons prouvé à l'occasion de la cadence
rompue, que la différence des basses produit des effets tout
différens dans un chant qui d'ailleurs reste le même.
156. En desire-t-on d'autres preuves? Il [-95-] n'y a qu'à
examiner les différentes basses qu'on peut donner à ce chant
très-simple, sol ut, on en trouvera un très-grand nombre, et
chacune de ces différentes basses donnera un caractere
différent au chant sol ut, quoique ce chant demeure toujours
le même; de maniere qu'on change toute la nature et tout
l'effet d'un chant, en se contentant de changer sa basse
fondamentale.
Monsieur Rameau a fait voir dans son nouveau systême de
Musique, page 44, Paris 1726, que ce chant sol ut, peut avoir
vingt basses fondamentales différentes. Or une même basse
fondamentale, comme on le verra dans la seconde Partie,
fournit plusieurs basses continues. Que de moyens par
conséquent de varier l'expression du même chant!
Remarque Générale.
L'échelle diatonique ou gamme étant composée de douze
demi-tons, il est visible que chacun de ces demi-tons en
particulier peut être le générateur d'un mode, et qu'ainsi il
y a vingt-quatre modes en tout, douze majeurs et douze
mineurs. Nous avons pris le mode majeur d'ut pour représenter
en général tous les modes majeurs, et le mode mineur de la
pour représenter les mineurs, afin d'éviter l'embarras des
diézes et des bémols [-96-] qui se rencontrent en nombre plus
ou moins grand dans les autres modes: mais les regles que
nous avons données pour chaque mode sont générales, quelque
son de la gamme que l'on prenne pour le générateur d'un mode.
[-97-] LIVRE SECOND
Qui contient les principales regles de la composition.
157. LA composition, que l'on appelle aussi contrepoint,
est non-seulement l'art de composer un chant agréable, mais
encore de composer plusieurs chants de maniere qu'étant
entendus ensemble ils produisent un effet agréable à
l'oreille; c'est ce que l'on appelle faire de la Musique à
plusieurs parties.
158. La plus aigue de ces parties s'appelle premier
dessus, ou simplement dessus; la plus grave s'appelle basse;
les autres parties, quand il y en a, s'appellent parties du
milieu, et se désignent par différens noms.
Chapitre premier.
Des différens noms que l'on donne à un même intervalle.
159. NOus avons exposé (Article 9.) dans l'introduction
qui est à la tête de cet ouvrage, les noms les plus connus
que l'on [-98-] donne aux différens intervalles: mais il y a
certains intervalles qui reçoivent différens noms suivant les
circonstances; ce qu'il est bon d'expliquer.
160. Un intervalle composé d'un ton et demi, qui s'appelle
ordinairement tierce mineure, se nomme aussi quelquefois
seconde superflue; tel est l'intervalle de ut à ré [x], ou
celui de la à sol [rob].
Cet intervalle est ainsi nommé, parce que l'un des sons
qui le forme est toujours diéze ou bémol, et que si on ôtoit
ce diéze ou ce bémol, l'intervalle deviendroit de seconde.
161. Un intervalle composé de deux tons et de deux
demi-tons, comme celui de si à fa, s'appelle fausse quinte. Cet
intervalle est évidemment le même que le triton (Article 9.),
puisque deux tons et deux demi-tons sont la même chose que
trois tons. Il y a cependant des raisons de les distinguer,
comme on le verra plus bas.
162. Comme on a nommé seconde superflue l'intervalle d'ut
à ré [x], on nomme de même quinte superflue l'intervalle d'ut
à sol [x], ou de si à mi [rob], intervalle composé de quatre
tons. Cet intervalle est au fond le même que celui de sixte
mineure (Article 9.): mais dans la quinte superflue, il y a
toujours un son qui est diéze ou bémol, de maniere [-99-] que
si on retranchoit le diéze ou le bémol, l'intervalle
deviendroit une quinte juste.
163. Par la même raison un intervalle composé de trois
tons et trois demi-tons, comme celui de sol [x] à fa,
s'appelle septiéme diminuée; parce que si on ôtoit le diéze
du sol, l'intervalle sol fa deviendroit intervalle de
septiéme ordinaire. L'intervalle de septiéme diminuée est
d'ailleurs le même que celui de sixte majeure (Article 9.).
164. La septiéme majeure s'appelle aussi quelquefois
septiéme superflue
(hh).
Chapitre II.
Comparaison des différens intervalles.
165. SI on entonne ut si en descendant de seconde, et
ensuite ut si en montant de septiéme, ces deux si seront à
l'octave l'un de l'autre, ou, comme on s'exprime
ordinairement, seront la réplique l'un de l'autre.
166. Donc à cause de la ressemblance d'un [-100-] son avec
son octave (Article 24.), il s'ensuit que monter de septiéme,
ou descendre de seconde, c'est la même chose.
167. De même, il est évident que la sixte n'est que la
réplique de la tierce, et la quarte que la réplique de la
quinte.
168. Donc les expressions suivantes sont synonymes, ou
doivent être regardées comme synonymes.
de seconde. de septiéme.
Descendre Monter
---
Monter Descendre
de tierce. de sixte.
Descendre Monter
---
Monter Descendre
de quarte. de quinte.
Descendre Monter
---
169. Ainsi nous employerons indifféremment les unes au
lieu des autres; de sorte que quand nous dirons, par exemple,
monter de tierce, on pourra dire également descendre de
sixte, et cetera.
[-101-] Chapitre III.
Des différentes clefs, de la valeur des notes, de la
mesure, et de la syncope.
170. IL y a trois clefs dans la Musique: la clef de fa
[D'Alembert, Elémens de Musique, 101,1; text: ou]
[ALEMEL 01GF];
la clef d'ut
[D'Alembert, Elémens de Musique, 101,2]
[ALEMEL 01GF],
et la clef de sol
[D'Alembert, Elémens de Musique, 101,3]
[ALEMEL 01GF].
[Voyez O [ALEMEL 03GF]. in
marg.] La clef de fa se pose sur la quatriéme ligne ou sur la
troisiéme, et la ligne sur laquelle est cette clef donne le
nom de fa à toutes les notes qui sont sur cette ligne.
[Voyez P [ALEMEL 03GF]. in
marg.] La clef d'ut se pose ou sur la quatriéme, ou sur la
troisiéme, ou sur la seconde, ou sur la premiere ligne; et
dans ces différens cas, toutes les notes qui sont sur la
ligne où est la clef, portent le nom d'ut.
[Voyez Q [ALEMEL 03GF]. in
marg.] Enfin, la clef de sol se met sur la seconde ou sur la
premiere ligne; et toutes les notes qui sont sur la ligne où
est la clef, portent le nom de sol.
171. Comme les notes se mettent sur les lignes, et dans
l'intervalle des lignes, on [-102-] peut facilement, quand on
voit la clef, sçavoir le nom d'une note quelconque; ainsi on
voit que dans la premiere clef de fa, la note qui traverse la
plus basse ligne doit être un sol; [Voyez O
[ALEMEL 03GF]. in marg.] que celle
qui occupe l'intervalle entre les deux premieres lignes est
un la; que celle qui traverse la seconde ligne est un si, et
cetera. (ii)
[-103-] 172. Une note devant laquelle il y a un diéze [x],
doit être haussée d'un demi-ton; et si au contraire il y a un
[rob] devant, elle doit être baissée d'un demi-ton, [rob]
étant la marque du bémol.
Le bécare [sqb] sert à remettre dans sa valeur naturelle
une note qui a été haussée ou baissée d'un demi-ton.
173. Quand on met à la clef un diéze ou un bémol, toutes
les notes qui sont sur la ligne où est ce diéze ou ce bémol,
sont diézes ou bémols: [Voyez R
[ALEMEL 03GF]. in marg.] ainsi
prenons la clef d'ut sur la premiere ligne, et mettons un
diéze dans l'intervalle entre la seconde et la troisiéme
ligne, qui est la place du fa; toutes les notes qui seront
dans cet intervalle seront fa [x]; et si on veut les remettre
dans leur valeur de fa naturel, il faut mettre au-devant un
[sqb] ou un [rob]. [Voyez S
[ALEMEL 03GF]. in marg.]
De même si un bémol est à la clef, et qu'on veuille
remettre la note dans son état [-104-] naturel, on met
au-devant un [sqb] ou un [x] (Voyez X
[ALEMEL 03GF].)
174. Toute piece de Musique se partage en différens tems
égaux, que l'on nomme mesures, et chaque mesure se divise
aussi en différens tems.
Il y a proprement deux sortes de mesures: la mesure à deux
tems, que l'on désigne par un 2 placé au commencement de
l'air (Voyez T [ALEMEL 03GF]);
et la mesure à trois tems, que l'on distingue par un 3 placé
de même (Voyez V
[ALEMEL 03GF]).
Les différentes mesures sont distinguées par des lignes
perpendiculaires.
On distingue dans une mesure un tems fort et un tems
foible; le tems fort est celui du frappé, le foible celui du
levé; de sorte que dans une mesure à trois tems, il y a deux
tems foibles. Une mesure à quatre tems doit être regardée
comme composée de deux mesures à deux tems chacune; ainsi il
y a dans cette mesure deux tems forts et deux foibles. En
général, par les mots de fort et de foible, on distingue les
parties même de chaque tems; ainsi la premiere note de chaque
tems est censée sur la partie forte, et les autres sur la
partie foible.
[Voyez Y [ALEMEL 03GF]. in
marg.] 175. La plus longue de toutes les notes est la ronde.
La blanche vaut la moitié d'une [-105-] ronde, c'est-à-dire
qu'on ne met à chanter deux blanches, que le même tems qu'on
met à chanter une seule ronde. La blanche vaut de même deux
noires, la noire deux croches, et cetera.
176. Une note qui est coupée en deux par un tems,
c'est-à-dire, qui commence à la fin d'un tems, et qui finit dans le
tems suivant, est appellée note syncopée (Voyez Z
[ALEMEL 03GF], où ut, si et la
sont chacune syncopées).
(ll)
177. Une note suivie d'un point est augmentée de la moitié
de sa valeur. Par exemple, dans la cinquiéme mesure de
l'exemple Y [ALEMEL 03GF], le
si suivi d'un point a la valeur d'une blanche et d'une noire
ensemble.
[-106-] Chapitre IV.
Définition des principaux accords.
178. L'Accord composé de tierce, quinte et octave, comme
ut mi sol ut, s'appelle accord parfait (Article 32.).
Si la tierce est majeure, comme dans ut mi sol ut,
l'accord parfait se nomme majeur: si la tierce est mineure,
comme dans la ut mi la, l'accord parfait est mineur. L'accord
parfait majeur constitue ce qu'on appelle le mode majeur, et
l'accord parfait mineur, ce qu'on appelle le mode mineur
(Article 30.).
179. Un accord composé de tierce, quinte et septiéme,
comme sol si ré fa, ou ré fa la ut, et cetera s'appelle
accord de septiéme. Il est visible qu'un tel accord est tout
composé de tierces en montant.
Tous les accords de septiéme se pratiquent dans
l'harmonie, excepté celui qui porteroit la tierce mineure et
la septiéme majeure, comme ut mi [rob] sol si; celui qui
porteroit la fausse quinte et la septiéme majeures, comme si
ré fa la [x]; et celui qui porteroit la tierce majeure et la
fausse quinte, comme si ré [x] fa, et cetera (Chapitre XIV.
premiere Partie).
[-107-] 180. Comme les tierces sont majeures ou mineures,
et qu'elles peuvent être arrangées différemment, il est
visible qu'il y a différentes sortes d'accords de septiéme;
il y en a même un, si ré fa la, qui est composé de tierce,
fausse quinte et septiéme.
181. Un accord composé de tierce, quinte et sixte, comme
fa la ut ré, ré fa la si, se nomme accord de grande sixte.
182. Toute note qui porte l'accord parfait se nomme
tonique, et l'accord parfait se marque par un 8 que l'on
écrit au-dessus de la note; mais le plus souvent on supprime
ce 8: ainsi dans l'exemple I
[ALEMEL 03GF], les deux ut portent
également l'accord parfait.
183. Toute note qui porte accord de septiéme se nomme
dominante (Article 102.), et cet accord se marque par un 7
écrit au-dessus de la note; ainsi dans l'exemple II
[ALEMEL 03GF], ré porte l'accord
ré fa la ut, et sol, l'accord sol si ré fa.
Il faut remarquer que parmi les accords de septiéme, nous
ne comptons point ici l'accord de septiéme diminuée, qui
n'est qu'improprement appellé accord de septiéme: nous en
parlerons plus bas.
184. Toute note qui porte l'accord de grande sixte se
nomme sous-dominante (97) et se chiffre d'un 6; ainsi dans
l'exemple III [ALEMEL 03GF],
[-108-] fa porte l'accord fa la ut ré. Remarquez que la sixte
doit toujours être majeure (97 et 109.).
185. Dans tout accord, soit parfait, soit de septiéme,
soit de grande sixte, la note qui porte cet accord, et qui en
est la plus basse ou la plus grave, s'appelle fondamentale;
ainsi ut est fondamentale dans l'exemple I
[ALEMEL 03GF], ré et sol dans
l'exemple II [ALEMEL 03GF], et
fa dans l'exemple III
[ALEMEL 03GF].
186. Dans tout accord de septiéme et de grande sixte, la
note qui fait la septiéme ou la sixte au-dessus de la
fondamentale, c'est-à-dire la plus haute note de l'accord,
s'appelle dissonance; ainsi dans les accords de septiéme sol
si ré fa, ré fa la ut, fa et ut sont la dissonance; sçavoir,
fa par rapport à sol dans le premier accord, et ut par
rapport à ré dans le second; dans l'accord de grande sixte fa
la ut ré, ré est la dissonance (Article 120.): mais ce ré
n'est proprement dissonance que par rapport à ut, dont il est
la seconde, et non par rapport à fa dont il est la sixte
majeure (Articles 18 et 128).
187. Quand un accord de septiéme est composé d'une tierce
majeure suivie de deux tierces mineures, la note fondamentale
de cet accord se nomme dominante tonique. Dans tout autre
accord de septiéme, la fondamentale [-109-] se nomme simple
dominante (Article 102.); ainsi dans l'accord sol si ré fa
composé d'une tierce majeure sol si, suivie de deux tierces
mineures si ré, ré fa, la fondamentale sol est dominante
tonique: mais dans les autres accords de septiéme, comme ut
mi sol si, ré fa la ut, et cetera les fondamentales ut et ré
sont de simples dominantes.
188. Dans tout accord, soit parfait, soit de septiéme,
soit de sixte, si on veut que la tierce au-dessus de la note
fondamentale soit majeure, quoique cette tierce soit mineure
naturellement, on met un diéze au-dessus de la note
fondamentale. Par exemple, si je veux désigner l'accord
parfait majeur ré fa [x] la ré; comme la tierce fa au-dessus
de ré est naturellement mineure, je mets au-dessus du ré un
diéze, comme on le voit exemple IV
[ALEMEL 03GF]. De même l'accord de
septiéme ré fa [x] la ut, et l'accord de grande sixte ré fa
[x] la si se désigne par [x] au-dessus du ré, et au-dessus du
[x] un 7 ou un Premiere partie, fa mi,
si ré fa sol [x],
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