TRAITÉS FRANÇAIS SUR LA MUSIQUE
School of Music
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Fn and Ft: CAMTRA TEXT
Author: Campion, François
Title: Traité d'Accompagnement et de Composition
Source: Traité d'Accompagnement et de Composition, selon la regle des octaves de musique (Paris: G. Adam, 1716; reprint ed., Genève: Minkoff, 1976).
Graphics: CAMTRA 01GF-CAMTRA 03GF

[-3-] TRAITE D'ACCOMPAGNEMENT ET DE COMPOSITION, selon la regle des octaves de musique

Ouvrage generalement utile pour la Transposition, à ceux qui se meslent du Chant et des Instrumens d'accord, ou d'une partie seule, et pour apprendre à chiffrer la Basse continuë.

Par le Sieur Campion, Professeur-Maistre de Théorbe et de Guitare, et Ordinaire de l'Academie Royale de Musique.

OEUVRE SECOND.

A PARIS, chez la Veuve G. Adam, Imprimeur-Libraire, Pont Saint Michel, à l'Olivier, Et l'Auteur, ruë de Grenelle, Quartier Saint Honoré, prés la ruë des deux écus.

Et à la Porte de l'Opera.

M.DCC.XVI.

AVEC PRIVILEGE DU ROY.

[-5-] TRAITÉ D'ACCOMPAGNEMENT ET DE COMPOSITION,

SELON LA REGLE DES OCTAVES.

ON ne composoit autrefois en France de la Musique, que sur des modes ordinaires, et on traitoit de cromatique et de bizarre, celle que l'on faisoit sur des modes de Diézes, et des Bémols.

Aujourd'huy que les Cantates et les Sonates sont venuës à la mode, et que l'on a outre-passé l'ancienne methode bornée, à l'imitation des Italiens, qui nous en ont, sans contredit, donné l'idée; nous avons pris l'effort, dans l'esperance d'une connoissance generale: et c'est pour y parvenir que j'entreprens icy d'en donner les principes.

[-6-] Pour parvenir à ce dessein, il faut considerer le tout en general, c'est-à-dire, toutes les Nottes par semi-tons, qui sont;

                      si
                    si bémol
                  la
                sol diéze
              sol
            fa diéze
          fa
        mi
      mi bémol
    re
  ut diéze
ut

Par cet arrangement, il y a douze semi-tons, sur lesquels la Musique est possible. Sur chacun de ces semi-tons on établit un mode mineur et un mode majeur; par consequent il y a dans la Musique vingt-quatre modes, ou octaves. Sçavoir, douze mineures, et douze majeures; c'est ce qu'on peut voir dans les deux planches ci-jointes, où je les ay mis d'ordre, avec la maniere d'armer les clefs pour chaque octave.

Pour accompagner, il faut considerer dans quelle de ces octaves on est, et à combien du ton, commençant à compter par la premiere, montant ou descendant l'armonie; c'est la maniere la plus sûre et la plus facile de donner l'accord necessaire, et je ne croy pas que l'on ait jusqu'ici rien donné de plus general et de plus simple.

Celui qui voudra accompagner doit avant toutes choses pratiquer octave à octave, commençant par les plus ordinaires. Il y a trois manieres de faire chaque octave sur le Clavecin.

[Campion, Traité, inter 6-7,1; text: Ton Mineur, 3, 4, 5, 6, 8] [CAMTRA 01GF]

[Campion, Traité, inter 6-7,2; text: Ton Majeur, 3, 4, 5, 6, 8] [CAMTRA 02GF]

[Campion, Traité, inter 6-7,3; text: Ton Mineur, Ton Majeur, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, Comme il faut faire les accords especes par especes. Comme on les trouve Chifrez, tenue d'accord] [CAMTRA 03GF]

[-7-] Sçavoir, par la tierce, par la quinte, et par l'octave; car il n'importe pas de l'arrangement des parties, pourvû qu'elles s'y trouvent, par consequent chaque maniere a ses doigts affectez, où il faut se consommer avec le secours d'un Maistre qui soit au fait de ces octaves.

Je dirai ici en passant qu'il y a des octaves sur le Clavecin qui sont fort injustes d'armonie; c'est l'ingratitude de cet instrument que les autres n'ont pas tant: mais cela n'en doit pas empêcher la connoissance.

Il y a une maniere toute particuliere de faire ces octaves sur le Théorbe et sur la Guitare, qui est de l'invention de feu Monsieur de Maltot mon Predecesseur en l'Academie Royale de Musique. Je l'ay receu de lui comme le plus grand témoignage de son amitié. Il a rendu cet instrument tres pratiquable en peu de temps, qui n'estoit avant accessible, que par le grand nombre d'années, et je ne sçache pas qu'il ait fait part de ce secret à d'autres qu'à moi, en état de l'enseigner.

Quand il me donna la Regle des octaves, je n'étois sûr de rien, ayant eû neanmoins les principes des plus habiles Maistres; il m'écrivit et chiffra l'octave d'ut, et ré, et me disant que toute la Musique étoit cela: dés ce moment je conçûs et ne doutai plus de l'armonie; je suis assûré que ce Traité fera le même effet à beaucoup de ceux qui le liront, le systême en étant si concis et si general. Monsieur Clerambault avoüe qu'il a conçû cette Regle à l'instant qu'on la lui montra. Je l'ay enseigné pareillement du premier coup d'oeil à plusieurs Maistres de mes amis, qui ont abandonné leurs anciens principes pour ne se servir que de ceux-ci. Si cette Regle est si sensible, qu'on en puisse découvrir la verité, quand on est à certaine portée? comment un Ecolier a qui, un Maistre versé dans ces octaves, ne la concevra-t-il point, pour peu qu'il ait de disposition.

[-8-] On doit apprendre parfaitement aller et venir, ces termes simples d'accompagnement suivans:

Octave.

Septiéme majeure.

Sixte majeure.

Sixte mineure.

Quinte.

Quarte majeure, Triton, ou fausse Quinte.

Quarte.

Tierce majeure.

Tierce mineure.

Seconde

Seconde mineure.

Unisson.

Il y a douze semi-tons, comme nous avons déja dit, qui se traittent chacun de deux manieres: sçavoir, douze, ton majeur, et douze, ton mineur.

La premiere octave de chaque planche qui est chiffrée, sert de modele pour les autres. Puisque la premiere de chaque octave porte le même accord, la seconde, la troisiéme, et cetera montant ou descendant l'harmonie.

La grande affaire, est de sçavoir quand on change d'octave; car une Musique est un assemblage d'une partie de ces octaves, c'est ce qui se découvre par le diéze extraordinaire à l'octave dans laquelle on est, et ce diéze extraordinaire, se rencontrant devant la notte, ou devant le chiffre, annonce l'octave du semi-ton au-dessus du diéze; par exemple.

J'accompagne une Musique en la mineur, (d'autres diront s'ils veulent à mi la tierce mineure, je ne vois point de necessité à l'amplification,) aprés avoir traité quelque temps cette octave, j'y rencontre un ré diéze, surement je suis dans l'octave [-9-] du mi aprés avoir traité quelque temps cette octave, plus ou moins; car quelquefois il n'y a qu'une notte, par ce qu'un diéze efface l'autre, le dernier ayant toûjours lieu, je rencontre un ut, diéze, surement je suis dans l'octave du ré: aprés avoir traité cette octave, je rencontre un sol diéze, sûrement je rentre dans l'octave du la, et ainsi du reste.

Le diéze est donc une notte sensible, qui annonce l'octave du semi-ton au-dessus.

La Regle des octaves n'est pas moins de consequence pour ceux qui chantent, que pour ceux qui joüent des Instrumens à partie seule; car sçachant dans quelle octave ils entrent, ils se trouvent préparez, le diéze portant la même consequence aux dessus qu'aux basses; cet ouvrage leur est également utile, hors les chiffres qui ne sont que pour les Instrumens d'accompagnement ils se trouvent préparez comme j'ay dit, lorsqu'ils ont pratiqué les octaves toute l'étendue de leur Instrument, et sçavent ce qui est possible, ou non.

Les Musiques composées par les habiles en la Regle des octaves, sont autant de témoins, et de preuves de la verité de ces principes; car il y a des Auteurs qui ont composé sans la connoissance reguliere de ces octaves, et dont il faut accompagner les Musiques comme ils les ont chiffré. La Musique Italienne est formelle à ces octaves.

L'exposition de ces deux planches sont de contre-point simple; car on peut monter ou descendre les octaves par d'autres accords figurez, comme de sixtes de septiémes et cetera mais le premier diéze extraordinaire que l'on rencontrera, tant devant la notte, que devant le chiffre, que le bon Compositeur est obligé de mettre, tirera sa consequence.

Autant d'octaves, autant de diézes, et de bémols; douze octaves, par consequent douze diézes, et douze bémols; car la sixiéme du ton mineur en descendant tient lieu de b mol; [-10-] ce sont les nottes sensibles par lesquelles on entre d'octave en octave. Il y a differens accords diminuez et superflus, comme je les ay mis dans la troisiéme planche. J'ay chargé la premiere ligne de tous les chiffres, espece par espece, qui accompagnent chaque accord, et je les ay mis en second, comme on les trouve ordinairement chiffrez dans les Musiques; n'étant souvent besoin que d'un chiffre pour faire un accord entier.

Explication des accords, ton mineur.

1. Je commence mon harmonie en ré, qui porte un b mol, qui signifie tierce mineure, quinte et octave comme le diéze seul sur une notte, signifie tierce majeure, quinte et octaue.

Nota, que tierce mineure, quinte et octaue ne se fait jamais qu'à la premiere du ton mineur.

2. La seconde s'accompagne de la quarte et de la sixte mineure, et se fait ordinairement sur la premiere du ton, et se sauve presque toûjours par le semi-ton d'au-dessous de la notte qui a receu quarte et seconde ainsi qu'on le voit par,

3. L'ut diéze suivant, qui porte l'accord conforme à la septiéme, du ton qu'il est.

4. Comme le premier article.

5. La quarte, la sixte mineure, et l'octave, se mettent sur la finalle ou dominante.

Finalle, est la premiere du ton.

Dominante, est la cinquiéme du ton.

6. Le diéze seul sur une notte, signifie comme nous l'avons dit, tierce majeure, quinte et octave, et ne se trouve que sur la dominante du ton majeur et mineur, et sur la finalle du ton majeur.

7. Avec le precedent, on ajoûte la septiéme mineure, alors la notte qui porte cet accord est dominante, si la consequence n'en est [-11-] suspenduë par un point d'Orgue, tel que nous faisons icy.

8. Reppetition du cinquiéme article, pour la liaison d'harmonie.

9. Tierce mineure, quarte, et sixte majeure. Cet accord se fait à la seconde du ton majeur ou mineur, et à la sixiéme du ton majeur en descendant; cependant à la seconde du ton mineur en montant, j'aime beaucoup mieux la fausse quinte, au lieu de la quarte je trouve cet accord plus sensible, quand on procede par degrez conjoints.

10. La septiéme majeure se fait sur la premiere du ton, et s'accompagne de la seconde, de la quarte, et de la sixte mineure.

11. Comme le premier article.

Jusqu'à present je n'ay point sorti de l'octave du ré que je ne veux pas prolonger davantage inutilement, il n'y a point eu de changement de ton, d'autant qu'il n'y est point entré de diéze extraordinaire; car l'ut diéze qui a regné appartient, et est notte sensible de l'octave du ré.

12. Nous en sortons icy, parce que le triton du ré est un sol diéze, qui est notte sensible de l'octave du la, et à la quatriéme du ton, parce que le triton ne se fait qu'à la quatriéme du ton.

Il est icy accompagné de la sixte et de la atierce mineure, ordinairement il est accompagné de la sixte et de la seconde, et c'est une élegance de l'accompagner de la tierce mineure, le Compositeur est obligé de la chiffrer avec le triton; car le triton étant seul, est accompagné de la seconde et sixte.

Nota, que ce n'est qu'en ton mineur, où le triton peut estre accompagné de la tierce mineure.

Le degré du triton est quarte majeure, il s'appelle ainsi quand il est accompagné de la sixte et de la seconde, et la notte qui le porte, comme nous venons de dire, est toûjours quatriéme du ton.

Ce même degré s'appelle fausse quinte, quand elle est accompagnée de la tierce mineure, et de la sixte mineure, alors la [-12-] notte qui porte cet accord est la septiéme du ton.

Si la fausse quinte est accompagnée de la sixte majeure, et tierce mineure, la notte qui porte cet accord est seconde du ton mineur, en montant.

La septiéme du ton porte quelquefois la septiéme diminuée avec la fausse quinte, nous en parlerons cy-aprés.

Nota, qu'on ne se sert point en Musique de la seconde mineure, elle ne sert qu'à d'écompter les termes d'accompagnement, ainsi on ne la chiffre jamais, quand on voit une seconde, elle est toûjours majeure. La neuviéme est quelquefois mineure, l'octave superfluë n'a point assez de lieu pour en faire mention.

13. Comme le premier article.

14. Idem.

15. Septiéme du ton en descendant.

16. Pour tomber sur la dominante, avant l'accord ordinaire que l'on fait à la sixiéme du ton, on trouve souvent la septiéme, qui s'accompagne de la tierce et de la quinte, sur la premiere partie de la notte, et sur l'autre partie de la notte on fait l'accord ordinaire marqué dans les octaves; car quelques dissonances que l'on fasse, la simplicité et la verité des octaves aboutit et finit.

Sur cette sixiéme du ton, la sixte est naturellement majeure, j'ay cependant mis un diéze à costé pour la diézer, et elle s'appelle ainsi sixte superfluë, c'est un accord extraordinaire. Les Italiens la chiffrent d'un 7. avec un b mol à costé, et nos François d'un diéze auprés de la sixte. Ainsi que je l'ay mise. Son degré est septiéme mineure.

Cet accord n'est pas gousté des Anciens, qui ne l'ont point pratiqué, c'est à mon avis un accord excellent, quand on le sçait placer à propos, et qu'on n'en use point trop souvent.

Le fa qui tient lieu de bémol dans l'octave du là, est notte sensible; le ré diéze qui fait sixte superfluë, est là en quelque [-13-] façon notte sensible du mi, où se termine extrémement bien l'harmonie.

Remarque sur la sixiéme du ton mineur, en descendant.

La sixiéme du ton mineur en descendant est le bémol, notte sensible de l'octave mineure, comme le diéze, ce qui est embarassant à connoistre pour la transposition; mais il faut observer d'un coup d'oeil comment les octaves sont écrites. C'est sans doute cette consideration, qui fait mettre à beaucoup d'Italiens un bémol à la clef dans l'octave du ré, ce qui ne me paroît pas juste, en ce que, de la dominante ou de la cinquiéme du ton, on monte à la huitiéme par degrez majeurs, en passant sur le diéze sensible de l'octave; et on descend par degrez mineurs en passant sur le bémol, ou la notte qui y tient lieu à la sixiéme du ton, pour tomber sur la dominante; par consequent le bémol ne doit point estre la clef, puisqu'il est accidentel, comme le diéze.

Dans l'octave du la, le fa est diéze en montant, et en descendant il est naturel, et est sensé bémol.

Quand il y a un diéze à la clef, l'ut tient lieu de bémol.

Quand il y a deux diézes, le sol tient lieu de bémol.

Quand il y a trois diézes à la clef, le ré tient lieu de bémol.

Quand il y a quatre diézes, le la tient lieu de bémol.

Quand il y a cinq diézes, le mi tient lieu de bémol.

Ces Nottes qui tiennent lieu de bémol sont diézées en montant l'octave, et étant renduës naturelles en descendant, sont sensées estre bémol sensible.

Dans le reste des octaves, où il y a un, ou plusieurs bémols à la clef, la sixiéme du ton y est moins embarassante, en ce qu'elle est marquée par un bémol accidentel.

[-14-] Tous les Italiens ne s'accordent point, pour armer leurs clefs. Les uns y mettent plus, ou moins de diézes, et de bémols, que les autres. Par exemple, dans le la majeur: la plûpart mettent le sol diéze de moins à la clef. Ce que je n'approuve point, d'autant que le ton majeur monte, comme il descend, n'ayant qu'une notte sensible qui est le diéze toûjours à la clef. Je me suis conformé en cela à l'usage de nos plus habiles.

Nota, Que la sixte superflue ne se fait qu'en ton mineur.

17. Comme au six.

18. Comme au premier.

19. L'endroit où l'on place ordinairement la neuviéme et la septiéme, est à la quarte du ton en montant, elle se place aussi sur plusieurs nottes de suite, il faut avoir attention au diéze extraordinaire que le Compositeur est obligé de mettre, s'il change de ton. On y ajoûte la quinte, cela se sauve par l'octave, la sixte, et la quarte. Quelquefois le Compositeur y ajoûte ensuite cet autre accord septiéme, quinte, et tierce; mais cela n'arrive que quand la notte est longue, et que le Compositeur l'a chiffré.

20. Comme le six, j'ay esté obligé de faire des redites pour faire une suite de chant qui ne fut pas insupportable.

21. Triton ordinaire, dont nous avons parlé article douze.

22. Quinte superfluë, son degré est sixte, mineure. Son accompagnement seconde, tierce, et septiéme. Cet accord me paroît brutte et confus. Il y a beaucoup d'art à le placer pour luy donner effet. Il ne se fait que sur la troisiéme du ton mineur.

23. Comme le premier.

24. Seconde superfluë, son degré est tierce mineure, et ne se fait qu'à la sixiéme du ton mineur en descendant; elle s'accompagne de la quarte, et de la sixte, Cet accord est fort beau en place.

[-15-] 25. Septiéme diminuée, son degré est sixte majeure, son accompagnement, tierce et fausse quinte. Cet accord se fait à la septiéme du ton mineur.

26. Article 5. Nota, qu'au lieu de la sixte, on met si l'on veut la quinte.

27. Article septiéme.

28. Article premier.

Voilà en ton mineur une grande partie des accords possibles, il en est encore quelques autres que les Compositeurs se permettent, qui ne sont pas de la consequence de ceux-cy, qui conduisent à la pratique des autres.

Il en est d'autres en ton majeur, peu differens du mineur, et en plus petit nombre; car le ton mineur a bien plus d'étenduë que le ton majeur. En voicy les plus ordinaires.

1. Accord parfait, ton majeur, premiere du ton.

2. La difference de celle-cy à l'article deux, ton mineur, c'est qu'icy la seconde et la quarte, sont accompagnez de la sixte majeure.

Il est absolument necessaire au Compositeur, ou Accompagnateur, de sçavoir l'espece de chaque chiffre, afin d'estre toûjours au fait de l'octave majeure, ou mineure. J'en donnerai l'explication cy-aprés.

3. Il n'y a point de difference de cet article au troisiéme ton mineur.

Maniere de découvrir la notte sensible en ton majeur.

Le si est naturellement septiéme de l'octave de l'ut; car dans le ton majeur le diéze est naturellement à la clef, et quoique dans l'octave de l'ut il n'y ait point de diéze à la clef, le si y tient lieu de diéze, et est notte sensible, regnante et naturelle.

[-16-] Quand le si est bémol à la clef, le diéze regnant est mi, qui est notte sensible de l'octave du fa.

Quand le si et mi sont bémols à la clef, le la tient lieu de diéze, et est notte sensible de l'octave du si bémol.

Quand le si, le mi, et le la, sont bémols à la clef, c'est le ré qui est diéze sensible de l'octave du mi bémol.

Quand le si, le mi, le la, et le ré, sont bémols à la clef, le sol, qui tient lieu de diéze, et est notte sensible de l'octave du la bémol.

Les Compositeurs sont obligez d'éclairer leurs Musiques en chiffrant la fausse quinte sur ces septiémes du ton.

Pour ce qui est du reste des octaves majeures, elles ont des diézes à la clef. Ainsi c'est le plus extraordinaire, qui est notte sensible, comme nous l'avons dit.

Cecy se doit remarquer pour le ton majeur, l'Ecolier pourroit estre embarassé de trouver sa notte sensible, qui est sa boussole; car en ton mineur le diéze est accidentel, et n'est point à la clef.

4. Comme le premier.

5. Cet accord ne differe du mineur, article 5. qu'en la sixte, qui est icy majeure.

6. Comme le premier.

7. Comme l'article 7. ton mineur.

8. Comme le 5.

9. Seconde du ton mineur et majeur, montant on descendant, et quand l'Auteur n'a point chiffré la fausse quinte sur la seconde du ton mineur en montant, la consequence en est icy suspenduë par le point d'orgue.

10 L'Article 10. ton mineur, explique cet accord. La difference est qu'au lieu de la sixte mineure, on met en ton majeur la quinte.

11. Comme le premier.

[-17-] 12. Triton, quatriéme du ton, la notte qui fait triton, est fa diéze, donc on entre dans l'octave du sol. J'en ay parlé article 12. ton mineur.

13. Comme le premier.

14. La difference de cet accord à celui de l'article 19. ton mineur, est que la septiéme et la tierce, sont icy majeures.

15. Preparation de finalle, qui se fait par quarte et sixte, ou quarte et quinte, l'octave en est toûjours, comme il est dit article 26. ton mineur.

16. Article 7. ton mineur.

17. Comme le premier.

Pour parvenir à la connoissance parfaite de la composition et de l'accompagnement, il faut non seulement pratiquer ces accords, ainsi qu'ils sont écrits; mais les transposer dans les onze autres semi-tons.

Ceux qui apprennent à chanter, voyent dans les deux planches d'octaves le secret de la transposition, en ce que tout le ton majeur se solfie par la premiere octave d'ut, et le ton mineur par la premiere octave du ré. Il n'est pas besoin de Mathematiques pour découvrir combien il faut de diézes et de bémols, pour transposer d'un ton à un autre, comme l'a écrit un Auteur Mathematicien.

Tout le secret pour l'Ecolier, est de découvrir en quel ton il est, du majeur, ou du mineur. La derniere de l'Air est toûjours la notte de l'octave où l'on est, et d'elle on compte à sa tierce.

Pour sçavoir si c'est ton majeur, il faut compter les semi-tons d'intervalle. Par exemple, de l'ut au mi, qui est le ton majeur, on compte ut, ut diéze, ré, mi bémol, et mi, qui font quatre semi-tons d'intervalle, qui par consequent dénotte le ton majeur, et sur le ton mineur, il n'y en a que trois; [-18-] car du ré au fa, on compte ré, mi bémol, mi, et fa; qui est un de moins qu'au ton majeur.

Ainsi tout le ton majeur se solfie par ut, et le ton mineur par ré

Le chemin des octaves est sûr, et leur pratique rend l'oreille Musicienne et infaillible, et les Maistres qui les enseigneront bien, feront d habiles gens. Il y a du plaisir à un Ecolier de comprendre ce qu'il fait, et d'en donner raison. On commence à les enseigner à Paris. Les premiers qui les ont sçû, en ont fait mystere. J'avoüerai même que j'ay esté de ce nombre, avec le scrupule de ne les pas donner à gens qui les pussent enseigner: mais plusieurs personnes de consideration, et de mes amis, m'ont enfin engagé à les mettre au jour.

Je ne doute pas que les Maistres à Chanter, et les Maistres d'Enfans de Choeur, qui voudront, sans prévention, les enseigner, ne fassent une pepiniere de tres-habiles gens; car les octaves se peuvent figurer de bien des façons differentes: neanmoins l'on y doit toûjours découvrir le veritable cannevas. Secret d'autant plus sûr, qu'il est simple et general.

Ceux qui voudront se divertir sur un Instrument, pourront faire le tour des octaves, dans l'ordre que je les ay mis; car les octaves majeures toutes ensemble ne composent qu'un prélude, les octaves se dominant les unes les autres.

Ceux qui en voudront faire autant dans les mineures, auront soin pour la liaison d'harmonie, de faire sur la derniere de chaque octave, aprés l'accord ordinaire, le triton, moyennant quoy ils iront de l'une à l'autre, comme aux majeures. Sera sçavant celui qui sera en état de le faire, étant le témoignage que l'on est au fait des octaves.

Ceux qui douteront de la verité des principes des octaves, [-19-] n'auront pour s'en convaincre, qu'à consulter les ouvrages de Messieurs Bernier, Clerambault, Morin, et taut d'autres, dont il me faudroit faire une liste trop longue, s'il me falloit les nommer tous. Ils verront que les octaves y sont servies ponctuellement et clairement; car quelques varietez qu'il y ait dans leur Musique, l'on y trouvera toûjours la simplicité des octaves, tant le chiffre y est regulier.

Aprés que le Maistre aura enseigné la regle des octaves, comme elle est icy marquée, il doit l'enseigner à monter et à descendre par sixtes, par septiémes, et cetera afin de consommer l'Ecolier, qui seroit étonné de trouver une quantité de sixtes, ou d'autres chiffres de suite, ce qui ne doit cependant point intriguer, tant qu'il ne regne point de diéze extraordinaire à l'octave où l'on est.

Je n'ay rien trouvé dans la composition et dans l'accompagnement de sûr, jusqu'au temps que j'ay eû ces Regles, que j'ay mis d'ordre, comme on le voit. Je les ay pratiquées sur le Théorbe, et sur la Guitare.

Qu'on ne prévienne point sans raison contre la Guitare. J'avoüerai avec tout le monde qu'elle n'est pas aussi forte d'harmonie que le Clavecin, ny le Théorbe. Cependant je la croy suffisante pour accompagner une voix: au moins est-ce la justice qu'on luy a rendu, quand on me l'a entendu toucher; pour ce qui est des accords, je ne luy en connois point d'impossibles, elle a par dessus les autres la facilité du transport et du toucher, et par-dessus le Théorbe, les Parties d'accompagnement non renversées, par consequent plus chantantes.

Il est necessaire de sçavoir l'espece de chaque chiffre dans les octaves; la difference dans les mineures, et dans les majeures; car dans les transpositions, cela est d'un grand secours [-20-] pour n'avoir point de doute: Il faut donc qu'un Ecolier sçache.

Ton majeur en montant.

La premiere du ton, a tierce majeure, quinte et octave.

La seconde, a tierce, mineure, quarte, et sixte majeure.

La troisiéme, a tierce mineure, sixte mineure, et octave.

La quatriéme, a tierce majeure, quinte, et sixte majeure.

La cinquiéme, a tierce majeure, quinte et octave.

La sixiéme, a tierce mineure, sixte mineure on double l'une des deux.

La septiéme, a tierce mineure, fausse quinte, et sixte mineure.

La huitiéme est repetition de la premiere.

En descendant.

La septiéme du ton, a tierce mineure, sixte mineure, on double l'une des deux

La sixiéme, a tierce mineure, quarte, et sixte majeure.

La cinquiéme, a comme en montant.

La quatriéme, a le triton, sixte majeure, et seconde.

La troisiéme, a comme en montant.

La seconde, a comme en montant.

La premiere, a comme en montant.

[-21-] Ton mineur en montant.

La premiere du ton, a tierce mineure, quinte, et octave.

La seconde, a tierce mineure, fausse quinte, sixte, majeure.

La troisiéme, a tierce, majeure, sixte majeure, et octave.

La quatriéme, a tierce mineure, quinte, et sixte majeure.

La cinquiéme, a tierce majeure, quinte, et octave.

La sixiéme, a tierce mineure, et sixte mineure, on double l'une des deux.

la septiéme, a tierce mineure, sixte mineure, et fausse quinte.

La huitiéme repetition de la premiere.

En descendant.

La septiéme du ton, a tierce majeure, et sixte majeure, on double l'une des deux.

La sixiéme, a tierce majeure, quarte majeure, et sixte majeure.

La cinquiéme, a comme en montant.

Le quatriéme, a le triton, sixte majeure, et seconde.

La troisiéme, a comme en montant.

La seconde, a tierce mineure, quarte, et sixte majeure.

La premiere, a comme en montant.

[-22-] Je dirai icy que l'usage de la Tablature d'a, b, c, est pernicieuse pour ceux qui veulent faire quelque progrés sur le Théorbe et sur la Guitare, et c'est en partie ce qui a perdu le Lut; car nous voyons des gens qui, avec de la main, du goût, et de l'oreille, ne peuvent atteindre à la superiorité de ces Instrumens. Quand je commence un Ecolier, je luy enseigne une Tablature musicale; c'est-à-dire, que j'écris sur la ligne de la corde, le nom de la notte, ne pouvant faire autrement pour l'usage des pieces; et pour l'accompagnement je me sers de la Musique ordinaire, à la maniere de Monsieur de Maltot: c'est la mer à boire, que de vouloir l'apprendre par a, b, c, comme l'ont enseigné les Anciens. Cependant je me suis conformé à l'usage de cette Tablature, dans un Livre de pieces de Guitare que j'ay mis au jour, où il y a huit manieres differentes d'accorder: la Tablature en ce cas étant utile; mais ceux qui s'en veulent servir, doivent bien connoistre leur manche par Musique auparavant.

Il m'auroit esté facille d'amplifier ce petit Traité; mais je me persuade qu'il suffit, aidé d'un Maistre versé dans la Regle des octaves; car c'est une erreur de croire parvenir seul avec un Livre, quand on n'est pas à certaine portée, où il faut beaucoup de patience et d'application: et quand on est mediocrement avancé, un Livre ne sçauroit répondre aux objections bonnes ou mauvaises qu'un Ecolier peut faire.

FIN.


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